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Full text of "Chronique de Michel le Syrien, t. 2 (translation)"

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CHRONIQUE 



DE 



MICHEL LE SYRIEN 



IMP. ORIENTALE A. BUROIN ET C'*, ANGERS. 



CHRONIQUE 



DE 



MICHEL LE SYRIEN 

PATRIARCHE JACORITE D'ANTIOCHE 

(II66-II99) 
Éditée pour la première fois et traduite en français 



PAR 



J.-B. CHABOT 



Ouvrage publié avec V encouragement et sous le patronage de 
t Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 



TOME II 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1901 



LIVRE VIII 

En appelant a notre aide le Christ Notre-Seigneur qui a entrepris d'accom- 
plir LA LOI DU HUITIÈME JOUR ET VIENDRA LE HUITIÈME (JOUr) RENOUVELER TOUTE 
CHOSE*, NOUS COMMENÇONS LE HUITIÈME LiVRE QUI COMMENCE AU DEBUT DU RÈGNE 
d'ArGADIUS ET d'HoNORIUS, EMPEREURS DES ROMAINS, ET DE YezDEGERD, FILS DE 

Sabhour, (roi) des Perses. 

[CHAPITRE I"]. — Dans le chapitre premier se trouve V histoire de Mar Jean, 

Chrysostome. 

En l'an 708 des Grecs*, commencèrent à régner dans l'empire des Romains, 
en 41' lieu, Arcadius et Honorius, fils de Theodosius [164] qui, avant sa mort, 
les avait associés à l'empire. En mourant, il leur laissa l'empire à tous les deux. 
Arcadius régnait à Gonstantinople et surPOrient; et Honorius, âgé de neuf ans, 
à Rome. 

Arcadius bâtit le grand' sjxêoXov qui est devant le prétoire, et il érigea le ^Y)p6- 
X090V*. Il bâtit aussi Arcadiopolis, qui est en Thrace. 

Eudoxia*, sa femme, érigea une statue d'argent dans le voisinage de Sainte- 
Irène'. 

Gaina se révolta contre l'empereur Arcadius; le tyran ayant engagé le combat 
fut vaincu et mis à mort, sous le consulat de Stilichon* et d'Aurelianus\ 

A Qârkîda* Pempereur Arcadius étant entré dans le temple pour prier, beau- 
coup de gens s'étaient rassemblés pour le voir. Après avoir prié dans le temple 
de saint Acacius, il sortit, et tout le peuple avec lui, de manière qu'il ne restait 
pas dans le temple un seul homme de toutes ces foules : alors le temple entier 
s'écroula subitement, et chacun crut que le peuple avait été sauvé par la prière 
de Pempereur. — II pratiquait des œuvres admirables de justice, et possédait 
de nombreuses vertus : au point que sous la pourpre et sous le manteau royal, 
il enveloppait son corps d'une chemise de crin; car il aimait la vie monastique. 



* Note marginale : Cette année est Van 5902 depuis Adam; l'an 392 depuis Notre Seigneur; 708 
selon le comput {des Grecs). 

1. Ces expressions se rapportent aux idées mystiques des Syriens. — 2. Lire : \^i. — 3. Sic 
les noms sont p.-ê. pris à l'accusatif. Sur la colonne d'Arcadius, cf. Legrand et Th. Reinach, 
Bescr. de Véglise des SS. Apôtres de CP., p. 47 et suiv. — 4. Cf. Socrate, VI, xviii. — 5. Sic 
ms.; SocR. : Soçîa. — 6. Ms. : Esiilinos. — 7. Jacob, ëdess., ad ann. 76. — 8. Ce mot syriaque 
est celui qui désigne la ville de Carthage. Il faut probablement corriger : loi'o = Kapua, d'après 
SoGR., VI, xxiii, d'où est tiré le récit. 

II. 1 



2 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Quand le tyran Gaina se révolta, il s'empara de lui, et ne le tua point. — 
Il se révolta de nouveau : les Barbares qui l'accompagnaient voulurent piller 
[i6S] l'argent qu'on changeait dans les boutiques, mais ils le ne purent. Ils jetè- 
rent le feu dans la ville pendant la nuit. Des anges apparurent sous l'aspect de 
soldats, ayant l'empereur au milieu d'eux. [Gaina envoya d'autres Barbares 
pendant les autres] * nuits : ils eurent la même vision et s'enfuirent. La nuit 
suivante Gaina vint lui-même avec eux, il vit la même chose et prit la fuite. Il 
s'en alla en Orient et rassembla une armée. Les Barbares n'ayant point trouvé 
de navires firent des radeaux et de petites barques^ et se mirent à passer». Mais 
les navires des Romains les atteignirent : car le vent d'ouest souffla et les 
navires des Romains avançaient facilement, tandis que les Barbares et leurs 
chevaux faisaient naufrage. 

Gaina* fut atteint et mis à mort par l'armée des Romains*. 

Après cela, les Huns passèrent le fleuve Ister^; ils pillèrent et dévastèrent 
les villes du pays de Thrace. Par la prière de l'empereur Arcadius, une grêle 
tomba sur eux et tua la plupart d'entre eux : le reste prit la fuite'. 

Après cela Arcadius mourut, laissant comme empereur son fils Theodosius 
le Jeune, enfant âgé de huit ans. 

Honorius n'avait point de fils. Gomme il ne leur restait que cet (enfant), on 
craignit pour lui qu'on ne lui tendît des embûches. C'est pourquoi Arcadius fit 
un testament dans lequel il écrivit : qu'il faisait le roi des Perses curateur de 
son fils et de ses affaires. Yezdegerd accepta le testament et s'occupa très 
soigneusement de Theodosius; et pour ce motif, les Romains jouirent d'une 
paix profonde. Yezdegerd envoya comme précepteur à Theodosius un homme 
éloquent appelé Antiochus, et écrivit à tout le sénat en ces termes : « Arcadius 
est mort; il m'a laissé comme curateur de ses affaires. Si vous tendez des 
embûches à Theodosius, nous vous ferons une guerre sans trêve. » — Theodo- 
sius et sa sœur Pulcheria* étaient élevés près de leur oncle Honorius. 

Le christianisme croissait parmi les Perses ; surtout parce que Marouta 
de Maipherqat servait d'intermédiaire entre eux'. — Ce chapitre est aussi fini. 

En ce temps-là, en Palestine, dans le Au commencement du règne d'Hono- 

village d'Emmaûs, naquit un enfant rius, le 38® évêque de Rome fut Inno- 

qui depuis le nombril et au>dessus cent[i]us"', pendant 16 ans. 



1. La phrase, mutilée dans le texte, est à restituer d'après Sochate, VI, vi. — 2, Lire; ^»— 2 
ayjsZia.. — 3. Le détroit de Chersonèse. — 4. Ms. : Gaînos. — 5. Sogr., VI, vr. — 6. Ms. : Istros. — 
7. TnEODORET, V, xxxvrr, — 8. Ms. : Pulichria; et ainsi habituellement. — 9. Entre les Romains et 
les Perses. Socr., VII, viii. 

10. Socr., VII, ix; Theod,, V, xxur. 



LIVRE YIII. GHAP. 1 



était partagé en deux poitrines [164] 
et deux têtes; quand l'un mangeait, 
l'autre ne mangeait pas; quand l'un 
dormait, l'autre était éveillé. Parfois ils 
jouaient l'un avec l'autre ; ils pleuraient, 
se réjouissaient ; [au bout de] deux ans 
l'un mourut, et après quatre jours 
l'autre mourut aussi. 

En cette année, les Huns envahirent 
le territoire des Romains, au mois de 
tamouz (juillet). Ils pillèrent et dévas- 
tèrent toute la Syrie et la Gappadoce*. 

Alors florissait Theodorus de Mop- 
sueste de Gilicie, qui interpréta les li- 
vres de l'Eglise^. 

[Extrait] du Livre VI de Socrate : 
« Nous commençons (à écrire) ce qui se 
passa de nos jours, (craignant) que les 
choses que nous écrirons ne plaisent 
pas; car, selon le proverbe, « la vérité 
est vexante pour plusieurs ». Peut-être 
aussi les zélés qui sont dans l'Eglise 
nous blâmeront de ne pas appeler les 
évêques « amis de Dieu », ni les empe- 
reurs « divins » et « majestés ». J'ai la 
preuve dans les livres que, chez les an- 
ciens, l'esclave avait coutume d'appeler 
son maître par son nom'. » 

A cette époque, les Novatiens avaient 
à Constantinople un évêque éloquent, 
doué d'une aptitude naturelle pour la 
rhétorique ; il s'appelait Sisinnius*. Il 
était blâmé de ceux qui le voyaient 



[Alors] brillaient par la parole [164] 
et par les œuvres Epiphanius de Cypre, 
Acacius d'Alep, Antiochus de 'Akko, 
Severianus de Gabala, et aussi Marouta 
de Maipherqat qui fut envoyé comme 
ambassadeur près de Yezdegerd, roi des 
Perses'. Là, de grands prodiges furent 
opérés par ses mains, comme le montre 
le livre des Histoires des martyrs orien- 
taux ®. 

Histoire de Jean^ , — Après la mort 
de Nectarius de Constantinople, il y eut 
une discussion au sujet de l'évêque. 
Theophilus d'Alexandrie voulait ordon- 
ner Isidorus, son prêtre, pour le motif 
que voici : Tandis que l'empereur luttait 
contre les tyrans', Theophilus envoya 
Isidorus avec des présents et des lettres 
et lui prescrivit de les offrir au vain- 
queur; mais le notaire d'Isidorus prit 
les lettres et s'enfuit. Theophilus était 
rempli de crainte, et s'efforçait de faire 
ordonner Isidorus afin que celui-ci lui 
gardât le secret ; mais l'empereur Arca- 
dius et les évêques envoyèrent à Antio- 
che chercher le célèbre Jean'. 

Celui-ci était originaire d'Antioche ; 
son père s'appelait Secundus, et sa 
mère, Anthusa : c'est cette Poplia (?) 
dont il est écrit qu'elle fit profession 
dans un monastère et instruisait les 
vierges. Ce grand Jean fut célèbre dès 
sa jeunesse; il fut instruit dans les 



1. Chr. edess,, n° xl ; cf. Land, Anecd. sjr., I, 8. — 2. Chron. edess., n° xlvi; Jac. Edess., ad 
ann. 78; cf. Socr., VI, m; Theod., V, xl. — 3. Sogr., VI, Proemion. — 4. Ms. : Sisînos; Jac. 
Edess., ad. ann. 72. 

5. Socr., VII, vrir. — 6. Les Syriens lui attribuent la rédaction d'une Histoire des martyrs de la 
persécution de Sapor. Cf. Duval, La littér. syriaque, p. 132; voir aussi O. Braun, De S. Nicaena 
Synodo, p. 1 sqq. — 7. Résumée de Socrate et de Théodoret. — 8. Contre Maximus. — 9. Socr., 
VI, n. 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



parce qu'il était continuellement vêtu 
de blanc. Il répondit : « Où est-il écrit 
que nous devions nous vêtir de noir? Sa- 
lomon m'a donné ce conseil, en disant : 
« Que tes vêtements soient blancs ' » ; et 
Notre-Seigneur est apparu à ses Apôtres, 
sur le mont Thabor, vêtu de blanc ^. » 

— Jean, évêque de la ville, dit un jour 
à Sisinnius'* : [i6S] « Il n'est pas possible 
qu'il y ait deux évêques pour une seule 
ville. » Sisinnius répondit : « Aussi 
n'en a-t-elle pas deux. « Jean offensé 
reprit : « Vois, comment tu veux être 
seul évêque! » Il répondit : « Pour toi 
seul je ne suis pas évêque, ni toi pour 
les autres. » Jean lui dit : « Je ferai en 
sorte que tu ne prêches pas. » Il répon- 
dit : « Et moi je te donnerai une récom- 
pense pour m'avoir épargné celabeur*. » 

— Fin. 



sciences profanes près du sophiste Li- 
banius; et il écouta les leçons du philo- 
phe Andragathius*. 

Il était sur le point d'être compté 
parmiles avocats^, quand, considérant en 
lui-même l'iniquité [16S] des tribunaux, 
il y renonça et commença h lire les livres 
de l'Eglise. Il était assidu à l'église. 
Theodorus de Mopsueste étudiait avec 
lui, ainsi que Maxim[in]us de Séleucie et 
Diodorus de Tarse, qui à cette époque 
étaient moines, et venaient fréquem- 
ment le trouver^. Cet élu, Jean, à l'âge 
de 18 ans, entra dans un monastère. 
Diodorus et Carterius* lui enseignaient 
les Ecritures. Il jouit de la familiarité du 
grand Basilius de Césarée. A l'âge de 
21 ans il fut fait lecteur par Zenon de 
Jérusalem ; et il composa des traités 
contre les Juifs et contre les auvetaaxToC, 



II s'en alla dans la montagne près 
d'un célèbre vieillard et apprit de lui à combattre les démons, pendant quatre ans. 
Il s'enferma pour se livrer h l'ascétisme, pendant deux ans. Etant tombé malade, 
il rentra dans la ville. Meletius*" le fit diacre à l'âge de 27 ans, et il composa un livre 
sur le Sacerdoce. Ensuite Evagrius, qui succéda h Paulinus", le fit prêtre. Alors il 
composa le commentaire de l'Evangile et de l'Apôtre", à l'âge de 28 ans. Il élait 
acerbe dans son zèle pour la continence, et la colère l'emportait chez lui sur la mo- 
dération"; confiant dans ses œuvres, il était imprévoyant de l'avenir; il était facile 
dans sa simplicité; il se servait sans scrupule d'un langage incisif, et s'appliquait, 
en enseignant, à être utile h ses auditeurs; il paraissait arrogant à ceux qui ne le 
connaissaient pas**. 

A l'âge de 50 ans, il devint évêque de Constantinople. Dès qu'il prit le gouvernail 
[166] de l'épiscopat, il abolit les festins des églises et fit des homélies contre la glou- 
tonnerie et l'avarice. 11 ne s'occupait pas seulement de sa ville, mais de toute la Thrace, 



1. Ecoles., tx, 8. — 2. Luc, ix. — 3. Ms. : Sistânos. — 4. Socr., VI, xxrr, 

5. Ms. : Androgothis. — 6. axoka.axix'^'.. — 7. Le sens est tout autre dans Socrate, VI, iir. — 
8. Ms. : Qartôrios. — 9. Litt. : les habitantes; mulieres subintroductse. — 10. Ms. : Milîtos. — 
11. Ms. : Flaviana. — — 12. C'est-à-dire des Épîtres de saint Paul. — 13. 6u(i.û (jia>Xov îj aîSoî 
èxap'ÇeTo (Socr., VI, ni). — 14. Socratê, VI, m. 



LIVRE VIII. CHAP. I 5 

de l'Asie et du Pont *. Par ses soins, le reste des idoles fut détruit. Il arma' des moines 
et les envoya dans toute la Phénicie'. 

Il s'occupa des Scythes, qui inclinaient vers Tarianisme; il ordonna des prêtres, 
des diacres et des lecteurs de leur langue et leur donna une église; par ceux-ci il 
gagna tout le peuple des Goths. Il allait, lui-même, leur parler par sa prédication et 
les amena à la connaissance de la vérité*. Il était plus sévère qu'il ne convient pour 
ceux qui étaient placés sous lui, et corrigeait durement la vie des clercs. Comme il 
se montra dur dès le début, plusieurs le détestaient, et la haine fut excitée contre lui*. 

Ils le blâmaient de ce qu'il lisait les livres d'Origène, que Theophilus et Epipha- 
nius avaient anathématisés^. Acacius d'Alep, Antiochus de 'Akko, et Severianus de 
Gabala^ conçurent de la haine contre lui pour le motif que voici : Antiochus de 'Akko 
était versé dans la rhétorique; il monta h Constantînople, y enseigna, et recueillît 
de l'or. Severianus l'envia et y monta à son tour; bien qu'il parlât grec, sa pronon- 
ciation était syrienne; il fit des discours et fut accueilli par Jean, Or, Jean étant allé 
à Éphèse, il y ordonna pour évêque son diacre Héraclidès : mais ils ne l'acceptèrent 
point, et il fut contraint de s'attarder là. Severianus commença à être pris en consi- 
dération par les grands. Alors Sérapion, diacre de Jean, lui envoya des lettres et 
excita en lui une grande émulation. Ce Sérapion était arrogant et méprisait tout le 
monde. Il se trouva que Sérapion étant assis, Severianus passa devant lui sans qu'il 
lui rendît l'honneur qui convient à un évêque. Severianus ne le supporta point; mais 
il s'écria* : « Si Sérapion meurt chrétien, le Christ ne s'est pas fait homme. » Séra- 
pion, cachant la première partie, fit savoir à Jean que Severianus avait dit : « Le 
Christ ne s'est pas fait homme »; et Jean, sans examen, chassa Severianus. 

L'impératrice Eudoxia blâma Jean et fit revenir Severianus. Jean ne consentit pas 
à se réconcilier avec Severianus. C'est pourquoi Timpératrice vint à l'église des 
Apôtres et amena avec elle son fils Theodosius qui avait été baptisé et levé des fonts 
par Jean; elle le jeta aux genoux de Jean en le conjurant ; mais à peine fit-elle entre 
eux une paix extérieure*. 

L'impudence de Sérapion accroissait la haine contre l'évêque. Devant les clercs 
assemblés il dit à l'évêque : « Tu ne pourras jamais les diriger, si tune les chasses 
tous avec le bâton. » Et sans tarder, il en chassa plusieurs de l'église. A cause de 
cela, ils formèrent un parti contre lui et l'accusèrent devant le peuple. Ils apportaient 
comme démonstration, pour être crus, qu'il ne voulait manger avec personne et 
qu'il n'allait pas aux repas. Les uns disent qu'il était malade et se nourrissait diffi- 
cilement; d'autres (disent) qu'il était glouton*". 

La haine de l'impératrice s'accrut encore parce qu'il blâmait continuellement les 



1. ÏHEOD., V, xxvin; Socr., VI, rv. — 2. vbjioi;.... ônXiffa; PaaiXtxoîç (Theod.). — 3. Theod., V, 
xxix; Jac. Edbss., ad ann., 76. — 4. Theod., V, xxx. — 5. Socr., VI, iv. — 6. Socr., VI, x. — 
7. Ms. : Gabaula. — 8. Lire : l^. _ 9, Socr., VI, xt. — 10. Ibid., iv. 



6 CHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

femmes avec âpreté*, parce qu'il fit renverser la statue de l'impératrice qui se trou- 
vait près de l'église^, et parce qu'il la comparait ignominieusement à Jézabel à 
cause de la vigne qu'elle avait prise à une veuve. Mais le peuple lui était fortement 
attaché à cause de son enseignement. 

Il brillait par la doctrine ; il augmenta les prières des hymnes ^ de la nuit à 
l'encontre des Ariens. Ceux-ci avaient disposé des antiennes dans lesquelles ils répé- 
taient : « Où sont ceux qui disent que trois (choses) sont une seule puissance*? » 
Jean, pour éviter que les simples ne fussent entraînés^, fit rassembler ses partisans 
pour chanter en deux chœurs les hymnes de la nuit. Ils tombèrent les uns sur les 
autres, et il périt beaucoup de monde des deux côtés. Alors on interdit aux Ariens 
de célébrer leurs offices sur les places publiques^. 

Quand le Scythe Gaïna demanda à l'empereur une église pour ses partisans, l'em- 
pereur le fit savoir à Jean, et lui fit connaître la rébellion qu'il méditait dans son 
esprit, disant : « qu'il fallait lui donner une église pour le retenir ». Jean dit : « Appelle- 
nous tous les deux, et je lui répondrai. » Gaïna étant entré se mit à demander 
l'église. Jean lui répondit : « Le pieux empereur n'a aucun pouvoir sur les choses 
ecclésiastiques. Toutes les églises sont devant toi, entre dans celle que tu voudras. » 
Gaïna dit : « J'ai beaucoup combattu en faveur des Romains. » Jean répondit : « Tu 
as été récompensé au-delà de tes labeurs; tu es général et tu as obtenu la toge 
consulaire [167]. Tu dois considérer ce que tu étais et ce que tu es. » Et Gaïna se tut \ 

Quelque temps après il se révolta et dévastait la Thrace. Personne n'osait aller 
près de lui en ambassade. Ils demandèrent à Jean d'y aller. Celui-ci, sans considérer 
qu'il l'avait combattu, y alla. Quand le tyran apprit cela, il fut dans l'admiration. Il 
sortit loin au-devant de lui; il prit la main droite du saint et la plaça sur ses yeux; 
il amena ses enfants aux genoux du saint» Ainsi peut la vertu exciter le respect 
même chez les plus audacieux*. 

Or, la jalousie ne supporta pas l'éclat de la sagesse de Jean ; elle priva la terre tout 
entière de la source de sa doctrine. — Pour moi, voulant raconter l'iniquité qui fut 
commise à l'égard du bienheureux, je suis confus à cause des autres vertus de ceux 
qui péchèrent contre lui, et je cacherai leurs noms à moins que je ne sois contraint 
de les dévoiler pour que l'exactitude ne soit pas pervertie^. 

Theophilus, entraîné par la passion humaine, excita aussi le zèle d'Epiphauius de 
Cypre"*. Celui-ci se laissa prendre avec simplicité. ïlvintà Constantinople et ordonna 
des diacres dans Péglise de Mar Jean, sans la permission de Jean ". Il anathématisa les 
livres d'Origène h l'instigation de Theophilus, de Methodius d'Olympe et d'Eusta- 
thius d'Antioche '% parce qu'ils ne comprenaient pas les choses profondes qui s'y trou- 

1. Cf. SoCR., VI, XV. — 2. Cf. x\ui. — 3. Lire : I S-U-a*!.*. — 4. oî Xlyovteî xà tpîa [Atav ôuv«[xtv. — 5. 
Lire : vû9^û>'. — 6. Socr., VI, vni. — 7. Theod., V, xxxii. — 8. Theod., V, xxxm. — 9. Thkod., V, 
XXXIV. — 10. Socr,, VI, x. — 11. Cf. ihid., VI, xu. — 12. Cf. Socr.j VI, xirr; la construction de la 
phrase forme un anachronisme. Lire : « et à V exemple d.e Methodius, etc. », 



LIVRE VllI. GHAP. I 7 

vent. Ils voulurent anathématiser au milieu de l'église les moines ariens et jeter le 
mépris sur Jean. Jean fit dire h Epiphanius : « Tu as transgressé les canons, tu as 
officié dans mon église sans ma permission et tu y as même fait de plus l'ordination. 
Je t'ai invité à demeurer avec moi et tu n'es pas venu. Prends garde maintenant qu'il 
n'y ait de l'agitation parmi tout le peuple. » Epiphanius en entendant ces choses fut 
pris de crainte et s'en alla'. 

Theophilus anathématisa les livres d'Origène d'une manière qui n'est pas louable. 

Il y avait une discussion à Alexandrie'. Des hommes simples disaient que Dieu a 
des yeux et des oreilles; et d'autres, conformément à la vérité, disaient que Dieu est 
au-dessus de toute figure ou image. Theophilus lui-même prêchait ainsi, et pour cela 
des moines se rassemblèrent ^n grand nombre et vinrent pour tuer Theophilus. Celui- 
ci usa de ruse et leur dit : « Voici que je vois vos visages comme le visage de Dieu » ; 
et par ces paroles il calma leur zèle. Ils dirent : « Anathématise donc les livres d'Ori- 
gène qui dit que Dieu n'a pas la ressemblance humaine. » Et il anathématisa. 

En ce temps-là, il y avait quatre frères, moines vertueux, qui étaient surnommés 
Longs. Theophilus [fit] l'un d'eux qui s'appelait [Dioscorus] évêque [d'Hermopolis] % 
et institua les trois autres économes. Quand ils virent que Theophilus s'appliquait à 
ramasser de l'or et se délectait dans les richesses, qu^nd ils virent que leurs âmes 
subissaient du dommage depuis qu'ils avaient abandonné la solitude, ils résignèrent 
leurs fonctions et s'en allèrent d'auprès de lui. Theophilus fut transporté de haine 
contre eux. Il disait aux moines, à leur sujet : « Ceux-ci ne confessent pas que Dieu 
a des mains, des yeux, des pi^ds. » Il arma contre eux les Barbares et à peine purent- 
ils s'enfuir *. 

Ils montèrent à Constantinople. Jean les fit participer à l'office seulement, mais non 
aux mystères. Theophilus entendit dire qu'il les avait aussi fait participer aux mys* 
tères. Et la haine s'accrut dans le cœur de Theophilus contre Jean. Theophilus chassa 
le prêtre Isidorus qui, lui aussi, monta se réfugier près de Jean^ 

Epiphanius était ami de Theophilus parce qu'il considérait grossièrement Dieu 
comme ayant la forme humaine. Ils tinrent un synode et anathématisèrent les livres 
d'Origène. Ils écrivirent à Jej^n de laire de même ; mais celui-ci n'y fit point attention, 
non plus qu'à tout ce qu'écrivit Theophilus à ce sujet. Mais il était assidu dans la 
prédication®. 

Il fit une homélie et il vitupéra toutes les femmes. On écrivit cette homélie et on la 
montra à l'impératrice en lui insinuant que c'était elle qu'il avait flétrie, A cause de 
cela elle manda à Theophilus de rassembler un synode. Severianus insistait ainsi que 
ce Cyrinus qui appelait Jean orgueilleux'. C'est le même Cyrinus dont Marouta de 



1. SocR., VI, xn, XIV. — 2. SocR., VI, vir. — 3. Il manque une ligne dans la colonne; nous 
suppléons le sens d'après Socrate. — 4. Sogr., VI, vir. — 5. SocR., VI, rx. — 6. Socr , VI, x. — 
7. Socr., VI, xv, xix. 



8 GHBONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Maipherqat foula le pied et qui resta à Chalcédoine ; il dut subir plusieurs incisions*. 

Quand Theophilus arriva, il ne fut pas reçu [168] avec empressement par les évo- 
ques. — Ils convoquèrent Jean, mais il ne vint point; il refusa (de venir) et en appela 
au concile universel. Ceux-ci le convoquèrent rapidement par quatre fois, sans qu'il 
vînt, et, pour cela, ils prononcèrent sa déposition, sous prétexte qu'ayant été convo- 
qué il n'était pas venu*. Le peuple tout entier s'agita. Ils étaient prêts à en venir au 
massacre et à ne pas l'abandonner. Mais le saint usa de ruse et sortit à l'heure de 
midi sans que personne s'en aperçût. Après son départ, Severianus fit un discours 
dans lequel il l'injuria en disant : « L'arrogance de ses manières suffisait pour sa dé- 
position. Tous les péchés peuvent être pardonnes, mais Dieu résiste à l'orgueilleux. » 
Quand le peuple entendit cela, il se souleva; ses ennemis se rétractèrent et disaient 
que cet homme avait été calomnié. Toute la ville fut troublée; encore un peu, et le 
massacre commençait. L'empereur lui-même s'émut. Il envoya promptement pour 1« 
faire revenir. Il revint d'en face Nicomédie. A son retour, il ne voulait pas rentrer 
avant que sa cause eût été examinée. Mais le peuple s'irrita et le fit entrer de force 
avec pompe ; malgré lui on le fit asseoir sur le trône; il fit une homélie et donna la 
paix». 

Theophilus prit la fuite dans la stupeur. — Plus tard Theophilus lui-même lisait les 
livres d'Origène. Comme on l'en blâmait, il dit : « Je cueille les fleurs et je m'écarte 
des épines*, m 

Peu de temps après, Jean fut de nouveau enflammé de zèle à cause de la statue 
d'argent que l'impératrice avait érigée près de l'église . Il arma sa langue contre ceux 
qui avaient ordonné de faire cela. L'impératrice prit pour elle ses paroles. Elle 
ordonna de nouveau de rassembler un synode. Quand il le sut, il fit une homélie en 
ces termes : « Hérodiade est en furie. De nouveau elle danse, de nouveau elle de- 
mande la tête de Jean dans un bassin. » — Quand les évêques furent réunis, on dit 
que, pour avoir pris place sur son siège avant que sa cause ne fût examinée, il était 
digne de la déposition. — Jean répondit que ce canon avait été porté à Antioche par les 
Ariens contre Athanase. L'empereur décréta l'exil contre lui; et il quitta son église*. 
— ■ On mit à sa place Arsacius, frère de Nectarius *. 

Après le départ de Jean, survint une grêle violente; le feu prit à l'église, et elle 
brûla ^; l'impératrice mourut; chacun s'écriait que ces choses avaient lieu à cause 
de la déposition illégitime de saint Jean*. 

Peu de temps après, Arsacius mourut aussi et on établit à sa place Atticus, homme 
vertueux,*. — Epiphanius mourut (en route), comme Jean avait prédit de lui qu'il n'en- 



1. Tel paraît être le sens. Cf. Socr., VI, xix. — 2. Socr., VI, xv. —3. Socr., VI, xvi. — 4. Socr., 
VI, XVII. — 5. Socr., VI, xviii. — 6. SoCR., VI, xix;cf. Ja.c. Edess., ad ann. 78. — 7. Socr., VI, 
xviii, '— 8. Socr., VI, xix. — 9. Socr., VI, xx ; Theod., V, xxxiv. 



LIVRE VIII. GHAP. I 9 

trerail pas vivant dans son siège. Et lui aussi, dit-on, avait dit de Jean qu'il mourrait 
en exil*. 

Jean mourut à Comana*. Il vécut 50 ans, dont 5 années dans l'épiscopat et 3 en 
exil. — On dit de lui que depuis qu'il avait reçu le baptême, il ne fit ni ne fit faire de 
serment; il ne maudit ni ne mentit; il ne calomnia ni ne tourna personne en dérision; 
il ne but jamais de vin ni ne mangea jamais avec personne. — Innocentius de Rome 
et Flavianus d'Antioche ne consentirent pas à la déposition de Jean et écrivirent des 
lettres de blâme et de récriminations au clergé. 

Il fit des instructions et de sains commentaires des Livres saints, qu'on peut dire 
sans rougir copieux comme la mer. Il est facile à ceux qui aiment la vérité de con- 
naître par son enseignement le merveilleux de cet homme. J'ai trouvé que David, 
écrivain oriental, dit avoir vu dans les livres réunis à Bagdad par le roi des Arabes, 
Mahdi, que : lorsque Jean sortit pour aller en exil il écrivit sur la porte de l'église 
Anastasie, à Constantinople : « Je laisse à l'Église, de ce que Dieu m'a donné, 
huit cents volumes, commentaires, discours, homélies et autres écrits. » - — Que sa 
mémoire nous soit en aide, et que sa prière nous accompagne dans les deux mondes. 
Amen ! 

Du temps d'Honorius, il y avait à Synnada, ville des Phrygiens, un évêque nommé 
Theodosius, Il avait chassé les partisans de Macedonius, non par zèle pour la reli- 
gion, mais par avarice. Il persécuta leur évêque Agapitus*, et se rendit à Constanti- 
nople afin de ramener contre eux une armée, pour les dépouiller. Alors Agapitus con- 
voqua ses partisans et leur persuada d'adopter la foi du « con substantiel». Il se rendit 
à l'église, prit place sur le trône de Theodosius, et fit l'union dans le diocèse. 
Quand Theodosius revint avec l'armée, [169] tout le peuple le chassa. Il retourna 
trouver Atticus pour obtenir du secours contre Agapitus*. Atticus était un évêque 
ami de la paix, il lui enseigna à préférer ce qui était avantageux pour beaucoup à ce 
qui l'était pour lui-même. Il écrivit à Agapitus de garder l'épiscopat avec confiance 
et sans crainte^. 

A cette époque, il y eut à Constantinople un incendie à côté de la grande église; 
beaucoup de maisons furent brûlées et des édifices importants furent détruits. A cause 
de cela, il y eut une sédition et beaucoup de gens furent tués^. 

A cette même époque parut un signe céleste, qu'on a coutume d'appeler comète, 
tel qu'on n'en avait jamais vu de pareil auparavant". 

A cette même époque florissait le prêtre 'Absimia, fils de la sœur du docteur Mar 
Ephrem, qui était un écrivain. Il composa de nombreux traités sur l'invasion des 
Huns qui sortirent à cette époque*. Il les composa sur le mètre de Mar Ephrem". — • 
Fin de ces récits. 

, 1. SocR., VI, XIV. — 2. SocR., VI, XXI. — 3. Ms. : Aigoupta. — 4; Ms., Agipa. — 5. Socrate, 

VII, m. ^ 6. SocR., VI, xvrii. — 7. Cf. Eist. du Bas-Empire (éd. Saint-Martin), XXVII, xvni (t. V, 

p. 212). — 8. Chron. edess.^no xlvii. — 9. C'est-à-dire en vers de 7 syllabes. Cf. Duval, Litt. syr., p. 338. 

II. 2 



10 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



CHAPITRE II DU LIVRE VIII. — De l'époque du commencement du règne 

de Theodosius le Jeune\ 

Lorsque Theodosius commença à régner, à l'âge de huit ans, on vit des re- 
belles dans les pays des Romains. Un homme dont le nom était Alaricus Afri- 
canus' assembla une armée et vint en Italie, et, n'ayant trouvé personne qui 
s'opposât à lui, il fit beaucoup de mal. Le consul Stilichon fut même tué. 

L'empereur Honorius mourut â Rome ;Constantius, père de Valenti[nian]us», 
commença à régner et fut tué. Jean, un des scribes, usurpa l'empire et envoya 
(une députation) à Theodosius pour qu'il lui donnât l'empire . Celui-ci emprisonna 
les messagers et envoya le général Ardaburius* combattre le tyran. Le tyran 
vainquit Ardaburius, s'empara de lui et l'emprisonna. De nouveau, Theodosius 
envoya Aspora*, fils d'Ardaburius, avec une armée. Par la prière du pieux em- 
pereur, un ange apparut sous la figure d'un berger et leur fit traverser à pied 
(sec) le lac d'eau»; ils trouvèrent les portes' de la ville [170] ouvertes; ils firent 
sortir Ardaburius de prison et tuèrent le tyran Jean *. 

Alors Theodosius proclama César Valenti[nia]nus ' qui était fils de sa tante ; il 
l'envoya à Rome avec sa mère; et quelque temps après, il lui envoya la cou- 
ronne impériale**. Valentin[ian]us régna pendant 32 ans. 

Theodosius, bien qu'il eût été élevé royalement, persévérait cependant dans 
la prière, le jeûne et l'abstinence. Le mercredi et le vendredi, il prolongeait le 
jeûne jusqu'au soir. Personne ne le vit s'irriter. Comme on lui demandait : 
« Pourquoi n'as-tu pas décrété la mort contre ceux qui ont fait le mal ? » il dit : 
« Puissé-je faire revenir à la vie ceux qui sont morts !» Et à un autre qui l'in- 
terrogeait il dit encore : « Ce n'est pas grand'chose que de faire mourir un 
homme qui est mortel ; mais Dieu seul peut faire revenir de la mort celui qui 
est mort. » — Lorsqu'il avait décrété la mort contre quelqu'un, aussitôt après 
il s'empressait d'annuler (l'arrêt). — Quand l'évéque d'Hébron mourut, l'empe- 
reur prit sa tunique, et bien qu'elle fût sordide, dans sa foi, le victorieux et or- 
thodoxe empereur s'en revêtit pour en être béni". — Fin de ce [chapitre]. 

En ce temps-là, à cause de la déposi- A propos d'Epiphanius de Cypre, il 

tien du grand Jean, tous les diocèses faut que nous fassions savoir que, bien 

des églises d'Orient et d'Occident qu'il se fût trompé humainement dans 



1. Le ms. porte par erreur « le Grand ». — 2. Ms. : llarikos Afriqaya, -^ 3.Ms. : Valentios. — 
4. Ms, : AdarbôrioSf et partout ainsi. — 5. Ms. Aqeppora, rest. : Uaa«û|. — 6. Au lieu de, l-»-^», 
corriger : U»»» = ty) 'PaSivvri (?). — 7. Lire : W}L au pluriel. — 8. Sogr,, VII, xxur. — 9.Ms. : Fa* 
lentinos. — 10. Socr., VII, xxiv. — 11. Socr., VII, xxrii 



LIVRE VIII. GHAP. II 



U 



étaient plongés dans le trouble. La terre 
mugit pendant sept jours; et les trem- 
blements de terre ne cessèrent, dans la 
ville impériale, ni la nuit, ni le jour, 
quatre mois durant. Et chacun disait : 
« C'est une vengeance de la part de 
Dieu qui châtie la ville avec la verge de 
colère, à cause de la déposition illégi- 
time de saint Jean. » 

Alors saint Proclus, évêque de Gons- 
tantinople, persuada à l'empereur Theo- 
dosius de ramener le corps du grand 
Jean dans la ville impériale. L'empereur 
fit ramener ses restes de Comana; l'em- 
pereur les reçut en grande pompe avec 
Pulcheria, et ils déposèrent ses osse- 
ments dans l'église des Apôtres; et par 
là furent apaisés et ramenés à l'union 
ceux qui s'étaient séparés à cause de sa 
déposition*. 

En ce temps-là (vivait) Theodorus de 
Mopsueste. Des moines vinrent annon- 
cer à l'empereur Theodosius [170] qu'il 
était hérétique ; et ils se plaignaient de 
lui. 

Mais le peuple d'Alexandrie se com- 
plaît plus que [tout autre] dans les sédi- 
tions. Or, en ce temps-là un maître 
d'école étant entré là où se donnait un 
spectacle, les Juifs s'écrièrent : « Celui- 
ci est venu pour exciter du trouble » ; 
et Orestes^ fit jeter Hierax'' dans les 
tourments. — Cyrillus ayant appelé les 
chefs des Juifs et les ayant menacés, afin 
qu'ils ne fissent pas de nouvelles sédi- 



l'afFaire de Jean, il était cependant très 
éminent en vertu ; il était Juif d'origine ; 
il fut baptisé à l'âge de seize ans, se fit 
moine et reçut le don de faire des mira- 
cles et des prodiges ; il chassait les dé- 
mons. A l'âge de soixante ans il devint 
évêque, et remplit l'office de pasteur, 
pendant cinquante- cinq ans. Il mourut 
à l'âge de 115 ans. On dit qu'il ne con- 
sacrait ni ne baptisait sans que cela lui 
eût été révélé. Il avait baptisé les em- 
pereurs Arcadius et Honorius*. 

Le 49' évêque de Jérusalem fut 
Prôilios*. 

Le 34® évêque d' Antioche fut Porphy- 
rius'; — le 7* de Constantinople fut At- 
ticus '; — et le 28'd'Édesse fut Diogenès*. 

Theophilus d'Alexandrie mourut , 
au bout de 28 ans, de la maladie de la 
pierre'. Trois jours après, fut installé 
Cyrillus, pendant 33 ans. 

A Rome, après Innocentius, qui fut 
évêque pendant 16 ans, vint Zosimus, 
pendant 8 ans ; il est le 39'. Après lui 
vint Bonifacius, pendant 3 ans; [170] 
puis Celestinus, pendant 9 ans ". 

A Antioche après Porphyrius, le 
35* (évêque) fut Alexandros, pendant 
10 ans. Celui-ci ramena à l'union tous 
les orthodoxes d'Antioche, qui avaient 
été divisés pendant 45 ans. Il fit la paix 
entre les Orientaux et les Occidentaux**, 
au sujet de Paulinus**, en réunissant les 
partis de Paulinus**et d'Evagrius. Il 
rassembla son clergé et s'en alla à l'en- 



1. SooR., VII, XLV. — 2. Préfet de la ville. — 3. Ms. ; Irtkos = 'lépaÇ, nom du maître d'école. 

4. Cf. Act. Sanct., 12 mai. — 5. IlpauXtoç; Theod., V, xxxvm. — 6. Socr,, VII, ix. — 7, Ibid., 
VI, XX. —8. Chr.edess.,n° xlviii; et tome I, p. 321, — 9. Socr., VII, vir; XvjeapYixw uâeet. — 10. Cf. 
Socr., VII, xi. — 11. Ces mots semblent faire allusion au lieu où se tenaient les assemblées. Cf. 
Theod., V, xxxv. — 12. Ms. : Flavianos. 



12 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



tions, ceux-ci se donnèrent mutuelle- 
ment un signe; ils se mirent (au doigt) 
des anneaux de feuille de palmier, et 
pendant la nuit ils crièrent : « Voici 
l'église qui brûle » ; et tandis que les 
chrétiens se précipitaient, les Juifs les 
tuaient. Ils se montraient les uns aux 
autres le signe de l'anneau. A cause de 
cela, tous les Juifs furent chassés 
d'Alexandrie et leurs synagogues furent 
détruites*. 

Hypatia la philosophe, qui avait pris 
l'école de Platon, était chaste et sans 
reproche ; l'envie l'accusa de ne pas 
laisser Orestes' se réconcilier avec Cy- 
rillus. Quelques clercs [l'épièrent] 3, et, 
comme elle allait chez elle, ils la saisirent 
et la conduisirent]* à l'église [appelée] 
Csesarea ; [ils la tuèrent et jetèrent son 
corps] dans le feu^. 

En ce temps-là, au lieu qui est appelé 
Amas', entre Qennesrîn et Antioche les 
Juifs inventèrent un jeu : ils prirent un 
enfant, le crucifièrent, le couvrirent 
d'outrages et le tuèrent. Et lorsque cela 
fut connu, les Juifs furent jugés et beau- 
coup furent tués'. 

En ce temps-là, un Juif vint trouver 
un évêque, fut baptisé et reçut de l'or ; 
et étant venu vers Paulus, (évêque) des 
Novatiens*, pour qu'il le baptisât, celui- 
ci le rangea parmi les « auditeurs » du- 
rant deux [17i] mois; en même temps 
il jeûnait. Ensuite ils remplirent d'eau 



droit où ils étaient réunis ; il les con- 
duisit et les amena à l'église au chant 
des cantiques spirituels. Tout le diocèse 
fut uni. Il écrivit le nom de Jean dans 
les dyptiques, comme avait fait à Cons- 
tantinople Atticus, qui, voyant que l'é- 
glise était divisée, avait fait mémoire de 
Jean, et beaucoup de ceux qui étaient 
séparés se convertirent. 

Atticus prenait soin des pauvres non 
seulement de sa ville, mais encore d'au- 
tres villes. Il écrivit ceci ® : « Atticus 
à Calliop[ius] : salut en Notre-Seigneur. 
— J'ai appris qu'il y a des myriades 
de pauvres dans la ville, qui ont faim 
et ont besoin des aumônes des fidèles. 
J'ai dit des myriades, à cause de leur 
multitude, que je ne définis pas exac- 
tement. Puisque j'ai reçu de Celui qui 
donne à pleines mains aux bons dispen- 
sateurs et qu'il y a des gens (pauvres) 
pour éprouver ceux qui possèdent et ne 
donnent point"; pour toi, très cher, 
prends ces 300 dinars et distribue-les 
où il convient. Je désire que tu donnes 
à ceux qui ont honte de demander l'au- 
mône, et non à ceux pour qui, pendant 
toute leur vie, l'avidité est un négoce. 
Ne considère pas, en ce qui concerne 
cette aumône, s'ils sont d'une autre 
religion. Il faut te préoccuper unique- 
ment de nourrir les affamés et non de 
rechercher s'ils appartiennent ou non 
[171] à notre religion. » 



1, SocR., VII, xm. — 2. Ms. '.Astres; rest. : .is<i»^»o1. — 3. w=> o'*^. — 4. ««îiaol. — 5. w<i^oo 

«;^^ OjAo. Cf. SocR., VII, XV. — 6. SocR. : 'W^ztrxâp. — 7. Socr., VII, xvr, — 8. Rest. *. ai^lai^. 

9. Socr», VII, xxv. — 10. Restituer : ....M» saoaûoj [,jûu.ooi]Vaj|, d'après Socr. : o-jpigaîvsi 81 tiva; 



LIVRE VIII. GHAP. III 



13 



les fonts sacrés : mais ils furent trouvés 
vides. On crut que (l'eau) s'était écoulée. 
Ils les remplirent une seconde fois : et 
aussitôt ils furent à sec. L'évêque dit : 
« Ou tu agis en perfide, ou tu es 
trompé*, ou tu as déjà été baptisé. » 
Lorsqu'on l'examina on trouva qu'il 
avait été baptisé peu de temps aupara- 
vant par les mains d'Atticus*. 

Un prêtre dont le nom était Philip- 
pus, écrivit, en XXXVl Livres une his- 
toire ecclésiastique, qui contient mille 
Traités*. Lorsque mourut Atticus, il 
espérait qu'on l'ordonnerait à sa place 
comme évêque de Constantinople ; mais 
la chose n'étant pas arrivée selon son 
attente, et Sisinnius, miséricordieux en- 
vers les pauvres, ayant été ordonné, il 
mêla à son histoire des blâmes contre 
plusieurs (personnes) ; et, à cause de 
cela, ses écrits ne furent pas reçus*. 



Après Atticus fut établi Sisinn[i]us, 
qui prenait soin des pauvres. 

Lorsque mourut l'évêque de Cyzique, 
Sisinn[i]us institua Proclus; mais les au- 
tres établirent Dalmatfius], et Proclus 
resta dans la ville impériale. Quand 
mourut Sisinn[i]us, les uns demandèrent 
Proclus, d'autres Philippus, puis ils les 
abandonnèrent tous les deux, et deman- 
dèrent que (l'évêque) vînt d'Antipche, 
espérant qu'il serait à la ressemblance 
de Jean. On appela Nestor[ius], homme 
éloquent et doué d'une belle voix, (ori- 
ginaire) de Germanicia. Lorsqu'il eut 
pris possession du siège de Constanti- 
nople, il commença à semer la doctrine 
hérétique et se montra l'adversaire des 
saints*. — Achefé^ par la force de celui 
qui fortifie ceux qui sont absolument 
sans force. 



CHAPITRE III DU LIVRE VIII. — De Vépoque du règne de Vempereur 

Theodosius II. 

En ce temps-là Yezdegerd, roi des Perses, mourut. Son fils Varahran régna 
pendant 22 ans. La paix cessa entre les empires. Les Romains et les Perses 
s'armèrent les uns contre les autres ; et lorsqu'ils combattirent, les Perses furent 
vaincus. Les Romains firent captifs les Perses appelés chez eux « immortels ». 
Après cela la paix fut faite ^ Cependant, la persécution contre les chrétiens ne 
cessa pas, en Perse, de tout le règne de Varahran. Après la paix, les Perses osè- 
rent monter contre Res'ayna et ils en revinrent dans la honte, grâce aux prières 
de l'évêque Eunomius qui s'y trouvait \ De nouveau les Perses montèrent pour 
dévaster tout le pays depuis l'orient jusqu'à la mer. Or, ils furent vaincus, et 



1. SocR. : « ou, sans le savoir (àyvoôjv), tu as déjà été baptisé ». 
3. SocR., Yll, xxvir. — 4. Socr., VII, xxvi. 

5. SocR., VII, xxvi-xxrx. 

6. Cf. SocR., VII> XVIII, XX. — 7. Thkod., V, xxxvir. 



— 2. SoGR., VII, xvir. — 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



les Romains firent prisonniers dans le pays d'Arzoun les sept mille hommes 
qu'Acacîits d'Amid racheta et délivra*. 

En ce temps-là, le peuple des Barbares appelés Burgondes* [se convertit] ; 
ils vivaient de [172] la charpenterie' et demeuraient en paix. Les Huns les fai- 
saient prisonniers. A cause de cela, ils eurent recours au Dieu des Romains, 
afin qu'il les secourût. Ils vinrent dans l'une des villes de la Gaule*; pendant 
sept jours ils jeûnèrent et, le huitième jour, ils furent baptisés; après cela, trois 
mille d'entre eux partirent contre les Huns et en détruisirent dix mille. Ainsi ils 
devinrent fermement chrétiens*. 

En ce temps-là, Nestorius" devenait impie et blasphémait ; et, comme on dit : 
« le vin ne manque pas à l'ivrogne », ainsi, Nestorius qui menaçait de chasser 
les autres fut lui-même chassé'. — L'empereur Theodosius ordonna, en eflet, 
qu'un concile œcuménique s'assemblât à Éphèse. 



En ce temps-là, Acacius, évêque 
d'Amîd, voyant les captifs que les Ro- 
mains avaient amenés du pays d'Arzoun, 
rassembla ses clercs et leur dit : « Sa- 
chez, mes fils, que Dieu n'a besoin de 
rien, et peut être servi sans coupes ni 
patènes d'or et d'argent. Vendons donc 
le trésor de l'église, et rachetons nos 
frères captifs. » Ils accomplirent son 
ordre, et donnèrent (le prix) aux Ro- 
mains pour les prisonniers qu'ils déli- 
vrèrent. Il les fit reposer, les nourrit, 
les vêtit, et les renvoya en Perse. Le roi 
de Perse, en voyant ces captifs, se ré- 
jouit beaucoup de leur retour; il admira 
et loua le zèle du bienheureux, et il 
désirait le voir*. 

Nestorius fit une homélie à Constan- 
tinople, et il y dit, devant l'empereur : 
« Donne-moi , ô empereur , un pays 
purgé d'hérétiques, et moi en échange 



En ce temps-là furent trouvés les os- 
sements de saint Etienne, prémices' des 
martyrs. 

En ce temps était célèbre le bienheu- 
reux Mar Siméon qui se tenait sur une 
colonne dans la région d'Antioche, sur 
les confins d'Alep. Dieu fit par ses mains 
des miracles et des merveilles très 
grandes, comme (autrefois) par les mains 
des Apôtres, élus et saints *". 

En ce temps-là aussi, le trois fois 
bienheureux et illustre en vertus, le 
grand parmi les élus et les parfaits, 
notre seigneur saint Mar Bar-Çauma", 
était célèbre, sur la limite de la Petite- 
Arménie et de la Syrie, dans la région 
de Samosate, dans la montagne de Clau- 
dia. Dieu opéra par ses mains et en son 
nom des guérisons, des miracles et des 
prodiges très grands. Jusqu'à ce jour, 
du sépulcre qui renferme ses ossements, 



1. SocR., VII, XX. — 2. Ms. : Burganzios. — 3. tIxtovë; elaîv. — 4. Ms. : Galila. — 5. Socr., 
VII, XXX. — 6. Ms, : tantôt Nestor, tantôt Nestoros ou Nestorios. — 7, Socr., VII, xxxi. 

8. Socr., VII, xxt. — 9. Litt. : «premier-né ». Cf. Niceph. Call., H. E., XIV, rx. — 10. Cf. Act. 
sanct., 5 janv. ; et la vie syriaque (Assemanî, Act. martyr., II, 268; Bedjan, IV, 507). — 11. Cf. 
AssEMANi, Bibl. or., II, 1-18. 



LIVRE VIII. CHAP. II 



15 



je te donnerai les cieux. Renverse-moi 
les hérétiques : et je te renverserai les 
Perses. » Ces paroles [172] déplurent à 
l'empereur, et à beaucoup de personnes, 
parce qu'[elles montraient]* sa violence 
et sa vanité, au point qu'il n'aviiit pu at- 
tendre un peu pour dire cela; mais, 
comme on dit : « avant même d'avoir 
goûté l'eau de la cité, il se montrait son 
ardent persécuteur'. ) 

En l'un de ces jours, Anastas[ius], 
prêtre de Nestorius, se mit à faire l'ho- 
mélie » et osa s'écrier ouvertement : 
« Que personne n'appelle Marie mère 
de Dieu ; parce que Marie est une femme ; 
et Dieu ne peut naître d'une femme. » 
En entendant de tels blasphèmes le 
peuple pensait que Nestorius anathé- 
matiserait aussitôt Anast[asi]us; mais, 
voyant qu'il ne l'empêchait point, il com- 
prit qu'il avait parlé par sa permission, 
et toute la ville fut remplie de tumulte. 
Pour ce motif, on comprit le besoin 
d'un concile universel ; car Nestorius 
était naturellement éloquent et réputé 
savant, bien qu'en réalité il ne fût pas 
instruit. La divinité, en effet, est unie à 
l'humanité dans le Christ Notre Sei- 
gneur; et à cause de cela, le Seigneur 
Jésus n'est pas deux^ mais un. Nesto- 
rius ne disait pas, comme Photinus et 
Paulus de Samosate, que le Christ était 
un homme ordinaire; mais partout il le 
disait « personnel » *. 

C'estpourquoi l'empereur Theodosius 



découlent continuellement des secours 
pour les hommes. 

Praylius* fut évêque de Jérusalem 
pendant 5 ans, et après lui JuvénaP pen- 
dant 40 ans. 

En ce temps-là, à cause de la paix qui 
régnait entre Theodosius et Yezdegerd, 
[172] roi des Perses, les chrétiens se 
multiplièrent en Perse. Lorsque Yezde- 
gerd mourut et que Varahran lui suc- 
céda, la paix cessa; il y eut une persé- 
cution contre les chrétiens de la Perse, 
et il y eut de nombreux martyrs', pour 
la raison que voici* : Un évêque, dont 
le nom était *Abda, renversa le temple 
du feu qu'ils adorent. Le roi s'empara 
de l'évêque, et le condamna à rebâtir le 
temple qu'il avait détruit. Il ne le voulut 
pas. Le roi s'irrita, ordonna la destruc- 
tion des églises, et l'évêque fut mis à 
mort. Beaucoup d'évêques et de prêtres 
et de nombreux (chrétiens) furent cou- 
ronnés dans un glorieux martyre. Entre 
autres : Sâhin% Abba Manidès *" (?) , 
Benjamin", diacre et docteur, et beau- 
coup d'autres. Aux uns ils excorièrent 
les doigts, aux autres le dos, à d'autres 
la tête. 

Beaucoup de notables et de seigneurs 
des villes et des villages furent privé s 
de leurs biens et n'apostasièrent pas, 
mais furent couronnés par le glaive. 
Tous les chrétiens des contrées de la 
Perse furent plus ou moins persécutés 
en ce temps-là, et eurent à supporter 



1, Lacune de deux ou trois mots; sens d'après Socrate. — 2. Sogr., VII, xxrx. — - 3, Sogr., VII, 
xxxii. — 4. IvyTriffxaToç (Sogr.). 

5. IlpayXto;; ms. : Proailos. — 6. Ms. : lobinilos, et ainsi habituellement. — 7. Sogr., VII, xviii ; 
Theod., V, xxix. — 8. Le récit suivant est tiré de Theod., V, xxix, qui le rapporte au règne de 
Yezdegerd. — 9 ^ouT)vri;. — 10. Corruption de 'OpiitaSir); (?). Cf. ci-dessous, p. 17. — 11. Cf. p. 17. 



16 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

ordonna qu'un concile œcuménique fût des supplices violents et très cruels, 

assemblé. Parfois, ils les entouraient de roseaux 

fendus en deux*, en appliquant la par- 
tie coupée contre leur corps; puis ils les 
ceignaient de liens très serz'és de la tête aux pieds, et en tirant, ils arrachaient les 
roseaux de dessous les liens de manière à leur causer une cruelle douleur ; ils les 
jetèrent dans des fosses, avec de gros rats, afin qu'ifs devinssent leur proie*. 



CHAPITRE IV DU LIVRE VIII. — De V époque du premier synode d'Éphèse. 

En l'an 21 du règne de l'empereur Theodosius, qui est [173] l'an 742 du comput 
des Grecs, et l'an 423 de Notre-Seigneur, fut rassemblé le premier synode 
d'Ephèse. Il y avait à ce synode^ d'après ce que dit Zacharias le Rhéteur*, 
193 évêques connus et une multitude d'autres Pères, docteurs et gardiens de 
la foi orthodoxe. Ils prononcèrent la déposition de Nestorius qui fut chassé en 
exil à Oasis*. 

En ce temps-là, l'empereur Theodosius fit pope^ [Ajntiochus son précep- 
teur, qui était grand chambellan^ et patrice, et il s'empara de tout ce qu'il pos- 
sédait. — II établit une loi pour que les eunuques ne puissent s'élever à la dignité 
du patriciat\ 

A cette époque le préfet Gyrus restaura le mur de Gonstantinople; et les 
citoyens se" mirent à le louer en disant : « Constantin l'a bâti, et Gyrus l'a 
rebâti. » Quand l'empereur entendit cela, il eut peur et il dépouilla Cyrus de 
sa dignité en disant : « Voici que Gyrus pense comme les païens ^ » 

L'empereur Theodosius donna sa fille Eudoxia pour femme à Valentin[ian]us 
et, pour ce motif, Valentin[ian]us vint à Gonstantinople et reçut Eudoxia^ 

En ce temps-là les difficultés s'accrurent entre l'empire des Romains et celui 
des Perses, pour le motif que voici : Gomme les chrétiens de la Perse étaient 
persécutés à cause de la foi, beaucoup d'entre eux s'enfuirent et vinrent dans le 
territoire des Romains". Gomme les Perses les réclamaient, et qu'ils ne les ren- 
daient pas, les Perses furent amenés à faire [174] la guerre avec les Romains. 
Beaucoup de soldats furent tués dans le combat, des deux côtés, des Perses 
aussi bien que des Romains. — Fin. 



1. •fjfifxofi.ot. — 2. Theod., V, xxxrx. 

3. Land., III, 100. — 4. Ms : Aosa. — 5. papa. — 6. Corr. : «^ia*g^.*9û3| ;9 = TtpatîtiatToç (?). 
Antiochuis était prsepositus sacri cuhiculi. — 7. Cf. Hist. du Bas-Empire, XXX, xxxvit (t. V, p. 481). 

— 8. Ibid. XXXII, XXV (t. VI, p. 124); Chron. pasch.,P, Gr., xcu, 809. — 9. Cf. Socr., VII, xirv. 

— 10. Cf. Socr., VII, xvni. 



LIVRE VUI. CHAP. IV 



17 



En ce temps-là apparurent ces sept 
jeunes gens qui ressuscitèrent d'entre 
les morts, [173] à Ephèse*. 

{^Extrait) du chapitre i*' de Zacharias 
le Rhéteur^ ^ qui dans ce livre dit à pro- 
pos des enfants qui ressuscitèrent : Leurs 
condisciples les observèrent, et au mo- 
ment des sacrifices, où chacun paraissait 
devant les idoles, ils entrèrent et les 
trouvèrent seuls à la maison, le corps 
étendu sur la cendre et le visage pros- 
terné contre terre : de la boue s'était 
formée des pleurs de leurs yeux. Ils allè- 
rent les accuser devant l'empereur, en 
disant : « Pour la paix de ton empire, 
tu fais offrir des sacrifices même par 
ceux qui sont au loin : et voici que ceux 
qui sont proches les méprisent et les 
délestent, et professent en secret la re- 
ligion des chrétiens. Leur chef est Aqlî- 
dos* de race préfectorale. » Alors l'empe- 
reur s'empressa ^de les faire amener 
devant lui. Leurs larmes remplissaient 
leurs yeux. L'empereur leur dit: «Pour- 
quoi ne restez-vous pas avec nous pen- 
dant les sacrifices? Maintenant accom- 
plissez les sacrifices. » — Archélides* 
répondit : « Dans les cieux est le Dieu 
véritable, à qui nous sacrifions l'encens 
de notre confession. » Quand l'empe- 
reur les eut tous interrogés et eut en- 
tendu leur confession véridique, il 



Hormizd, fils du préfet de Hamadan% 
reçut du roi l'ordre de renier [173] le 
Christ. Le saint répondit :« Si celui qui 
renie ta royauté est digne de châtiment : à 
quels supplices sera donc livré celui qui 
renie Dieu, créateur et seigneur de 
toutes choses! » L'empereur le priva de 
tous ses biens, et le condamna a con- 
duire les chameaux, nu, n'ayant qu'une 
ceinture autour des reins. Quelque 
temps après, il le vit brûlé par le soleil, 
et couvert de poussière. Il l'appela près 
de lui, le revêtit d'une tunique, et se 
mit à l'exciter à apostasier. Mais le 
saint, dans son zèle, déchira les vête- 
ments et dit : « Reprends ton cadeau. » 
— Aussitôt (le roi) le livra ainsi que sa 
femme à un certain esclave méchant; 
mais il demeura inébranlable dans les 
supplices®. 

Il s'empara aussi du diacre Benjamin 
et le fit jeter en prison '. Deux ans après, 
la paix fut faite et l'empereur des Ro- 
mains demanda qu'il fût délivré. Le 
Persan dit : « S'il promet de ne pas prê- 
cher la foi des chrétiens aux Mages, je 
le relâcherai. » Mais le bienheureux n'y 
consentit point. L'envoyé eut beaucoup 
de peine à le faire sortir. Benjamin 
se mit à capturer les Mages pour la vie 
(éternelle). Au bout d'un an, le roi l'ap- 
prit; il le fit venir et lui ordonna d'apos- 



1. Cf. 1. 1, p. 195. Pour la légende orientale, voir surtout Gurni, Testi orientali inediti sopra i Sette 
Dormienti di Efeso (R. Accad. dei Lincei, 1885) ; comp. aussi sur la légende musulmane, Clermont- 
Ganneau, Bec. d'arch. orientale, III, p. 293. — 2. Land, Anecdota syriaca, t. III, p. 87 et suiv. — 
3. Contraction de Archelidès, Land; usa*»2S3/. — 4. Ms, : Aikilos. 

5. vj^w ^» est probablement une corruption du grec à.x^V-^'^'^^'^'^ àviQp. Theod., V, xxxix. — 6. Cette 
phrase est mal traduite de Théodoret qui rapporte [ibid.) que le roi condamna Sou-^vyj; (et non 
Hormizd) à devenir esclave du plus méchant de ses propres esclaves, et donna en mariage à ce 
dernier la femme de Souenès. — 7. ïheod., V, xxxtx, 

11. 3 



18 



GHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



prescrivit de briser leurs ceintures', et 
leur laissa le temps de réfléchir. Decius 
s'en alla vers d'autres villes. Ces bien- 
heureux prirent de l'argent de la mai- 
son de leurs parents et le distribuèrent 
auxpauvres secrètement et ouvertement. 
Ils s'en allèrent dans la montagne afin 
de s'y adonner à la prière jusqu'au re- 
tour de Decius. Ils montèrent dans une 
caverne du mont Ankîlos '. Ils envoyèrent 
l'un d'eux, [174] nommé Dionysius, 
leur chercher de la nourriture. Celui-ci 
ayant changé d'habits entra dans la ville. 
Il apprit que l'empereur était revenu, il 
prit en hâte un peu de pain et retourna 
avertir ses frères. — Alors ils se mirent 
à prier et ils prirent la nourriture dans 
la douleur et les larmes. Ils se livrèrent 
au sommeil et s'endormirent, et, par la 
permission de Dieu ils moururent^ tous. 
— Le lendemain matin on les rechercha. 
L'empereur, ayant appris qu'ils se ca- 
chaient dans une caverne, ordonna d'en 
fermer l'entrée afin qu'ils descendissent 
vivants dans lesêôL Alors, les eunuques 
Athenodorus* et Domnus', qui étaient 
chrétiens en secret, écrivirent l'his- 
toire * des confesseurs et la placèrent 
au milieu de la maçonnerie. 

Et après 188 ans', en la 38» année de 
l'empereur Theodosius, il y eut une dis- 
cussion au sujet de la résurrection des 
morts; pluieurs admettaient ce qu'O- 
rigène écrivit sur la destruction du 
cQrps, à savoir que le corps ne serait 



tasier ; comme il n'y consentit point, il 
lui fit enfoncer des roseaux sous les on- 
gles des mains et des pieds, un autre dans 
le membre génital, et ils lui faisaient 
entrer et sortir dans l'anus* un bâton 
noueux. Le bienheureux termina sa vie 
dans de tels supplices par un glorieux 
martyre. La paix, en eflfet, nous rend 
lâches et négligents : la lutte, au con- 
traire, aiguise l'esprit et nous fait mé- 
priser la gloire du siècle. 

Or, [174] au mois de haziran (juin), 
un premier synode s'assembla à Ephèse, 
sur l'ordre de Tempereur Theodosius ". 
Les chefs ^^ en étaient : Celestinus de 
Rome, par ses envoyés ; Cyrillus d'A- 
lexandrie, Memnon d'Éphèse, Juvénal de 
Jérusalem, Acacius de Mélitène, Theo- 
dotus d'Ancyre ; et à la place de Celes- 
tinus étaient venus de Rome les évoques 
Arcadius et Pro[je]ctus**, et le prêtre 
Philippus. Quant au reste des Pères 
qui se réunirent là, nous n'avons trouvé 
leurs noms dans aucun manuscrit. 

Nestorius vint le premier h Ephèse 
Cyrillus et Juvénal vinrentaprès Pâques 
Jean d'Antioche tarda; c'est pourquoi 
Cyrillus agita la question concernant 
Nestorius. Celui-ci blasphémait contre le 
Christ, disant : « Moi, je ne confesse 
pas comme Dieu celui qui a été âgé d'un 
mois ou de deux mois. Et je ne compa- 
raîtrai pas devant vous. » Ayant été 
convoqué quatre fois, il ne vint pas, 
mais il méprisa ignominieusement les 



1. En signe de dégradation. — 2. Restituer : ^bci^OjI (Land). — 3. Lii-e : ot'*'. — 4. Ms. : Ati 
doros. — 5. Land : Rabanos. — 6. Litt. : « la cause, l'aÉFaire ». — 7. L. : « environ 120 ans »>. 

8. Lire : ovatosaa, ôià t^ç êSpaç. — 9. Cf. SocR., VII, xxxiv. — 10. l-li-**?, primores, principales. - 
11. Ms. : Prôqtios, 



LIVRE VIII. GHAP. IV 



19 



pas réel' h la résurrection, parce qu'il 
est composé d'éléments, mais seulement 
une apparence, comme fut la vision de 
Notre-Seigneur sur la montagne et de 
la même manière que Moïse et Elie ap- 
parurent aux trois disciples. D'autres 
affirmaient la réalité de la résurrection 
des morts, d'après le prophète Ézéchiel, 
d'après la résurrection du Christ dont 
les Apôtres palpèrent la chair, d'après 
l'Apôtre qui écrivit aux Corinthiens sur 
la semence*, et d'après les écrits de Me- 
thodius d'Olympe, d'Eustathius d'An- 
tioche et d'Epiphanius de Cypre. L'em- 
pereur était perplexe au milieu des 
paroles contradictoires. Dieu voulut 
dissiper le doute et manifester la vérité. 
Il inspira à Aladios', propriétaire de 
l'endroit, de bâtir une bergerie pour 
ses troupeaux. En enlevant des pierres, 
la caverne se trouva ouverte tout au 
soir, et Dieu insuffla la vie aux dormants * 
qui se levèrent comme d^un sommeil. 
Ils dirent au jeune Dionysius : « C'est 
le moment de la nourriture; lève-toi, 
fais diligence et informe-toi de ce qu'on 
aprescrità notre égard. » Il sortit, ayant 
h la main une pièce de monnaie an- 
cienne. Eu voyant les pierres de la 
bâtisse, il fut dans la stupéfaction; il mar- 
chait en cachette pour n'être pas re- 
connu ; il parvint à la porte de la ville; 
il vit la croix qui y était fixée et fut dans 
l'étonnement; la ville parut changée à 
ses yeux; il passa par une autre porte 
et il y vit aussi la croix. Il croyait voir 



évêques. Ses blasphèmes étaient connus 
de tout le monde, tant par les paroles 
de sa bouche que par ses traités impurs. 
Ils prononcèrent justement sa déposi- 
tion. 

De leur côté, Nestorius et ses parti- 
sans prononcèrent la déposition de saint 
Cyrillus et de Memnon d'Ephèse. 

Jean d'Antioche ne voulant point sous- 
crire à la déposition de Nestorius, re- 
tarda son arrivée. Il vint deux jours après 
[173] avec ceux qui l'accompagnaient. 
S'étant irrité contre Cyrillus, on re- 
connut qu'il était lui-même partisan de 
Nestorius, et ils le déposèrent aussi. 
Jean avait avec lui 26 évêques et l'adhé- 
sion de tous les Orientaux, excepté de 
Rabboula d'Édesse et d'Acacius d'A- 
lep. Nestorius en voyant ce qui était 
arrivé dit, comme à regret et de force : 
« Que Marie soit appelée Mère de Dieu ! » 
— Mais son repentir simulé ne fut pas 
accepté, car, par ordre de l'empereur 
victorieux, il fut chassé en exil à Oasis*. 

Jean, et ceux qui l'accompagnaient 
tinrent vainement un synode, et Theodo- 
retus de Cyr, qui partageait manifes- 
tement la croyance de Nestorius, fit une 
réponse aux douze chapitres de saint 
Cyrillus; mais le docte Cyrillus fit une 
réponse aux paroles de Theodoretus et 
le couvrit de confusion. 

Jean et ses compagnons ayant de nou- 
veau été convoqués par trois fois sans 
qu'ils vinssent, on prononça contre eux 
la déposition, jusqu'à ce qu'ils fissent 



î. Litt. î « reconnaissable ». — 2. I Cor., xv, 36 sqq. — 3. Sic ms. et La.nd ; usois^l, Adolius dans 
les autres recensions. — 4. L. : «. Lire î tal._afc, d'après toutes les recensions. 
5. SocR., VIT, XXXIV. 



20 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



pénitence et reconnussent leur faute. 

On avait aussi défini dans ce premier 
synode d'Ephèse qu'il n'est permis à 
personne d'établir une autre définition 
de la foi, en dehors de celle qui fut éta- 
blie dans le synode de Nicée par les 
318 Pères ; et que celui qui oserait éta- 
blir une autre définition serait rejeté et 
destitué de son ordre, soit qu'il fût 
évêque, soit qu'il fût prêtre. 

Quand le synode fut dissous, Jean 
d'Antioche s'en alla avec les Orientaux 
qui l'accompagnaient, ayant été desti- 
tués' par [176] le synode. 

L'empereur ordonna que (des évo- 
ques) des deux partis montassent à la 
capitale et qu'on fît un examen diligent. 



toutes ces choses en songe;' il se palpait 
et était plongé dans la stupeur. Quand 
il entra sur la place et entendit jurer 
par le nom du Christ, il demanda quel 
était le nom de la ville. On lui répon- 
dit : « Éphèse. » S'empressant de sortir 
pour venir faire connaître (la chose) à 
ses compagnons, il s'approcha pour 
acheter du pain. Quand ils virent sa 
monnaie ancienne, ils se dirent les uns 
aux autres à mi-voix : « Ce jeune homme 
[17S] a trouvé un trésor. » Et lui pensait 
qu'ils l'avaient reconnu et allaient le 
conduire à Decius. Saisi de crainte, il 
dit : « Que la pièce soit à vous, et je ne 
demande pas de pain. » Alors ceux-ci 
mirent la main sur lui, s'emparèrent de 
lui, et lui dirent : « Montre le trésor 
que tu as trouvé ; nous y participerons 

avec toi, et nous te cacherons. » Plongé dans la stupeur, il (se) dit : « Ce que je ne 
redoutais point* s'est encore ajouté pour ma terreur. » 

Tandis qu'on l'entraînait la foule se rassembla pour le voir. Ils disaient : « C'est 
un étranger. » Lui regardait de tous côtés pourvoir quelqu'un de sa connaissance, et il 
n'y avait personne. La chose parvint jusqu'au proconsul de la ville et jusqu'à l'évêque 
de la ville qui se trouvait près de lui. Il ordonna de l'amener. Le jeune homme pen- 
sait qu'on le conduisait près de Decius. Quand on l'introduisît dans l'église, il fut 
saisi d'étonnement et devint comme muet. L'évêque et le proconsul lui dirent : « Où 
est le trésor dont tu as pris cette pièce ? » Il répondit ; « Je n'ai pas trouvé de trésor. » 
Ils l'interrogèrent de nouveau : « D'oîi es-tu, et de qui es-tu fils ? » Jl répondit : « Je 
suis d'Ephèse », et il dit les noms de ses parents, que personne ne connaissait. Ils lui 
dirent : « Tu es un menteur. » D'autres disaient : « Il est fou », et d'autres : « Il si- 
mule la folie afin d'échapper. » Le proconsul lui dit: « Gomment te considérerions- 
nous comme fou? ou comment te croirions-nous? car voici la marque de la pièce qui 
dépasse deux cents ans, antérieure à l'empereur Decius ; c'est pourquoi je vais te 
faire jeter dans les liens. » Alors il se prosterna sur le visage et leur dit : « Je vous 
en prie, dites-moi où est l'empereur Decius? » L'évêque dit : « Il est mort depuis 



, 1. Lire : oii»» >*oi. 

2, Ou : sans avoir pris part au synode (?); ^>;^, littér. : vacwi'; peut-être à corriger : <jû«jao' 
« s'étant séparés ;> du synode (?). 



LIVRE VIII. GHAP. V 21 

longtemps. » Alors il continua et dit : « Je suis donc pris de vertige ; et ma parole 
n'est pas croyable. Venez avec moi, et je vous montrerai mes compagnons dans la ca- 
verne où nous nous sommes enfuis de devant Decius. » L'évêque comprit qu'il s'agis- 
sait d'une révélation. Ils allèrent avec lui à la montagne. En entrant, ils trouvèrent la 
cassette, l'ouvrirent et lurent que : « de devant Decius s'étaient enfuis les confesseurs 
Aikîlos', Dionysius', Stephanus, Probatius*, Sebastius*, Cyriacus^. » En lisant ils 
furent saisis d'admiration, et, quand ils entrèrent, ils trouvèrent les confesseurs tout 
resplendissants, et ils apprirent d'eux tout ce qui était arrivé. A l'instant ils le man- 
dèrent à l'empereur qui vint en toute hâte. Les confesseurs se précipitèrent à sa ren- 
contre, et l'empereur tomba à leurs genoux. Il pleurait en disant : « En vous voyant, 
il me semble voirie Christ roi appelant Lazare qui sortit du tombeau ; et déjà j'entends 
et je vois dans mon esprit son avènement glorieux, lorsque les morts sortiront du 
tombeau à sa rencontre, en un clin d'oeil. » Akîlios* dit à l'empereur : « Sache, ô 
empereur ! que le Seigneur nous a réveillés avant le temps deia résurrection à cause 
de toi. Pour nous, à l'instar de l'enfant qui vit dans le sein de sa mère, insensible à 
l'honneur ou au mépris, ainsi étions-nous silencieux. Donc, demeure en paix dans 
l'intégrité de ta foi. » Quand il eut dit ces choses, ils furent pris de somriieil, s'en- 
dormirent et rendirent l'esprit, tandis que l'empereur et les nobles les contemplaient. 
L'empereur resta debout [176] en pleurant. Il étendit sur eux son manteau impérial 
et ordonna de leur faire sept châsses d'or. Mais, la nuit même, ils lui apparurent en 
songe et lui dirent : « Nos corps sont ressuscites de la poussière et non de l'or; laisse- 
nous donc en place sur la poussière, dans la caverne. » Alors l'empereur donna des 
ordres : on fabriqua des pavements^ d'or au-dessous d'eux, et ils furent laissés là. Un 
temple fut bâti au-dessus d'eux. Que leur mémoire soit en bénédiction, et que leur 
prière nous soit en aide. Amen ! 



CHAPITRE V DU LIVRE VUL — De V époque du premier synode d'Éphèse. 

A cette époque, le roi de Perse s'empara de marchands chrétiens et prit leurs 
marchandises. Le roi des Perses trompa quelques ouvriers fondeurs d'or* qu'il 
avait loués, et il ne leur donna pas leur salaire. A propos de cela, les 
Romains descendirent en Arménie, et ils dévastèrent et pillèrent les régions 
des Perses. Pour ce motif, les Perses montèrent furieusement contre les Ro- 
mains. [Ils engagèrent] le combat et les Perses furent vaincus. Ardaburius, gé- 



1. Land, tûoo»^l. — 2. Land ajoute ici i^haj^I, Eugenios. — 3. Lire : 'i!a.^o;9. — 4. Land : 
«Att^aco, Sahatius. — 5, Les noms varient dans les différentes recensions, — 6. Sic vas. — 7. t^iaâao 
= xiiSo; ; le contexte paraît demander le sens que nous indiquons. 

8. Gr. : xpy^J'op'ixrat (Socr., Vil, xviri). 



22 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



néral des Romains, et Areobindus* et Vitianus' tuèrent sept généraux persans; 
et dans le fleuve de l'Euphrate se noyèrent surtout les Arabes qui étaient 
venus au secours des Perses'. 

Après cela la paix fut rétablie entre les deux empires, et la persécution contre 
les chrétiens se calma dans le territoire des Perses*. 

Après cela, les Barbares sortirent de nouveau et firent de nombreux captifs 
dans le pays de Thrace et d'IUyrie. 

Une comète apparut. Il y eut de grandes sauterelles, et des perturbations* en 
tous lieux. Beaucoup disaient que la fin du monde® approchait, à cause des 
signes qui se multipliaient. 



A cette époque florissaient comme 
écrivains ecclésiastiques Eusebius, un 
autre Eusebius, et Philippus, le diacre, 
de Constantinople. 

Il y eut un grand tremblement de terre 
le 7 de nisan (avril) et le 6 de tamouz 
(juillet) : la poussière tomba du ciel'. 

A cette époque commença l'hérésie de 
ceux qui disentque le péché estimplanté 
dans la nature*. 

Le feu tomba h Constantinople et con- 
suma le demosion avec beaucoup de mai- 
sons ". 

A cette époque, Eutychès, prêtre et 
archimandrite del'un des monastères de 
Constantinople, était très connue cause 
de ses œuvres. 

Nestor[ius] fut déposé parce qu'il af- 
firmait deux natures dans le Christ après 
l'union et la préexistence de l'enfant qui 
fut formé dans le sein de la Vierge, appe- 
lant celui-ci Jésus; il pensait, comme 
Paul, Diodorus et Theodorus, que le 
Christ était venu plus tard habiter en lui ; 



Quand des évêques des deux partis 
furent montés h la capitale sur Tordre 
del'empereur Theodosius, lorsqu'on dis- 
cuta, lesOrientaux furent vaincus ; ceux 
qui étaient avec Cyrillus remportèrent 
la victoire, et le synode fut confirmé. 
Alors, surtout par ordre de l'empereur 
et sous des menaces violentes, à peine 
consentirent-ils à confesser comme le 
synode et à faire l'union avec Cyrillus. 
Ils se restituèrent mutuellement leurs 
sièges, et firent une paix qui n'en était 
pas une, car, dans leur cœur, ils 
croyaient comme Nestor[ius]. 

Theodoretusde Cyr, AndreasdeSamo- 
sate, et Alexandros de Mabboug étaient 
les champions de la doctrine de Nesto- 
rius et les adversaires de saint Cyrillus. 
Irenseus '" de Tyr, Jean d'Égées en Cilicie, 
Eutherius de Tyane et d'autres parmi 
les Orientaux étaient les partisans de 
leurs blasphèmes. 

Quand Nestorius partit, l'Eglise or- 
donna le vertueux Maximianus ". 



1. 'ApsoêtvSo;; ms. : Adârôbanidis . — 2. BtTtavô;; ms. : Dqtianos ; rest. ; «^soûjU^oo. — 3. Socr., 
VII, xvm; Jac. Edess. ad ann. 78. — 4. Socr., VII, xx, s. f. — 5. Des tremblements de terre (?).— 
6, Tr)i; olxou(xÉvï)ç. Cf. Hist. du Bas-Empire, XXX, lvii (t. V, p. 506). 

7. Cf. Chron. pasc., P. Gr., XCII, 789(?). — 8. Les Pélagiens. — 9. Chr. pasc, P. Gr., XCII, 
799; Socr. VII, xxxiXi — 10. Ms. ; Arînos. — 11. Socr., VII,xxxv. 



LIVRE Vin. GHAP. V 



23 



il n'appelaitpas la Vierge Marie « mère de 
Dieu », comme les docteurs véridiques *. 
Mais Eutychès, en voulant établir 
qu'il n'y a qu'une nature dans le Christ, 
nia la réalité du corps que Dieu le Verbe 
a pris de la Vierge. Il enseignait qu'il 
était comme l'air qui se solidifie par le 
vent et devient pluie et neige, comme 
l'eau qui, par l'air froid, devient glace, 
[177] Mais il établissait un dogme 
inexact, car il n'était pas instruit. Quand 
sa honteuse doctrine se fut répandue, 
elle fut poursuivie par Eusebius de 
Dorylée, qui était alors à Constantinople, 
et qui la signala à Flavianus*, évêque 
de l'endroit. Eutychès fut invité par les 
évêques à rendre raison de ce qu'il pen- 
sait, mais il ne vint pas, prétextant 
tantôt qu'il était dans une réclusion per- 
pétuelle, tantôt qu'il était malade, af- 
faibli et âgé. Ayant été contraint de ve- 
nir près d'eux, il ne renonça pas à son 
opinion; mais il avait coutume de dire : 
« De même que vous, vous enseignez' 
qu'il y a deux natures dans le Christ ; 
de même moi je dis (qu il n'y en a 
qu'une). » Et après avoir dit beaucoup 
de choses, comme il est écrit dans les 
Actes* de cet endroit", ils prononcèrent 
sa déposition. D'après les accusations 
(portées contre lui«), d'après les inter- 
pellations ', et surtoutd'après les paroles 
échangées entre lui et Eusebius, les 
« deux » (natures) étaient clairement en- 
seignées*, à peu près comme dans la 



A Rome, après Celestinus, vint Xystus 
pendant 8 ans, et après lui ce Léon 
fameux parmi les hérétiques, pendant 
21 ans. — A Edesse, le 2.5« (évêque) fut 
l'hérétique Ibas ^. 

Le vertueux Silvanus, qu'Atticus avait 
ordonné pour réglise[177] de Philippo- 
polis, l'abandonna au bout de trois ans, 
à cause du froid, parce qu'il était d'une 
faible constitution, et il se fixa à Cons- 
tantinople. L'humilité de cet évêque 
était si grande qu'il circulait en sandales 
par la ville. Quand l'évêque de Troie 
mourut, Atticus lui dit : « Maintenant 
tu n'as plus de motif de fuir la charge 
d'une église. A Troie, il ne fait pas 
froid. » Quand il y alla, des hommes se 
disposaient à mettre une barque à la mer 
et ils ne le pouvaient^ parce qu'elle était 
retenue par l'opération du démon ; il 
pria, puis, avec quelques clercs peu 
nombreux, il la prit et elle entra promp- 
tement dans la mer. Chacun loua Dieu*". 

Quand on demandait Proclus pour 
Gonstantinople, quelques envieux s'é- 
criaient qu'il avait déjà été ordonné 
pour une autre ville. Alors l'empereur 
Theodosius fit connaître la chose à 
Cyrillus, à Celestinus de Rome et à 
Jean d'Antioche. Ils répondirent que 
l'Eglise ne se préoccupe pas si un 
évêque passe d'une ville à une autre 
quand il y est appelé par l'élection. Ils 
firent donc passer Proclus à Constanti- 
nople,où il parut comme un grand doc- 



1. Land, m, 99 (II, n). — 2. Ms. : Paulinos', rest. : vAoûui>.9. — 3. Lire : ^jSi»». — • 4. «ETcpaYfJiéva. 
— 5. Cf. Manst, VI, 495. — 6. ov^^adi.» (Land). — 7. StaXaXyiffiç (?) ; corr. : i»a>J:^» (I^and) 
s= BtaXaXtaç (?). — 8. Par les évêques du synode, ^"^io aussi chez Land. 

9. Chron, edess., n» lix (anu, 746) ; Jag. Edess., ad ana. 78. — 10. Socb., VII, xxxtii. 



24 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

doctrine de Nestorius. L'interpellation* teur •. C'est lui qui fit ramener le corps 

de Flavianus dénote la même chose. du grand Jean dans la ville impériale. 

Et quand Eutychès eut été déposé par et fit l'union parmi le peuple '. 

les partisans de Flavianus, il envoya un A propos de ce que les évêques pas- 

libelle à Rome à Léon, demandant que sèrent et passent d'une ville à une autre 

ce qu'il avait enseigné fût examiné dans quand la nécessité l'exige, le canon 

un autre synode'. Lorsque les partisans xviii prescrivait* : « Si un évêque ayant 

de Flavianus l'apprirent, ils écrivirent, reçu l'imposition des mains pour une 

eux aussi, à Léon*. Léon répondit à Fia- église quelconque ne va pas à l'église 

vianus par cette lettre appelé le Tome^ pour laquelle il a été ordonné, non par 

dans laquelle il y a beaucoup de cha- sa faute, mais par le refus du peuple, 

pitres répréhensibles; aussi fut-il blâmé sans qu'il y ait donné lieu de son côté, 

par Dioscorus et par le grand Timo- il doit avoir l'honneur du ministère seu- 

theus qui succéda à Dioscorus". lement, pourvu qu'il ne cause aucun 

désagrément à l'église dans laquelle il 
officie. Qu'il attende l'examen du sy- 
node de la province, qui décidera comme il lui paraîtra bon. » — Pour cela, 
lorsque ce fut nécessaire, plusieurs évêques passèrent d'une ville à une autre. 
[Pe]riginès^ de Fatras" n'ayant pas été accepté par les gens du diocèse*', passa à 
Corinthè, qui était veuve, sur l'ordre de Tévêque de Rome ; Grégoire le Théologie , 
évêque de Sasimes, passa à Nazianze, puis à Constantinople, et retourna ensuite à 
Nazianze ; Meletius de Sébaste fut transféré à Antioche; Dositheus de [Séjleucie " 
fut transféré à Tarse ; Palladius *' d'Helenopolis** fut transféré à Aspuna** ; Alexan- 
dros, aussi d'Helenopolis, fut transféré à Adriana"; Theosebius*^ d'Apamée fut 
transféré à Eudoxiopolis ; Polycarpus d'Axita*' fut transféré à Nicopolis de Thrace ; 
Hierophilus *' fut transféré de Trapezopolis de Phrygie à P[l]otinopolis de Thrace ; 
Optimus fut transféré de Agdamia*' de Phrygie à Antioche de Pisidie ; Silvanus de 
Philippopolis fut transféré à Troie**; Anthimus de Tr[ébizonde]" à Constantinople; 
Barsê de Harran à Edesse"; Proclus de Cyzique à Constantinople. Nombreux sont 
ceux qui passèrent ainsi légitimement d'un siège à un autre**. Mais de même que 
ceux qui passèrent légitimement, du consentement des évêques et du peuple, par 



1. 5taXaXi'a, — 2. Texte : Pair, lut., LIV, 713; Mansi, V, 1014. — 3. Pair, lat., LIV, 743; Mansï, 
V, 1251. — 4. Pair, lat., LIV, 755; MxNsr, V, 1265. — 5. Land, III, p. 101. 

6. SocR,, VII, XL. — 7. Ihid,, xlv. — 8. d' Antioche; mais le can. xxt interdisait positivement les 
translations d'évêques. — 9. Rest. : 'aeui^3, IIsptYévYiç. — 10. Ms, : Pâtlârâ. — 11. Sic, ms. Rest. : 
\Csu^ <c de la ville », d'après Socrate. — 12. Rest. : l^ois^, — 13, Ms. : Philemos. Rest. ; ^^a*}^. 
— 14. Lire: u»ii.û9ûii.*|. _ 15. Ms. : Aspania. — 16. Ms.: Ariana.~\T. Gr. : ©eôçiXoî. —18. Gr. : 

àîto SeSavTctîtptdTwv. — 19. Rest. ; ix»«î^9o;*. — ■ 20. Ms. : Agdomnis. — 21. Ms. : Troada 22. Lire : 

t^ojSît (BH). — 23. Cf. t. I, p. 277. — 24. Cf. Socr., VII, xxxvi. 



LIVRE VIIL GHAP. VI 



25 



force et par nécessité, ne sont pas blâmables, de même, ceux qui sans être élus 
s'empressèrent de ravir un diocèse pour leur agrément, sont blâmables et privés de 
la grâce; et ceux qui osent (le faire) sont dévoilés *, 



CHAPITRE VI DU LIVRE VIII. — [178] De Vépoque du second synode qui 
eut lieu à Ephèse du temps de Theodosius . 

L'empereur Theodosius, en apprenant les choses relatives à Flavianus et à 
Eutychès, ordonna que le concile qui s'était tenu à Ephèse se rassemblât de 
nouveau, en Fan 760 des Grecs, qui est l'an 39 de Theodosius, 18 ans après le 
premiersynoded'Ephèse*. — Gent vingt-huit évêques* se rassemblèrentavec saint 
Bar-Çauma qui tenait la place des supérieurs des couvents et des monastères 
de tout rOrient. Les principaux* étaient : Dioscorus d'Alexandrie, JuvenaP de 
Jérusalem, Domnus^ d'Antioche. — Ils prononcèrent la déposition de Flavianus ' 
de Gonstantinople, d'Eusébius de Dorylée et aussi de Domnus* d'Antioche, 
parce qu'ils furent reconnus comme professant la même chose que Nestor[ius]. 
— Ils déposèrent pareillement Theodoretus et Ibas; et ils acceptèrent Entychès 
parce qu'il fît croire qu'il recevait la définition des 318°. — Fin. 



[178] A cette époque*" parut en Crète 
un séducteur qui trompa les Juifs, (en 
leur faisant croire) qu'il était Moïse, 
venu pour les délivrer et leur faire pas- 
ser la mer Rouge **. Il conduisit beaucoup 
d'hommes et de femmes au bord de la 
mer, et leur dit de s'y jeter la tête en 
bas : « Ainsi, disait-il, la mer vous rece- 
vra et se divisera pour vous, » Ils se 
précipitèrent d'un rocher. Les uns fu- 



[1781 Quand saint Cyrillus mourut, 
saint Dioscorus devint évêque d'Alexan- 
drie, pendant 8 ans ", 

A Gonstantinople^ après saint Proclus, 
vint l'hérétique Flavianus, à propos du- 
quel le second synode se réunit à Ephèse. 

Copie de la lettrée de V empereur * ^: « Les 
empereurs, Césars, Theodosius et Va- 
lenti[nia]nus, victorieux, illustrés par 
de grands triomphes**, vénérables, Au- 



1. Sic, ms. : mais il faut peut-être corriger ^^»ys et traduire : « ceux qui osaient dire cela 
mentaient » ou [j.ot ôoxoOatv àXYjôeOaat, o\ tote xaÙTa Xéyetv lut^stp-offavTeç (Socr.). 

2. Les documenta relatifs au Latrocinium Ephesinum qui existent en syriaque ont été publiés 
par S. G. F. Pekry, sous ce titre : i^oom^Va ^AisLV» vf'-»'-» u»o»oWflo seu Secundam synodum ephe- 
sinum. Oxonii, 1880. Cf. P. Martin, Le pseudo-synode connu sous le nom de Brigandage d'Ephèse, 
d'après ses Actes retrouvés en syriaque. Paris, 1875. — 3. Nombre exact; cf. Mansi, VI, 503. 
Land : 188 év. — 4. U-*^^, notables, chefs. — 5. Ms. : Youhînîlos . — 6. Dômânos. — 7. Flahianos. 
— 8. Domnos. — 9. de Nicée. 

10, SocR.j VII, xxxvnr. — 11. Sic ms. ; corriger : « la mer de Cypre ». 

12. Cf. Jac. Edess., ad ann. 114; Land., III, 102. — 13. Mansf, VI, 588. — 14. Mauvaise traduc- 
tion de TpoTtatoOjfoi, fxéyKiTot; corriger : j-ajo^; cf. p. 179, 1, 25 du texte. 

II. 4 



26 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



rent brisés, les autres noyés, quelques- 
uns surnagèrent. Des chrétiens qui les 
virent, coururent dans des barques et en 
retirèrent quelques-uns vivants. Quand 
cela fut connu des autres Juifs, ils cou- 
rurent de tous côtés pour capturer le faux 
Moïse, mais ils nele trouvèrentpoint. On 
pensa que c'était le diable qui les avait 
trompés, et pour ce motif beaucoup 
d'entre eux se firent chrétiens. 

A cette époque, Gensericus *se révolta 
dans le pays de Carthage^ et d'Afrique ; 
et il y eut de grandes sauterelles*. 

L'empereur Theodosius donna des 
lettres à propos du second concile d'E- 
phèse. — Relativement à Stephanus, 
homme arrogant, il prescrivit ceci : 
« Pour Stephanus*, le principe du mal, 
ne s'abstenant d'aucune action à moins 
qu'elle ne soit juste... » — Pour le com- 
monitorium d'Elpidius, l'empereur écri- 
vit*": « A Elpidius, illustre comte du sacré 
consistoire • » et un peu plus loin : « Nous 
prescrivons qu'un second synode se 
tienne àEphèsejcar nous avons souci 
de couper complètement la racine du 
mal, de manière que, ayant chassé de 
toute part [179] les troubles dogma- 
tiques, nous conservions parla prière la 
rectitude de nos pensées, et que cela 
tourne à la prospérité du gouvernement 
et au bien des hommes. Nous t'avons 
choisi ainsi qu'Eulogius, le tribun et no- 
taire du prétoire, pour le ministère de 



gustes : à Dioscore, pape, archevêque 
d'Alexandrie. — Chacun sait que la régu- 
larité de notre gouvernement' et toutes 
choses humaines sont affermies et main- 
tenues par l'excellente piété envers Dieu ; 
attendu que quand le secours divin nous 
accompagne, les affaires ont coutume 
de marcher facilement comme nous 
voulons. Ayant donc obtenu de régner, 
par la providence divine, nous devons 
nécessairement prendre soin, autant 
qu'il convient, de la piété et de la pros- 
périté* de ceux qui sont sous notre au- 
torité; de manière qu'aussi notre piété 
sincère et notre gouvernement brillent, 
étant appuyés sur le culte de Dieu et la 
foi. Or, comme dans le temps présent 
il s'est élevé quelque doute funeste au 
sujet de la conservation de la doctrine 
catholique et apostolique de notre foi 
orthodoxe, qui, comme d'ordinaire, at- 
tire et excite des opinions diverses^, et 
de plus, trouble les sentiments et les 
âmes des hommes ; il nous a paru indé- 
cent de négliger cette affaire honteuse, 
de peur qu'en agissant ainsi on ne croie 
[179] que c'est par mépris pour Dieu. 
C'est pourquoi nous ordonnons qu'en ce 
lieu se réunissent les hommes vénérables 
qui possèdent un grand zèle pour la reli- 
gion et la foi orthodoxe, et, quand la 
chose aura été discutée soigneusement, 
toute tentative schismatique cessera et 
la foi véritable, chère à Dieu, sera confir- 



1. Ms. : Gezîrtnkos. — 2. Ms. : Qartagena. — 3. Lire : U--i. — 4. Sic ms. Mais il y a évidem- 
ment une erreur. Il faut sans doute restituer... k9|» ow Uè**» M. Cf. p. 180, I. 2 du texte. — 5. Mansi, 
VI, 595. ^ 6. TM uspiêXÉTTTa) x6[ji.YiTi ToO Ost'ou cruveSpcou. 

7. TiolizzitX' • — 8. Gr. : eùtreêtaç re ita\ eÙTipayi'aç. — 9. Le grec, mal traduit, dit : ■/) tk;, w; sîxbç, 
Siayopoi; Ivvotat; àvÔéXxouda, SiaxapâtTEt te xa\ duy^eï x. t. X. 



LIVRE VllI. CHAP. VI 



27 



la foi, comme des gens parfaits en toutes 
choses et qui pratiquent pieusement 
celles de la religion. Vous devrez gar- 
der et accomplir fermement nos instruc- 
tionset nos préceptes. Vous ne laisserez 
aucun des deux partis exciter du trou- 
ble. Que tout ce qui regarde cette affaire 
se passe dans l'ordre, etc. » 

Libelle (TEutychès adressé au synode ' . 
— « Au saint et pieux synode assemblé 
à Éphèse : de la partd'Eutychès, archi- 
mandrite. — Je loue le Dieu très-saint en 
ce moment oii, grâce à vous, la religion 
reçoit de nouveau une grande liberté. 
Je fais connaître au synode ce qui a été 
fait à mon égard, c'est-à-dire contre la 
foi orthodoxe. Mon désir était depuis 
ma grande jeunesse de vivre dans la so- 
litude, renfermé en moi-même, jusqu^à 
ma vieillesse, et de me tenir en dehors de 
toute agitation. Je n'ai pas mérité de 
jouir d'un tel dessein ; mais, par la malice 
des autres, je suis tombé dans un grand 
péril. Maintenant', et dès le début, j'en 
ai appelé au jugement de Votre Béati- 
tude. J'atteste devant le Christ Jésus, 
qui a rendu devant Ponce-Pilate un té- 
moignage [180] glorieux, que je crois, 
que je pense, que je raisonne conformé- 
ment à la foi que nous ont enseignée 
les saints Pères qui se réunirent à Ni- 
cée et qu'ont confirmée les saints Pères 
dans le premier concile d'Ephèse. Si 
quelqu'un pense autrement que cette 
foi, je l'anathéraatise; conformément à 
leur décision % j'anathématise* aussi 



mée. Donc, conduisant avec elle dix des 
évêques métropolitains placés sous ta 
juridiction , et dix autres pris parmi ceux 
qui brillent par la conduite, la parole 
et l'orthodoxie de la foi, que Ta Sain- 
teté arrive h Ephèse, métropole d'Asie, 
le l*"" du mois de 'ab (août) ; que per- 
sonne, en dehors de ce qui a été dit plus 
haut, ne moleste le synode'. Et que per- 
sonne ne prenne sur soi de mépriser le 
synode tellement nécessaire et cher à 
Dieu, et de ne pas venir au lieu indiqué. 
Car si quelqu'un évite l'assemblée : né- 
cessairement son âme doit être affligée 
d'une conscience qui n'est pas bonne. 
Nous ordonnons que Theodoretus de Cyr , 
h qui nous avons déjà prescrit de rester 
dans son église, ne vienne pas au synode, 
à moins que cela ne plaise à tout le sy- 
node et qu'il ne le convoque. Si quelque 
division surgit à son sujet, nous sanc- 
tionnons que le synode se tiendra sans 
lui. » 

Julianus, représentant de Léon, dit : 
« Les empereurs ont envoyé un sembla- 
ble édit au pape de Rome. » —Jean, prê- 
tre et chef des notaires», dit : « Je suis 
porteur d'un autre édit (adressé) à Dios- 
corus. » 

Juvenal ' de Jérusalem dit : « Qu'on le 
lise et qu'il soit aussi placé dans les 
Actes ». 

« Les empereurs. Césars, Theodosius 
et Valenti[nia]nus, illustrés par les vic- 
toires, grands, vénérables. Augustes : à 
Dioscorus*. — Il est parvenu à l'enten- 



1. Mansi, VI, 629. — 2. Maksi, VI, G44. — 3. Lire : ^oov^». —4. Mansi, VI, 633. 

5. Gr. : [xtjSsvbç l-rlpou ÔYj^aSYi itapà touç 7rpo£ipY)|j.£voui; vr\ k"^ , (lyvoSo) uapsvo^^Xi^ffovToç. ■^— 6* TipwToç 
votapcMv, primecerius notariorum. — 7. Yohinilos. — 8. Mansi^ VI, 593, 



2S CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Mânî et Valentinus, et encore Apollina- dément de Notre Sérénité^ que beau- 

rius, et de même Nestorius, avec tous coup d'archimandrites orientaux ainsi 

les hérétiques jusqu'à Simon le Magi- que les peuples ont des difficultés avec 

cien, etc. *. » -r- Fin. les évêques infestés de nestorianisme, 

et combattent pour la foi orthodoxe . C'est 
pourquoi, s'il plaît à Votre Sainteté % 
l'ami de Dieu, le prêtre et archimandrite Bar-Çauma, qui brille par la pureté de sa 
conduite et sa foi orthodoxe, viendra à la ville d'Éphèse, comme représentant des 
archimandrites de tout l'Orient. Que Ta Piété veuille donc, en considérant toute 
(notre) sollicitude pour la foi orthodoxe, recevoir cordialement * le dit pieux archi- 
mandrite et le faire participer à votre synode ». 

Juvénal dit : « On m'a aussi écrit de la part de notre empereur victorieux au sujet de 
l'archimandrite Bar-Çauma. Il convient donc qu'il soit admis dans le synode. » 

Et saint Bar-Çauma monta au second synode d'Éphèse ; car il florissait à cette 
époque, illustre par ses œuvres et sa doctrine orthodoxe, par l'opération de miracles 
et de prodiges, comme les saints Apôtres. 

A cette époque florissait dans l'ascétisme Jacques le Juste, le maître de Siméon 
le Stylite. 

Le comte Elpidius [iîîO] donna des instructions au synode en ces termes °: « Jamais 
Satan, prince des Mauvais, ne ralentit les attaques contre les saintes églises ; ni jamais 
le pieux empereur ne cesse de lutter justement avec celui qui attaque, pensant correc- 
tement que Dieu combattra pour son empire,, s'il s'arme lui-même pour les combats 
en faveur de la religion. Il n'a point à se reprocher de penser ainsi. Dès le commen- 
cement'"', en effet, plusieurs choses ont été réglées par Lui, plus que par les armes. 
C'est pourquoi il condamne avec vous l'arrogance de Nestor[ius] qui, institué pour 
le ministère de Dieu, est devenu le père et le docteur d'enseignements impies. 
Les choses que l'empereur nous a prescrites et qu'il vous a écrites : à l'instant 
même je vais vous les faire connaître et j'ajoute ceci, en tant que je suis un de ceux 
que la religion orthodoxe retient à bon droit sous votre autorité: Aujourd'hui le 
Seigneur de l'Univers, Dieu le Verbe, Sauveur, se livre à votre jugement, et doit être 
honoré par l'autorité de votre jugement. En voyant que vous jugez selon la justice 
ce qui le concerne, il vous honorera ici-bas et vous confessera encore devant le 
Père. » 

Jusqu'ici, c'est-à-dire jusqu^ à cette époque, écrivaient Socrate et Tikéodoretj et ici 
finissent les livres de leurs Chroniques. 

A partir d'ici commencent les Chroniques de Jean d'Asie et de Zacharie le Rhéteur. 

1. Grec aj. : xai tou; XÉyovraî tr^v ffâpxa toO Kupîou, xai toO ©soO ■:?i(icov, I. X. èÇ oùpavoy xat£Xr,Xu6svai. 

2. s^li«**Jî est à corriger en : ^tû»*o» — YaXïjvotïiTO,;. — 3. tÎ) Ijie-rlpa ôetoTyjxt. — 4. ey^eva;, — 5. 
Mansi, VI, 619. — 6. avwesv. Corr. : Ua*. ^^ « du- ciel » (?). 



LIVRE VIII. GHAP. VII 



29 



[Extrait] de la pétition d' Eutychès à V empereur ', pétition qui l'excita surtout à 
réunir le second synode: « En tout, après Dieu, votre piété a été pour moi la mani- 
festation du salut et de la vérité, car elle n'a négligé en rien de faire examiner ce 
qui concerne la foi, et la poursuite (dirigée) contre moi, » 

Quand le synode fut assemblé, Eutychès ayant écrit qu'il approuvait Cyrillus et 
le premier synode d'Ephèse, fut reçu jusqu'à ce qu'ensuite il fût dévoilé. 

Comme ce second synode ne fit pas une nouvelle définition, mais accepta en toute 
chose le synode précédent, on ne lut point le Tome de Léon, qu'avaient apporté ses 
légats, afin de n'avoir pas à prononcer Tanathème contre son auteur et de ne pas 
exciter du trouble dans les églises. C'est pourquoi Léon garda rancune à Dioscorus 
pour n'avoir pas fait lire son Tome. — Ce [chapitre] est aussi fini. 



CHAPITRE VII DU LIVRE VIII. — Des choses qui furent accomplies dans le 

second synode d'Éphèse. 



Copie de la lettre du synode- à tempe^ 
reur^. — « Si quelqu'un appelle Votre 
Majesté pure et aimant le Christ, la 
source de la piété et de la solide con- 
fession de la foi, il n'outrepasse pas la 
vérité; ainsi même il est vaincu, car il 
n'a point de paroles assez convenables 
pour pouvoir louer la grandeur de la 
piété qui se trouve en vous, ô glorieux 
et victorieux empereurs. C'est devons, 
en effet, ô pieux, que découle continuel- 
lement le canal de la vraie connaissance 
de Dieu vers ceux qui sont sous votre 
autorité. Que Votre Sérénité ne cesse 
jamais de répandre ce flot spirituel et 
bienfaisant sur toute la terre, de ma- 
nière à [181] conserver* perpétuelle- 
ment là domination impériale, non pas 



Ce second saint synode de cent vingt- 
huit évoques se réunit donc à Ephèse, 
Les chefs en étaient Léon de Rome, par 
ses représentants; Dioscorus, pape d'A- 
lexandrie ; Juvenal de Jérusalem; Dom- 
nus d'Antioche ; Eustathius de Bei- 
rout; Thalassius* de Césareé de Cap- 
padoce ; Eusebius de Séleucie. — Le 
bienheureux Bar-Çauma, le prince des 
ascètes^, fut aussi convoqué et s'y ren- 
dit. 

L'empereur envoya des écrits ainsi 
conçus ^. 

Copie de la lettre de V empereur qui 
fut lue par Jean, protonotaire : « Les 
empereurs, [181] Césars, Theodosius 
et Valentin[ian]us, victorieux, illustrés 
par de grands triomphes,', vénérables, 



1. MANsr, VI, 764. 

2. Perrt, p, 298. Ce document n'existe plus en grec, que je sache. — 3. Lire : aux empereurs^ 
d'après le contexte. Toutefois Pehry a partout le singulier, et la lettre est adressée « à l'empereur 
Théodose », — 4. Lire : l-*-io lowL (Perrt). 

5. Ms, : Tâûlîsos. — 6. Peut-être : « archimandrite », — 7. Ma-nsi, VI, 597 ; Perry, p. 275, — 
8. Cf. p. 25, n, 14, 



30 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



tant par la force des armes que par le 
service de Dieu. Par celui-ci en effet, 
vous avez prévalu et vous prévaudrez 
toujours contre les ennemis; car le Roi 
des rois élève en votre faveur une 
prière* invisible, à cause de votre vigi- 
lance pour la foi orthodoxe : et ce bien- 
fait conserve inébranlable le sceptre 
de votre empire et rend craintifs ceux 
qui s'élèvent contre vous. Vous avez 
l'autorité* : non seulement pour délivrer 
le genre humain des attaques des Bar- 
bares, mais pour le conserver intact 
contre la nouveauté des paroles de ceux 
qui pensent tout à fait autrement % et 
qui lancent, comme le poison mortel 
dont sont enduits les traits de l'impiété, 
la corruption sur les âmes des simples ; 
elle ne transperce pas le corps, mais elle 
introduit la mortdans l'âme. Il estconnu 
que de tout temps, ce désir fidèle et cher 
au Christ a excité* votre piété et votre 
zèle pour le Seigneur, et, encore main- 
tenant_, lui a très justement inspiré de 
saisir le glaive et le bouclier, selon la 
parole du prophète % pour se lever au 
secours de notre foi orthodoxe et imma- 
culée ; et ceux qui s'appliquaient à la 
troubler furent arrêtés sans retard*'. Il 
fut démontré par les faits qu'ils disaient 
aux disciples du Christ des choses étran- 
gères^ et leur prêchaient une erreur 
nouvelle. 

Pour cela, vous avez ordonné dans 
vos saintes lettres que nous nous réu- 



Augustes^ au saint synode d'Éphèse, — 
Nous aurions voulu que les saintes 
églises fussent en dehors de toute pertur- 
bation, que vous-mêmes, dans vos saintes 
églises, vous continuassiez selon les cou- 
tumes à célébrer* les fonctions du minis- 
tère divin, et que tout ce labeur et cette 
affliction ne vous incombât pas. Mais, 
parce que l'évêque aimant Dieu® Flavia- 
nus voulait agiter quelque chose con- 
cernant la foi sainte contre le révérend 
archimandrite Eutychès, et ayant réuni 
un tribunal'", commença à faire quelque 
chose, nous envoyâmes plusieurs fois 
vers l'évèque aimant Dieu **, désirant ré- 
primer le trouble qui s'était élevé; car 
nous savions que la foi que les Pères 
ont exposée à Nicée et que le synode 
d'Ephèse a confirmée, nous suffit. Mais 
ayant à plusieurs reprises insisté auprès 
de l'évèque aimant Dieu, pour qu'il aban- 
donnât une telle question, afin de ne pas 
donner lieu au trouble de tout l'univers, 
il n'y consentit point. Jugeant qu'il n'est 
pas prudent'* pour nous qu'une telle 
question, concernant la foi, soit agitée 
en dehors du synode de vous tous, évê- 
ques de tous lieux, il nous a paru néces- 
saire qu'un synode se rassemblât, afin 
que Votre Sainteté connaissant les choses 
qui ont été faites ici et toute la question *^ 
qui a été agitée, coupe dès la racine la 
fraude diabolique et chasse de l'Eglise 
ceux qui sont les émules des blasphè- 
mes de Nestorius.» 



1. Perry ; Xl.ii» [JLl^i. |iû2Vw.'_'**i, <{ lève des armées célestes ». — 2, Pesrt: U-xg^^û* « du zèle ». — 
3. Perry : ;^^o U*û<" W» I-^o^ j^îl•. — 4. Lire : v^^il (Perry). — 5. Ps. xxxr, 2. — 6. Litt. : « furent 
tenus de près y>. — 7. Litt. î aliéna. 

8. tspoupysîv. — 9. Rest, : X^*»»» = OsocptXédratoç, — 10, xptTvîptov. — . H, oùx «ffçaXlç. — 12, Lire : 



LIVRE VIII. GHAP. VII 



31 



nissions à la ville d'Éphèse, que nous 
accourions près de Jean, le Théologien' 
avec lequel déjà auparavant, les Pères 
avaient amputé, par le glaive spirituel, 
la langue^ de Nestorius, qu'il avait ai- 
guisée contre la gloire du Christ, alors 
qu'ils avaient comme conducteur dans 
ce brillant combat le bienheureux 
Gyrillus notre père spirituel, et évêque. 
Aussi, quand les écrits de Votre Séré- 
nité, comme une trompette à la voix 
puissante, nous ont invités au combat 
pour la foi : chacun de son côté, 
celui-ci de très loin, celui-là de près, 
cet autre ^ du milieu, tous nous accou- 
rûmes de toute part à la ville de Jean 
et de Timothée, Et lorsque nous fûmes 
tous réunis, et que nous nous fûmes 
rendus à l'église de Sainte-Marie, afin 
que ce lieu soit aussi le témoin et le 
mémorial de la science divine et vé- 
ritable, nous appliquâmes nos esprits à 
l'examen * des faits. 

Or, le révérend archimandrite Euty- 
chès passa et se tint au milieu, et il 
nous présenta une supplique, par écrit, 
dans laquelle il définissait, [182] pre- 
nant le Christ à témoin de ses senti- 
ments et de ses paroles, et disait : qu'il 
avait appris dès sa jeunesse la sainte 
confession des Pères et de la foi de Ni- 
cée, et l'a gardée inviolablement jus- 
qu'ici; qu'il n^a jamais ébranlé^ aucune 
des choses qui sont d'accord avec elle; 
que pareillement, il est demeuré attaché 



Dioscorus dit : « L'empereur a pres- 
crit qu'on ne fasse point de symbole : ce 
que nos Pères ont déjà fait; mais qu'on 
examine si les choses qui ont surgi ° 
sont d'accord avec les prescription des 
Pères. Voulez-vous donc changer la foi 
des Pères? » — Le synode répondit : 
« Que celui qui innoverait soit ana thème • 
que quiconque la pervertirait^ soit ana- 
thème. Nous gardons la foi de nos Pè- 
res«. » 

Dioscorus reprit : « Pour la satisfac- 
tion de tout le monde, la stabilité de la 
foi, la destruction des choses qui ont 
surgi, j'examinerai ce que [i82] iesPères 
ont établi à Nicée et à Ephèse. » — Le 
synode répondit : « C'est là le salut de 
l'univers, c'est la confirmation delà foi ! » 
— Dioscorus dit : « Bien qu'il y ait deux 
synodes, ils ne professent qu'une seule 
foi. » — Le synode répondit : « Les 
Pères ont parfaitement établi toutes 
choses. Que celui qui transgresserait ces 
choses, qui y ajouterait ou qui les dimi- 
nuerait, soit anathème ! ». — Dioscorus 
dit : « Dieu lui-même reçoit vos paroles, 
et vous vous admettez qu'elles sont agréa- 
bles à Dieu et sincères®. Que quiconque 
enseigne autre chose que ce qui a été dé- 
fini à Nicée et ici, soit anathème In — Le 
synode répondit : « Au gardien suprême 
de la foi, à l'archevêque Dioscorus : lon- 
gues années '"! » 

Après que beaucoup de choses eurent 
été dites, on lut l'Action*' dans laquelle 



1. L'Apôtre. — 2. ou^^. — 3. Lire : P;-| Icso^jx» (Perby). — 4. Lire : iLjs ILài. (Perry). — 5. 
Lire : v^ji.| (Perry). 

6. Ta àvaçyévTa. — 7. Sic, ms, ; Corr, : oqvo, « discuterait » = êTteÇepyâÇsTat. — 8. Mansi, VI, 621. 
— y. Lire : ^;-l^* et .Jh^';\ d'après le grec. —10. Mansi, VI, 625-628, — 11. upâ^tç. 



32 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



et a acquiescé aux choses qui ont été 
décrétées antérieurement dans la ville 
d'Éphèse par le synode qui s'y est ras- 
semblé, — Du moment où ce prêtre expo- 
sait ces choses et où ceux qui l'avaient 
jugé étaient présents, nous devions né- 
cessairement faire l'examen de ce qui 
s'étaitpassé. D'ailleurs, plusieursparoles 
de votre autorité nous avaient prescrit 
de le faire. 

Or, nous lûmes soigneusement les 
Actes, afin que la vérité fût manifestée, 
et plusieurs de nos collègues blâmèrent 
les choses qui avaient eu lieu alors' à 
Constantinople, et réprouvèrent comme 
des calomnies les paroles qui leur étaient 
attribuées, attendu que les choses ne s'é- 
taient pas correctement passées ^. Nous 
omettons de répéter, résumant la lon- 
gueur de l'affaire, pour ne pas être h 
charge à cause de cela. 

Ayant trouvé que l'archimandrite 
Eutychès, tant par les choses qu'il con- 
fessa de vive voix que dans le libelle 
qu'il nous présenta, tenait la foi ortho- 
doxe et n'avait point accepté d'intro- 
duire quelque chose de nouveau dans 
la foi, nous le louâmes pour la fermeté 
de sa foi orthodoxe. — En conséquence 
nous statuâmes aussi qu'il jouirait du 
sacerdoce comme auparavant. Mais 
nous pleurâmes non pas tant sur ce 
qu'il avait été condamné iniquement, 
que sur ceux qui s'étaient condamnés 



les partisans de Flavianus avaient tenu 
des discours' contre la vérité*. L'une de 
ces interpellations était celle de Basilius 
de Séleucie qui dit* : « Le Christ doit 
être reconnu en deux natures » ; et pa- 
reillement Julianus de Côs% et Eudoxius 
de Bosphoros, et Seleucus d'Amasia'. 
Et quand on eut lu ce qu'ils avaient dit, 
le synode dit : « Personne ne dit que 
Notre Seigneur est « deux » après l'in- 
carnation; que l'indivible ne soit pas 
divisé. » — Dioscorus dit* : « Pourquoi 
blâmez-vous Nestor[ius] ? Voici mainte- 
nant que les Nestoriens sont nombreux ! » 

[Extrait\des Actes^ : «Flavianus'" (dit): 
« Eutychès confesse-t-il que l'union a eu 
lieu £•/, âûo çîiaewv en un seul TcpôawTuôv et 
une seule hypostase oui ou non? » — Eu- 
tychès dit : « Oui ; je dis ex hùo. » — Eu- 
sebius de Dorylée dit : « Confesses-tu, ô 
Mar archimandrite, §60 (pûaeiç après l'in- 
carnation? dis-tu que le Christ est 6[ji.oou- 
atoç "^[AÏv xaxà aâpxa ? » 

Quand on lut ces choses", le synode 
dit: « Enlevez, brûlez Eusebius! qu'il 
soit brûlé vivant ! qu'on le mette en deux ! 
qu'on le partage comme il partage (le 
Christ) ! » — Dioscorus dit : « Cette 
parole est-elle agréable à vos yeux: \},z.iol 
TYjv £vav9pwTUY)(Ttv §ûo cjÛQtKq sîirsTv ? » • — Le 
synode dit : [183] « Anathème soit ce- 
lui qui le dit ! » Et après plusieurs autres 
choses, ils anathématisèrent quiconque 
« divise » (le Christ). 



1. Lire ; ^f»w» ^1 (Perry). — 2. Si le copiste n'a rien omis, Michel a résumé avec trop de con- 
cision le texte : « Ils disaient que ces choses avaient été dites par d'autres et qu'on avait changé 
leurs paroles, comme si les choses n'avaient pas été faites convenablement » (Perry). 

3. ëictkalia.. — 4. C'est-à-dire les Actes du concile de Constantinople en 448. Cf. Mans r, VI, 495- 649 
et suiv. — 5. ihid., 685. — 6. Ibid., 691. — 7, Ibid., 693. —8. Ibid., 685. — 9. ûuotAVTijxaTa , Mançî, 
VI, 737. — 10. Ms. : Paulinos. — 11. Au conciliabule d'Éphèse. 



LIVRE VIII. GHAP. Vil 



33 



eux-mêmes c'est-à-dire sur ces accusa- 
teurs (?) et ces juges surprenants'. Ce 
n'est pas en cela seulement qu'ils pé- 
chèrent : quelque grand que fût ce 
péché il était facile à réprimer^; mais 
ils osèrent mettre de nouveau en avant 
la doctrine de Nestorius. Un précédent 
synode avait défini que personne ne 
pourrait établir une autre foi nr même 
la discuter ou la refaire ; que ceux qui 
feraient cela seraient privés : les évêqucs 
de l'épiscopat, les clercs de la clérica- 
ture, les séculiers de Isf participation 
aux saints nîystères. C'est une chose 
connue et certaine, comme ayant été 
dite par l'Esprit saint, pour ceux qui 
sont enrichis' de la parole doctrinale, 
que « de disputer en paroles sans utilité 
conduit surtout à la perversion de ceux 
qui entendent* », comme dit le sage Paul, 
qui dit aussi ceci* : « Abstiens-toi des 
paroles vaines et inutiles, qui font sur- 
tout croître l'impiété. Leur discours 
gagne comme la gangrène. [183] De 
leur nombre sont » Flavianus et Euse- 
bius, « qui s'étant écartés de la vérité » 
sont déchus le sacerdoce, et sont deve- 
nus étrangers à tout honneur de l'épis- 
copat. 

Or, de notre consentement à tous, ils 
furent condamnés; comme d'une seule 
voix et d'une seule langue le décret de 
l'assemblée fut porté contre eux, en tant 
qu'ayant transgressé ce qui avait aupa- 



Basilius et Seleucus se rétractèrent 
et anathématisèrent ce qu'ils avaient 
dit^. Ils exposèrent qu'ils adoptaient la 
confession d'une seule nature du Verbe 
fait homme. — Tous les évoques du sy- 
node depuis Basilius de Séleucie jusqu'à 
l'archimandrite Bar-Çauma tinrent des 
discours''; ils reçurent Eutychès, et an- 
nulèrent les décisions portées contre 
lui. Ils condamnèrent et déposèrent Fla- 
vianus et Eusebius qui ne demandèrent 
pas pardon comme leurs collègues qui 
furent reçus ^. Ils prononcèrent aussi 
la déposition de Domnus d'Antioche et 
de sept autres : Irenseus do Tyr, Aquili- 
nus^ de Byblos, Theodoretus de Cyr, 
Ibas d'Édesse, Sophronius de Telia, 
Daniel de Harran*". 

Nous rapportons ceci ici afin de mon- 
trer plus clairementlaxaxaaxaatç" des évo- 
ques depuis le premier synode d'Éphèse 
jusqu'à la mort de Tempereur Theodo- 
sius et au règne de Marcianus'* : 

A Rome, après Celestinus vint Léon 
pendant 20 ans et 43 jours ^^ 

A Alexandrie, après Cyrillusvint Dios- 
corus, pendant 8 ans et 3 mois. 

A Constantinople, après Proclus, vint 
Flavianus, pendant 6 ans. Lorsqu'il fut 
déposé, vint Anatolius. Par la suite, 
celui-ci fut aussi trouvé hérétique. 

A Antioche, après Jean, vint Domnus, 
qui fut déposé; Maximus fut mis à sa 
place. 



- 1. Up paraît être un mot corrompu. Perry : ]x»j lov-ioCJ^o p^^l^c l-^r!>> ^ïûjw. — 2. Sens de l'au- 
teur. Perry: û.«)|&û<ii>. )iii^yj lovgw ^i3| laûS (c maintes fois un péché est facile à guérir ». — 3. Lire : 
^;*^i. (Perry). — 4. II Tim., n, 14, — 5. Ibid., 16-18. 

6. Cf. Mansi, VI, 828, 832. — 7. SiaXaXîa. Cf. Mansî, VI, 830-928. — 8. ibid., 908. — 9. Lire : 
»i»aiAaû|. — 10. Le nom qui manque est celui de Sabinianus de Perrha. — 11. Lire : ai.jxi^ea^ 
(Land). — 12. Land, III, 102; Cf. Jac, Edess., adann. 114, 116. — 13. '^, 

II. 5 



34 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

ravant été défini à Ephèse et décrété à A Jérusalem, Juvénal fut évêque pen- 

Nicée, et s'étant faits les approbateurs* dant 36 ans; c'est pourquoiil fut présent 

et les docteurs de questions schismati- aux trois synodes'. — Fin de ce {chapi- 

ques; et de plus, comme ayant excité tre). 

contre les Eglises une violente tem- 
pête, ayant jeté un grand trouble et une 

grande perturbation dans l'esprit des fidèles; comme ne sachant pas penser * très 
convenablement et habilement. On peut leur dire : « Marchez au feu de votre visage % 
et à la flamme de votre incendie ». Ceux-ci donc « mangeront et se rassasieront des 
fruits de leur voie et se nourriront de leur impiété », comme il est écrit*. 

Pour nous, nous avons défini, relativement à notre foi, des choses en conformité 
avec ceux qui se réunirent à Nicée et avec nos prédécesseurs à Ephèse ; car nous avons 
appris des divines Ecritures ceci^ : « Ne changes jamais le terme que tes pères ont 
fixé. » 11 n'y a en effet rien à y ajoujter, ni rien à enlever à ce qu'ils ont fait, — C'est 
pourquoi, nous demandons à votre autorité invincible d'avoir pitié de nos corps qui 
sont vieux, qui ont fort peiné dans le cours de la route et dans les dangers de la mer, 
et qui maintenant sont affaiblis et abattus surtout par la mauvaise condition de l'air 
d'Ephèse ; et d'ordonner avec sollicitude que nous partions d'ici, h cause du grand re- 
tard^, et principalement pour que quand chacun parviendra à son Eglise, il offre des 
prières pour Votre Majesté pieuse et aimant le Christ. » 

Et tous signèrent ces (lettres) chacun de son nom. — Ce [chapitrée) est aussi fini 

CHAPITRE VIII DU LIVRE VIII. —De Vépoque de la fin de la vie de l'empe- 
reur victorieux Theodosius. 

Quand le second synode d'Ephèse fut terminé, l'empereur Theodosius se 
rendit en Asie. Il visita* les saints Jean et Timotheus ; il visitait aussi les temples, 
priant Dieu et les saints de lui faire connaître [184] qui régnerait après lui, et 
fit de nombreux bienfaits au peuple. II retourna à la ville impériale. 

Or^ il arriva que, monté sur un cheval, comme de coutume, il sortit à la cam- 
pagne% pour son agrément; tandis qu'il chassait, il se trouva fatigué et tomba : 
les vertèbres de son cou furent brisées et on le plaça dans une litière *". Voyant 
qu'il était gravement malade et approchait de sa fin, il appela Pulcheria, sa sœur, 
et lui fit savoir que Marcianus régnerait après lui. Sur son ordre, Marcianus 



1, ^i^&^AM (Perrt). — 2, Uî^. — 3. Cf. Is., L, 11; le seas est sans doute : « à votre propre feu « ; 
Pekry : ,^i-^9U Uoiua; Vers. PeL ; >û5^ûj» l^wp « à la lueur de votre feu ». — 4. Prov,, r, 31. — 
5. Cf. I>eut.,xix, 14. — 6. Perry : U^i» ^*l;*^* l^.oaj> "^^e 

7. Aux deux d'Ephèse et à celui de Chalcédoine. 

8. Litt. : « il fut béni par... », Il s'agit des tombeaux de S. Jean et de S, Timothée à Ephèse. — 
9, xa(X7tov (?). — 10. Cf. Hist. du Bas Empire, XXXII, lxxxiv (t. VI, p. 203). 



LIVRE VIII. GHAP. VIII 35 

entra près de lui. L'empereur lui donna ses instructions et lui dit : « Prends soin 
de diriger le gouvernement selon la religion. » Et deux jours après il mourut. 
Il vécut en tout 50 ans, et en régna 42; car il était âgé de 8 ans quand Arcadius, 
son père, mourut. De son temps l'Eglise fut administrée dans une paix profonde 
et dans la tranquillité, et les chrétiens jouissaient de bienfaits abondants, comme 
aux jours de son père et de son grand-père Theodosius, Que leur mémoire soit 
en bénédiction! — Fin de ce chapitre sur la mort de V empereur victorieux 
Theodosius. 

Après que le second synode d'Ephèse eut été congédié, les envoyés représentants 
de Léon retournèrent à Rome et lui firent savoir que son Tome n'avait pas été 
accepté. Il fut rempli d^indignation et de colère, et il en conçut de la haine, de la 
rancune et de l'inimitié contre Dioscorus. 

A cette époque, la femme de l'empereur Theodosius et Pulcheria, sa sœur, mon- 
tèrent prier à Rome. Valenti[niajnus régnait olors à Rome, Comme elles parcouraient 
les églises, elles vinrent pour entrer au temple des Apôtres, [184] accompagnées de 
l'empereur Valenti|nia]nus lui-même et de sa mère. Le diacre qui gardait le temple 
se leva et ne voulut pas écarter les portières*, comme de coutume. Les personnages 
impériaux en furent étonnés. Ils lui ordonnèrent de les écarter *, mais il n'y consentit 
point. Ils entendirent à l'intérieur la voix de Léon; ils passèrent, entrèrent et 
le trouvèrent à genoux et pleurant. Ils l'engagèrent à leur en faire connaître la 
cause. Il dit: « De vos jours le trône apostolique a été méprisé; les canons aposto- 
liques ont été foulés aux pieds, à cause du synode d'Ephèse et des choses qui y ont été 
faites. » — Ayant appris de lui ce qu'il désirait, chacun d'eux écrivit et adressa une 
lettre à l'empereur Theodosius pour l'engager à réunir un concile œcuménique et à 
annuler celui d'Ephèse '. L'empereur leur répondit* que le second synode d'Ephèse 
avait été tenu en toute crainte de Dieu, dans la foi vraie et orthodoxe, et n'avait lésé en 
rien les canons des Pères. « Je me suis moi-même soigneusement rendu compte de 
toute chose. Vous ferez bien, en ne vous mêlant pas de cette affaire. » 11 répondit pa- 
reillement à chacun d'eux. Léon se tint ti'anquille, rempli de colère contre Dioscurus. 

Or, Theodosius étant mort la même année et Marcianus ayant commencé à régner, 
par le choix de Pulcheria, Léon se préoccupa de faire recevoir tout d'abord son 
Tome et d'avoir des auxiliaires, et ensuite de faire anathématiser saint Diosco- 
rus. Jl envoya trouver Marcianus et Pulcheria pour qu'ils réunissent un concWe, qu'ils 
annulassent les choses faites dans celui d'Ephèse et fissent revenir d^exilà Constan- 
tinople les ossements de Flavianus. Ces choses eurent lieu. Anatolius de Constanti- 
nople signa une adhésion au Tome de Léon. On lut, en présence des clercs et des 



1. Litt. : les voiles de la porte. — 2, Lire : »2ùj, « de faire » la séparation. — 3. Mansi, VI, 49 
sqq. — 4. ihid., 67 sqq. 



36 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



moines qui résidaient dans la demeure épiscopale avec ceux qui avaient été envoyés 
de Rome pour ramener les ossements de Flavianus, la profession de foi de Fla- 
vianus': celle qu'il avait écrite avec astuce et présentée à Theodosius et dans laquelle 
il dit : « Le Christ est è^ à;j.çoïv elç, et : [x(av çudiv tou A6You<î£<7ap/,(«)[XcVY)v»,mais non pas 
absolument « deux natures »; pour qu'on juge par là de la foi de cet homme. Cette 
(maxime) : âuo çiicrsîç [Asxà hiù7v> n'avait pas encore trouvé de liberté. — On rédi- 
gea des Actes* de ce qui avait été dit et fait, et on y inséra aussi la profession de foi 
et le Tome de Léon . 



CHAPITRE IX DU LIVRE VIII. ^- Du commencement du règne de Marcianus ; 

comment cet impie régna. 

Quand le victorieux Theodosius mourut, Marcianus, homme âgé, stupide et 
illettré, commença à régner par le choix de Pulcheria. — Il régna 6 ans et 7 mois. 

[183] D'après ce qu'on disait, il vivait dans la débauche avec Pulcheria. C'est 
pourquoi il la prit sans pudeur pour femme. — Fin. 



A cette époque, trois pierres tom- 
bèrent du ciel : fait surnaturel ; e^ 
beaucoup de gens pensèrent qu'elles 
étaient le signe * de la corruption qui 
eut lieu dans les églises_, [183] de l'ex- 
pulsion de la confession orthodoxe et 
de l'introduction de l'hérésie perverse 
des diphysites*, qui pénétra grâce au 
pernicieux concile réuni à Chalcédoine 
par le soin et l'autorité de Pulcheria et 
de Marc[i]anus, son époux. Ceux-ci^ afin 
de consolider l'empire dans leurs mains, 
voulurent plaire à Léon de Rome 
qui tenait déjà auparavant en secret les 
opinions du méchant Nestorius_, et était 
perverti soit par l'action de celui-ci^ soit, 
comme je le crois, par l'opération du 
Calomniateur, principe de tout mal. — 
Fin. 



En la l*"® année de Marcianus il or- 
donna qu'un concile se réunît. 

Au mois de tesri ii (nov.) de la 2*^ an- 
née de son règne, qui est l'an 765, il se 
réunit à Chalcédoine. Il s'y trouva 704 
évoques dont la plupart persistèrent [183] 
fermement dans la vérité, et n'abandon- 
nèrent pas la foi orthodoxe. Ceux qui 
succombèrent devant Dieu, soit par la 
crainte, soit par la flatterie de l'empe- 
reur, changèrent la vérité pour le men- 
songe, établirent des définitions héré- 
tiques, et transgressèrent les canons 
des saints synodes antérieurs. 

A Edesse, le 31® (évêque) fut Nonus^. 

Alors s'y trouvait Isaac, archiman- 
drite et auteur d'homélies, qui lui-même 
devint ensuite hérétique; car le malheu- 
reux changea avec les temps®. 



1. Mansi, VI, 540. =- 2. yTtojxvYiixaTa. 
3. Lire: \L\. — 4. ^i-l*-3 u-il.U. 

5. Cf. Chron. edess., n°^ Lxrv, Lxvin; Jac. Edess., ad. anu. 125. 
Land, III, 84 ; Pseudo-Dents ad ann. 729. 



6. Cf. Chron. edess., uo lxvii; 



LIVRE VIII. CHAP. X 37 

(CHAPITRE X*). — Ici nous plaçons le récit qui montre la corruption intro- 
duite par le concile de Chalcédoine, et d'où ce mal tir a^ son origine. Nous divi- 
sons cette histoire en chapitres'' [compris) dans le nombre [des chapitres) de ce 
Livre huitième, pour en faciliter V intelligence à ceux qui le rencontreront'* . — 
Chapitre premier., [tiré) du troisième Livre que Zacharie le Rhéteur^ a transcrit 
de la Chronique d'un homme fidèle qui écrivit, en grec, à an homme appelé Eu- 
prakos^ [et) occupé au service de V empereur, ce qui arriva à Chalcédoine sous 
Marcianus, après la mort de Theodosius , en Van 16k des Grecs. 

§ P"". — Tu désires donc, ô Euprakos, ami du Christ, pendant que tu demeures 
dans le palais impérial, apprendre ce qui arriva aux saintes églises^, sous le règne de 
Marcianus, dans l'assemblée qui se tint à Chalcédoine et qui, à cause* d'Eutychès, 
introduisit la doctrine de Nestorius, ajouta le mal au mal, excita deux hérésies l'une 
contre l'autre, remplit la terre habitée de divisions, confondit la tradition de la foi 
apostolique et la régularité* des églises, et déchira en dix mille morceaux la tunique 
intègre du Christ tissée d'une seule pièce*". Nous anathématisons, certes, ces héré- 
sies, ainsi que toute doctrine honteuse, et nous acceptons les trois synodes qui 
conservèrent avec vigilance la véritable doctrine; et maintenant nous procédons à 
l'exposition'' à laquelle tu nous as incité, — Quand Cyrilius mourut^ Dioscorus reçut 
l'épiscopat d'Alexandrie, homme saint et athlèfe** de la vérité, qui n'avait point la 
disposition, ni la liberté*' de Cyrilius. — En ce temps-là (vivaient) Theodoretus, Ibas, 
Flavianus et Eusebius, partisans de Nestor[ius], qui furent déposés dans le second 
concile d'Ephèse. — Theodoretus monta trouver Léon de Rome, et, tant par le pré- 
sent « qui aveugle les yeux des sages », comme il est dit, surtout les yeux de l'âme 
de quiconque s'y laisse prendre, que par des paroles séductrices, il le captiva et le 
remplit de colère contre Dioscorus et les autres évèques véridiques. Léon le renvoya 
avec une lettre appelée le Tome^'* , qui est comrae la réfutation d'Eutychès, et qu'il 
devait apporter à Marcianus, qui se complaisait dans la doctrine de Nestor[ius] et 
lui était attaché, et à sa femme Pulcheria. Quand le Tome parvint à Pulcheria, elle 
écrivit une lettre aux évêques. Dans cette lettre, il y avait entre autres choses, ceci : 
« Notre divinité a reçu les écrits*^ [186] de l'ami de Dieu, notre saint Père Léon, 
archevêque de l'Église des Romains, au sujet du bienheureux Flavianus de cette ville 



1. Voir ci-dessous la note en tête du chap. xiv. — 2. Lire : iscasa. — 3. KeçâXata; plus bas l'auteur 
emploie le mot U*^, qui a le même sens en syriaque; nous le transcrivons par « paragraphe » pour 
conserver la distinction. — 4. La construction est très obscure. L'auteur désigne, croyons -nous, 
les textes auxquels nous donnons les titres de chapitres x-xiir. — 5. Land, Anecd. syr., III, 118. 
— 6. Ms. : Hyparkos; Land : 'xsa3;3o|. — 7. L. : à la sainte Église. — 8. Lire : lû^a (L.). — 
9. TaStç. Land : «yi.nni^ol ; eOtaSta. — 10. Cf. Johann., xix, 23. — 11. ta-ropca. — 12. àytoveo-Tv^î, — 
13. Ttapfïiala. — 14. Cf. p. 24, n. 4. — 15. |^a*^^ (?). 



38 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

impériale », et un peu plus loin : « Que Votre Sainteté ordonne donc que son nom soit 
placé dans les sacrés diptyques, à l'instar de nos saints et bienheureux Pères. Que 
son précieux corps soit ramené et déposé dans le lieu assigné aux corps des véné- 
rables Pères. Il est évident que quand Votre Piété aura décrété cela, notre autorité 
fera en sorte que les évêques amis de Dieu, de tous pays, signent ce qui aura été fait 
par vous, et celui qui résisterait à notre autorité et au sentiment de l'archevêque de 
Rome, ne sera pas hors de danger. » — Quand ces lettres eurent été lues, les dits 
ossements entrèrent. Tout cela fut écrit avec les Actes* et le dit Tome et inséré dans 
la session*. Ces Actes eux-mêmes furent renvoyés, par l'autorité impériale, selon la 
promesse qu'en avait faite Pulcheria, à Léon, par les personnes qu'il avait expédiées 
avec le Tome. Léon, à son tour, les communiqua, par ses envoyés nestoriçns, aux 
évêques de tous pays. Quiconque venait auprès de lui devait de deux choses l'une : 
ou signer ou être déposé. Par cet artifice, Léon s'ingéniait à capturer' chacun d'eux. 
II captura 446 évêques, et après cette pêche, conformément aux instances qu'il avait 
faites auparavant près de Marcianus et de Pulcheria, le synode fut assemblé, alors 
que Léon avait l'assurance que de toute manière sa volonté serait accomplie, 

§ II, qui expose les raisons pou j' lesquelles Marcianus et Pulcheria prirent soin d'ac- 
complir la volonté de Léon, et d'abolir ce qu avait fait V empereur défunt Theodosius. 
— Deux motifs poussèrent Marcianus et Pulcheria à cette insanité. — Le premier est 
que du vivant de Theodosius ils avaient fait une chose honteuse, et Marcianus avait 
été menacé d'être misa mort le jour où il serait surpris dans la ville impériale. Depuis 
lors, ils dissimulaient tous les deux au fond de leur cœur la haine, de l'empereur. — 
Le second est que Marcianus redoutait Valenti[nia]nus, parce qu'il régnait sans son 
autorité ; car, la coutume était que quand l'empereur d'Orient,c'est-à -dire de Gonstanti- 
nople, mourait, l'empereur d'Occident, c'est-à-dire de Rome, choisissait et établissait 
son successeur. Marcianus et Pulcheria étaient donc plongés dans la crainte, car ils ré- 
gnaient non par l'assentiment de Valenti[nia]nus, mais par l'autorité de leur propre 
maison. Ils s'appliquaient donc à lui plaire et à lui être agréables, afin qu'il leur ac- 
cordât l'empire et qu'il demeurât en paix avec eux; et comme ils savaient que pen- 
dant la vie de Theodosius Valenti[nia]uus s'était eflforcé de faire la volonté de Léon 
et n'était point d'accord avec Theodos[ius], ainsi que nous l'avons exposé plus haut, ils 
furent portés, pour plaire à Valenti[nia]nus, à réunir un concile et à annuler ce qu'avait 
fait celui d'Ephèse, pour établir la doctrine de Léon. Ce synode fut assemblé à l'occa- 
sion d'Eutychès, mais en réalité pour introduire le nestorianisme. 

C'est pourquoi Marcianus fit revenir Nestor[ius] de son exil d'Oasis, par les soins 
du tribun Jean. Nestor[ius] sortit donc avec joie pour revenir. Il se moquait à haute 
voix de la Vierge Marie et disait : « Qu'es-tu, ô Marie? Par qui désormais seras-tu 



1. Û7io|j[Vï)(ji,aTa. — 2. Ttpâli;. Il s'agit du concile de Gonstaatiaople en 450^ Gf* Mansi, VI, 513. — ^ 
3. Lire : 'ofj. 



LIVRE VIII. GHAP. X 39 

appelée Mère de Dieu? » Mais le châtiment l'atteignit promptement, comme (autrefois) 
Arius, Il tomba de sa monture et se coupa la langue; sa bouche fourmillait de vers, et 
il mourut en route. Dorotheus qui était avec lui fut frappé du même châtiment. Mar- 
cianus l'apprit et en fut affligé. 

Le tribun Jean qui était aussi chargé de lettres de convocation pour le pape Dios- 
corus et pour Juvénal de Jérusalem leur fit savoir comment était mort Nestorius. 
Quand les évêques furent prêts à se réunir, l'empereur ordonna que le synode se tînt 
à Nicée et que les évêques fussent au nombre de 318, afin d'imiter les anciens Pères. 
Mais la Providence divine ne leur permit pas de tromper par la similitude du nom. Il 
y eut en ces jours-là un tremblement de terre et la grande église de Nicée s'é- 
croula. L'empereur revint et ordonna qu'ils se réunissent à Chalcédoine, 

Les partisans de Nestor[ius] pressèrent l'empereur de [187] mettre Theodoretus 
à la tête du synode. Quand tous les ennemis de saint Dioscorus et tous ceux qui 
avaient auparavant souscrit au Tome furent réunis avec les représentants de Léon, 
les juges * et le sénat* qui avaient donné leur adhésion, on leur laissa la liberté de 
faire tout le tumulte qu'ils voulaient. Ils entrèrent tous dans l'église de la martyre Eu- 
phemia. Les juges se placèrent devant l'autel. A leur gauche siégèrent ceux qui 
avaient été envoyés par Léon, ainsi que Anatolius de Constantinople, Maximus d'An- 
tioche, Thalassius de Césarée de Cappadoce^ Stephanus d'Éphèse et les autres évêques 
des diocèses d'Orient, d'Asie et de Thrace; à droite : Dioscorus d'Alexandrie, Juvé- 
nal de Jérusalem, Quintillus, représentant d'Anastas[ius] de Thessalonique, Petrus 
de Corinthe, les autres évêques des diocèses d'Egypte, et d'Illyrie, et ceux de Palestine 
avec eux*. 

î^ III. Du commencement de ce qui se passa dans rassemblée. — Alors, l'évêque 
Paschasinus, représentant de Léon, se tint au milieu avec Lucensius*, Bonifatius et 
leurs compagnons, et ils dirent : « Nous sommes porteurs de l'ordre du bienheureux 
et apostolique pape de la ville de Rome, qui est la tête de toutes les églises, que 
Dioscorus ne siège pas dans le concile, mais qu'il y vienne pour être entendu; et nous 
devons nécessairement observer cela. Si Voti'e Grandeur l'ordonne : qu'il sorte, 
ou nous sortirons nous-mêmes. » Les glorieux juges dirent : « Que reprochez- 
vous donc spécialement au révérend Dioscorus? » — Paschasinus^ dit : « Quand il 
entrera pour être interrogé, on lui présentera nécessairement l'objet de son accu- 
sation. — Les juges (et) le sénat dirent : « Ainsi que nous l'avons déjà dit: Qu'on 
expose ouvertement ce qu'on lui reproche. » — Lucensius dit : « Qu'il rende raison 
de son jugement; car n'ayant pas le rôle de juge, il osa (juger), et eut l'audace de 
faire un synode sans l'autorité du Siège apostolique, ce qui ne fut jamais permis. » 
— Et Paschasinus ajouta : « Nous ne pouvons rien faire de contraire aux prescrip- 



1. apxovxeç, — 2. Lire : «fioo^^^iwaaoo, d'après les Actes. — 3. Mansi, VI, 579. -— 4. Ms. : Lou- 
qianos. — 5. Ms. : Pasqianos, 



40 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIE?f 

tions du pape apostolique, ni aux canons ecclésiastiques définis par* les Pères. » 

— Les glorieux juges ajoutèrent et dirent : « De toute façon vous devez dire en 
quoi il a transgressé. » — Et Lucensius dit : « Nous n'admettons pas qu'un tel af- 
front nous soit fait, à nous et à voiis^ que celui-là siège* qui est venu pour être jugé, » 

— Les juges et tout le sénat dirent : « Si tu as le rôle de juge, tu ne dois pas 
poursuivre comme accusateur ^ » — Ensuite ils firent lever saint Dioscorus de sa 
place et le firent mettre au milieu, à l'endroit où se placent ceux qui doivent être 
jugés. Alors les Nestoriens, chacun de sa place, commencèrent à le combattre*. Theodo- 
retus, qui était privé du sacerdoce, changea de place et vint se placer au milieu 
d'eux sans être blâmé. Et h cause de cela Dioscorus et les évêques qui étaient avec 
lui frémissaient de voir comment il foulait aux pieds les saints canons de l'Eglise. — 
Telles sont les choses qu'on fit h saint Dioscorus pour l'empêcher de prendre part 
au synode de Chalcédoine. Ayant ensuite été convoqué par eux, il ne consentit pas 
(à venir), premièrement parce que le Tome plein de blasphèmes fut reçu; et seconde- 
ment, parce que les Nestoriens qui avaient été déposés h cause de leurs blasphèmes, 
parmi lesquels étaient Eusebius de Dorylée et Ibas d'Edesse, furent admis. 

Eusebius, étant entré^ agita beaucoup de choses et donna un libelle dans lequel il 
confessait qu'il parlait pour lui-même et pour Flavianus. Ensuite les juges dirent : 
« Que Theodoretus prenne part au synode; car l'archevêque Léon lui a rendu son 
épiscopat. » — Quand cela eut lieu, les révérends évêques d'Egypte, d'Illyrie et de 
Palestine s^écrièrent tous: « Pitié! pitié! la foi a péri! Les canons excluent cet 
homme ! Jetez-le dehors ! Jetez dehors le maître de Nestorius ! » — Le révérend Dios- 
corus dit : « Pourquoi chasser Cyrillus, par qui celui-ci a été anathématisé? » — Quand 
Theodoretus prit place, les évêques orientaux s'écrièrent : « l\ est digne ! Il est 
digne ! » Les Egyptiens et les évêques qui étaient avec eux s'écrièrent : « Il est indigne ! 
Il est indigue! Ne l'appelez point évêque, il n'est pas évêque. Jetez dehors cet adver- 
saire de Dieu, ce Judas.' » — Les Orientaux répondii'ent : [iHH] « (Que) l'orthodoxe 
(prenne part) au synode! » — Les Egyptiens ajoutèrent : « Jetez dehors le perturba- 
teur, le contempteur, celui qui méprise le Christ, celui qui a anathématisé saint 
Cyrillus! » — Basilius, évêque de Trajanopolis", dit : « Theodoretus a été aussi dé- 
posé par nous.» — Les révérends évêques égyptiens s'écrièrent tous : « C'est Cyrillus 
lui-même que nous chassons, si nous admettons Theodoretus. Dieu lui-même a dé- 
tourné son visage de cet homme®. » 

Après cela on se mit à lire, dans le synode de Chalcédoine, ce qui avait été fait 
dans le second synode d'Éphèse. On lut le discours de saint Dioscorus qui était ainsi 
conçu ^ : « Ce que les synodes ont prescrit est manifeste; nous ne devons pas nous 
en écarter. Notre empereur ami du Christ a prescrit de rassembler ce saint synode 



1, Lire : ^», — 2. Lire ; l^^J, — 3, Mansi, VI, 581. — 4. Litt. : sagittantes in eum. — 5. Ms. ; 
Tripolis. — 6. Mansi, YI, 592. — 7. ihid., 621. 



LIVRE VIII. GHAP. X 41 

à cause des innovations' et non pour définir la foi qui a déjà été établie par les bien- 
heureux Pères. » Et : « Voulez vous changer la foi des Pères? » A quoi le synode lui 
répondit : « Que quiconque la change soit anathème ! Que quiconque la pervertit* soit 
anathème! nous gardons la foi de nos Pères ^ » 

Quand ces choses furent lues à Chalcédoine, les Orientaux et les évoques qui étaient 
avec eux s'écrièrent : « Nous n'avons pas dit cela; qui a dit cela ?» — Les glorieux 
juges dirent : « Par qui ont été écrits les Actes*? » — Le révérend Dioscorus dit : 
« Chacun a écrit par son notaire. Si vous ne voulez pas de ce qu'a écrit mon notaire : 
chacun est responsable de ce qu'a écrit le sien. » — Juvenal de Jérusalem dit : 
«Mon notaire était présent et a écrit avec les autres notaires. » — Thalassius, évêque 
de Césarée, dit : « J'en avais un qui a écrit. » — Dioscorus dit : « Voici donc que le 
notaire de l'évêque Juvénal, [et le notaire] de l'évèque Thalassius % et le notaire de 
[l'évêque de] Corinthe ont écrit! Sont-ce seulement* les miens? » 

Ensuite on lut une autre interpellation' de saint Dioscorus prononcée par lui à 
Ephèse et qui était ainsi conçue* : « Dioscorus, révérend évêque d'Alexandrie, dit : Si 
donc le Saint-Esprit était avec les saints Pères qui s'assemblèrent, comme il y était en 
effet : décrétez conformément aux choses qu'ils ont décrétées; et quiconque change 
ces choses méprise la grâce de TEsprit. — Et le saint synode lui répondit : Nous disons 
tous les mêmes choses; que celui qui les change soit anathème! que celui qui les 
change soit chassé! » — Quand ces choses furent lues à Chalcédoine, Theodorus, 
évêque de Claudiopolis % dit : « Personne n'a dit cela. » — Le révérend Dioscorus dit : 
« Ils veulent nier des choses absolument manifestes. Qu^ils disent donc : Nous n'é- 
tions pas même là ! » 

Quand on lut une partie du libelle d'Eutychès, dans laquelle il y avait ceci : « Le 
saint synode, dont le président était saint Cyrillus, digne de bon souvenir, a défini que 
quiconque ajouterait, penserait'" ou enseignerait quelque chose en dehors de la foi 
définie à Nicée, serait soumis aux peines qui furent alors indiquées »_, Eusebius de 
Dorylée dit : « 11 a menti. Aucun canon n'a statué cela. >? — Dioscorus dit : « Il y a 
quatre volumes dans lesquels se trouve cette définition. Ce que les évêques ont défini 
n'est-il pas une définition ? Mais peut-être est-il écrit que c'est un canon ? n'est-ce 
pas une définition*'? Accusez les quatre livres synodaux; je les ai; un tel et un tel les 
ont; que chacun apporte ces livres". »> — Telles étaient les choses qui indiquaient qu'ils 
étaient disposés à changer la foi des saints Pères. 

§ IV, dans lequel {on parle) de la lutte. — Après cela, on lut à Chalcédoine ce qui 
avait eu lieu à Constantinople en présence de Flavianus et des évêques qui étaient avec 
lui. Ces choses avaient aussi été lues dans le second synode d'Éphèse ; elles avaient été 



1. àvaçuévTa. — 2. Corr. : ^=iûvi = èTrïlepyaÇeirai. — 3. Mans', VI, 623. — 4. û'iro[i.viq[j.aTa. — 5. Ms. : 
Alasios. — 6. (lYi olÈ|xo\ (jLÔvot. — 7. SiaXaXîa, —8, Mansi, VI, 628, —9. Lire : 'isa2^û9a.j<iio. — 10. Lire : 
•^"^o = ÈTTivoùTa. — 11. La traduction s'écarte du grec. — 12. Mansi, VI, 632. 

II. 6 



42 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

placées, aVec les interruptions ' qui s'y rapportaient, dans les actes de ce second synode 
d'Ephèse, Tandis qu'on les lisait à Chalcédoine, on lut l'interpellation de Basilius 
d'Isauria dans laquelle il y avait* : « Nous adorons un seul Seigneur Jésus-Christ 
connu en deux natures » ; puis celle de Seleucus d'Amasia [189] dans laquelle il y 
avait : « Nous croyons aussi en un seul Seigneur Jésus-Christ, lumière de lumière, 
vie de vie, en deux natures après l'incarnation » ; et ce qu'avait répondu le synode en 
disant : « Personne ne dit âûo tov Kuptov [i^exoc tyjv svwuiv. Cet homme n'est pas évêque 
d'Amasia, il est de Sinope*. » Ensuite on lut l'interpellation de Juli[an]us. évêque de 
Cos, dans laquelle il y avait : ce Nous confessons deux natures en un seul Trpôaojxov. » 
De plus, on lut aussi l'examen institué à Constantinople devant Flavianus contre 
Eutychès. On en arriva aux paroles par lesquelles Eusebius de Dorylée pressait 
Eutychès de confesser deux natures après l'union, à l'interruption que fit le synode 
h cette occasion en criant : « Enlevez! enlevez ! brûlez Eusebius! » ; aux paroles de 
Dioscorus qui dit au synode : « Cette parole est-elle agréable à vos yeux : « dire deux 
natures après l'union? » ; à ce que répondit le synode : « Que quiconque le dit soit ana- 
thème »; à ce que Dioscorus dit de nouveau au synode : « J'ai besoin de vos voix et 
de vos mains ; que celui qui ne peut crier étende la main ! » ; et à ce que le synode 
répéta en disant : « Que celui qui dit §Jo soit anathème!» — Quand on lut ces choses, 
à Chalcédoine, les évoques orientaux et ceux qui étaient avec eux renièrent le synode 
d'Ephèse et s'écrièrent : « Personne n'a dit ces choses. » — Et bientôt ils ajoutèrent : 
« Ce sont Dioscorus et les évêques égyptiens qui ont dit cela. » — Alors les révé- 
rends évêques égyptiens s'écrièrent: « Nous avons dit cela alors; nous le disons 
maintenant*. » 

Il faut que le lecteur remarque la question et l'interrogation des juges, placée plus 
haut, au sujet des Actes, la réponse qui lui fut faite, et l'enquête. Or, quand on com- 
mença à lire, à Chalcédoine, les choses qui avaient eu lieu dans le second synode 
d'Ephèse, dans tout ce qu'on lut ensuite et qu'on plaça dans les Actes de Chalcédoine, 
il ne se trouva pas une seule parole qui fut reniée, excepté celles qui sont placées 
ci-dessus; bien qu'ils désirassent vivement trouver quelque chose de faux. 

Quand on lut les paroles qu'il avait dites dans le second synode d'Ephèse, et qui 
étaient la rétractation de ce qu'il avait dit devant Flavianus à Constantinople, ^Etheri- 
cus, évêque de Smyrne'', commença à se troubler et essaya d'accuser Dioscorus. Aus- 
sitôt Dioscorus dit : « Qu'il produise deux témoins. «Les glorieux juges dirent : «De- 
vant qui Dioscorus t'a-t-il dit ces choses? » iEtherious dit : « Devant tout le monde. « 
Le révérend Thalassius dit à ^thericus : « Tu as dit sans contrainte les choses qui 
sont écrites; pourquoi veux-tu maintenant les rétracter? » — Dioscorus dit : 
« Voici qu'^Ethericus calomnie et ou ne lui fait rien; si j'étais reconnu coupable, il 
n'en serait pas ainsi pour moi®! » 

1. Peut-être : «avec les décisions qui s'y rapportaient »; cf. texte, p. 189, 1. 23, — 2. Mamsi, VI, 
685. — 3. Lire : t9ai^». — 4. Mansi, VI, 737. —5. Lire : P^o^-on — 6. Mansi, VI, 688. 



LIVRE VIH. CHAP. X 43 

Quand on lut à Chalcédoine l'interpellation que Basilius de Séleucie avait faite à 
Éphèse, disant qu'il blâmait ce qu'il avait dit à Constantinople en faveur des deux 
natures, il rougit, se leva et dit : « Je voulais la corriger*. » 

Saint Dioscorus entendit toutes ces choses que les Nestoriens tournaient contre lui, 
et qui montraient, comme nous l'avons dit, qu'ils étaient prêts à changer la foi des 
saints Pères pour introduire « la dualité des natures après l'union » ; il vit aussi qu'ils 
étaient appuyés par les juges pouf faire ce qu'ils cherchaient depuis longtemps; il 
aima Dieu et la foi orthodoxe et s'attacha aux saints Pères. Il dit ceci : « La déposition 
de Flavianus a eu lieu manifestement parce qu il proclamait deux natures après 
l'union. J'ai pour moi l'autorité des saints Pères : d'Athanasius, de Gregorius, de 
Cyrillus, en plusieurs endroits, (d'après lesquels) il ne convient pas de dire deux 
natures après l'union, mais bien qu'une est la nature du Verbe incarnée'^. Je suis 
chassé avec les Pères. Je m'en tiens à la doctrine des Pères; je ne m'en écarte en 
rien. Ces démonstrations ne sont pas de simples (allégations) : je les ai dans les 
livres *. » — Ces choses firent que le saint ne se rendit point aux convocations du synode 
et accomplit ce qui est écrit : « Je ne siégerai point dans le conciliabule des mé- 
chants. » 

Tous ceux [190] qui demeurèrent dans le synode étalent des opportunistes qui ne 
combattirent pas pour la foi : à un autre moment ils parlaient autrement; ils s'accom- 
modaient aux circonstances et aux personnes. Nous laisserons de côté plusieurs choses 
qu'ils ont dites différemment en différents temps, en reniant leurs propres paroles, 
et nous citerons seulement l'interpellation de l'un d'entre eux. 

Quand les Nestoriens de Constantinople étaient réunis avec Flavianus ils disputaient, 
h ce qu'on croyait, contre Eutychès, mais en réalité contre la sainte Église, pour 
introduire le dogme impie de Nestorius. Pour l'établir, ils alléguèrent deux lettres de 
saint Cyrillus*, l'une qu'il écrivit à Nestorius lui-même, pour adoucir sa malice, et qui 
commence ainsi : On^ me calomnie^ d'après ce que j'apprends^ auprès de Ta Rè{>è- 
rence... ; l'autre h Jean d'Antioche, qui est aussi écrite économiquement comme à un 

infirme, et qui commence : Que les cieux se réjouissent Elles sont insérées dans les 

Actes que dressèrent les impies réunis avec Flavianus dans la ville impériale, et qui 
furent lus dans le second synode d'Éphèse. 

§• V. — Quand on lut lesdits Actes® à Ephèse, et qu'on y récita les lettres de saint 
Cyrillus, Eustathius, le révérend évêque de Beirout, dit': « Il est nécessaire de faire 
connaître à Votre Sainteté que Dieu accorda au vénérable archevêque Cyrillus, pen- 
dant sa vie, que des hommes qui ne comprenaient pas [bien]* ce qu'il avait parfaite- 
ment dit élevassent des doutes au sujet de quelques passages de ses écrits, afin quelui- 



1. Mansi, VI, 828. — 2. oxt oùSeï XéyEiv [jiexà tyiv êviocriv 5^0 çûseiç, à).Xà (xtav ffetrapxwfjiévYjV xoO Aoyou çytrtv. 

— 3. Mansi, VI, 684. — 4. Mansi, VI, 660, 665. — 5, Lire : ,^1 = «vlç. — 6. De Constantinople. 

— 7. Mansi, VI, 675. — 8. Compléter : ^»I♦*H <i^ = ovix opôôç. 



44 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

même, par l'enseignement de sa bouche pleine de sagesse, pût rendre clairs les écrits 
qui avaient été composés correctement ; il persuada ceux qui voulaient les calomnier, 
et il persuada tout le monde de s'attacher à l'enseignement de sa foi. Mais comme 
d'autres élevaient des doutes au sujet de la doctrine du vénérable bienheureux à 
propos des lettres mêmes qui viennent d'être lues, il dut employer tout son soin et 
tout le temps de sa vie dans un pieux labeur (qui consistait') à s'interpréter lui-même 
et à* exposer son propre sentiment. Dans les lettres qu'il écrivit aux (évêques) dignes 
de mémoire, saint Acacius de Mélitène, Valerianus d'Iconium, Succensus* de Dio- 
césarée dans la province d'Isaurie, (il montra) comment il faut comprendre les lettres 
qui viennent d'être lues, et la réalité* de la venue de notre Sauveur. On trouve en 
effet ceci, entre autres choses, dans les lettres (adressées) à ces bienheureux : 
u II ne faut pas comprendre deux natures, mais une nature du Verbe incarnée » ; et il 
confirme sa parole parle témoignage du bienheureux Athanasius. « — Ceci se passait 
à Éphèse. Or, quand on lut cette interpellation àChalcédoine, en même temps que les 
autres choses qui s'étaient passées dans le second synode d'Ephèse, les juges et tout 
le sénat dirent : « Que le présent synode dise si l'interpellation du révérend Eusta- 
thius, évêque de Beirout, est conforme aux lettres canoniques de Cyrillus, digne de 
sainte mémoire, qui ont été exposées dans le synode et qui viennent d'être lues. » 
— Et avant que le synode n^ait répondu, Eustathius se tint au milieu, jeta un livre 
et dit : ce Si j'ai mal parlé : voici le livre de Cyrillus; qu'il soit anathématisé ! que je 
sois anathématisé moi-même! — » l^es (évêques) égyptiens et les révérends évêques 
qui étaient avec eux s'écrièrent : « Eustathius a bien parlé ! l'orthodoxe ' a bien parlé ! 
Que la mémoire de l'illustre Cyrillus demeure à jamais! » — Eustathius de Beirout 
dit : « La lettre de saint Cyrillus, digne de mémoire, contient ceci. Et il récita cette 
lettre, et entre autres choses ladite sentence : « Il ne faut donc pas comprendre deux 
natures, mais une nature du Verbe incarnée *. m 

Il convient de remarquer la parole de saint Dioscorus citée plus haut, disant : Que la 
déposition de Flavianus avait manifestement eu lieu parce qu^il professait deux na- 
tures après l'union. Mais, si l'expression : « dire deux après l'union », venait des 
Pères et était usuelle, ou ce synode ou sa majorité aurait dû s'écrier : « La déposi- 
tion de cet homme a été injuste; car nous tous enseignons et croyons de même ! » ; 
mais personne ne lui répondit quelque chose de semblable. Que non seulement cette 
expression « dire deux après l'union » n'était ni usuelle, ni dans la tradition des 
Pères, mais qu'elle est même ridicule : cela est manifeste d'après [191] ce qui se passa 
à Constantinople en présence de Flavianus et des évêques qui étaient avec lui. — En 
effet, tandis que Flavianus et ceux qui étaient avec lui discutaient avec Eutychès et 
le pressaient de confesser « deux natures après l'union », et d'anathématiser quiconque 
ne croyait pas ainsi, il ne le voulut pas, et à cause de cela, ils le déposèrent; mais, 



1. Ms. -.Souqensos. — 2. Gr. : to aéêaç. —3. Corr. : [.«>cisa3ol»oiLîo!. — 4. Mansi, YI, 676. 



LIVRE VIII. GHAP. X 45 

craignant que la raison pour laquelle ils l'avaient anathématisé ne fût connue de l'em- 
pereur Theodosius et des évêques orthodoxes, ils passèrent le motif sous silence et en 
mirent un autre, c'est-à-dire : èx Sûo ©ûœîwv xpo tïjç èvwaewç, au lieu de : âuo çjaeiç [/.exà 
XY]v svwa'.v. Cela fut dit confusément et non pas clairement. Au lieu de ceci : « Il con- 
fessait une nature incarnée après l'union », comme le montrent les Actes, ils mirent plus 
tard simplement : « une (nature) ». Ils ne firent pas non plus cela sans astuce. — En- 
suite, quand Eutychès lut les Actes, il trouva qu'on avait changé ce qui avait été écrit; 
il en informa l'empereur et de la sorte, on fit de nouveau l'examen de ces Actes afin de 
savoir qui les avait viciés. Pour cette affaire, l'empereur envoya Je patrice Florentius, 
qui avait assisté avec eux au premier examen, l'évêque Thalassius, etc. Tandis qu'ils 
siégeaient par ordre de l'empereur, ceux qui tenaient la place d'Eutychès : les moines * 
Constantinus, Eleusinius et Constantius, entrèrent. On lut les Actes et beaucoup de 
choses furent trouvées changées. 

Le diacre Constantinus, un de ces moines, dit : « Pourquoi donc la déposition 
de l'archimandrite a-t-elle eu lieu? N'est-ce pas parce que notre saint archevêque, 
craignant Dieu, l'ayant interrogé : « Dis tu deux natures après l'union? et anathéma- 
tises-tu ceux qui ne le disent pas ? » il ne voulut pas prendre sur lui de prononcer ces 
anathèmes ? C'est pour cela qu'il fut déposé, et ces paroles ne sont pas notées dans 
les Actes. » — Le très magnifique ^ patrice dit : « Qu'on lise le reste,- et voyons si on y 
a mis ce que dit Constantinus. » — On lut le reste, et aussi l'interpellation dans la- 
quelle le patrice lui-même s'était adressé à Eutychès. Il y avait : « Le très magnifique 
patrice dit : Quiconque ne dit pas : è% Suc ©ûaewv y.a'i 3uo çuastç ne tient pas la foi ortho- 
doxe. » — Le patrice dit : « Je n'ai point tenu ce langage; car je ne pouvais discuter 
sur la foi. » — Le révérend évêque de cette ville dit : « Ce qu'on dit n'avoir pas été dit 
se trouve dans les Actes. Notez-le, vous autres notaires, car c'est vous qu'on a en vue 
dans cette lutte, et bientôt on connaîtera cela exactement. » — Aetius^ diacre et no- 
taire, dit : « C'est le moment d'éclaircir cela ; car, les évêques qui étaient alors présents 
et qui ont entendu ces choses sont ici; Votre Grandeur^ a entendu plusieurs fois 
(la lecture des) Actes en présence d'hommes nobles et des Pères évêques, et Votre 
Magnificence* les a-t-elle jamais blâmés? » — Le très magnifique patrice dit : « Quand 
donc les Actes nous ont-ils été relus pour que j aie pu ainsi les blâmer? car j'ai de- 
mandé qu'on me les relise et on ne me la pas accordé. » — Après qu'on eut lu le reste, 
le révérend diacre Constantinus dit : « Le motif pour lequel l'archimandrite fut déposé 
n'est pas indiqué ; car Mgr notre archevêque lui demandait de dire : « deux natures 
après l'union » et d'anathématiser ceux qui ne confessaient pas cela ; mais comme il ne 
voulut pas les anathématiser, et s'écria : Malheur à moi si j'anathématise les saints 
Pères!, alors ils le déposèrent. Et cette parole n'est pas consignée dans les Actes. 

1. Lire : U;-«». — 2. Ras;» \\B = nsYcnlonp£Tis(Ti(xzo;, mngnificentissimus. — 3. Gr. : (t Leur Gran- 
deur ». — 4. Lire : ^sLoa^ l.o*^3. 



46 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Aussi, quand l'évêque Mar Basilius interrogea l'archimandrite : Dis-tu deux na- 
tures?, l'archimandrite dit : Je confesse une nature. Mar Basilius répliqua en disant 
que cette maxime : « une est la nature du Verbe incarnée », avait été aussi écrite 
par le bienheureux [Cyrillus]. Et cela non plus n'est pas consigné dans les Actes. » — 
Le révérend évêque Basilius de Séleucie d'Isauria * dit : « En vérité, je le dis, je ne puis 
me rappeler les paroles qui furent dites par moi; » et un peu plus loin : « Voulant 
apaiser Mgr l'archevêque, et entraîner paisiblement l'archimandrite à se mettre d'ac- 
cord avec nous, je dis : [192] Si tu dis qu'une est la nature de Dieu le Verbe qui a 
pris un corps et s'est fait homme, tu parles comme nous et comme les Pères, » — 
Après d'autres choses, le révérend diacre Gonstantinus dit : u J'ai déjà dit suffisam- 
ment que Mgr notre archevêque demanda à l'archimandrite : Dis-tu deux natures 
après l'union et anathématises-tu ceux qui ne disent pas deux natures? Et cette 
parole, pour laquelle il a été déposé, [n'est pas] placée dans les Actes. » — L'évêque 
Thalassius dit : « Le saint synode a entendu ce qui a été dit par le révérend diacre 
Gonstantinus. Que le saint synode daigne, s'il sait que l'ami de Dieu, FJavianus.a dit 
cela, le faire connaître ouvertement. » — L'évêque Basilius dit : « Nous nous rappe- 
lons qu'une fois ou deux l'évêque Eusebius le blâma parce qu'il ne disait pas « deux 
natures après l'union », et que lui-même dit : Ecoute ce qu'il te dit et ce qu^il te de- 
mande ; que réponds-tu h cela ? Nous nous rappelons cela . » — Le diacre Gonstantinus 
dit : « Je n'ai point entendu ces paroles de Mgr l'archevêque ». — Le révérend évêque 
Basilius dit : « Au commencement de la quatrième discussion, le révérend évêque 
dit aussi h l'archimandrite : Dis-tu deux natures après l'union ? et que Notre Seigneur 
Jésus-Christ nous est consubstantiel selon la chair? anathématises-tu ceux qui ne 
disent pas cela? L'archevêque lui posa aussi cette question : S'il disait ce que lui 
reprochait l'accusateur? A la fin, il y eut un grand tumulte; et en vérité, je ne me 
souviens pas si l'évêque aimant Dieu fit une telle demande. » — Le diacre Gonstan- 
tinus dit : « J'en prie votre saint synode; avez-vous entendu Mgr l'archevêque dire : 
Dis-tu deux natures? » — Le révérend évêque Séleucus dit: « Cela a été dit dans la dis- 
cussion; si cela a été dit par l'ami de Dieu Eusebius ou par notre archevêque aimant 
Dieu, Flavianus, et à quel moment cela a été dit, je ne m'en souviens pas. » — Le très 
magnifique patrice dit : « Je me souviens moi-même que ceci a été dit alors par l'ar- 
chevêque : Confesses-tu deux natures même après l'union? et qu'il a répondu : 
Puisqu'il y a les livres de saint Athanasius et des autres évêques qui ne contiennent 
rien de semblable, comment le dirais-je? » — Le diacre Aetius dit : :( Cette question 
a été posée par l'évêque aimant Dieu, Eusebius, pendant l'action^. » — Le révérend 
évêque Julianus dit : « Comme il y avait du tumulte, je ne me rappelle pas par qui cela 
a été dit. » — Le révérend évêque Eudoxius dit : « Je me souviens qu'Eusebius a dit 
que l'archevêque adhérait et qu'il pressait l'archimandrite d'adhérer aux choses dites 



1. Ms. : Souria. — 2. Ttpâ^tç. 



LIVRE VIII. GHAP. X 47 

parEusebius. » — Le révérend évêque Longinus dit : «. Je parle comme en présence 
de Dieu. Je ne me souviens pas de cela, à cause de la confusion qui avait lieu *. » 

D'après toutes ces choses il est évident que cette maxime : « deux natures », n'avait 
pas été dite librement, mais par crainte : tous en effet s'en écartèrent dans cet exa- 
men et l'imputèrent à Eusebius, l'adversaire d'Eutychès; et que la déposition de Fla- 
vianus et d'Eusebius fut prononcée justement, puisqu'ils confessaient « deux natures 
après l'union », comme il est manifeste d'après ce qui a été établi. 

§ VI. — Actes^ de ce qui a été fait à Ephèse. Dans ce chapitre apparaît le senti- 
ment des Pères qui se réunirent dans le second synode d' Ephèse^ que ceux de Chalcé- 
doine ont changé méchamment en s* écartant de leur foi. — Afin de faire connaître que 
« dire deux natures après l'union » est une addition et un changement dans la foi, il 
n'est pas inutile de placer ici quelques extraits des déclarations^ faites dans le se- 
cond synode d'Ephèse. 

Comme le religieux empereur Theodosius était scandalisé par eux, il ordonna 
qu'un concile universel se réunît à Ephèse, et il prescrivit que saint Dioscorus en 
fût le président avec Juvenal et Thalassius. Les Actes du concile de Constantinople 
furent lus; et on lut ensuite une grande partie de ceux du premier concile d'Ephèse, 
où, avec le bienheureux Cyrillus, on définit le canon prohibant d'ajouter ou de re- 
trancher quelque chose à la foi des 318 (Pères). — Après la lecture, Dioscorus dit* : 
« Je pense que [193] les choses qui ont été établies par les saints Pères plaisent à 
tout le monde. » — Un peu plus loin : Thalassius, évêque de Césarée de Cappadoce, 
(dit) * : « La bonté divine a fait paraître l'exposé du symbole de la foi des 318 Pères pour 
le temps où, lui prêtant leurs langues*, ils enseignèrent. Il a été principalement con- 
firmé par l'unanimité des saints Pères qui se réunirent dans cette célèbre métropole. 
Il convient de toute façon que nous le recevions; car une addition aussi bien qu'une 
diminution en lui serait comme un coup porté aux fondements de la religion, qui furent 
établis par les saints Pères à Nicée, et confirmés par ceux qui se réunirent ici. Je 
déteste ceux qui pensent des choses opposées à celles-ci, comme les destructeurs de 
la foi orthodoxe. » — Chacun d'eux parla ainsi, A la fin tout le synode dit : « Nous 
partageons tous ce sentiment et cette foi ^ » — Juvenal de Jérusalem parla au sujet 
de la déposition de Flavianus et d'Eusebius et statua ainsi à leur égard * : « Eux-mêmes 
se sont rendus étrangers au sacerdoce et à l'ordre épiscopal, Flavianus et Eusebius qui 
ont osé augmenter ou diminuer la foi qui fut établie dans le saint synode de Nicée, et 
qu'ont aussi confirmée les Pères de Constantinople et de cette (ville) d'Ephèse. Gomme 
ceux qui ont osé ajouter ou retrancher quelque chose, qu'ils soient étrangers au sacer- 
doce, et surtout parce qu'ils excitèrent une si grande perturbation. C'est pourquoi, moi 
aussi, d'accord avec ce concile universel et avec saint Dioscorus, je les dépouille du 



1. Mansi, VI, 808-817. — 2. 7tpâ|t;, — 3. «uoçaasi;. - 4. Mansi, VI, 901. — 5. Ibid., 904, 
6. riTisp èxsîvot Taç Y>,œ(jora; xpiQ<^a'^'C£';. — 7. Mansi, VI, 908. — 8. Ibid,^ 909. 



48 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

sacerdoce. » — Domnus d'Aiitioche de Syrie dit' : « Je suis aussi d'accord avec votre 
saint synode qui a rejeté Flavianus et Eusebius pour ne s'être pas tenus au saint synode 
de Nicée et h celui qui s'est réuni ici antérieurement ; et j'approuve le juste châtiment 
que vous avez prononcé contre eux. » — Meletius de Larissa, représentant de Domnus 
d'Apamée, dit* : « Je suis d'accord avec Votre Sainteté pour dire que la déposition 
de Flavianus et d'Eusebius, qui étaient précédemment évêques, est régulière et légi- 
time. Puisqu'il est constaté qu'ils ont transgressé les préceptes des saints synodes, 
je les considère comme étrangers à l'honneur de l'épiscopat. » — Jean^ évêque de 
Sébaste d'Arménie, dit^ : « Toute innovation que certainsosent faire contre la justice 
amène sur eux un châtiment canonique. Puisque Flavianus et Eusebius ont été 
trouvés transgressant la loi, ils ont été dépouillés justement du sacerdoce, conformé- 
ment au décret de l'ami de Dieu, le bienheureux pape Dioscorus d'Alexandrie, et du 
synode universel. Et moi aussi je suis d'accord avec eux. » — Photius, évêque de Tyr, 
qui est Çôr, dit* : « Ma bassesse consent au châtiment infligé par le saint et universel 
synode qui a exclu du sacerdoce les méchants Flavianus et Eusebius, attendu qu'ils 
pensaient contrairement au synode de Nicée. » — Mousonius ", évêque de Nysse,dit* : 
« Attendu que le saint synode tenu antérieurement à Éphèse a été méprisé par Fla- 
vianus et Eusebius, et qu'ils ont mérité le châtiment canonique, je suis d'accord moi 
aussi. » — Eustathius, évêque de Beirout, dit' : « Chacun connaît le décret porté par 
les saints Pères qui se sont réunis ici antérieurement, sur l'ordre de nos empereurs 
aimant le Christ, et qui ont statué que ceux qui oseraient scruter, diminuer ou 
augmenter la foi sainte de Nicée, tomberaient de leur rang. Flavianus, qui était évêque 
de Constantinople, et Eusebius, qui l'était de Dorylée, ayant médité de telles choses 
se sont jetés eux-mêmes sous cette sentence' terrible. » — Chacun d'eux parla de la 
même manière, et la foi orthodoxe persistait dans les églises. 

§ VII. — Theodos[ius] étant mort et Marcianus ayant commencé à régner, celui-ci 
réunit, à l'instigation de Léon, le synode de Chalcédoine qui introduisit une définition 
innovatrice à propos de la foi et anéantit de lui-même la vérité des Pères. Que « dire 
deux natures après l'union » n'est pas seulement une honte, mais une dérision aux 
yeux de tout le monde, cela est manifeste d'après ceci : Flavianus disait : Sùo tpuaeiç à ses 
partisans, [194] mais en public et quand il écrivait à l'empereur Theodosius il prenait 
soin de dire : ït. bùo «pûaswv et : (xiav çujjv toù Aoyou a£crapxw[;.=vïjv. Ceux qui agitaient la ques- 
tion après sa mort, voulant démontrer qu'il avait eu la même croyance que Cyrillus et 
que les Pères, alléguaient à dessein^ ces deux maximes : « de deux natures » et : « une 
est la nature du Verbe incarné >> qui avaient été dites par lui, et ils demandaient aux 
évêques de dire si elles étaient d'accord avec les Pères ou non. Ceux qui avaient été 
envoyés par Léon à Constantinople, et, à Chalcédoine même, les juges et tous (les 



1. Mansi, VI,909. — ^. lhid.,9yi. —3. Ihid., 912. — i. Ibid. —5. Lire : i«û^o«<»o. — 6. Maissi, 
VI, 913. — 7. Ihid. — 8. àTtôçaffi;. — 9. Lire : l*»i3. 



LIVRE VIII. GHAP. X 49 

évêques) l'approuvèrent d'après ces paroles, comme ils l'espéraient. Parmi eux tous^ 
Dioscorus seul comprit la fraude ; car tandis que chacun était interrogé et répondait sur 
le point de savoir si les doctrines de Flavianus étaient d'accord avec celles de Cyrillus, 
autrement dit des Pères, Dioscorus dit : « Qu'on lise le reste des paroles de Flavianus, 
et alors je répon drai. Dans ce qui suit^ on trouve qu'il est en opposition avec lui-même 
et dit qu'il y a deux natures après l'union*. » — Quand saint Dioscorus dit cela, les 
Nestoriens s'écrièrent : « Les paroles de Flavianus qui viennent d'être lues sont d'ac- 
cord avec celles de saint Cyrillus et des autres Pères » ; et ils passaient*, par la per- 
mission de Dieu', du côté gauche des juges. On leur demandait de faire lire le reste 
des paroles de Flavianus, afin qu'ils connussent mieux son sentiment. Ceux qui sié- 
geaient du côté gauche, quand les autres passèrent un h un de leur côté, s'écrièrent, 
comme des gens qui applaudissent au théâtre : « Un tel, tu es le bienvenu ! » 

Il n'est pas sans utilité * (?) de placer ici une de leurs interpellations. — Juvenalde 
Jérusalem dit : « Ce qu'a dit saint Flavianus est d'accord avec la doctrine de saint 
Cyrillus. Nous supplions qu'on lise la suite, afin que son sentiment soit mieux connu, » 
Les révérends évêques de Palestine dirent : « Nous pensons la même chose que le vé- 
nérable Juvenal. » Juvenal se leva avec eux, et passa ^ de l'autre côté. Les Orientaux 
et ceux qui étaient avec eux s'écrièrent : « Dieu t'a bien amené, ô orthodoxe ! tu es le 
bienvenu! » — Tous dirent de même. — (Tous) passèrent (du côté gauche), à l'excep- 
tion de quelques révérends évêques égyptiens qui restèrent momentanément près de 
saint Dioscorus®. 

Si ces formules : èv Suo çuaeaiv et âûo [XÊxà îyjv svwaiv, venaient des Pères, pourquoi avoir 
tenu de tels discours et avoir demandé ce qu'il en était, ou si réellement quelqu'un 
avait dit ces choses? Pourquoi n'ont-ils pas parlé tous, ou du moins quelqu'un d'entre 
eux, contre saint Dioscorus quand il a dit : « Dans ce qui suit on trouve que (Flavianus) 
s'est contredit et qu'il enseigne deux natures après l'union? m Enfin, comment les 
mêmes excusèrent-ils Flavianus d'avoir dit : kv. hùo, et condamnèrent-ils pour le même 
motif saint Dioscorus? sinon parce qu'ils étaient plongés dans l'impiété. — Il est 
écrit, en effet, dans la cinquième action^ : « Les très magnifiques juges dirent : Voici 
que Dioscorus dit : J'admets èx Béo ç uaewv ; et saint Léon dit : B6o cDÔueiq dans le Christ. 
Auquel adhérez-vous? à Léon ou à Dioscurus ? — Les évêques s'écrièrent : Nous 
croyons comme Léon, Ceux qui résistent sont des Eutychéens. » — Comment se fait- 
il que cette formule même « une est la nature du Verbe incarnée », sans faire mention 
de « deux », ayant été présentée à l'empereur par Flavianus, celui-ci futaccepté ; tandis 
que dans la déposition d'Eutychès elle lui est reprochée comme abominable ? — 
Quelqu'un dira peut-être qu'Eutychès n'ajoutait pas « incarnée »? Il sera réfuté par 



1. M\Nsr, VI, 681. — 2. ^^a^^o. — 3. Le sens est : Dieu les ayant abandonnés. — 4, \av U^ (?), 
« inconvenant ». — 5. Lire : t'i^»©, — 6. Mansi, VI, 681-684. — 7. npâ^t;. Mansi, VII, 105. 
II. 7 



50 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

l'exposé* de ceux que Flavianus avait envoyés appeler Eutychès et qui étaient : Jean, 
prêtre et défenseur ^^ les diacres André et Athanase. On y lit en effet ceci' ; « Après 
l'incarnation de Dieu le Verbe, a-t-il dit, une nature doit être adorée, celle de Dieu 
incarné et fait homme; et il produisit un écrit de cette sorte et le lut. » 

Montrons par un seul exemple, car nous en laissons de côté plusieurs autres, qu'ils 
ne louaient pas ou ne blâmaient pas sciemment, comme des gens qui savaient ce 
qu'ils disaient : il est tiré du Tome même [193] de Léon. « Chacune des formes*, 
dit-il, opère avec la participation de l'autre ce qui lui est propre. Le Verbe fait 
ce qui est du Verbe, et le corps accomplit les choses qui sont du corps ^ celui-là 
brille par les miracles, celui-ci tombe sous le mépris. » — Et Léon allégua, avec 
d'autres choses, et ajouta au Tome cette parole de l'évèque Hilârius tirée du traité 
Sur la foi^ : « Dieu Fils unique étant né homme de la Vierge et devant, dans la plé- 
nitude des temps, accomplir en lui-même l'élévation^ de l'homme en Dieu, il garda 
dans toutes les paroles de l'Evangile la règle de nous instruire qu'on doit le croire 
Fils de Dieu, et de rappeler qu'on doit le proclamer fils de l'homme ; disant et fai- 
sant en tant qu'homme les choses qui sont de Dieu, et disant et faisant, en tant que 
Dieu [les choses qui sont de l'homme]', de manière cependant que dans chaque sorte 
d'élocution jamais il ne parle sinon en manifestant Dieu et l'homme, » — C'est une 
telle contradiction qu'ils appelèrent orthodoxie ! 

§ VIII. — Extrait de la profession de foi qu écrivit Flavianus et qu'il remit à l'em- 
pereur quand celui-ci fut scandalisé par lui, c'est-à-dire quand Flavianus reconnut 
que tous les fidèles trouvaient odieux de dire « deux natures après l'union », — Il 
fit une apologie commençant ainsi' : « Nous prêchons Notre Seigneur Jésus-Christ; » 
et un peu plus loin : « Dieu parfait et homme parfait, le même en prenant une âme 
raisonnable et un corps, consubstantiel au Père par sa divinité, et le même consub- 
stantiel à sa mère par son humanité. Nous confessons Notre Seigneur k% Suo çij(J£Wv% 
après qu'il a pris un corps de la Vierge et qu'il s'est fait homme, en une seule per- 
sonne *" et un seul Tupô^cdirov ; nous confessons un seul Christ, un seul Fils^ un seul 
Seigneur ; et nous ne refuserons pas de dire : une seule nature dans Dieu le Verbe 
qui s'est incarné ou fait homme, car notre Seigneur Jésus-Christ lui-même est ïh, 
àjtxçoTv eTç » ; et dans l'interpellation qu'il fit au sujet des deux lettres de Cyrillus, qui 
fut ensuite insérée dans les Actes de Constantinople, il mit : « la même puissance », — 
Après sa mort, par ces mêmes choses, ses défenseurs purent démontrer qu'il avait la 
même foi que le Docteur, attendu que le nom « natures », au pluriel, ne se trouvait 
pas même dans (ces écrits). 

Extrait du IIP Livide. De V Action des deux convocations de Dioscorus. — « Le 



1. xatâo-taffiç. — 2. «aaaû»,^! = 'iviSuoi. — 3. Mansî, VI, 700. — 4. (xopçïi ©éou, (xopcpYi SouXou, — Ô. 
Lib. IX; Mansi, VI, 962. — • 6. Trpoxoiti^. — 7, Le ms. ;i sans doute omis une ligne. — 8, Mansi, VI, 
541i Ces paroles sont dans le corps de la lettre. — 9. Grec : èv SOo cpyâEcrtv. — 10, Gr, : ÛTiôaTao-t?. 



LIVRE VIII. GHAP. X 51 

saint synode invite Ta Sainteté à venir près de lui. » — Dioscorus dit : « Je suis gardé ; 
s'ils veulent me laisser descendre, qu'ils le disent. » Dioscorus dit de nouveau : « Je 
suis prêt à me rendre près du saint synode ; mais on ne me le permet pas'.» — Après 
cela, il fut invité par l'empereur Marcianus, par l'intermédiaire du décurion Jean, h 
accepter et à signer la définition de Chalcédoine. Il dit : a Pas même si on me 
coupe la main et si son sang coule sur ce papier, je ne ferai cela. » — Et les impies 
prononcèrent contre le bienheureux martyr de la vérité, saint Dioscorus, une inique 
sentence de déposition, de laquelle on apprend que ce n'est pas à cause de la foi qu'il 
fut déposé, mais parce qu'ayant été convoqué par eux trois fois, il ne se rendit pas 
près d'eux*. 

L'évêque d'Iconium dit^ : « Il convenait au révérend Dioscorus qui connaissait les 
canons et n'ignorait pas la coutume ecclésiastique, de se soumettre aux choses pres- 
crites par le saint et universel synode, et, ayant été convoqué trois fois par les évêques 
aimant Dieu, de venir dans cette sainte assemblée et de se justifier des accusations [por- 
tées] contre lui. » — Dionysius, évêque d'Héraclée*, dit* : « Je consens au châtiment 
qui émane des saints et vénérables archevêques et Pères de la ville impériale contre 
Dioscorus qui était évêque, et qui, ayant été convoqué par deux et trois fois, n'a pas 
obéi; je suis aussi de cet avis; et je le considère comme étranger à tout honneur du 
sacerdoce et du ministère. » — Eupytikos», évêque de la ville de Stratonice, dit: « Au 
châtiment, etc.; » Flaccillus ', évêque de la ville de 'Aisos ^ (?), pareillement'. 

[196] Extrait de la III" Action^". — Les très glorieux juges et le sénat dirent : 
« Prenez soin, sans crainte ni faveur" ou haine, d'établir purement la foi, » — Les 
évêques s'écrièrent : « Personne ne fera un autre symbole; nous n'aurons pas l'au- 
dace ni la témérité de le faire. Les Pères ont enseigné, et les choses qu'ils ont éta- 
blies sont conservées dans les livres ; nous ne pouvons rien dire en dehors de ces 
choses. » Et de nouveau les révérends évêques s'écrièrent : « Nous disons tous ces 
choses; ce qui a été établi suffit; il n'est pas permis de faire'* un autre symbole. » Les 
glorieux juges dirent : « S'il paraît bon à Votre Révérence, que les saints archevêques 
de chaque province choisissent deux évêques, chacun dans sa province, qu'ils passent 
au milieu, qu'ils traitent en commun de la foi, afin que, tout le monde étant d'accord, 
toute altercation'' cesse : ce que nous souhaitons; si quelques-uns, ce que nous ne 
pensons pas, sont d'un avis contraire, que leur sentiment soit ouvertement connu de 
tous. » — Lesrévérends évêques s'écrièrent : «Nous ne feronspas un symbole par écrit. II 
y a un canon qui défend de faire un autre symbole. Qu'on s'en tienne à ce que les Pères 



1. MANsr, VI, 992. — 2. Mansi, VI, 1048. — 3. Ibid., 1053. — 4. Lire : U^;*l. — 5. Mansi, VI, 
1064. — 6. Grec : EÙTpoTtco?; versions : Eiitropius, Eustathius, Eupithius. — 7. Lire : >floiixill3. — 
8. 'lafTffoO, Jassi, Assi, Assu. — 9. Mansf, VI, 1065, 1066. — 10. La seconde, dans les édit. ; mais 
quelques mss. portent aussi troisième. Mansi, VI, 951 sqq. — 11. Lire : ^oa*©. — 12. Lire : «oïl W 
loovvî^ ■= oùx Ê^bv Yevvéffxat. — 13. Gr. : àixoptgYJTYidtç. 



52 CHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

ont dit. » — Ensuite, comme les juges les excitaient de toute façon à établir un sym- 
bole, on lut le symbole de la foi de Nicée et de Constantinople, avec les deux lettres 
de saint Cyrillus que les Nestoriens ont coutume d'alléguer en leur faveur, et aussi le 
Tome de Léon. Sur celui-ci beaucoup d'évêques hésitèrent. 

Atticus, le révérend évêque de Nicopolis, dit' : « Puisque Votre Grandeur nous 
accorde la facilité et la longanimité, si vous l'ordonnez, qu'on nous donne un délai de 
quelques jours, afin que nous décrétions ce qui plaît à Dieu et aux saints Pères, avec 
un esprit attentif et une pensée calme. Puisqu'on nous a lu maintenant la lettre de 
notre Père l'archevêque Léon, il convient qu'on donne aussi la lettre que le bienheu- 
reux Cyrillus a écrite à Nestorius, dans laquelle il lui intime de consentir aux xii Cha- 
pitres; afin qu'au moment (de la discussion) nous nous trouvions prêts. » — Les ré- 
vérends évêques dirent : « Si vous Tordonnez, qu'on accorde un délai, nous vous en 
prions, afin que nous lisions les compositions des Pères. » — Les juges et tout le sénat 
dirent ; « Que l'affaire soit différée de cinq jours, et qu'on en fasse l'examen; afin que 
pendant ces cinq jours Votre Sainteté se réunisse près du saint archevêque Anatolius 
et que vous traitiez en commun de ce qui regarde la foi, pour que ceux qui doutent 
soient instruits. » — Les juges dirent de nouveau : « Il n'est pas nécessaire que vous 
vous réunissiez tous; mais, parce qu'il convient de persuader ceux qui doutent, le ré- 
vérend archevêque Anatolius choisira parmi ceux qui ont signé, ceux qui sont capa- 
bles d'instruire ceux qui doutent. » — Les révérends évêques s'écrièrent : « Nous 
vous en prions pour les Pères. Que les Pères viennent au Synode. Que ces paroles 
(soient répétées) à l'empereur. Que notre supplique soit présentée (à l'empereur). Que 
notre supplique soit présentée à l'impératrice. Nous avons tous failli : qu'on nous 
pardonne à tous! » — Les clercs de Constantinople s'écrièrent : « Quelques-uns 
crient; le synode ne crie pas! » — Les évêques orientaux et ceux qui étaient avec eux 
s'écrièrent : « Que l'Egyptien aille en exil ! » — Les révérends évêques d^Illyrie et ceux 
qui étaient avec eux s'écrièrent : « Nous demandons miséricorde pour tout le monde, 
nous avons tous péché. Que ces paroles (aillent) h l'empereur fidèle. Les églises sont 
divisées. » — Alors les clercs de Constantinople ^'écrièrent de nouveau : « Dioscorus 
en exil ! » — Et de nouveau les révérends évêques d'Illyrie et ceux qui étaient avec eux 
s'écrièrent : « Nous avons tous péché; qu'on nous pardonne à tous! Dioscorus au sy- 
node! Dioscorus à l'Eglise! Qu'en ces jours le mal n'arrive pas; que soùs votre em- 
pire le schisme ne se produise pas! » 

§ IX. — Quand les juges et les évêques eurent pris place selon leur coutume^, et 
qu'on eut lu les interpellations des juges, qui avaient été prononcées dans les Ac- 
tions" précédentes, afin que chacun connût ce qu'on devait faire relativement h la 
foi, les évêques nestoriens s'avancèrent et tombèrent aux pieds de Marcianus et de 
l'impératrice, et les supplièrent de ne pas fair« venir le bienheureux Bar-Çauma à 



1. MANsr, VI, 973. — 2. s?w,-i>. — 3. 7rpa|st;. 



LIVRE VIII. GHAP. X 53 

leur synode. Ils savaient, en effet, que, s'il venait, il n'accepterait pas leur doctrine 
corrompue. Le bienheureux ne fut donc pas convoqué, et les évêques déclinèrent 
vers une doctrine perverse. 

Alors les juges dirent : « Maintenant qu'on connaît les choses qui ont été décidées 
[197] antérieurement dans notre interpellation, qu'on fasse savoir ce que le synode 
juge à propos au sujet de la foi. » — Tous les évêques firent la même réponse, 

Diogenès, évêque de Cyzique, dit* : « Ce Bar-Çauma qui est entré parmi les archi- 
mandrites, est celui qui a tué saint Flavianus. Il était présent et disait : Transperce". 
II n'est pas mentionné dans les pétitions; pourquoi est-il entré? » — Tous les évê- 
ques s'écrièrent : « Bar-Çauma a corrompu toute la Syrie; il amena contre nous un 
millier de moines. » — Les évêques crièrent de nouveau : « Jetez dehors Bar-Çauma 
le meurtrier ! Que Bar-Çauma soit anathème! que Bar-Çauma aille en exil ! » 

Quand les juges virent toutes ces choses, ils vinrent au milieu, en face des évêques 
et dirent^ : « Puisque le saint Evangile est placé à votre tête, que chacun des évêques 
dise si la lettre du révérend Léon est d'accord avec le symbole des 318 Pères de Nicée, 
et de ceux qui se réunirent dans la ville impériale, » — Et chacun de ceux qui 
l'avaient signée répondit : « Elle est d'accord. » — Parmi ceux qui n'avaient pas en- 
core signé, qui en étaient scandalisés et qui avaient déjà été une fois chassés du sy- 
node, la plupart adhérèrent par crainte. 

Après cela, les juges dirent de nouveau : « Que le reste des révérends évêques 
qui n'ont pas ouvertement un à un fait leur déposition* fassent savoir [s'ils sont 
d'accord]. » — Alors ils crièrent : « Tous nous adhérons ! Tous nous approuvons ! Que 
les Pères viennent au synode! » — Après quelques éloges les juges dirent : « Nous 
avons fait savoir la chose à notre maître lidèle et divin; attendons la réponse de Sa 
Piété. Votre Sainteté rendra compte à Dieu, et de Dioscorus qui a été déposé par 
vous, sans notre divin chef et sans nous, et de ces cinq, et de tout ce qui a été fait 
dans ce saint synode. » — Un peu après les juges dirent : « Notre pieux empereur, 
ayant appris votre demande, laisse à votre volonté de délibérer, relativement à ces 
cinq : Juvenal^ Thalassius, Eusebius, Basilius et Eustathius, ce que vous jugerez 
bon. » — Quand les juges furent rentrés et qu'ils eurent dit que les évêques égyp- 
tiens avaient présenté à l'empereur une supplique dans laquelle ils avaient inséré leur 
profession de foi, ils demandèrent au synode de les laisser entrer et de faire lire leur 
foi devant le synode. Ceux-ci entrèrent et les autres, par leur insolence, les tournèrent 
grandement en dérision. Ils exigèrent ensuite d'eux qu'ils anathématisassent Euty- 
chès, et les pressèrent de souscrire à la lettre de Léon. Les révérends évêques 
égyptiens s'écrièrent : « Nous ne pouvons souscrire sans archevêque. » — Comme ils 
les outrageaient de plusieurs manières, les insultaient et les appelaient même héré- 



1. Majjsi, VII, 68. — 2. Gr. : aça^ov. — 3. Mansi, VII, 10, — 4. La phrase est incomplète; lems. 
porte xaTocffTXo-tç; mais il faut probablement lire : lA&^^LI^ija = xarâôeatç. Cf. Mansi, VII, 48. 



. 54 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

tiques, les révérends évêques égyptiens dirent par l'intermédiaire de Hierax*, l'un 
d'entre eux : «Nous avons déjà suffisamment exposé notre foi dans la pétition que nous 
avons présentée ; et il ne semble pas que nous ayons pensé quelque chose de contraire, 
à la foi [198] catholique. Comme les religieux évêques de notre province sont très 
nombreux, nous ne pouvons, nous qui sommes en petit nombre, parler en leur nom. 
Nous supplions Votre Altesse et ce grand et saint synode d'avoir pitié* de nous et 
d'attendre notre archevêque*. » — Après qu'ils eurent beaucoup supplié, qu'ils eurent 
été méprisés et outragés, les évêques et les juges décidèrent enfin qu'on leur accorde- 
rait un délai, et qu'ils s'engageraient * à ne pas quitter la ville avant qu'il y eût un 
évêque d'Alexandrie. — Et après cela le reste ne fut pas écrit dans les Actes. 

§ X. — Extrait de la P Action^. — Les juges unirent plus ou moins les évêques et 
les firent passer® pour signer le Tome de Léon. De la sorte, ils firent et établirent une 
définition. — Quand ils furent réunis et eurent pris place selon la coutume, les juges 
dirent : « Ordonnez qu'on nous fasse connaître ce qui a été décidé relativement à la 
foi. » — Asclepiades, diacre de l'Eglise de Constantinople, lut la définition qu'on 
jugea bon' de ne pas insérer dans les Actes. 

Quand elle eut été lue, quelques-uns protestaient. Jean de Germanicia passa au mi- 
lieu et dit ; « La définition ne va pas bien*. Il faut qu'elle soit complète. » — Anato- 
lius de Constantinople dit au synode : « Cette définition vous plaît-elle? » Et les évê- 
ques, à l'exception des Romains et de quelques Orientaux, s'écrièrent : « La définition 
nous plaît à tous. Telle est la foi des Pères. Quiconque pense autrement est un héré- 
tique : qu'il soit anathème ! Jetez dehors Nestorius! Que quiconque n'anathématise 
pas Nestorius sorte® dehors! » — Anatolius de Constantinople djt : « Hier, cette dé- 
finition a plu à tout le monde. » — Et de nouveau les mêmes révérends évêques s'é- 
crièrent : « La définition plaît. Nous ne croyons pas autrement. C'est la foi des Pères. 
Cette définition est agréable à Dieu. C'est là la foi des orthodoxes. Qu'il n'y ait point 
de perfidie dans la (oi !» 

Un peu après Paschasinus, Lucensias*' et les autres venus de Rome dirent: 
(( Vous n'adhérez point à la lettre apostolique du pape. Ordonnez qu'on nous accorde 
un rescrit", et que nous nous en allions ; là aura lieu un synode, » — Alors les juges 
dirent : « Si cela vous est agréable, que dans l'édifice du martyrion*' se rassemblent 
six évêques orientaux, trois d'Asie, trois du Pont, trois d'Illyrie, trois de la Thrace, 
en présence de l'archevêque Anatolius et de ceux de Rome ; et quand chaque chose 
aura été examinée par eux régulièrement, ce qu'ils auront approuvé au sujet de la foi 
vous sera communiqué. »> — De nouveau, lés révérends évêques mentionnés plus 



1. 'lepaxtoç. Ms. : leraqinos; d'anciennes versions lat. donnent Hieracin{us) . — 2. Lire : >^*.U. 
3^ Mansi, vu, 56. — 4. Litt. : qu'ils donneraient des arrhes. — 5. Mansi, VIT, 99 sqq. — 6. Peut- 
être à lire : o»av| « les firent » signer, — 7. Lire : L3*.. — 8. Gr. ; oùx s'xst xa>>&c;. — 9. Lire : >oû£j = 
I^ÉXÔri — 10. Ms, : Louqîanos. — 11. àvxlypaopa. — 12. L'église de la martyre sainte Euphémîe. 



LIVRE VIII. GHAP. X 55 

haut crièrent : « La définition plaît à tout le monde. Que ces paroles soient rapportées 
à l'empereur. C'est la définition des orthodoxes. » — Jean de Germanicia vint de 
nouveau [199] vers les juges. Les révérends évêques s'écrièrent : « Jetez dehors Nes- 
tor[iusJ; jetez dehors l'adversaire de Dieu. Tout l'univers est orthodoxe. Hier 
cette définition a plu h tout le monde. L'empereur est orthodoxe, Augusta est ortho- 
doxe; les juges sont orthodoxes; h l'impératrice: longues années! àl'empereur '.longues 
années! aux juges: longues années! Nous demandons à signer la définition* devant l'E- 
vangile. Elle a plu à tout le monde. Qu'il n'y ait point de fraude contre la foi. Celui qui 
ne signe pas la définition est un hérétique. Sainte Marie est Mère de Dieu*. Celui qui 
ne croit pas ainsi est un hérétique. Juges orthodoxes, gardez la foi! Que personne ne 
s'écarte de la définition. C'est le Saint-Esprit qui a dicté la définition. Jetez dehors 
les hérétiques ! Jetez dehors les Nestoriens ! Le Christ est Dieu. » — Les juges dirent : 
« Dloscorus disait : J'ai déposé Flavianus parce qu'il proclamait : Sûo çûasiç. Or, dans 
la définition il y a : èx hùo çudswv. » — Anatolius de Constantinople dit : « Ce n'est pas 
à cause de la foi que Dioscorus a été déposé, mais parce qu'il a fait un interdit' contre 
Mar Léon, et parce qu'ayant été convoqué trois fois par le synode, il n'est pas venu. y> 

— Les juges dirent : « Recevez-vous la lettre du vénérable Léon?» — Les évêques 
s'écrièrent : « Nous l'avons reçue, et nous l'avons signée. » — Les juges dirent : 
« Que les choses qui sont dans la lettre soient donc insérées dans la définition. » — Les 
révérends évêques dirent : « Qu'il n'y ait pas d'autre définition. La définition confirme 
la lettre. L'archevêque Léon croit ce que nous croyons. Qu'on signe la définition. La 
définition contient la vraie foi. Léon a dit ce que Cyrillus a affirmé. Il n'y a qu'une foi, 
qu'un Seigneur, qu'un baptême. Ecartez la fraude de la définition! » — Les juges 
dirent : « Que ces paroles montent jusqu'à notre maître fidèle et sacré! » — Et, sur 
l'ordre des juges, Beronicianus, l'excellent secrétaire du sacré consistoire*, se rendit 
au palais. Bientôt il revint et annonça ceci au concile : « Notre seigneur fidèle et 
craignant Dieu ordonne : Ou bien que, comme il a paru bon aux très magnifiques juges, 
[six] des révérends évêques de la province d'Orient, trois du Pont, trois d'Asie, trois de 
Thrace, et trois d'IUyrie s'assemblent en présence de l'archevêque Anatolius et de 
ceux de Rome, dans l'oratoire du martyrion", et qu'ils établissent une définition de foi à 
laquelle tout le monde adhère : Ou bien, si cela ne plaît pas , que chacun fasse connaître 
sa foi par l'intermédiaire de son métropolitain, afin de ne laisser subsister aucune 
amphibologie ou discorde. Si Votre Sainteté ne veut pas faire cela, sachez qu'un con- 
cile aura lieu dans les pays d'Occident, attendu que votre piété n'aura pas voulu ici 
trancher la controverse* au sujet delà foi véritable. » — [200] Les révérends évêques 
crièrent : « Longues années à l'empereur ! Que la définition tienne, ou allons-nous-en ! » 

— Cecropius, évêque de Sebastopolis, dit : « Nous demandons qu'on lise la définition^ 



1. tioû-lio^ — 2. ÔÊOTÔxoî. — 3. l-i^ — àxotvtovriffîa. — 4. Bspovtxtavbç 6 xaOoxr'.wjxévoî ffrjxpïjxâptoç 
toû Oet'ou xovfftffTwpîoy, — 5. Corrigez : « de la martyre (Euphémie) ». — 6, Lire ; Ji^^». |l» — «va(Ji?tgoX«oî ? 



56 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

et que ceux qui lui sont opposés ou ne la signent pas s'en aillent; pour nous, nous ac- 
ceptons ce qui a été convenablement établi et nous ne résistons pas. » — Les révérends 
évêques d'Illyrie dirent : « Ceux qui résistent sont des Nestoriens; que ceux qui ré- 
sistent s'en aillent à Rome. » — De nouveau les juges dirent : « Dioscorus disait : 
J'accepte : ex 8uo (çuaewv) ; je n'accepte pas Suo (çuasiç). L'archevêque Léon dit qu'il y 
a deux natures dans le Christ, unies sans confusion, sans conversion et sans sépara- 
tion' dans un ^ Fils unique notre Sauveur. Auquel adhérez-vous : à saint Léon ou à 
Discorus? » — Les évêques crièrent : «Nous croyons comme Léon. Ceux qui résistent 
sont des Eutychéens. » — Alors les juges dirent : « Ajoutez donc dans la définition 
qu'il y a deux natures unies sans séparation, sans conversion, sans confusion dans le 
Christ. » 

Et conformément h la demande générale, les juges entrèrent dans l'oratoire de la 
martyre Euphémie, avec Anatolius de Constantinople, Paschasinus et ses compa- 
gnons (venus) de Rome, et le reste de ceux qui avaient été désignés par les provinces. 
— Quand ils sortirent, ils prirent place aussitôt avec le sénat, et dirent: a Que le 
saint synode, qui garde la foi, veuille bien écouter en silence ce qui a été statué par 
les saints Pères en notre présence. » Et ils expliquèrent la définition de la foi^ 

Aetius, archidiacre de l'église de Constantinople, lut cette seconde définition qui fut 
établie à Chalcédoine : 

« Le grand et universel synode assemblé, par la grâce de Dieu et l'ordre des pieux 
empereurs Valenti[nia]nus et Marcianus, Augustes, à Chalcédoine, métropole de la Bi- 
thynie, dans le martyrion de la martyre Euphémie, a défini les choses qui sont succes- 
sivement écrites ci-dessous*: « Notre Seigneur et Sauveur, etc.. » Et plus loin: 
« Par un décret général nous avons expulsé la doctrine erronée et nous avons 
renouvelé la foi des Pères dans laquelle il n'y a point d'erreur. » Et plus bas : 
« Ceux qui professent deux natures avant l'union et prétendent qu'il n'y a qu'une 
nature après l'union : le concile les anathématise. » Et un peu plus loin : « Un est le 
même Christ, Fils, Seigneur unique, en deux natures, sans changement, sans confu- 
sion, sans séparation. » 

Quand elle fut lue en entier, les évêques s'écrièrent : « Telle est la foi des Pères. 
Que les métropolitains signent maintenant. C'est la foi des Apôtres. Nous admettons 
tous cela, » — Alors les juges dirent : « Que l'on fasse connaître à notre divin chef les 
choses qui ont été définies par les saints Pères et qui plaisent à tout le monde. » 

§ XI. — Quand tous les évêques furent réunis et eurent pris place selon leur rang, 
l'empereur Marcianus vint vers eux accompagné des juges ^, [201] et ils s'entretinrent 
avec eux. Les évêques poussèrent des acclamations selon leur usage. Ensuite Aetius % 



1. 'AffuYX^'^'^Ç) ''M' àTplîttwç, v.a\ àStaipÉTtoç. — 2. Lire : »»**. — 3. Sic ms. ; Gr. : « les SS. PP. 
ont statué... et expliqué le symbole de la foi ». — 4. Mansi, VII, 108. — 5. A la vt« session. — 
6, «isoa^ll. 



LIVRE VIII. GHAP. X 57 

archidiacre de Constantinople, se leva et dit* : « Puisque ce grand concile, saint et 
œcuménique, s'est réuni par le dessein de la bonté suprême, et par le pieux zèle de Votre 
Sérénité, ô pieux et fidèles empereurs, qui avez reçu de Dieu l'empire universel... », 
et un peu plus loin : « Il a établi présentement une définition orthodoxe, con- 
firmée par l'autorité des divines Écritures, que je tiens dans mes mains. Si cela vous est 
agréable sur un signe de Votre Sérénité, je la lirai maintenant. » — Et l'empereur 
dit : « Lis. » — Et après qu'il l'eut lue et que ceux qui y avaient adhéré, et qui étaient 
au nombre de 475, eurent signé, l'empereur Marcianus dit au synode* : « Que le 
saint synode dise si cette définition a été portée du consentement de tous les évêques. » 

— Et tous s'écrièrent: « Nous croyons tous ainsi; nous adhérons tous; nous avons 
tous signé. » 

Un anathème, c'est-à-dire un canon, avait été établi dans le saint synode qui se réunit 
à Ephèse et qui anathématisa l'impie Nestor[ius]. Quand le prêtre Charisius lut en 
présence du saint synode le symbole de la foi qu'avait composé Theodosius, il définit 
ceci^ : « Il n'est permis à personne d'exposer, d'écrire, ou d'établir un autre symbole 
de la foi, abrégé ou développé, en dehors de celui qui fut défini par les saints Pères 
qui se réunirent à Nicée dans l'Esprit-Saint. Ceux qui oseraient établir un autre sym- 
bole, ou le proposer ou l'exposer à ceux qui veulent se convertir du paganisme, ou du 
judaïsme, ou d'une hérésie quelconque, à la connaissance de la vérité, qu'ils soient évê- 
ques ou qu'ils soient clercs, seront privés, les évêques de Tépiscopat et les clercs de 
la cléricature ; si ce sont des séculiers, ils seront excommuniés. » — Saint Cyrillus 
rappelle ces choses quand il écrit à Acacius de Mélitène en ces termes* : « Le saint 
synode qui se réunit à Ephèse a fait nécessairement toute diligence afin qu'il ne soit 
pas permis d'introduire dans l'Eglise de Dieu un symbole de la foi autre que celui que 
les bienheureux Pères assistés de l'Esprit-Saint ont défini. » 

Extrait de la lettre de saint Athanase d^ Alexandrie à l'évêque d'Antioche de Syrie *. 

— « Quant à cette tabella^ dont plusieurs font grand cas, comme ayant été écrite 
au sujet de la foi dans le concile de Sardiques, empêchez absolument qu'elle ne soit 
lue ou mise en avant; car ce synode n'ait rien défini de semblable. Quelques-uns, en 
effet, jugeant' que le synode de Nicée était insuffisant osèrent le demander. A cause 
de cela, le synode de Sardiques définit : qu'on ne devait faire aucun changement à la 
foi du synode de Nicée qui avait été promulguée par les Pères, attendu qu'il ne lui 
manquait rien, mais qu'elle était remplie de piété ^ ; et qu'il ne convenait pas d'établir 
une seconde fois un symbole en dehors de celui qui fut écrit à Nicée, [202] de peur 
qu'on ne pensât que celui-ci était incomplet, et pour ne pas donner un prétexte à 
ceux qui voudraient écrire et définir plusieurs fois ce qui concerne la foi. Donc, si 



1. Mansi, VII, 133. — 2. Mansi, VII, 170. — 3. Mansi, IV, 1361. — 4. Mansi, V, 316. - 5. Cf. 
Patr, Gr,, XXVI, 800. — 6. TitTTàxtov. — 1. yjÇtwaav. — 8. sùdEêta;. 

II. 8 



58 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

quelque autre ou même si plusieurs proposent cela, réprimez les gens de cette sorte, et 
surtout efforcez-vous de les exhorter à la paix '. » — Or, bien que toutes choses eus- 
sent été ainsi exposées par les Pères, à Chalcédoine elles furent iniquement abolies. 
Et saint Dioscorus fut jeté en exil h Gangres, en Thràce, parce que les partisans 
de Nestor[ius] répandaient le bruit qu'il pensait comme Eutychès. 

Il convient que nous transcrivions, du moins en abrégé, quelque chose de ce qu'il 
écrivit de l'exil à Secondinus. • — H dit : « Personne ne dit que le corps que Notre 
Seigneur a pris par l'Esprit-Saînt de la Vierge est éloigné et différent de notre corps. 
Puisqu'il en est ainsi, ceux qui disent qu'il ne s'est pas incorporé* font mentir Paul, 
car il dit' : « il n'a pas pris des anges, mais il a pris de la race d'Abraham », à 
laquelle Marie n'était pas étrangère, comme l'enseignent les Écritures; et : « Il 
fallait qu'il fût en toute chose semblable à ses frères. » Ces mots « eu toute 
chose M n'excluent rien de notre nature, car (ils comportent) les nerfs, les cheveux, 
les os, les artères*, le ventre, le cœur, les reins, le foie, les poumons, et pour le dire 
d'un mot : le corps animé de notre Sauveur, qui naquit de Marie, doué d'une âme 
raisonnable et intelligente, sans le concours de l'homme ni les plaisirs du lit con- 
jugal, était constitué de tout ce que nous avons. « S'il n'en est pas ainsi, comme le 
prétendent les hérétiques, comment est il appelé notre frère, s'il possède un corps 
dissemblable au nôtre ? Comment peut être vrai ce qu'il a dit h son Père* : « Je prê- 
cherai ton nom à mes frères » ? Mais éloignons de nous et réprouvons ceux qui pen- 
sent ainsi. Il s'est fait semblable à nous à cause de nous ; non pas en image et en appa- 
rence, selon l'hércsie des Manichéens, mais en réalité ; il naquit pour nous de la Mère 
de Dieu, comme il lui plut. En venant vers nous, il a réparé le vase brisé. On doit le 
reconnaître comme l'Emmanuel qui s'est fait pauvre pour nous, selon la parole de 
Paul, « afin de nous enrichir par sa pauvreté " » ; dans son incarnation ' il devint comme 
nous, afin que par son amour nous devinssions comme lui. Il s'est fait homme sans 
détruire sa nature de Fils de Dieu, afin que nous [203] devinssions les enfants de Dieu 
par la grâce. Voilà ce que je pense. » 

Et tandis que cet homme gardait prudemment cette doctrine depuis l'origine, il 
fut jeté en exil pour n'avoir pas voulu adorer l'image à deux faces érigée par Léon et 
par le concile de Chalcédoine. Quand il vit Theodoretus qui avait été déposé, siéger 
dans l'assemblée et prendre la parole, il se leva de son siège, s'assit sur une pierre et 
dit : « Je n'ai pas siégé avec les méchants, et je ne suis pas entré avec les insensés. » 
Et de là, les Nestoriens s'écrièrent qu'il s'était condamné lui-même ; mais le reste 
des évêques s'écria: « La foi périt si Theodoretus, le compagnon de Nestor[ius], est 
admis; c'est Cyrillus lui-même que nous chassons. » — Fin du récit des choses qui se 



1, Le grec est mal traduit : "Oôev xav toOtô tiç y\ sTcpov TrpoêâXXviTat, itaÛETS xoù; toioOtou;, 'aol\ (làXXov 
e'pYlveuetv aùxoù; necôsTs. — 2. Lire : -'^^v:*;^' ^^. — 3. Hehr., ii, 16, 17. — 4. Lire : lj^»oo, — 5, Cf. 
Jojï., xvir, 26, — 6. II Cor., vni, 9, — 7, Litt. : « sa providence ■•>. 



LIVRE VIII. GHAP. X 59 

passèrent dans la ville de Chalcédoine , quand fut réuni ce synode, lèonien surtout^ et 
marcianite, impie et sans autorité; car^ après les définitions synodales et les canons 
des Pères, il eut lieu illégitimement, attendu que les trois synodes œcuméniques et 
admis par tout le monde disent que quiconque établirait un autre symbole outre 
celui {de Nicée), ou amoindrirait celui-ci ou V augmenterait^ serait privé de ce quil 
avait en lui: quil soit évêque, prêtre ou laïque^ parce que cette foi avait été^ définie et 
établie par l' Esprit-Saint. 

[197] NOMS DE CEUX QUI SE RÉUNIRENT DANS LE SYNODE DE GHALGÉDOINE» 

Pour Léon de Rome : (1) Pasqînos Li- 12. Doq(i)mas[ioSj' ** de Maronianos **, 

lybœus*; — (2) Louq(e)nslos'; — (3) 13. S(e)rianos'® de MaximianopoIis*\ 

Bon(i)fanti(o)s, prêtre *. 14. M(a)qrinos " de 'Enonta '". 

4. An(a)tolios prêtre". [IV. Provinciœ Emimontis^' : 

I, De la Thrace : 15. Jobianus Demectu. 

5. Qouri(a)qo(s) de 'Eraqlia* (par) y. Provinciœ lllyrii : 

Louqi(a)na de Byaza\ 16. Anastasius Thessalonicensis, per 

6. Rom(a)nos« d'Eudoxi(o)po[Hs]. Quintillianumep.Heracliensem. 

7. Louqi(a)na de Baza». 17. Sozon Philippensis. 

II. De la Thrace II" : 18. Dardanius Barlaa. 

8. Frontos*'' de Philippopolis. 19. Maximinus Serriensis. 

9. S(e)b(a)sti(a)nos de Beroëa. 20. Nicolaus Stroviensis. 

10. Epîqat[os]**deDioqle[tianopolis]. 21. Anopatus Thasutanus. 

m. De Rhodope^^' : 22. Eusebius Doberutanus. 

11. B(a)silios de Tr(a)janopolis'^ 23. Miliccenus, 



1. Ici comme plus haut (tome I, p. 247 et 313), nous ajoutons des numéros d'ordre et nous don- 
nons la transcription du ms, ; nous avons placé en note : 1° les variantes syriaques d'une liste 
analogue (B) contenue dans le ms. K, VI, 4 (pages 180-187) du Musée Borgia, à Rome ; cette liste, 
moins altérée que la nôtre, est aussi plus complète et permet de combler les quelques lacunes 
de notre texte ; et 2° les variantes de la liste latine (L) contenue dans les collections des Conciles 
(Mansi, VII, 400 sqq). Quant aux deux listes conservées dans la Prisca collectio canonum, et aux 
différentes listes grecques insérées dans les Actes du Concile, leur collation devrait faire l'objet d'un 
travail spécial qui ne peut trouver place dans nos notes. — -2. L : Paschasinus. B : u»ûJ-.aolx»£iao 
lAisa^aov iraà^I^^, — 3, B : ^»Uii.ûoo|» looai.fiftiogi^. — 4. B ; Uoow?» |***û >£oag..9^.a3, — 5. Sic ms. ; 
lire : (évêque) c?e Constantinople, d'après L et B. — 6. Lire : VAq^I. — 7. L. : Cjriacus... per 
Lucianum. — 8. B : uioûjUioo». — 9, L : Byzes. B : lioa. — 10. L : Frontius ; B : ^oi^. — 11. 
L : Epictitus; B : .a>ail^>û^|, _ 12. Lire : l9»o» (B). —13. Lire : mXa^a^.r^,. — 14. B : 
usoa»ao|aoai>o». — 15. Ms. : Maodnianos ; L : Marodianus; B : looot»^o^»l. — 16. L : Serenus; B î 
u»a<U).fio. — 17. B : Maximiopolis. — 18. L : Macarius; var. : Marinus;B : ^ûft*•^û->o. — 19. B : l^ud. 
■=- 20. Voir la note du n^ 32, page suivante. 



60 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



VI. Provincise Helladiœ \ 

24. Petrus Corinthi. 

25. Nicteas [^^ar. : Nice tas) Megarensis. 

26. Joannes Messenensis. 

27. Ophelimos Getheas. 

28. Athanasius Opuntunensis. 

29. Irenicus Naupactensis. 

30. Domnus Platœonensis. 

31. Onesimus Algusanus. 

32. Magnus diaconus] '. 

VII. De la Syrie P" : 

33. M(a)ksimos d'Antioche. 

34. Maq(a)riosdeLaodicée,[par Euse- 

bius]*, prêtre d'Antioche. 

35. Teoqtistos d'Alep. 

36. Geront(i)os de Séleucie'. 

37. Domalos* de Qennésrîn. 

38. P(e)tros de G(a)boula5. 

39. M(a)rinos de H(a)n(a)z(a)rta«. 

40. S(a)bdMe P(a)ltos\ 

41. Our(a)nios» de Gab(a)la '". 

NllV. De la Syrie 11^ : 

42. Domnos'* d'Apamée,par Militos»» 

de S(a)iz(a)r. 



43. M(a)rqos d'Ar(i)st(an). 

44. Amakos '* de Seleucobèle, par 

P(a)ula de Srimona *^ 

45. [Meletius de Saizar]". 

46. L(a)mkaori[os] deDaphnos", par 

Ninor", son diacre. [198] 

47. Timoteos de Ralanon. 

48. P(a)ulos de Marima. 

49. Eutykana '" de Hemat,par Militos" 

de Saizar. 
IX. DelaCiliciel'^ : 

50. Teodo[ro]s de Tarse. 

51. M(e)troni(a)nos" de Pomp[ei]opo- 

lis, [par Theodorus, métrop.]" 

52. Al(e)ks[an]dra de Sébaste. 

53. Philipos d'Adana. 

54. Hypatios"de Zephyrion". 

55. Teodoros d'Augusta. 

56. Krispo[s]»« de M(a)lanon". 

57. Salusti(o)s" de Qoriaq[on]", par 

Philippus d'Adana. 
X.Dela Cilicie II" : 

58. Qourios" d'Anazarba. 

59. Pol(y)ehron'" d'Epiphania. 



1. Les nos 15-32 sont omis par suite d'une lacune dans le ms. Nous insérons le texte de L. Dans 
B on lit ainsi ces noms : 

\m 1 lia..* • ^on<^o» v«ag>»^û*j • »û»o^^^aû» («oo>-^ •"• pa-soL l»^w» •"• ^^H-^ot» «aoo-.-sWol • >a..«o|L» 

.-. (^a^lï» 

2. Compléter ainsi d'après L et B. — 3. B : de Saloniqia, — 4. L. : Romulus', B : looi^io©». — 5. 
L. : Gahalensis. — 6. L. : Maras Onosatensis ; B : U»p.» ^^i\^. — 7. B : bV«». — 8. L. : Palti- 
bensis. — 9. Lire : ^aoau^ol (B). — 10. L : Gabaloniensis , — 11. Le titre de la liste latine dit ; 
Sjrise secundse episcopi VI; mais il n'y a que le premier nom de conservé dans cette liste. — 12. 
B : .ûoa.boo». — 13. B : .Ô^Uo; L : Mellitus. — 14. B : >«i*aisool. — 15. Cf. no 48. B : laa.-rso^. — 
16. B ajoute ici : U**» u»a^!i-5o. — 17. B : »i»a.iiaiài>^i»a*1.9|n. — 18. B : »a- t^. — 19. B : 
^l^*a^o/. — 20. B : ^U). — 21. Lire : |juio;iUo (B). —22. Ainsi d'après B. — 23.B : >^a4V3o«. 

— 24. Lire : ^a*»a9|l (B). — 25. B : .«oû3Uï»oP ; L : Crysippus. — 26. L. : Mallatanus; B : s^<i^l-». 

— 27. L. : Sallustinus. — 28. B : usoaoiox); L. : Corrycutanus. — 29. L. : Cyrillus ; B : »«»3»aû. — 
30. L. : Polychronius ; B : ^»<^9. 



LIVRE VllI. CHAP. X 



61 



60. YohaDn(a)n de Flavianos*. 

61. Ind(e)mos d'Ir[en]opolis'. 

62. Youli(a)nos de Dôrôs'. 

63. Basi(a)na * de Mopsueste, par 

S(e)rapion% chorévêque. 
XI . Ulsaurie * : 

64. B(a)silios de Séleucie. 

65. Teodoros de Cl(a)udiopolis. 

Ç>Çi. Youli(a)nos de Q(a)lanadiopolis7. 

67. Ywanis* de Diocésarée, par Hala, 

lecteur*. 

68. Epiph(a)nios de Qostodiopolis '*, 

69. [Mampreus Titipolitanus]". 

70. Tyr(a)nos** de Germanicopolis". 

71. Aqaqi[os] d'Antioche,par P(a)pia '*, 

diacre. 

72. Aumonis de Diotapa*^ 

73. Elianos de D(i)samitia ", par 

P(a)ula, sous-diacre. 

74. Pâtlis" de Philadelphie. 

XII. De la Phénicie P" : 

75. Photi(o)s*»deTyr. 



76. Rouma^" de Sidon. 

77. P(a)ulos de 'Akko. 

78. Olympios de Payos *". 

79. P(a)ulosd'Ar(a)bia*^ 

80. Teoma de P(o)rpha '*. 
81.PetrosdeBiwlos",p.Phot.deTyr". 

82. Eustatios de Beirout". 

83. Teodoros de Tripolis. 

84. Her(a)qlîdos" d'Arca". 

85. Al(e)ks(a)ndros d'Ant(a)r(a)da*^ 

86. P(o)rphyrios de Botron". [199] 

87. P(o)rphyrios d'Eleusia'^. 
XIII. De la Phénice Libanaise^ ^ : 

88. Teodoros de Damas". 

89. Ouranios" d'Emèse. 

90. Youseph de Ba'albek, 

91. Teoma de Yôrdanan". 

92. [Va]lerios" de Laodicée. 

93. Eu[s]tateos des Tayayê". 

94. Yôrdaos d'Abila»\ 

XIV. D'Arabie : 

95. Qonst(a)ntinos de Bosra. 



1. L. : Flaviados; Rest. : um[2^û3]qj|o^^ (?) ; manque dans B. — 2. B : ■.^^b.ûSoj»!» u»ûsûj1,uoi^ 

— 3, L. : Bocsutanus ; B : ««ooaoo». — 4. Lire : li*i«la (B). — 5. L. : per Sophronium episcopum 
Isaurise. Ce dernier mot doit être restitué en titre. — 6. Ms. • de Syria ; rest, : U^oisa*|. — 7. L. : 
Celendorotanus ; B ; iaoa»»,illi>. — 8. L. : Johamus, var, iJoannes. — 9. Lire : Uoîû (B). — 10. B ; 
^o^^iolaAf ; L. : Cetestoroensis. — 11, B : toft2i.o3au^4>* «^oo^lSlB ;. L. ajoute encore deux noms qui 
manquent dans notre ms. et dans B : Daniel Anatnostu (var. : Anagnosti), et : Lea-Manditus per 
papa diaconem ; ce dernier paraît être une corruption du n" 71, — 12. B : »iooajo»a,^. — 13. L. : 
Germanicensis . — 14. L. : per papa; B : \^\S, — 15. L. : Ammonius Latapis ; B : ISl-^aj» .«i^a>o|. 

— 16, L. : Arlianus Selinuntoniensis \ B : ^gooo*»». — 17. L : Natalis; B : .a»<ii».4,i3. — 18. B : 
usoo4,ûa. — 19. L : Damianus ; B : U^U. — 20. B : usoauy>).9? ; L : O. Aradupolitanus . — 21. L : 
P. Porfyritanus ; B : ^oUtS^ûS,. — 22. B : UUb ; L. : Th. Paneadus. — 23. L. : Biblutanos ; B : 
iMi^a.3. — 24. L. : per Photium Pureuntanum. — 25, L. : JE. Perythropolitanus. B : 'isoo^j^aa». — 
26. B : u»o,|2sû;oi. — 27. Ms. : Thraqa ; rest. : 1û»1 ; L. : Heraclius Arcus. — 28. L. : Alexander 
Anaparadu. — 29, L. : Porphyrius Botrjopolitanus per Selosseum diaconem; B : llx» ,»3 spIlV^oa» 
U«ia*!«. — 30. L. : Fohforus Strosiadensis ; B : U^^»»©» «aoo»a9ûûaa9. — 31. Ms. : Ltksîa. B : 
U»». Jai».. _ 32. Lire : usoûcu»»» (B). — 33. L : Uranus; B ; «^oHo!. — 34. L : Th. Eutreopolita- 
nus. B : ^>|û«i, — 35. B : »i!o*iWo. — 36. L. : Eustathius Fjlesaracensis (var. : Silesaracensis) ; 
B : >isft*il^.aool. — 37. L : Jordanis Araviensis. B : «jooh^eu. 



62 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



96. Eulogios* de Philadelphie. 

97. [Proclus Adraonensis. 

98. Theodosius Canothasiensis. 

99. Ormisda Philippopolitaniis. 

100. Flaccus Geroaosotanus,per Cons- 

tantium Boslotrostreensem]*. 
XV. U Augusta Euphra[té\sia* : 

101. St(e)ph(a)no[s] de Mabboug. 

102. [Rufinos]*de Samosate. 

103. Teodoritos [de Cyr]«. 

104. Yohann(a)n de Germanicia. 

105. Timoteos de Doliche*. 

106. Evaliqos^ de Zeugma. 

107. Sab(i)ni(a)na de Perrhin». 

108. [Patriqios]" de Néocésarée. 

XVI. D'Osrhoène'" : 

109. [Noiius et Ibas]'* d'Édesse. 

110. Qaiouma du temple de Saida'*. 

111. Yohann(a)a de Harran. 

112. Abr(a)h(a)m de Circesium ". 

113. (D)aniel de Bîrta". 

114. D(a)mi(a)nos** de Callinice. 

115. Sophron de Telia. 

116. Yohann(a)n des Tayayê*». 



XVII. De Mésopotamie : 

117. S(e)ra ond'Amîd. 

118. No(a)h de Hesna de Kîpha'\ 

119. M(a)rad'Anazit*». 

120. Z(e)bina*» de Maipherqat. 

121. Eus(e)b[ios] d'AgeP». 

122. Qaiouma de Çoph(a)nia'*. 

XVIII, De la Palestine /" : 

123. Yobinilios** de Jérusalem. 

124. Glocon de Césarée, par Zosima 

de Sido ". 

125. L(e)ontinos" d'Ascalon. 

126. Phontinos*^ de Diospolis. 

127. P(a)ulos de Ladona". 

128. Her(a)qlîs d'Azote*'. 

129. P(a)noqratios de Nab(a)rios'*. 

130. Pol(y)kronios d'Antipatria ". 

131. St(e)ph(a)nos de Yamnia. 

XIX. De la Palestine IP : [200] 

132. Severi(a)na '" de Baisan, 

133. 'Es(a)ina de Qapetolis''. 

134. Z(e)binad'Aphâla". 

135. Yohann(a)rj de Tib(e)rios". 

136. Yohann(a)n de G(a)d(ara). 



1. Eulagius\ B : »aao*^Uo). — 2. Lacune de 4 noms donnés par L. Ils sont conservés dans B : 
•:■ l^iasf Lugagv£oâX> ««s «ao^K^v aioûoU3 « ■■ja^oSo ^N.9t IvI^m^o) • jloto|« «rttA^iaofl •«^l»*)* \tAot>syo'^, — 
3, Ms. : Augusto d'Aphrosia; B : Uai^o3oI ; L : Augustus Eufrasiensis. — 4. i0o<xu3o» (B). L'at- 
tribution des sièges de cette province est pervertie dans L. — 5. <ûoo»ûû» (B). — 6. Ms. : de Lykia ; 
U^o»» (B). — 7. L : Evulciusi B : »aoaû*^|ol (EûoXxto;). _ 8. B : <it3». — 9. B : uo.;^. — 10. 
Ms. : Azrtna. B : U»|onl. — 11. Les noms sont en blanc dans le ms. ; L : Nonus Celabasedensis ; 
lire avec B : Nonus et Ihas, U»»wo Ijcu. — 12. L : Gaiumas Marcupolitanus.B : l»*j» Ib*©)^. — 13. B : 
^a.i»«iû;o l;.g.mi3î. L : Castrocircon. — 14. L : Macedonopolitànus. — 15. Lire : ^iao» (B). — 16. 
L ; Joannes Sarracenus. — 17. L : Cesariensis',-<fa.v. : Zephanensis,-^ 18. B : ^pU \i\^. — 19. L : 
Zehennos. — 20. L : Gaiumas Inseles (var. : Jnreles); Eusenius Riifuniensis (var, : Suphanensis). 
— 21. B : l*i9o» ûu3». — 22. B : tooiiikUaa.. — 23. B : j**^». L : per Sozinum ep. Edinensem. — 
24. L : Leontius\ B : »isa*^oU. — 25. L : Photinus; B : U^o3. — 26. L : Anthedonensis . B : 
Uo^oûv.)». — 27. L ; Prselius Agathopolitanus. B : »ooagJix*»oi. — 28. L : Pancratius Enàdensis 
(var, : Abiadensis). B : *«>o4aib>i .^4,1;û»9. — 29. B : |,*;^>a.^|, ;ai*j;3o;3. — 30. B : |joH«. — 31. 
L : An/ianius Capitoliados. B : »i»oîpi>û^|.9Vo» U^|. — 32. L. Zebinus Pellestianus (var. : Pellesi* 
tanus); B : HP». — 33. Omis dans L; B : .aao.UaV^v 



LIVRE VIII. GHAP. X 



63 



[XX. Provincise Palestinœ tertise : 

137. Byrillus Eliensis. 

138. Aretas Elusitanus. 

139. MiisoniusSooronensis((^(2/-. : Zo- 

roanensis). 

140. Marcianus Diotanus. 

141. Niz Tiras. 

142. Marcianus Gazes. 

XXI. Pj'ovincise Palœas Epirii\ : ' 

143. Atiqos d'El(i)qopolis*. 

144. Marqos d'Eorba*. 

145. P(e)r(e)gerios* de Phoniqi. 

146. Eutykios d'Enonopolis*. 

147. Ql(a)udios d'An(a)ksimo'. 

148. Sot(e)rios de l'île de Gorcyra'. 

149. Ph(i)loqtet[os]« de Dodona, 

150. Yohann(a)n de Protîna% par Ze- 

nobLios], métropolitain. 
XXII. UÉpire'^ : 

151. Zenob[ios] de Boçra**. 

152. Louqa de Doraq(e)n(a)n'^. 

153. Eus(e)bios de Fl(a)vi(a)nos'^ 

154. Patrîs d'Akineos**. 



XXIII, De Thessalie : 

155. Qost[antinos] de Demelripolis'*. 

XXIV. De Crète : 

156. Martyrios** de Georia*\ 

157. Gen(a)dios de Qanoson". 
1.58. Qourillos de Sobraton*". 

159. Euphratos d'Eleut(e)rios. 

160. Dimimitrios de Lousa". 

XXV. De la Bithynie du Pont : 

161. Eunomios de Nikomodia. 

162. An(a)stasios de Nicée. 

163. Youli(a)nadeCô, légat deLéon'*. 

164. Eleut(e)rios de Chalcédoine. 

165. Qalinios d'Euphemia**. 

XXVI. Delà Galatie P' : 

166. Eus(e)bios d'Ancyre. 

167. Youlianos d'Antioche". 

168. Aqaq de Qinos". 

169. Meliphtongos"de Louli(o)polis". 

170. Euph(a)nekis d'Asopnôn". 

171. Louq(a)dios de M(a)hazon'*. 

172. Euphr(a)si(o)s deL(a)gana". 



1. Sic L, Les n"^ 137-142 manquent dans notre ms. et dans B. Ce dernier porte |i*^*^:b.9» 
.xttO*;^9wi, qui paraît être une corruption des deux titres, xx et xxr, comme dans notre ms. — 2. B : 
im.\o3oa^ ; L : Atticus Nicopolitanus ; rest. : usdAoSooij (?). — 3. L. Eurxos ; var. : Eurias ; B : 
lo^ol. — 4. Rest : usoaJ^^^3; B : u»al.,^|»^3. — 5. L : Adrianopolitanus ; B : lâiI^oSau;^], -_ g 
L : Asciamensis ; B : ûvi^ûjU >aoo*»o«J^. — 7. L : Sotericus Cercyras Mesitanus\ B : k^<uu;^^ttQxï> 
|Ln.^Hûo;i3», — 8. L : Philocteus; B : œoo^l^oiv^S. — 9. L : Proticensis, var. : Bruticensis ; B r 
lû»^o;9». — 10. L : Provinciae Metropolis Epiru. — 11. Le ms. donne : Zenob[ios] metropolis d'E- 
/)j>os(ie^oçr«. Nous rétablissons l'ordre d'après L ; B donne : U.03» vca*;3|on iaa.>^«2s>a9;g«<M cso.)/ ^..a, 

— 12. L : Doraciensis ; B : <iûi,». — 13. L : Apolloniensis; B : m»j|à^N. — 14. L : Petrus Eci- 

miensis, var. : Ethimiensis. — 15. L : Demetriados ; B : tmib^oSl^^ia*». — 16. Lire : u»a*»û^;so. 

17. L : Gargiensis; var. : Gortynensis ; B ; H»û^». — 18. L : Gnosutanus. — 19. L : Siihsetanus ; 
B : »a»û^U)aaflo». — 20. L : Dimiteius Laupensis; B : 13^» '«a*;^),. — 21. |3ÔIo^3|» U»»l»s^^I. 

— 22. L : Callinicus Apamenus. B : l*sû3|. — 23. L : Tahianus; B : U^^,». — 24. L : Acatius Ci- 
nitanus; B : usoûi^^ uioû^^ûI. — 25. L : Melistoggus. — 26. Lire : itxù^aâd^c^. — 27. L : Hype- 
rechius Asponotaniensis (var. : Jaspon); B ; ^ax»!^ usoû*j^^9ooi. — 28. L : Laucadius Mnizutanus • 
B ; ^ûl*J^»^. — 29. L ; Galatiensis ; B : ^l^U». 



64 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



XXVII. De la Galatie IP : 

173. TeoqtistosdeP(a)s(i)n(a)da', par 

Phot[ios], archidiacre. 

174. EIpid[ios] de H(a)mirmta]*. 

175. Myst(e)rion' d'Amôria [201]. 

176. Aqoula d'Euksiados*. 

177. Qouri(a)kos de Troqanaron''. 

178. Payos de Paninisa*. 

179. Longinon de D(a)sision\ 

XXVIII. [De la Cappodoce]' P" : 

180. Tal(a)sios* de Césarée. 

181. Lousi(a)nos*" de Nysse. 

182. F(i)rminos de Hamîmta**. 

[XXIX. Provincise Cappodociœ 11^ : 

183. Patricius Tyanensis. 

184. Theodosius Nanziazenus. 

185. Aristomachus Colonensis, 

186. Cyrus Cybistroneiisis] '*. 

XXX. De V Arménie /" : 

187. Yoh(a)nn(a)n de Sébaste. 

188. [Cecropios]** de Sebastopolls, 

189. [Yoh(a)nn(a)n de Nicopolis]'*. 
XXXI, De V Arménie IP : 

190. Qost[antinos] de Mélitène*\ 



191. [Aqaq] d'Armanton»». 

192. Armios " [d'Arabissus] par Eudo- 

mios** prêtre. 

193. Yoh(a)nn(a)n d'Arqâ par Epi- 

ph(a)n[iosJ^** prêtre. 

[XXXn.DuPonf.y' 

194. Armos" de Qôni(a)non. 

195. Domnos de Qos(Cucusus) ". 

XXXIII. Du Pont Polém[oniaque] : 

196. Doroteos de Néocesarée". 

197. Yoh(a)nn(a)n de Palodemonios'*. 

198. Qrâtidi(a)nos de Qarasta". 

199. Atarbios de Trébizonde. 

XXXIV. De l'Hellespont*' : 

200. S(e)leuqos d'Amasia. 

201. Antoninos de Miso". 

202. P(a)ralios d'Andrapon '^ 

203. Our(a)nios [d'Ibara". 

204. Atiqos]'" de Zelon. 

205. Antiokos de Sinope". 

XXXV. De Paphlagonie : 

206. Petros de Gangres. 



1. L : Pesinuntos'; B : t^oM»»3». — 2. L : Mirecenonthermis; B : taoaL.û*»û»o» Itoso-ao-?. — 3. L : 
Miterius\ B : >a»»osoN icoo..;o^6^poio, — 4. L : Aquilas Eudoxiados; B ; t^o»U*a3o»l» {sic). — 5. 
Quiriacus Troenadensis; B : sp»!-*©;^». — 6. L : Plus Petenensis; B : s ^rwi .^^ usocU^. — 7. L : 
Lqnginus Orcissu; B : ^am^p» «^«u^t^. — 8. Sic, d'après L et B. — 9. B : »^sa*HL. — 10. L : Mii- 
sonius; B : «m^AdooM. — 11. L : Thermis. — 12. Sic d'après L ; lacune dans notre ms. B donne : 
.-. ^;^£aAaaOf (aoo^oo * pà^oov •^oos^Mâ^^sa^^l * t^oo4'lP« iAao*AOf|L • |.i<i^f uaDaifi<^^,lâ, — 13. B : 
«Aa^oSagvAoaoMf <«a^op3|x>. — 14. B : «aa^adlx^j^ ^^. — 15. B ; U^|>I|mv. — 16. B : «^^c|c| 
^otUvjïl», L : Ariarantheus. — 17. L : Adonius : Lire ; toaooojl ; B : i«»ûisftû»tj useù^o^'. — 18. L : 
per Lucium presb.; B : aseuUo»!»^, — 19. L : per Eufronium presb.; B : «isa^© 1^9 !,»=>. — 20. Le 
titre manque dans les deux ms. syr. ;L omet cette province et les n°* 194, 195. — 21. B : icoo}.2^^oi. 
— 22. B : U>*^iXk (£ft.a|Uol t*3 '^CkOOD) iBoû^ioo^. —23. B aj. : |uxi«M U*^^ t^. — 24. L : Polemonia- 
eus. — 25. L : Gratiados Cerassontenus ; B : u«»ajV.»l^|paj. — 26. B : ii»agoû9<^^. — 27. B : 
|.i*^â«M i«&.âMc&. ,*3^û*ftool» liaaaiojagoj . L : Antonius Amessinus. — 28. B : *rt< .a \ o< t^ ^13)»,jU «aooAl3 
U»»û. — 29. L : Iborensis per Paulum pr. ; omis dans B. — 30. D'après L et B. — 31. B ; t^a*.!)». 



LIVRE VllI. GHAP. X 



65 



207. Et(e)riqos de Polpilos». 226 

208. Renos* de Louliopolis. 227, 

209. de Daron : Polykrônios\ 

210. Aodoros de Sod(o)n\ 228. 
XXXVI. De VHonoriade' : 229. 

211. Q(a)lagrios de Myripolis^ 230, 

212. Teodoros d'Her(a)qlios\ 231, 

213. Apragolonios de Tayo*. 232. 

214. TeophilIosd'Adr(i)anopolis». 233. 

215. Genetli(o)s'*^ de Qrat(e)na". 234. 

216. Olympios d'Aphrosia**. 

XXX\n. De rHellespontine'' : [202] 235. 

217.Diog(e)nios*' deCyzique. 236. 

218. P(e)trosde [D]ardana»^ 237. 

219. Teolosios de Pariu *«. 238. 

220. David d'Ard(e)nia". 239. 

221. Eulali(o)s'«de Pinon'^ 240. 

222. Pom(o)sdeTodara»». 241. 

223. St(e)ph(a)nos"dePyniananon^\ 242. 

224. Teosebi(o)s de Helion". 243. 

225. Ermia d'Abyda. 244. 



Daniel de L(a)masqon**. 
P(a)triqios d'Ard(a)notron". 

XXXVIII. D'Asie : 
Stephanos d'Ephèse. 
(E)teriqos*' de Smyrne. 
Teoma d'Amîdo ". 
Eus(e)bios de Qalanom(e)nôn^^ 
Qouri(a)qos d'Area". 
Marna'" d'Anin(e)ton". 
Leong(i)ni de Magnestia la 

Grande". 
Qoaiston de Phoqla^'. 
Proqlos d'Alg(i)nzon^*. 
Basiliskos de P(a)ralos ". 
[Philippus Neaslytanus] '*. 
Daphinos" de Priolôn^*. 
01ymp(a)s d'Azonon"*. 
Es(a)'iad'Elias*^ 
Esp(e)ros d'Ep(e)nd(a)tos*'. 
Proteros*' de Myrina. 
Yoaninos** de Nysse. 



1. li : PompeiopoUianus per Epiphaniuvi presbyt.; B : |*»»û ^a»5| ,.a ixift2^ado<âyï3. — 2. B : 
lAsaj]». — 3. L ; Polychronius Dadyrensis; B : v^^UN» usû.»|P^a9. — 4. L : Theodorus Soronensis. 
B : ^yOLtc^ «û»o5o»o)t. -^ 5, D'après L; B : .i»oiV«»ûjj. — 6. L : Caligorus Claudiopol. ', B : 
i<A2^a3a>v^^v*«Mo^lsspUx>. — 7. B : ^oaisJ5^o^ ; Lire : osoûAo^I. — 8. L : Apragmonius Tuitanus (var. : 
Tuitatius). B : s^U^)' "^•*J^a>ï5.1^^S|. — 9. L et B ajoutent : per Pelagium presbyterum. — 10. Omis 
dans B. — 11. L : Ecratensis, per Elogiuvi presb. — 12. L : Prusiadensis; B : l.»^oiû3ol ; L et B 
aj. -.per Modestum presbyt. — 13. L : Pr. Hellespontiniame', B : U*«»l» ^aoagoû^^.g.m:S^». — 14. L : 
Diogenes't B : «nuk^^. — 15. B : Ph»l>». — 16. L : Thalasius Parvi. B : '«u^éSsL. — 17. Adri- 
niensis; var. : Adrianensis \ B : UUU^I. — 18. B : *ao*Wol. — 19. L : Pionensis; B : »^:Oa9.'.— . 
20. L : Pionius Troadensis; B : hlo;^. — 21. B : uaoajia^^). — 22. L : Pymanemus; B : ^>^soo3. 

— 23. L : Theoservus (var. : Theusebius) lliu; B : ^û^w» «a&^oaooII. — 24. L : Lampsacensis ; B : 
^|.oo|a(îi.. — 25. L : Patricius Adrianopol.; B : ^ilLajIj^l» us(uû.i|^13. — 26. B: |*>ûaûi»> >i»qû*»1L|. 

— 27. L : Th. Auliocomenos et ValentiniapoL: B ; vaaAûSauug.u'S^o ïo^oh. — 28. L : E. Clazo- 
menus. — 29. L : Vies (Etles, Edes); B : hW. — 30. B : u>a*iotie. — 31. L : M. Animeta. — 32. L : 
Leontius Magnesise majoris ; B ; ^.ah^» »m*^joV. — 33. L ; Quinius Phocensis ; B : Uoaô^ vmû^|ûo. 

— 34. L : Pr. Algizinus ; var : Alosizenus; B : nP^'>^^ »û9û^;a9. — 35. Basilicus Palseaspolitauus; 
B: iafti>>ûai»^3j -attûxiiikAms. — 36. Sic L. Omis dans notre ms. ; B : .û>Uûao|l» â. — 37, L : Bufi- 
nus; corr. : M»ûi*9oi (B), — 38, L : Brioloniianus . B ; ^a-ja^ Lire : ^a\a»;9. — 39. L : Olym- 
piup Ebazotanus; B ; ,^iol». — 40. L ; Es. Eleas; B : >asSs». — 41. L : Esp. Epitanensis ; B : 
.flo,^3l,. _ 42. L : Petronius; B : U«»o\» ««oa.»^,e3. — 43. L : Neonius Myssenus; B : «i»oi-aj. 

II. 9 



66 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



245. Paolinos de P(e)rp(e)ronos'. 

246. [Marqelinos de Metropolis]*. 

247. YouH(a)nosde Eupaphon*. 

XXXIX. De Lydie : 

248. Floditos* de S(a)rdon5. 

249. M(e)neqratos de Qar(a)sion'. 

250. P(a)triqios de Qarasto'. 

251. Polyq(a)rpos de Tab(a)la'. 

252. P(a)ulos de Tripolis. 

253. Relia de'Endôn». 

254. Qônsios de D(a)raqeseon **. 

255. Am(a)nios de S(e)Igion**. 

256. Andr(e)ad'Euin(a)ta". 

257. Dionysios d'At(a)lia". 

258. G(e)m(e)lios d'Aqtratoniqi '*. 

259. Alqimedisde S(e)Iadron*^ 

260. Louqios d'ApoIlonis(i)ru '*. 

XL. De la PamphyUe [/'"«] : 

261. Epiphanios de P(e)rgia ". 

262. Teophilos d'Ari(a)snon*'. 

263. D(a)nodotos de L(a)us(a)nia". 

264. [Néon Ymysu [i>ar. : Sinisu). 



265. Paulus]" de Pourgalion". 

266. M(a)rq(e)linos d'isiandon". 

267. Maqedon de Magron". 

268. Marouq de Qodr(a)lon". 

XLI. De la PamphyUe IP : 

269. Amphilosios" de Side. 

270. Gaiosde Sydron". 

271. Eudoksios d'Elenôn ". 

272. M(a)rqi(a)nos de Qor(a)lanon" 

273. Eugaios de Qotanôn". 

274. Ambr(o)sios de Qoraqoqon'". 

XLII. De Lycie » : 

275. Rom(a)nos de Myron. 

276. AristoteIi[s] de Lympo". 

277. Eudoksios de Kom(a)tos. 

278. Paladios de Qord(a)lis'\ 

279. Qourinos dePatara'*. 

280. St(e)ph[an]os deLibyron'^ 

281. Nanadotos de T(a)l(a)madiu". 

282. B(a)donizon de Papidos ". 

283. Philipos de B(a)rbon'«. 

284. Teodoros d'Antiphaloii*'. 



1. L : Perperenotanus ; B : »£ûai*^|.9;9^. — 2. B : iflooUaâ';^.»» tMai2^;M; notre ms. répète ici le 
no 243. — 3. L : Julianus Hypepotanus; var. : Ahianus Iperotanus. — 4. L : Florenlius. — 5. B : 
Noîl;^»». — 6. L ; M. Corassensis ; B : ^a**!»!^». — 7. L : />. Eracensis^ var. : Herassensis; B : 
^aa»|;o». — 8. L : /*. Gabalensis; B : Ul-al^'. — 9. h-.E. Vendutanus; B : n^j*^». — 10. L : Confinius 
Geratesanensis ', var. : Hierocsesar ; B : )..;/sttûof»ï ^i»ai.^too. -^ 11. L : Amantius Selgon; B : 
^^U«. — 12. L : A. Satalenus] B : i«ooVè>«o». — 13. L : D. Attanensis, — 14. L : G. Stratonic.; 
B : to*Joii;^ao» ia»<iiàolv^. — 15. L : Al. Elladensis; var. : Eulandensis; B : ^;,lUoo». — 16. L : 
Leuclus Apolleosleru. — 17. L : Ep. Pergensis; B : Ivs^^î^S»- — 18. L : Th. Adriassu ; B ; ,^olJûai*»N, 

— 19. L : Theodorus Lausaniensis \ B : U*o<i»>» iaoo^oh^. — 20. Suppléé d'après L; B : oloNi»^. 

— 21. L : Poglotensis ; B : ^i^a9,. — 22. L : Isindonensis. — 23. L : Macedon Magidniensis ; 
B : va^l»» s$>»orû).v9. — 24. L : Maras Codroylonensis ; B : i«>U>». — 25, L : Ainphilochius ; lire : 
t^a*û<îi).»abol. — 26. L : G. Suedronensis i B : ^Sioiso». — 27, L : E. Elletonensis ; B omet. — 28. 
L : M. Coralensis; B : lûoW^oa». — 29. L : Eusehius Cottinensis ; B : vOi^ois, u5ft.jt«^l. — 30. L : 
Obremus Coracesiensis. — 31, Titre omis dans L, où ces évêques sont mêlés à ceux de la Pam- 
phyUe II". — 32. L : Aristodjtus Olyinpuensis ; B : oasax©^ ..coû^llial^ûftôl. — 33. L : P. Capidalensis ; 
B ; *tti»j»0)û», — 34. L : Cyrinus Patalensis. — 35. L : St. Limmitensis ; B : v^^asooW». — 36. L ; 
Zenodotus Telimisu ; B : ombo^i^, u»o^o»lii. — 37. L : Cronton Pasendonensis ; B : ^JxwoP, -- 
38, L : Ph. Barharensis ; B : .^o;=lU3». — 39. L : Th. Antifollensis . 



LIVRE VIII. CHAP. X 



67 



285. L(e)ontios d'Ar(a)qsôn'. 

286. Antipatros de Qamon^. 

287. Qratinos de Paron(o)mou'. 

288. Andréas de Poelateon*. 

289. Nikolaos de Qrasu\ 

290. Rom(a)nos de Bobonon*. 

XL m. De Lycaonie : 

29L Isiphoros' d'Iconion. 

292. Neptolomios de Qoron*. 

293. P(a)ulIos de Darba. 

294. Paltorîos • de Lystra. 
295.Roufos[deHydes". 

296. Tyranos]" d'Amaneon'*. 

297. Àiouliosde Larkada'». [203] 

298. Eug(e)ni(o)s de Qanon »*. 

XLIV. De Pisidie : 

299. Porolis" d'Antioche. 

300. Eutrophlis" d'Adadou. 

301. P(a)ulosde Philomelis*'. 

302. Paulinos d'Euphemia'", 

303. Teotoqnos de Troaenou*'. 

304. Aeroetiqos de Metro[polis] *". 



305. Qoiiros de Synin(a)dou". 

306. Likanios" de P(a)laton. 

307. AI(e)ks(a)ndros de Séleucie; 

308. OI(e)nitompios*' de Sozopolis. 

309. Photinos de Sal(a)gasou". 

310. Masalinos de Laodicée. 

311. Bas(o)s de Maspfollis ". 

312. Folr(e)ntios" d'Adrianopolis. 

313. Mous(o)dias de Lymanon". 

314. M(a)ksiminos do Zozoulon". 

XLV. De Carie : 

315. Qrat(o)iii(a)nosdePhrosdisrios** 
-316. Dion(y)sios d'Antlnou'". 

317. Iwanis d'Alisdon ". 

318. Phlaqilios d'Asiou". 

319. Paneios d'Aizôn". 

320. Dyonnysios d'Her(a)qlitomou ^'\ 

321. M(e)n(a)ndros d'Heraqlès*^ 

322. Alb(i)d(I)q(i)os d'Eupit(e)nos ". 

323. Iwanis d'Amozonos". 

324. Tynkanios d'ApoUonia^*. 

325. Teodoritos d'EIabidon"^ 



1. L : Z. Araxenus, — 2. L ; A. Caumenus ; B : ^l.;>olo^. — 3, L : Panormitanus. — 4. L : 
A. Phtoleotanus ; B : ^Ho^Q». — 5, L : Nicullus Acrassutanus ; B : gaoîIcU «aooUooo. — 6. L : 
Somanus Bobonensis ', B : vûa*^». — 7. L : Onesiphorus; B : iooo»oa.jaftjl. — 8. L : Neoptolemus Cro- 
nensis; B : ^au^ao» .xsûioH(xg.3olj. — 9. L : Plutarchus; B : «/mû^.jcîsS. — 10. B : ho»». — 11. 
D'après L ; B ; «^ûJo^ogg. — 12. L : Imadanensis ; B : «^oJ*Uooi». — 13. Oscholias Lalandensis ; 
lire : IwiH, Larenda ; B : t'IvH» iûaiii>ama|, — 14. ; L : Eugenius Cœnon, — 15. L : Pergamius; 
B : uiott))aa^3. — 16. L : Eulropius; B : sQ*t9o;^. — 17. B : éiki>oU.3». — 18. L : Longinus Apa- 
inenus] B : U^^l» <xoaiis.a3. — 19. L : Theoctistus Tyatu (var. : Tyrcu); B; a*Hû^» usaa.i54,ot. — 20. 
h '. Fortlcius Metropolitanus ; B : vctt.^^a3;.gvi>o «muv>^»o)|. — 21. L : Cyrus Cinandensis ; B : 
oUuiso^. — 22, L : Libanius; lire : «ûoo.j!ais. (?); B : >*o|^^. — 23. L : Olympius ; B : «ïtt.io£^, 

— 24. B ; «ooû^).ûo» uaoou^oS. — 25. L : Bassones Neaspolitanus ; B : cû.t>.Q^cc\i^, \toauùo\s, 

— 26. L : Florentius ; B : «»ai»^*»<îi.a9. — 27. L : Musonius Linienensis ; B : usoouû^ioûbe, — 28, 
B : v^oi». — 29. L : Cretonianus Aphrodisius\ B : ^owsa*»o"»3|» «ûi»ai*i^|;û. — 30. L : D. Antio~ 
cftenus; lire : Ua^'!(B). — 31. B : .^».^» assoira*. —32. L : /^/acaZus/rtssrt; B : a» i^û9cuiio|» «soa^US, 

— 33. L ; Panias Enydonensis', B : souib. — 34. L : Dionysius Latomenus ; B : a»o^i^»oi» umâja*^. 

— 35. R: a>o^Uix>ï«» ^o»."^. — 36. L : Eupithius Stratonicensis; B : ^au^^ao u»o*ia3oU 
u»aû.ja^l;^». — 37. L : Joannes Onayzonensis ; B : «i»ajopob. — 38. L ; Tichanius Apoll.; var. : 
Tutelanius Apilonensis ; B : >*i»aj,»a)û^. — 39. L : Th. Alabandensis . B : taoa^o»û|t. 

9* 



68 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



326. Iwanis de Qanidon*. 

327. Et aussi M(e)nidisios d'Haliqar- 

nasos par Youli(a)na prêtre*. 

XLVI. De laPhrygie Salutaire* ; 

328. Marinios* de Synadon*. 

329. Eus(e)bios de Dorylée. 

330. M(a)rios d'Eul(a)ndron«. 

331. Moqimos de Vapsou^ 

332. Philipos de L(a)gdaos*. 

333. Epiphanios de Mardeon". 

334. Aberqios de Leop(o)lis". 

335. Qour(a)qios d'Asr(a)phia", 

336. Eutikos de Dosimon". 

337. B(a)siIios de Namia^». 

338. Aqoulas d'Aorqalon'*, 

339. Str(a)t(e)genos de PoIyqatoii'\ 

XLVII. De la Phrygie Pacatienne^^ : 

340. Enoksinos" de Laodicée'^ 



341. DanielosdeQadon". 

342. Mod(e)stos de Sebastia'". 

343. Eul(a)lios de Siournon*^ 

344. Matios de Tmesi(a)nou". 

345. P(a)uIos d'Arisphon ". 

346. Barios" de Dionys(o)p(o)lis. 

347. Genadios d'Aqamonia". 

348. Ev(a)ndros de Dioqlia". 

349. Genadios de Mos(i)nou". 

350. Teoma de Theodosiopolis^*. 

351. Philipos d'Anqra'". 
(Sindara de Disios'"). 

352. Yonis de Trazeopolis**. 

XL VIII. \Provincise Neson^^ : 

353. Joannes Rhodu. 

354. Euphrontius Chiu. 

355. Florentius Mitylenes. 

356. Barachus Naxensis. 



1. L : Joannes Nidiensis. — 2. L : Calandion Acharnasrensis (var. : Halicarnassensis) per Pu- 
lianum pr.; B : ,^axi*»rsio, — 3. Lire : au^ol5. Mais le titre est interverti avec le suivant. Les 
évêchés (328-339) sont ceux de la Phrygie Salutaire ; B : U;^oU^. — 4. L : Marinianus. — 5. L : 
Sjnadensis; B : ^,*|oW». — 6. L : Miros Bilandensis ; B : vO»o»<ii>.oW »aoQi;jbo. — 7. L : Epsu; 
B : tûo^9loiv — 8. L : Lyciados ; var. : Sygiada ; B : wï>OK^<i^. — 9. L : Mardagensis. ~ 10. L : 
Avircius Geraspolitanus ; B : uioû^*3o|j? asoa.û*;3|, — 11. L : C. Eucarpensis', B : iû*ia3|j uttOA^^oo. 
— 12. L : Eusiochius Docimii; B : >cteû^o»» ti»aa.^^oo|. — 13. L : B : Nacoliensis ; B : |X<i>s|j». — 
14. L : Aquila Antoclinus; B : v.^o»ol» s^ûu'. — 15. L : Strate^ius Poljbatenus; B : vca^^;^^ 
â^jà^aSv. — 16. Lire : U»^U>. Les évêchés (340-352) sont "ceux de la Phrygie Pacatienne ; B : 
au^U>).d. — 17. L : Nuneckius ; B : <isoa.3pa.. — 18. L : Jaudocias Trimitaria ; lire : Laodicex 
Trimitarise ; notre ms. et B font de ce dernier mot un nom d'évêque. — 19. Ms. : Trimitaria de 
Dakialosdoadon, lire : n^»M>9 »*oii.p» ; L : Daniel Cadonensis ; B ; spj)o» ■«»oU-^». — 20. Lii'e ; 
tû>Q,^.i)eva,:M; B : «^i^^ûoUo». — 21. L : E. Siuriensis; B : >a* ; .. -^ .aon — 22. L ; Mathias Themesia- 
nensis; B ; âi^AD^M^f iaoojLIm. — 23. L : P. Aristensis. — 24. L : Charis ; B : >^«»M>. — 25. L : 
G. Acmonensis; B : UjoïoûûI,. — 26. B : li^aoo'vv ««>o»»pol. — 27. L : G. Mossjnensis; B : ^a*isooso». 
— 28. L ; Omis dans L. — 29. L : Pk. Agirassidensis ; var. : Ageyrassydera; B : |»l,*ao!»ao*h. — 
30. Sic ms.; à corriger d'après la note précédente. — 31. L : Joannes Trapezuntanus \ B ; «zio^jIû* 
'isa2i>o»l-9î|^». — 32. Pour les nos 353-365, notre ms. dit simplement : « 4 des Mes, 7 de Cyprey 
2 d'Afrique^ dont [nous n'avons pas les noms] ». Nous suppléons d'après L ; B donne ainsi les noms : 



LIVRE VIIT. CHAP. XI 69 

XLIX. Provincise Cypru : 361. Eliodorus* Amathuntus, 

nrri /^i • n » !.• • 362. Didymus Latipensis. 

ooi. Ulympius Lonstantiensis, per . 

r»*! T i' 363. Procuchius Arcenoensis. 

Uidymum ep. Latipensem. 

358. Epaphroditus Connessensis. L. Provincise Africse : 

359. Soteras Theodosianus. 364. Valerianus Bassianensis. 

360. Photinus Cythirenus, 365. Valerianus Afrus]^. 

(CHAPITRE XI). — Nous écrivons les Plérophories^ c'est-à-dire les témoi- 
gnages véridiques , écrits en toute exactitude et recueillis de livres autorisés par 
MarJean, disciple du saint évêque Mar Petrus libérien, qui montrent clairement, 
par la révélation de V Esprit-Saint, que l'assemblée impie de Chalcédoine a eu 
lieu dans la colère de justice et V abandon de Dieu. 

I. — Notre Père le saint évêque Petrus* nous racontait que quand il était à Cons- 
tantinople, avant d'avoir renoncé au monde, Nestorius* vivait encore. On accomplissait 
la solennité des Qarante-Martyrs dans l'église appelée Mdrîa; Nestorius se leva pour 
faire l'homélie. Il était doué d'une voix claire®. Il dit dans cette homélie : « Tu ne dois 
pas être glorifiée, Marie, comme si tu avais enfanté Dieu; [204] car, ô excellente, tu 
n'a pas enfanté Dieu, mais l'homme instrument de Dieu ». A l'instant un démon ^ 
s'empara de lui à Tambon ' même. Il luttait en vain et était [sur le point®] de tomber 
de l'ambon. Les diacres le prirent et le firent entrer dans le diaconion. Dès lors la 
plus grande partie du peuple s'éloigna de sa communion, surtout les gens du palais, 
et moi aussi^ bien que je fusse fort honoré par lui ". 

IP histoire. — Notre Père racontait que Pelagius d'Édesse, moine admirable et 
prophète, ayant entendu le blasphème d'Ibas le réprimanda et eut beaucoup a souf- 
frir de sa part. Etant persécuté, il vint dans les contrées de la Palestine et y habita 
dans la retraite, alors que Juvenal vivait encore, avant le synode. Il avait continuel- 
lement des visionSj et se rendait constamment auprès d'Abba Petrus qui vivait dans 



1. Omis dans B, — 2. B termine la liste par cette note : « Tous les évèques réunis dans le synode 
étaient au nombre de 633; il en est qui ont signé par l'intermédiaire des autres. » 

3. ID^Yipocpopc'at. — L'ouvrage, composé primitivement en grec, existe en syriaque dans le ms. Add. 
14,650 du British Muséum, foll. 90-134. Nous donnons quelques variantes d'après ce ms. que nous 
désignons parla lettre L. Une traduction française a été publiée par M. F. Nau, dans la Revue de 
l'Orient chrétien, t. III (1898). Michel ne donne qu'un résumé, et les paragraphes ne correspondent 
pas toujours à ceux de l'ouvrage. Voir dans l'Introduction le chapitre consacré aux Sources de 
Michel. — 4, Pierre Tlbérien. Comp. sur ce personnage : R. Raabe, Petrus der Iberer (Leipzig, 
1895) et les sources indiquées par l'auteur ; J. B. Chabot, Pierre Vlbérien d'après une récente pu- 
blication (Paris, 1895). — 5. Ms. : Nestorinos . — 6. L : Uû »***»jo Uû ».*»j |ow >*ooiû-I. — 7. L : U-?. 
— 8. Brifia. — 9. Cf. Pseudo-Dents, ad ann. 743. — 10. L : ^a^^ low ,.^vo. 



70 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

la solilude sur le rivage ^ de Mayouma de Gaza. Un jour qu'il était venu discuter avec 
lui sur les pensées vertueuses, il fut ravi en extase et vit, sept ans d'avance, la trans- 
gression qui eut lieu à Chalcédoine. Il prédit l'empereur Marcianus. II dit : « Ce 
temps nous atteindra aussi, moi et toi, ô Abba ; nous serons persécutés avec les 
saints, et nous finirons dans la persécution ». — Ce qui arriva*. 

///" histoire. — Pelagius eut encore une autre vision avant l'époque du synode; et 
il se mit à dire en pleurant ; « Malheur h Pulcheria î Malheur à Pulcheria ! » . Et comme 
on le pressait souvent* d'expliquer ce qu'il avait dit, il répondit : « Pulcheria, qui a 
voué à Dieu sa virginité et qui a chassé Nestorius, est sur le point de prostituer sa 
virginité, de déchirer la foi et de persécuter les saints ». — Ce qui arriva : elle se 
maria à Marcianus et changea la vraie foi *. 

/F" histoire. — D'après ce que raconta Pamphilus®, diacre de Jérusalem, le même 
Pelagius étant la nuit en prière auprès du Golgotha fut ravi en extase et se mit à dire 
avec larmes : « Juvenal! », par trois fois; et ensuite, sur les instances (du diacre) 
il lui fit cette révélation : « De même que tu vois maintenant Juvenal entouré de 
moines et de foules^, de même tu le verras conduit par les soldats' [et les démons] ». 
K" histoire. — Le même (moine) vit en esprit ce qui devait arriver. Il dit à Abba 
Petrus et h Jean l'Eunuque : « Méditez les Ecritures^ mes fils! et quand le Christ 
vous confiera ses églises, priez pour moi ». Il indiquait d'avance leur ordination. Et 
comme Petrus s'étonnait, et ne comprenait pas ce qui avait été dit, car il évitait 
même de parler d'ordination, il dit au vieillard : « Tu ne sais pas ce que tu dis ! » Et 
Pelagius répondit en souriant : « Je sais, moi, ce que je dis. Que celui qui doit s'en 
affliger s'afflige !» 

VI. — Ce même (moine), au temps de la transgression de la foi, faisait cette 
prière : « Seigneur mon Dieu! préserve-moi de transgresser la foi, jusqu'à la fin. 
Prends ma vie où tu voudras, soit dans une auberge soit dans un hospice; garde-moi 
seulement d'être transgresseur ». Ce qui arriva. — Pelagius, étant persécuté, s'en- 
fuit à Ascalon près de l'aubergiste Gyrillus et mourut là. Quelques gens de Mayouma 
vinrent le prendre et l'ensevelirent sur le rivage, dans le monastère de Haroun le 
marchand de blé. Les évêques étant persécutés, l'évêque Petrus s'en était allé; se 
trouvant à Oxyrynchus de la Thébaïde, la nuit où mourut Pelagius, de loin, il le vit 
qui venait vers lui, joyeux, le saluait et lui disait : « Abba, prie pour moi; car je m'en 
vais vers le Seigneur ». Ayant noté ce jour, il trouva que c'était celui où Pelagius mou- 
rut. La mère de celui-ci l'avait conçu, enfanté et élevé, en jeûnant les samedis*. Etant 
devenu grand, il vit qu'on accompagnait au tombeau, dans la douleur, un grand per- 
sonnage ; et des funérailles de celui-ci il s'enfuit au couvent. 



1, lahrum. — 2. Cf. Ps, -Dents, ad ann. 757. — 3. L : ^ \bJAA ^ o;ûL1. — 4. Cf. Ps.-Denys, 
ad ann. 757. — 5. Ps.-Denys, ad ann. 757. — 6. L : aa*?..IbA, « de 'clercs ». — 7. Lire : hi-io U»o^. 
— 8. Ou : « les semaines ». 



LIVRE VIII. GHAP. XI 71 

VII. — Jean, prêtre d'Alexandrie, de la maison * de Tatianus, raconta que quand 
il était jeune il alla trouver (Abba) EUadius* le célèbre» prophète de Cellae*, pour 
savoir si le Seigneur approuvait sa voie. 11 lui dit : « Attends ; car je ne vois pas main- 
tenant de tranquillité. Dans quelque temps la persécution atteindra les églises, et 
ensuite tu viendras ici ». Gomme je le questionnais, il dit : « Un empereur impie, 
nommé Marcianus, s'élèvera'et amènera les évêques h dire par écrit que celui qui a 
été crucifié n'était pas Dieu. Dioscorus d'Alexandrie n^ I écoutera pas, il sera persé- 
cuté par lui et mourra en exil; un apostat lui succédera; mais en ces jours-là s'élè- 
vera un pontife faisant la volonté de Dieu ». II désignait Timotheus et l'impie Pro- 
terius. Il fit en outre connaître que Timotheus reviendrait [20o] à son siège et 
mourrait peu de temps après. Lui ayant demandé d'apprendre ce qui suivrait, il me 
dit : « II te suffit (de savoir) jusqu'ici. D'ailleurs, après cela le temps de l'Antéchrist 
s'avancera ». 

VIII. — Abba Zenon, le mendiant' et le prophète, de Kephar Sé'arta, village de 
la Palestine, fit une prophétie, avant le synode, à Abba Stephanus, qui désirait parti- 
ciper aux mérites ® de l'exiL Étant venu trouver Abba Zenon et l'ayant interrogé, 
celui-ci lui dit : « Va, reste en paix ! La persécution des hérétiques est sur le point 
de s'élever, et alors sans le vouloir tu iras en exil ». Ce qui arriva. — Abba Zenon 
mourut une année après ^ le synode, dans la douleur à cause de l'apostasie qui s'y fit *. 

IX. — Abba Innocent[i]us, de Pamphylie, archimandrite*, raconta qu'il y a là une 
vallée profonde où, avant le concile, l'un des ascètes vit le diable qui vint vers lui, et 
lui dit : « Prosterne-toi et adore-moi! » — Le saint l'ayant invectivé, le démon s'en 
alla en disant : « Pourquoi refuses-tu de m'adorer? Voici que je vais rassembler tous 
les évêques et faire un synode où ils m'adoreront" ». 

X — Lorsque le synode fut sur le point d'avoir lieu, le soleil*^ devint subitement 
ténébreux et obscur ; il plut des pierres '* dans la ville sainte et en beaucoup d'endroits 
de la Palestine. Elles ressemblaient à celles qui sont fabriquées par les hommes. Il y 
avait sur elles des signes divers et étranges. Plusieurs en recueillirent, et certains 
s'en étant servis sans le savoir, devinrent aveugles. — Eusebius^'un chantre (?) de Jé- 
rusalem en recueillit qu'il montra à l'impératrice Eudocia et envoya** à Constanti- 
nople comme preuve de ce prodige qui marquait l'aveuglement quiallait s'emparer du 



1. De la famille, de l'église, ou du couvent. — 2, L : *«oû*^; (fiea*,A. La leçon de notre ms. est 
confirmée par Land {Anecd., III, 192), et par le Ps. -Dents, ad ann. 757. — 3. Sic L; ms. : « le 

grand ». — 4. L : |ii*-»2^û», — 5, Litt. : « celui qui circule », — 6. L : lLo»ûuao « aux vertus », aux 
avantages. — 7. L : « avant ». — 8. Ps.-Denys, ad ann. 767. — 9. Litt. : « chef des frères ». Cf. 
Ps.-Denys, loc. cit. — 10. L : ).3 fl ■ ortt .S) v^oii.3 ^Lo uioo«);^â> \i] ,axo |.5a-ûlstt3l ^oî^âi». ])\ iaiSm loi 
•:• i2^ <^,,^i. — 11. L : U-vu. « le ciel ». — 12. Ps.-Denys : |.9(i_»-*; iû.*., signifie proprement collyre, 
et limaille ; il s'agit peut-être d'une sorte de talisman contre les maux d'yeux. L'abrégé arménien, 
traduit aussi par « pierre ». — 13. L ; «i»a.a*ûeojw, .— 14, : « qu'elle envoya ». 



72 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

monde ; l'apostasie des évêques; comme a dit Isaïe* : « Les serviteurs de Dieu sont 
devenus aveugles ». On voyait de la poussière fine' sous ces pierres. — Saint Pierre 
et André, son disciple, attestaient cela, ainsi que le miracle du Samaritain' aveugle 
qui oignit ses yeux avec le sang des moines mis à mort près de Neapolis*, à l'époque 
de l'aposlasie, et recouvra la vue; et (celui de) l'oblation qui fut changée en chair et 
en sang, dans l'église des Apôtres à Césarée, et dont plusieurs prirent (des parcelles) 
et les conservèrent chez eux; elles restèrent ainsi longtemps après*. 

XI. — Le jour où Marcianus ceignit la couronne, 1* obscurité occupa toute la terre ; 
et on sait que cela est consigné dans un écrit public". Elle signifiait l'obscurité qu'il 
devait causer et l'aveuglement pour la religion. Cette obscurité persista jusqu'au soir. 
L'impie imagina de dissiper la tristesse causée par les ténèbres qu'il avait occasionnées ; 
il écrivit des lettres publiques' en ces termes : « Tout l'univers doit attendre l'abon- 
dance des plus grands biens de mon règne* ; puisque Tobscurité de l'empereur' mon 
prédécesseur est dissipée et que la lumière de mon règne éclatant la remplace". » 

XII. — Il y eut aussi un. autre prodige à Jérusalem qui signifia l'outrage fait à 
Dieu. La croix de l'église de l'Ascension fut frappée de la foudre et réduite en pous- 
sière. Les fidèles en furent fort affligés ; et l'impératrice la fit remplacer par une 
autre de bronze du poids de six mille livres''. 

XIII. — Abba Petrus et Abba Ësaïa causaient ensemble. Abba Esaïa** raconta que 
Abba Paulus de Thèbes, qui était âgé de cent vingt ans, lui dit : « Après vingt ans 
aura lieu une apostasie des évêques, causée par un empereur impie, Marcianus, qui 
régnera six ans et mourra. Après lui viendra pendant quelque temps un homme faux 
[qui rendra] " une paix partielle aux églises, puis cessera. Et ainsi se dérouleront 
les événements jusqu'à la venue de l'Antéchrist ». 

Abba Zenon, appelé des Trois-Cellules", était à Enaton d'Alexandrie. Philtatus"'(?) 
raconte à son sujet que s'étant rendu près de lui, il le vit tenant une chaîne dans 
ses mains, et le regard fixé en haut. « Pensant qu'il priait, j'attendis longtemps, 
puis je me tournai pour sortir. Il cria : Pourquoi pars-tu? et il me dit : Écris que 
saint Ti'raotheus qui est aujourd'hui en exil reviendra bientôt à son siège et réta- 
blira l'orthodoxie. Il mourra au bout de deux ans, et son archidiacre lui succé- 
dera. Du temps de celui-ci il y aura dans l'Eglise un schisme qui ne sera pas guéri 
jusqu'à l'Antéchrist ». 

XIV. — Abba Paulus, le sage**, raconta qu'avant le synode un des saints*^ qui sont 

1. Cf. Is. xLir, 19. — 2. Lire : k'O» (L). — 3. Lire : W*^. Cf. Land, III, 128. - 4. usa:i>tt9^i. Cf. 
Land, III, 127. — 5. Ps.-Denys, ad ann. 758. — 6. Lire : U^ftcool» (L). — 7. Lire : ^a^ijoa»!» |Co^^^ 
(L). — 8. Lire : utaii.» (L). — 9. Sic L; ms. : « des empereurs ». — 10. Cf. Ps.-Denys, ad 
ann. 762. ■— 11. Cf. Pseudo-Dbnys, ad ann. 759. — 12. Cf. Land, III, 346. — 13. L : 
|.u*, pi.o Uv^» iAi| ; le Ps.-Denys (ad ann. 757) a la même leçon que notre ms. — 14. lûw»^^is u&,ii>L 
(L). — 15. L : »m.^ô*ua| — 16. aoçKTtviî. Cf. Land, III, 162,192. — 17. Abba Andréas. Ps.-Denys, 
ad ann. 757. 



LIVRE VllI. GHAP. XI 73 

en Egypte eut une vision : Des évêques chauffaient une fournaise; ils jetèrent dedans 
un petit enfant qui ressemblait à la lumière, puis ils la fermèrent. Au bout de trois 
jours, il vit l'enfant qui sortait sauf de la fournaise. Il reconnut que c'était le Sei- 
gneur. [206] Il lui dit : « Qui sont ceux qui ont fait cela? » Il répondit : a Les évêques 
me crucifieront * de nouveau, et ont médité de m'enlever ma gloire. Ce sont des juifs 
que ces Nestoriens qui disent [qu'un homme ordinaire]*, et non pas Dieu incarné, a 
été crucifié ». Il vit dans cette même vision un vieillard qui n'était point d'accord avec 
ceux qui chauffaient la fournaise. Il demanda qui c'était, et l'enfant répondit : a Dios- 
corus, qui seul ne consentira pas à l'injustice des évêques », Il ajouta : « De ce que 
Simon le Cyrénéen porta ma croix, Cyrène étant une partie' de l'Egypte, on peut 
connaître que la partie de l'Egypte qui est Cyrène continuera* jusqu'à la fin à porter 
ma [croix] et à s'attacher à moi. » 

XV, — Timotheus étant sur le point de mourir raconta que quand il était jeune, 
et s'en allait dès le matin h l'école, un vénérable vieillard l'acosta, lui prit la tête dans 
ses mains et le baisa en disant : « Salut*, Timotheus, évêque de perfection ». Et après 
avoir dit cela trois fois, il devint invisible. 

XVJ. — Timotheus dit encore : « Une fois, j'allais de Siloah aux endroits qui se 
trouvent au-delà, avec une autre personne connaissant ces endroits. Je regardai et je 
vis un couvent effondré, et tout autour des arbres desséchés, des buissons, et des vi- 
gnes ravagées. Je dis : Comment personne ne prend-t-il soin de rebâtir cet endroit? 
L'autre me répondit : C'est le couvent d'où Juvenal a été appelé à l'épiscopat; et 
après son apostasie, par la colère de Dieu, il est tombé en ruines, car personne ne 
peut y demeurer. Alors je me rappelai® la parole de Dioscorus qui dit : Juvenal est 
devenu le compagnon de Judas. Que sa demeure soit déserte et que personne n ha- 
bite sous sa tente, comme il est écrit' ». 

XVII. — Juvenal avait l'habitude, selon une antique coutume, de circuler par les 
couvents, pendant le Carême, et de visiter les ascètes. Il vint vers un vieillard qui, 
s'en étant aperçu, ferma sa porte. Juvenal, les clercs et le peuple frappèrent sans qu'il 
leur ouvrît. Ils commencèrent à menacer de briser la porte, et le vieillard s'écria : 
« Antéchrist, éloigne-toi de moi; l'Antéchrist n'entrera pas dans ma cellule. Je ne 
permettrai pas à Judas d'entrer ici ». Ceux qui accompagnaient Juvenal s'irritèrent; 
mais il leur dit : « Laissez-le; il a perdu l'esprit; l'ascétisme lui a desséché le cer- 
veau ». Les habitants de la ville et de la région entendirent ces choses. 

XVIII. — Dans l'église appelée la Probatique du baptême se trouvait un jeune lec- 
teur*, qui accomplissait son jour (de garde). Il vit Notre-Seigneur qui entrait là, 



1. Corriger : wo^o (L). — 2, Aj. : 1»**»* \^\=) (L). — 3. Ms. : « une ville»; L : lû^iio. — 4. C'est, 
je crois, le sens du résumé; mais le texte de L et du Ps.-Den, dit beaucoup plus correctement : 
l-sûAio Isd^f uoi ; i\ C'est une prédiction que l'Egypte, dont Cyrhne située en Libye est une partie, 
portera, etc... ». — 5. Pax tibi. — 6. Liw»-. — 7. Act. ap,, 1, 20. — 8. àvaYvtôdtrjç, 

II. ' 10 



74 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

accompagné par les anges, et qui, en voyant les lampes en partie éteintes, dit : 
« Que ferais-je à ceux que j'ai comblé de biens, d'huile et de vin, et qui négligent mon 
service? Malheur à Juvenal, qui a fait de ma maison une caverne de voleurs et l'a 
remplie de fornicateurs, d'adultères et d'impudiques ! » Il entra dans le diaconion et 
ordonna d'ouvrir les armoires, et en voyant le corps et le sang couverts de voiles 
sordides, il dit à ceux qui l^accompagnaient : « Nettoyez-les et répandez dessus de 
la craie )).En sortant, il vit ce lecteur, qui s'était retiré par crainte, et il dit : « Chas- 
sez aussi celui-là d'ici ». Le jeune homme tomba la face contre terre et dit : « Aie 
pitié de moi Seigneur ! » Le Seigneur dit : « Sors; je ne connais pas tes œuvres ». 
Le Seigneur lui dit de nouveau : « Cesse ta négligence, et fais pénitence » ; il ré- 
pondit : « Que tes miséricordes m'aident! » Et le Seigneur s'en alla ainsi. Celui-ci 
demeura dans la douleur et l'affliction. Lorsqu'il fut jour, tout le monde connut le 
prodige, en voyant les linges qui répandaient des rayons de lumière et qui étaient 
parsemés comme d'une poussière, semblable à la craie, étrange et surprenante ' par 
son parfum agréable. Juvenal ayant appris la chose ne put en supporter la honte ; pen- 
dant la nuit, il fit enlever celui qui avait vu ces choses et le fit disparaître. Où et com- 
ment? Dieu le sait. 

XIX. — Du temps du bienheureux Petrus, quelqu'un (il n'a pas dit si ce fut lui-même 
ou un autre] ayant eu la vision des impuretés qui se faisaient dans le sanctuaire n'y 
entra plus depuis ce jour, et ne participa plus à Foblation de la main de [Juvenal]*. 

XX. — Dans un cœnobium, c'est-à-dire un couvent, un prêtre ascète, nommé Paulus, 
s'appliquait entre autres pratiques vertueuses à ne jamais regarder ni voir le visage 
d'une femme. Il habitait dans un endroit situé à 15 milles de Jérusalem. Quand le 
synode de Chalcédoine se réunit, il eut une vision et vit une vaste plaine au milieu 
de laquelle se trouvait une haute colline, et sur cette colline un ciborium, soutenu 
par des colonnes d'or ornées de pierres précieuses [207] et de perles, qui brillait d'un 
éclat indicible. Des foules de saints étaient réunis autour et servaient. Une voix cria 
duciel : « Que quiconque dit deux natures soit anathèrae! » Et ceux qui entouraient l'au- 
tel crièrent : «Amen! »Les [foules] qui se trouvaient dans la plaine demeuraient silen- 
cieuses dans la frayeur. La voix retentit de nouveau, disant : « Que quiconque divise 
l'unique et l'indivisible soit anathème ! Anathèmesles apostats! » Et les mêmes répon- 
daient : « Amen! » — Peu de temps après, Juvenal passa près de lui et lui dit : « Je 
suis passé près de toi parce que je ne compte plus te voir. Nous montons au combat et 
l'exil nous attend, à moins que nous ne foulions aux pieds notre conscience; car ils 
nous demandent de corrompre la foi de nos Pères et de confesser les opinions de 
Simon et des Juifs : c'est-à-dire que le Christ qui a souffert pour nous n'est pas Dieu. 
Prie donc pour moi, maître, afin que je n'aie pas à rougir dans ma vieillesse. » 

XXI. — Après cela, ce vieillard, Paulus, vit Juvenal qui se tenait dans un coin, 



1. Lire : l;>oo>> la*.© (L), « digne d'admiration », — 2. Sens d'après L. 



LIVRE VIII. GHAP. XI 75 

nu, et se cachait à cause de la honte. II était noir comme un chauffeur de fournaise et 
ceint d'une ceinture sordide toute rapiécée. Le vieillard lui cria : « Maître! que t'est- 
il donc arrivé? » Et il répondit :,« Que ferais-je pour mes péchés? Vois* ma honte. Je 
recueille beaucoup d'or pour l'Antéchrist, car il doit venir combattre avec la poussière ». 
Quand le vieillard voulut connaître la vision, l'Esprit lui fit comprendre que ces 
mots : « avec la poussière » signifiaient : avec l'homme formé de la poussière de la 
terre, et que l'Antéchrist devait saisir, vaincre et tromper^ tous ceux qui étaient 
terrestres et attachés à la terre. 

XXII. — Il y a en Isaurie une ville appelée Titopolis, qui fut bâtie par l'empereur 
Titus. Son évêque, nommé Panopropius(?), était supérieur d'un cœnobion, c'est-à-dire 
d'un couvent. Il fut fait évêque de force. Quand le synode se réunit, Basilius, métro- 
politain de Séleucie d'Isaurie le prit avec lui. Ayant vu, au commencement, les évoques 
anathématiser quiconque disait « deux natures», adhérer àDioscorus et rejeter \e Tome 
de Léon, et les ayant vu ensuite déposer Dioscorus, embrasser le diphysisme, rece- 
voir Flavianus, Ibas et Theodoretus sans examen, il s'en retourna à son hôtellerie et 
s'y enferma, en pleurant et priant Dieu de lui faire connaître la vérité. Au bout de 
trois jours, il eut une vision : un grand volume de papier déplié descendait du ciel 
jusqu'à terre, et des deux côtés était écrit en lettres brillantes : « Maudit soit le synode 
de Chalcédoine ! Il m'a renié ! Ils m'ont renié ! qu'ils soient anathèmes! qu'ils soient 
anathèmes! » Aussitôt la nuit il navigua vers sa ville, ofi il raconta ce qui s'était passé 
et sa vision; il les engagea à persévérer jusqu'à la mort dans l'orthodoxie et à ne pas 
adhérer à Basilius. Après cela, il demeura encore 17 ans dans l'épiscopat, gardant 
son diocèse de la corruption et ayant beaucoup à souffrir des dangers et des em- 
bûches de Basilius. 

XXIII. — Stephanus, archimandrite du couvent de Tâgôn, à Séleucie', dit qu'il ne 
croyait pas que Basilius de Séleucie abandonnerait la vérité, parce qu'il prêchait la 
vérité intègre*. Quand eut lieu le synode, Basilius abandonna la vérité, et retourna à 
son diocèse. Ce Stephanus demanda à Dieu de lui faire connaître la vérité. Pendant 
la nuit, il vit Basilius qui entrait à l'église; le peuple courait honorablement au 
devant de lui. Lorsqu'il se tint à l'autel, un homme d'aspect terrifiant entra par la 
porte occidentale, fendit le peuple, enfonça le doigt de sa main droite dans la bouche 
de Basilius au moment où celui-ci allait achever la prière, lui retourna le visage, 
et le tira et l'entraîna ainsi jusqu'à ce qu'il Tait fait sortir de l'église, puis l'aban- 
donna. Cela était une prophétie de ce que devait faire maintenant le grand Severus 
qui supprima le nom de Basilius et l'effaça des diptyques; il fut exécré et rejeté^. 

XXIV. — Stephanus dit encore qu'un des serviteurs du Christ eut une vision : 
« Étant petit j'entrai ® dans une grande maison. Je vis des évêques qui siégeaient et je 



1. Sic L; ms. ; « je vois ». — 2. [:>^» ^o^o. — 3. Séleucie d'Isaurie (L). — 4. Litt. : perbelle 
et plene interpretabatur. — 5. Lire : V»»*o. — 6. L : Il raconta qu'il me vit entrer.... 



76 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

dis : Voici les apostats. Je pris un fouet et je les chassai. » — Comme l'événement 
le montra, cette vision signifie la puissance actuelle des orthodoxes et l'abjection 
des hérétiques. 

XXV. — Romanus, archimandrite du grand monastère [208] qui est en face de 
village de Thecua*, situé au sud de Jérusalem, à environ 15 milles, et dans lequel il 
y avait plus de six cents moines, était incité par les fidèles à sortir et à montrer du 
zèle pour la vérité^. Il leur persuada d'attendre un peu. Etant sorti du cœnobion, il 
entra dans le désert et y passa dix jours dans la prière^ pour que la vérité lui fût 
révélée. Après ces dix jours, il entendit une voix qui disait : « Va, crois à la foi' 
des 318, et tu seras sauvé! » Quand il fit connaître cela aux frères, ils lui dirent : 
« Ils affirment que ceux de Chalcédoine tiennent aussi la foi des 318. «Il retourna au 
désert et^ après avoir jeûné et prié, il entendit une voix qui disait : « Va, attache-toi à 
ceux-ci : à Petrus d'Alexandrie, h Gregorius le Thaumaturge, à Julius, à Athanasius, 
à Basilius, à Gregorius, h Jean^ à Celestinus, à Cyrillus, à Dioscorus. » Il retourna à 
son couvent et fit connaître ces choses. On lui répondit : « Les apostats, croit-on, 
adhèrent aussi à ceux-ci, en interprétant faussement leur doctrine. Il faut donc que 
tu demandes à Dieu une preuve décisive. » Il retourna au désert et employa les larmes 
et la prière. Il vit au milieu du jour un grand volume qui descendait du ciel et sur 
lequel étaient écrites ces paroles : « Ceux de Chalcédoine ont apostasie; ceux qu'on 
appelle évoques ont transgressé; malheur à eux! Anathème! » Quand il eut vu ces 
choses^ îl fut enflammé de zèle pour la foi, et réprimanda Juvenal [à son retour] '. Avec 
les orthodoxes, il ordonna Theodosius comme évèque de Jérusalem et anathématisa 
Juvenal. A la fin, il fut chassé, par l'impie [Marcianus]*, à Antioche. 

XXVI. — Appius*, prêtre de Césarée, raconta qu'étant en exil en Chersonèse, il alla 
visiter Timotheus d'Alexandrie. Il lui vit au pied un ulcère qu'on appelle xaxov^Gsç*, ce 
qui signifie : « mauvaise habitude », parce qu'il produit du pus. Ses compagnons' ne 
s'en occupaient pas parce qu'il ne leur permettait pas de s'en occuper, ni de le soigner *. 
Je voulus lui appliquer un médicament. Je tombai à ses pieds et le conjurai de me 
laisser faire ce qui était utile. Il me releva et me dit : « Je ferai ce qui est agréable h 
Dieu. » Il plaça son doigt sur son œil et me dit : « Regarde Ja prunelle de mon œil^ 
dans laquelle il y a comme une épaisse cicatrice. » — « Oui », dis-je. Il se mit à dire : 
« Une fois que je veillais et accomplissais le petit office, un homme" effrayant et terrible, 
noir, comme le prophète Job dépeint Satan, vint vers moi. Il entra en traversant la 
muraille, tenant à la main un grand livre *" et s'écria : « Voilà celui qui me résiste! 
Prends, et signe maintenant! » II voulait m'efFrayer et me troubler. Je fus fortifié par 
le Seigneur et je dis : « Il ne sera rien de ce que tu dis ', je ne suivrai pas ton conseil. » 



1. L : |ûot. — 2. Sic L : I»;» Aik- ; ms. : « pour (propter) les apostats ». — 3. Lacune d'un ou 
deux mots. — 4. Sic, d'après L. — 5. L : toooi.^1. — 6. L : taa.û«|aûû. — 7. o\)yy.B)'ko:. •— 8. Lire : 
uo>,•.'aoo^l, — 9. Lire\- ^>] (L). — 10. Tomos. Allusion à la lettre de S. Léon. 



LIVRE VIII. GHAP. Xî 77 

Il s'irrita, leva (son livre), frappa* mon œil, et me causa une telle douleur que je crus 
mon œil arraché. Au matin, les frères virent comme une goutte de sang et de chair qui 
pendait et découlait de mon œil. Habituellement mon œil était éteint. Ils me deman- 
dèrent de me faire un remède, je ne le leur permis point. J'attendis, et le secours me 
vint de Dieu. Il m'apparut, plaça ses mains sUr mon œil, me guérit, me rendit la 
vue, et laissa cette cicatrice en souvenir. Celui qui me fît cette plaie est aussi ce- 
lui qui a causé celle de mon pied; et de même que le Christ m'a guéri de celle-là, il 
me guérira pareillement de celle-ci. » — Par suite de ces visions admirables, saint 
Timotheus appelait diabolique le concile de Chalcédoine. 

XXVJI, — Un certain a'/oXâpioq, Petrus, raconta au soldat Zenon, qu'il aimait 
Nestorius et louait le synode et Marcianus, et qu'il avait vu en songe un homme qui 
lui dit : « Jusqu'à quand erreras-tu, et n'embrasseras-tu pas la vérité? Viens! Je te 
montrerai où est Theodosius, et où est Marcianus. » Et il lui montra Theodosius 
qui était dans une lumière inaccessible plus resplendissante que le soleil. « Puis il 
me conduisit, dit-il, dans un autre endroit plein de fumée et d'obscurité. Il pria et 
Marcianus apparut un instant; je le vis torturé et suspendu par des crochets de fer 
au milieu du feu. Alors je crus et je devins chrétien. » 

XXVIII. — Cyriacus [209] et Julius, moines cypriotes, racontèrent qu'en Cypre 
se trouvait lemartyrion de Spiridion* qui, outre la grâce des miracles, avait plusieurs 
autres dons; de sorte que si quelqu'un lui vouait un mouton, une colombe, ou un 
autre animal, et le lâchait de sa maison, l'animal allait de lui-même au martyrion, sans 
conducteur. Après le synode, ce saint apparaissait manifestement sur les routes à ceux 
qui venaient h son temple, et leur disait : « Un tel ! je suis celui vers qui vous venez ; 
je vous dis maintenant : N'allez pas là, et ne communiquez pas avec les apostats; car 
je me suis éloigné de là. » 

XXIX. — A Sebastia de Palestine où repose le cadavre de Jean, dans le martyrion, 
il y avait deux châsses : l'une du Baptiste, et l'autre du prophète Elisée; un trône 
convenable était aussi placé en ce lieu. Il y avait là le portier^ Constantinus. Le prêtre 
Apollos*(?) demanda à celui-ci : « Qu'est-ce que ces choses? » Et à peine lui fit-il par 
contrainte cette révélation : « Saint Jean siège sur ce [trône] pendant la nuit et 
tout d'abord j'entre le vénérer ». Lorsque le synode eut lieu, le pieux Constantinus 
en fut affligé, parce qu'en fuyant la communion (des Chalcédoniens) il était privé de 
la familiarité de saint Jean, et s'il demeurait il serait forcé d'apostasier. Le saint lui 
apparut et lui dit : « Ne perds pas ton âme par l'apostasie; mais pars, garde ta foi 
sans trangression, et partout où tu iras je serai avec toi ». — Il sortit immaculé et 
mena une vie sainte dans l'exil. 

XXX. — Le religieux Zosimos circulait, cherchant une solitude, et vint h Bethel. Le 



1 . t»»5oo. — 2. L dit : « le martyrion d'un martyr dont j'ai oublié le nom » ; sur Spiridion de Cypre 
cf. SocRATE, I, xn. — 3, TtapaiJLOvâptoç. — 4. L : ix»©!^; lire : »xio<ii\Sl (?). 



78 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

portier ' de l'endroit lui persuada de demeurer là près de lui. Il lui fit connaître qu'il 
était éloigné de la communion des apostats. L'autre lui ayant promis qu'il ne lui cau- 
serait aucun désagrément h cause de cela, son esprit fléchit et il resta. La nuit, il 
vit le patriarche Jacob vêtu d'un pallium, se promenant dans ce lieu, qui lui dit : 
« Comment, toi qui es orthodoxe, veux-tu rester en cet endroit? Ne transgresse pas 
ta foi à cause de nous; mais fuis les apostats ». — Et il fit ainsi. 

XXXI. — Abba Petrus raconta de saint Heliodorus qu'il était monté sur le Tau- 
rus * de Cilicie, habitait avec les bêtes, se nourrissait de pousses et de racines, et au 
lieu de vêtements, était couvert de sa chevelure. Après un certain temps il fut sur- 
pris par des chasseurs, et, contraint par les hommes, il habita dans un couvent avec 
des frères. Étant sur le point de mourir, il dit à ses disciples : « Après 24 ans aura 
lieu l'apostasie de la foi par les évêques; mais fuyez en Egypte : là sera conservé le 
reste des orthodoxes ». — Ce qu'ils firent; et un de ses disciples raconta ces choses 
à Abba Petrus. 

XXXII. — Abba Petrus dit encore' : •( Quand Theodosius mourut, un saint homme, 
se trouvant dans sa cellule, entendit une voix qui disait : « Voici que le ciel est 
ébranlé; il est sur le point de tomber et d'écraser la terre : et personne ne s'afflige ! 
L'empereur orthodoxe est mort! » 

XXXIII. — Tandis que Nestorius était en exil en Thébaïde, un certain xo^Jt-Yj-ruvéç 
fut envoyé pour donner la gratification* aux soldats. Il alla près de lui, et lui an- 
nonça qu'il était coiivoqué au synode, et qu'un [xaYtfJxptavéç ^ venait derrière lui (pour 
le chercher); Nestorius s'enorgueillit et dit : « Avais-je donc tort de dire que Jésus 
n'est pas Dieu, ni Marie mère de Dieu? » Et aussitôt sa langue se détacha et sortit 
beaucoup de sa bouche; il la dévora et mourut*. D'après ce qu'affirme Theodorus, 
qui fut ensuite évêque de cet endroit, la terre ne voulut pas même recevoir son cada- 
vre, mais elle le vomit par trois fois. Les gens de l'endroit furent obligés de l'enve- 
lopper dans une corbeille et de le suspendre au mur. Saint Timotheus affirme cela 
dans l'Histoire ecclésiastique qu'il composa. 

XXXIV. — Potamon, moine de Scété, monta en Egypte; ayant vu notre Père, il 
lui dit : « Ne t'affliges plus, Abba Petrus, évêque, ne t'affliges plus; car Dieu exercera 
bientôt la vengeance. Voici que l'Eglise de Dieu prie pour vous autres pontifes, et ce 
sodomite, ce meurtrier sera tué justement », — Il parlait de Proterius ; et trois jours 
après Proterius fut tué; 

XXXV. — Un certain diacre, celui qui instruisit Abba Petrus, habita 35 ans dans 
le désert de la Thébaïde. Ensuite il entendit une voix qui disait : « Basilius, va dans 
le monde et combats pour la foi; l'apostasie des évêques et de l'empereur est sur le 



1. uapaiiovapto;. — 2, L : « au sommet des montagnes, dans les forêts du Taurus de Cilicie, » — 
3. Cf. Pseudo-Dents, ad ann. 762, — 4. l-^i, piya, donativum. — 5, Ms, : magistrios, corr. : 
(AaycTrptavô; (courrier impérial), d'après L. — 6. Cf. Land, III, 119. 



LIVRE VIII. CHAP. XI 79 

point d'arriver ». Il vint dans le pays de Lycie et trouva une caverne, sur le bord de la 
mer^ où il habita pendant 12 ans. Ayant été découvert par les habitants de l'endroit, 
il vint [2i0] dans la région habitée et y établit deux monastères : d'hommes et de 
femmes. — Il entendit de nouveau une voix qui lui dit : « Basilius^va, reprends Nes- 
torlus de Constantinople qui m'a renié ». Il y alla et le reprit devant le peuple, tandis 
qu'il prêchait. Mais comme celui-ci ne se corrigea point, il cria en disant : « Ana- 
thème à toi, Nestorius! » — Ayant vu l'empereur Theodosius, il lui dit : « Pourquoi 
es-tu baptisé au nom de la Trinité, si tu ne la confesses pas? car voici que Nestorius 
enseigne contre la Trinité ». Il fut alors saisi par le préfet ' Flavianus, frappé, flagellé 
et condamné à l'exil. Pendant qu'il priait le Seigneur, une brique tomba et frappa à 
la tête Theodo[sius] qui eu vint à la mort. Quelqu'un des siens eut un songe et lui dit : 
« Tu as souffert cela à cause du serviteur de Dieu, Basilius ». Aussitôt il le fit venir. 
Celui-ci blâma l'empereur et lui ordonna de tenir un synode pour mettre fin aux 
blasphèmes de Nestorius. Ce que fit l'empereur en réunissant le synode d'Éphèse. 

XXXVI. — Eliana, femme pieuse, épouse de Damarios, eut trois* ans d'avance 
l'apparition d'un ange qui lui dit : « Eliana, Eliana! dans trois ans Nestorius siégera 
sur le trône de Constantinople. Fais attention, prends garde à toi; ne reçois pas de 
lui la communion ». — Quand il fut institué, elle ne consentit pas à recevoir de lui la 
communion. Quand Basilius le réprimanda, comme nous avons dit, elle cria des por- 
tiques supérieurs en disant : « Anathème à toi, Nestorius ! » Elle fit cela parce qu'il 
lui fut révélé auparavant que la vision qu'elle avait eue se rapportait aux hérétiques' 
diphysites. — Quand Nestorius fut chassé à Oasis, il fut pris par des Barbares ap- 
pelés Mazices^ et emmené en captivité. Ensuite, il fut libéré et vint à la ville de Pan, 
ainsi appelée à cause de cet animal* à deux natures. Là, il finit dans un cruel tourment. 

XXXVII. — Abba Petrus raconta, alors que je me trouvais avec lui à Arqa de Phé- 
nicie, que lorsqu'il était enfant et vivait en ascète à Constantinople, il se prit à penser 
comment, puisqu'il n'y a qu'un Dieu, nous confessons une Trinité égale en essence et 
en nature; et si celui qui s'est incarné était l'une des personnes de la Trinité. Or, il 
vit dans une vision l'apôtre Pierre qui le conduisit dans un lieu élevé, le plaça devant 
lui comme un enfant et lui montra dans le ciel une grande lumière inaccessible qui avait 
l'apparence de la roue du cieP, en lui disant : « Voici le Père »; et aussitôt une autre 
qui suivait la première et lui était en tout semblable, et au milieu était notre Seigneur, 
le Nazaréen, comme on le représente, et il lui dit • « Voici le Fils » ; avec celle-ci était 
une troisième ® lumière semblable aux précédentes, et il lui dit : « Voici le Saint-Esprit. 
Ily aune essence, une nature, une gloire, une lumière, une divinité et trois personnes ; 
mais bien qu'elles soient toutes les trois inaccessibles, celle du milieu est figurée avec 
l'aspect de l'homme Nazaréen pour montrer que celui qui a été crucifié est une des per- 



1. nâyKTTpoi;. — 2. ^L, — 3. Ms. : Mouriqoi L; correct. : «^û.» po :^ MâÇixeç, — 4. Corriger ainsi 
d'après L : ILo.^ i»oi ^^é^. — 5. L : l*»a*», « du soleil ». — 6. |û*^L», 



80 GHROiNlQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

sonnes de la Trinité et non pas une autre. Les deux autres lumières sont de pures 
lumières, inaccessibles, sans figure, incompréhensibles ». 

XXXVIII. — Un certain Anianus d'Alexandrie fut baptisé par notre Père. 11 avait 
une femme attachée aux diphysites. Comme elle refusa de croire à la vérité, elle tomba 
malade et fut à la mort. Elle eut une vision où il lui semblait qu'on la conduisait dans 
un endroit ténébreux et obscur, où on entendait les voix de ceux qui gémissaient ; puis 
on la conduisit* dans un autre endroit plein de lumière où des foules de saints étaient 
occupés à'glorifier. Les anges lui dirent : « Ceux-ci sont ceux avec qui communique 
ton mari ; les autres sont les évêques qui ont participé au synode et ceux qui les suivent. 
Pour toi, si tu veux venir à la lumière, nous demanderons que tu vives encore une 
année ». Alors elle se réveilla, appela son mari, lui fit connaître ces choses et reçut 
la communion des orthodoxes. Elle vécut un an, et mourut. 

XXXIX. — Claudianus*, procureur de l'église d'Eleutheropolis, étant sur le point 
de mourir eut aussi une révélation semblable à celle de la femme dont on vient de 
parler. Aussitôt, il se fit conduire * sans tarder au couvent d'Abba Romanus_, qui était 
à environ 5 milles. Il confessa ce qu'il avait vu, participa à la communion et se fit 
moine. Trois'jours après il mourut. La cause de ce salut digne d'admiration fut l'au- 
mône* et la miséricorde qui est toute puissante. 

Quarantième \histoire\. — Bonifat[i]us, prêtre romain, n'admettait pas même de 
converser avec les diphysites. Il avait vu dans une vision [211] un homme mort, 
placé sur une civière devant le Saint-Sépulcre : il était en putréfaction et l'air était 
rempli de sa puanteur. Tout à coup, il revint à la vie, et se disposait à donner des avis". 
Il tenait h la main un livre qu'il donna au prêtre Bonifat[i]us : le livre était orné à 
l'extérieur^ mais à 1 intérieur il était rempli de pourriture®. Celui-ci comprit que 
c'était Nestorius qui, après sa mort, devait revivre en la personne de Juvenal. 

XLI. — Un certain diacre qui remplissait son office à son jour, dans l'église de la 
Résurrection, s'unit à une femme et entra pour dormir, selon la coutume, au Calvaire 
dans la chambre d'hiver. Une voix se fit entendre : « Ohl quelle souillure a accomplie 
Juvenal dans ma maison! Chassez cet impudique! » Au matin il fut trouvé dans son 
lit gisant sur la place. On l'éveilla et il dévoila sa faute. 

XL//. — La bienheureuse Mîqa', de la région d'Ascalon, était âgée de cent ans. Elle 
vivait dans la chasteté. Elle dévoila à plusieurs, à propos delà transgression faite par 
le synode, que Satan lui apparut et la menaça en disant : « Pourquoi excites-tu les gens 
contre le grand synode ? » et, l'ayant chassée de son siège, il renversa les briques du 
siège ; et il lutta avec elle jusqu'à ce qu'ayant été fortifiée (par la foi) * elle le mit en fuite. 

XLIII. — Deux moines de Cilicie * racontèrent à notre Père qu'ils étaient allés en- 



1. Lire : wc^aolo (L); cf. texte, p, 208, I. 36. — 2. Lire : li*»<iiJO (L). — 3. Lire : *c>i<ii^olo; cf. 
noie 1. — 4. Lire': l^û»| (L). — 5. yi.iai dans notre ms. et dans L ; p.-ê. à corriger i^ov, « à marcher». 
— 6. Ou w de charbon ». — 7. |ji»>j dans les deux mss. — 8. Sic L. — 9. Corr. ; l.aiii.o, d'après L. 



LIVRE VIII. GHAP. XI 81 

semble trouver Theodorus de Mopueste, et il le virent insensé* au point de rejeter les 
Epîtres et les Actes des Apôtres* et TEvangile de Jean. Ils le blâmèrent; mais il les in- 
vectiva et leur dit : « Il n'appartient pas aux moines de scruter ces choses ou des choses 
semblables. » Trois jours après il fut saisi par un démon. Il se mordait et se dévorait 
lui-même, et il mourut ainsi. 

XLIV. — EnPamphylie, il y avait des moines orthodoxes et des diophysites qui, 
en coupant du bois, commencèrent à discuter. Ils convinrent défaire l'épreuve du feu. 
Ils jetèrent dans un bûcher l'Encyclique de la foi, le Symbole de Chalcédoine et le Tome 
de Léon. Aussitôt le Tome de Léon fut consumé, ainsi que la définition de Chalcé- 
doine; mais l'Encyclique demeura intacte. En voyant cela, les diphysites firent 
pénitence et devinrent orthodoxes. 

XLV. — Le bienheureux Basilidès raconta que dans un village, à côté de Ptolémaïs % 
le prêtre de l'endroit discutait avec un ignorant qui était orthodoxe. Le prêtre lui dit 
enfin: « Veux-tu savoir qui croit la vérité? Allumons le feu, et meltons-y, moi et toi, 
notre main droite; on saura que celui dont la main sera conservée est orthodoxe. » 
On leur attacha la main à tous les deux avec des lianes^ et ils les approchèrent du feu. 
La main du prêtre fut consumée en un instant : celle du fidèle ne fut en rien lésée. Les 
spectateurs louèrent Dieu. 

XLVI. — Dans le village de Saltou* vivait le bienheureux Epiphanius. Le prêtre 
du village le persécutait % parce qu'il se tenait à l'écart et ne communiquait pas avec 
lui. Ayant été menacé par celui-ci de grands opprobres et de coups s'il ne communi- 
quait pas, Epiphanius et ceux qui habitaient avec lui® se préparaient à fuir. Or, le 
jour même, le prêtre tomba subitement et mourut. La crainte s'empara de tous les 
habitants du village qui communiquèrent avec Epiphanius. 

XLVII. — Quand Abba Petrus habitait à Alexandrie une voix dit à Abba Pior, Père 
des moines et prophète : « Va trouver Petrus, le confesseur expulsé, et console-le. » 
Il dit : « Qui me montrera où il est? » On lui répondit : « Mets toi en route et ne t'in- 
quiètes pas. » Quand il entra à la porte de la ville, une colonne de lumière le dirigea 
jusqu'à l'endroit où le saint résidait. Quand il frappa, le bienheureux eut peur. Il [lui] 
dit : « N'aie pas peur, Abba Petrus, je suis le pauvre Pior ». Ils se réjouirent ensem- 
ble. Le saint le prit avec lui pour baptiser le fils du propriétaire de la maison. Pior 
vit au dessus de la tête du saint la grâce du sacerdoce; il se mit à trembler et s'écria : 
« Seigneur! Seigneur !» Et h peine consentit-il à toucher (l'enfant) avec lui dans le 
baptême. 

XLVIII. — Une fois, Abba Pior vit une troupe de moines qui portaient une grande 
croix sur leurs épaules, par ses deux extrémités, et qui se tournaient mutuellement 



1, L : « enragé contre Dieu ». — 2. Dans les deux mss. : « Les Epîtres des Actes des Apôtres » ; 
corr. : >w.«v>n;3o. — 3, Lire : 1;**»^^ (L). — 4. ]tS\ ^*;û^^oî û^ûo» !♦*. |^*;o^. — 5. Lire : oi»»» (L). 
— 6. Lire Uûvsb>; c.-à-d. « son couvent » ('?). 

IL 11 



82 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

le dos. Les uns tiraient par ici, les autres du côté gauche, et ils se gênaient* mutuel- 
lement. — Cela signifiait le schisme qui existe maintenant dans l'Eglise*. 

Abba Lucius_, de Cellœ, eut aussi une vision spirituelle et dit : « Le temps s'avance 
où deux (partis) s'efforceront de rendre témoignage en faveur du Christ pour l'ortho- 
doxie, sans communiquer' l'un avec l'autre. 

XLIX. — La bienheureuse Orbicia eut une vision dans laquelle il lui semblait 
monter la nuit à l'église de l'Ascension pour y prier. Comme elle était prosternée 
sur [212] les degrés, elle vit sous le portique une femme vêtue de pourpre et resplen- 
dissante. Elle tomba de frayeur. Cette femme était la Mère de Dieu : elle la releva en 
disant : « Ne crains pas, matrone » ; puis, regardant du portique, elle dit à Orbicia : 
« Comment est la montagne?» Celle-ci répondit : « Elle est comme remplie de bois 
coupés* ». Et la Mère de Dieu lui dit : « Comme tu vois cette montagne, ainsi sera 
bientôt l'Église de Dieu : il y aura des schismes jusqu^à la fin ». 

Cinquantième histoire. — Le solitaire Zenon avait prédit que Leontius d'Ascalon 
deviendrait évéque, mais ne mourrait pas évêque. A la fin, il devint évêque d'Asca- 
lon. Il aimait beaucoup Nestorius, et lui envoyait des présents en exil. Au synode de 
Chalcédoine, il pressa Juvenal de signer l'apostasie. Lorsqu'il voulut revenir, les Asca- 
lonites méditèrent de le chasser ou de le lapider; il en eut connaissance et partit 
pour Cypre. Étant mort là de colère *, ses gens l'enlevèrent pour le ramener à Asca- 
lon, et le placèrent sur un navire. Sur le même navire se trouvait le cadavre d'un 
cocher ascalonite qui était mort dans la ville impériale et que ses serviteurs ramenaient. 
Une tempête s'étant élevée, on jeta du lest; ils voulurent jeter le corps du cocher 
et garder celui de l'évêque. Mais la justice (de Dieu) fit qu'ils jetèrent le cadavre de 
Leontius. Quand ils arrivèrent à Ascalon, on ouvrit le cercueil et on trouva le cadavre 
du cocher ayant sa coiffure ® sur la tête. Les gens de Leontius furent remplis de con- 
fusion. Ils voulurent cacher l'affaire, mais tandis qu'ils l'enterraient comme si c'était 
l'évêque, elle fut dévoilée. 

LI. — Abba (Petrus) disait : « Trois ans avant le synode, vers les sept heures, à 
Jérusalem, nous vîmes trois soleils, l'un à l'Orient, Tautre à l'Occident et le troisième 
au milieu du eiel. Quel était ce prodige et cette vision? Dieu seul le sait ». 

LII. — Que ceux qui nous disent : « Tout l'univers communique avec l'Église, et 
vous, qui êtes peu nombreux, vous êtes séparés! », sachent que de tant de myriades ^ 
(de gens) sortis de l'Egypte, et qui ont vu tant de prodiges : deux hommes seule- 
ment sont demeurés inébranlables, tandis que les autres sont devenus transgresseurs 
et ont péri dans le désert. Moïse a dit * : « Ne participe pas au mal avec la mul- 
titude ». Et en Perse, quand tous les captifs de Juda adoraient la statue, trois 

1, Lire : ^;ûi.ûo« ; L : ^pvyj. — 2. Parmi les monophysites ; (au temps de Sévère d'Antioche?). 
— 3. aSjc d'après L et le contexte; ms. : « et communiqueront ». — 4. Litt. : a de coupures de 
bois ». — 5. Ou « par la colère » (de Dieu). — 6. Lire : l»^»©. — 7. Lire : |Lo-3» (L) ; ms, : « com- 
bien de Pères y» . — 8. Ex., xxiii, 2. 



LIVRE VIII. GHAP. XI 83 

(enfants) seulement demeurèrent fidèles! Auxquels veux-tu te joindre? h Josué fils 
de Noun et à Galeb, et aux trois jeunes gens? ou à tout le peuple qui adora la 
statue d'or? » — Cela doit être considéré à propos de la multitude qui se trouva à 
Chalcédoine, dans le synode des apostats. A son sujet on doit répéter très à propos la 
parole de Jérémie * : « De nombreux pasteurs ont dévasté ma vigne; ils ont souillé 
mon héritage. Ils ont changé ma portion fertile en un désert inhabité ». Et encore ^ : 
« Un (seul) qui fait la volonté (de Dieu) vaut mieux que mille ». 

LUI. — Quand Juvenal revint du synode les moines se réunirent pour le confon- 
dre ^. Abba Petrus refusait* d'aller avec eux. Notre Sauveur lui apparut et lui dit : 
« Je suis outragé; ma foi est transgressée : et toi tu recherches le bonheur de la soli- 
tude 1 n Alors il se leva et marcha avec eux. Theodosius, qui fut ensuite ordonné, était 
encore moine. Ils blâmèrent fortement (Juvenal ^). On ordonna à un ducenarius'^ 
de s'emparer de Theodosius comme d'un perturbateur. Comme il se disposait à faire 
cela, Petrus s'enflamma. Il l'avait connu à la cour^ ; il lui jeta son étole autour de 
son cou et dit prophétiquement : « C'est toi qui oses t'interposer et décider dans les 
choses de la foi! N'as-tu pas fait telle et telle chose cette nuit? Je suis le moindre de 
tous les saints qui sont ici; veux-tu que je dise un mot : et le feu du ciel descendra 
s'emparer de toi et de ceux qui te suivent? » L'autre fut ému et se mit à le supplier 
en disant : « Pardonne-moi, Mar Nabarnougi*! je ne savais pas que Ta Sainteté fût 
ici ». — Et ainsi il préserva Theodosius. 

LIV. — Theosebius®^ homme éloquent, était perplexe au sujet du dogme des di- 
physites. Ayant prié Dieu de lui faire connaître quel parti embrasser, Jean l'Évangeliste 
lui apparut et lui dit : « Theosebius, celui qui existait dès l'origine, celui que nous 
avons entendu, [213] celui qui s'est révélé à nous, que nous avons vu de nos yeux et 
touché de nos mains, est le Verbe de vie***. » — Il fut affermi et se mit à réprimander 
les diphysites. 

LV. — Quand les Chalcédoniens nous disent : « Pourquoi nous appelez-vous trans- 
gresseurs? » nous répondons : « La loi apostolique ordonne : Si je rebâtis ce que j'ai 
détruit, je me montre transgresseur". Vous, vous avez réprouvé, à Éphèse, Nesto- 
rius qui enseignait deux natures, et vous avez anathématisé quiconque dit « deux 
natures »; et h Chalcédoine, vous vous êtes montrés transgresseurs et criminels, car 
vous avez rebâti ce que vous aviez démoli; vous avez admis Theodo[retus] et Ibas, qui 
avaient été excommuniés pour cette impiété : ce que vous avez détruit à Éphèse vous 
l'avez rebâti à Constantinople avec Flavianus. Ensuite, dans le second synode d'Ephèse, 
où siégeaient Dioscorus et Juvenal, vous avez détruit (cette impiété), et à Chalcédoine 



1. Jerem., xir, 10. — 2. Eccli., xvi, 3. — 3. Cf. Land, III, 125. — 4. Lire : \.|i^*bo (?) — 5. Dans 
L : u Theodosius le reprit », comme l'exige le contexte. — 6. L ; ^»ao)|»; très probablement à 
corriger en ^pjjso». — 7. comitatus. — 8. L : is^^^w; nom ibérien de Pierre. — 9. Sic L ; ms. 
Theodosios, mais plus bas Theosebios. — 10. Cf. I Joh,, r, 1. — 11. Gai., n, 18. 



84 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

vous l'avez rebfitie. De plus, vous êtes coupables, parce que le premier synode d'Ephèse 
ayant défini qu'il n'est permis à personne d'établir une autre foi que celle de 
Nicée, et que ceux qui oseraient le faire deviendraient étrangers à J'épiscopat, ceux 
de Chalcédoine ont enfreint cela et établi une autre définition. C'est donc avec raison 
que nous les excommunions; car l'Apôtre dit* : « Que quiconque prêche autre chose 
« que ce que je vous ai prêché soit anathème! que si moi-même, Paul, ou si un ange 
« vous annonce autre chose que ce que je vous ai annoncé ; qu'il soit anathème ! » 
Donc puisque vous nous [avez annoncé] autre chose que TEvangile et que le concile de 
Nicée, et surtout que celui d'Ephèse, vous êtes condamnés par l'anathème aposto- 
lique. » 

LVI. — Un homme pieux vit une foule de Pères, et l'apiôtre Paul qui se tenait au 
milieu d'eux et qui dit : « Tels sont mes préceptes à votre égard; tels sont mes sta- 
tuts et mes commandements »; et, après les avoir réprimandés», il dit : «Prenez, lavez- 
vous dans ce vase. » Quand ils se furent lavés, leurs visages se trouvèrent couverts de 
lèpre. Il ajouta, en s'adressant à eux : « Il ne se trouve donc ainsi personne de pur 
parmi vous ! « 

LVII. — Marcianus, un laïc orthodoxe, reprit l'évêque de Pamphylie, lorsqu'il l'en- 
tendit mal exposer la foi. Ce Marcianus fut saisi par le préfet', fortement maltraité 
et laissé pour mort. Le lendemain, il se leva sans douleur; et il raconta aux fidèles, 
qu'au troisième coup de fouet* c'est-à-dire de lanières* de bœuf, dont il fut frappé, un 
homme vêtu de blanc lui apparut et se tint h sa droite, et dès lors il ne sentit plus les 
coups. — Il se trouvait là un homme qui avait une gale® incurable : Tayant ointe du 
sang qui découlait de Marcianus, il fut guéri de son mal. 

LVIII. — Le bienheureux Timotheus d'Alexandrie raconta, en exil, à Abba Jean, 
qui avait été envoyé près de lui' : « Quand le synode se réunit, je vis dans une vision 
une assemblée qui se tenait dans l'église d'Alexandrie ; et m'étant approché pour rece- 
voir la communion, je trouvai le pain corrompu*, et le vin aigre : ils signifiaient 
l'abandon qui devait avoir lieu dans les églises. 

LIX. — Anastase, moine édessenien, étant devenu le disciple de notre Père Petrus, 
anathématisa le synode. Lorsqu'il était sur le point de se joindre (aux orthodoxes), 
il se vit, la nuit, comme un néophyte, vêtu de blanc, et plusieurs portaient des cierges 
devant lui. Comme il se demandait comment cela se pouvait faire, puisqu'il était déjà 
baptisé, il vit le vieillard qui l'avait pressé d'aller près d'Abba Petrus et de s'attacher 
à lui, qui lui disait : « Ne sois pas inquiet : ce n'est pas un second baptême; 
mais tous ceux qui deviennent orthodoxes méritent cette lumière et celte gloire. « 
LX. — Le prêtre Thamasion(?)'' dit : « Quand Tévêque hérétique de Rinocoroura 
était sur le point de venir, nous songions à nous en aller. Un homme avait un fils qui 



1. Gai., I, 8. — 2. L : !•>»» »ûo ^. — 3. apxwv. — » 4. Lire : PoP» (L) = Ppôxot. — 5. Lire ; \^t 
scutica. — 6. Lire : |M*», (L), scabies. — 7. oil.cb>. — 8. Sic L. — 9. L : v,o«uso|L, 



LIVRE VIII. GHAP. XI 85 

n'était pas baptisé, et demandait qu'il le fût avant l'arrivée de l'hérétique. Quand le 
baptême fut accompli, l'enfant baptisé s'écria : « Attrapez, attrapez cette colombe 
qui vole et s'enfuit I » C'était l'Esprit (-Saint) qui apparut sous la forme d'une colombe, 
et qui montra qu'après la prise de possession des hérétiques la grâce de l'Esprit 
devait quitter et abandonner leurs églises. 

LXI. — Abba Petrus raconta qu'il avait un clerc chéri, qui_, au temps de Proterius, 
apostasia et s'attacha h celui-ci. Il le rencontra dans une rue étroite et détourna son 
visage vers le mur. Le clerc vint le saluer, et le saint reçut de force (son salut). 
[214] Or, pendant la niiit, il vit une grande plaine remplie de lumière où se trouvaient 
les saints, et le Seigneur au milieu d'eux. « Je courus, dit Petrus, pour l'adorer; 
mais il détourna son visage avec tristesse. Je compris que c'était à cause de ma ren- 
contre avec l'apostat, et je dis : « Aie pitié de moi. Seigneur! je n'ai pas fait cela 
« volontairement. » Mais h peine accepta-t-il la prière des saints en ma faveur et me 
reçut-il. » 

LXII. — Quelques orthodoxes s'étaient rendus près d'un stylile, à Beirout. Il vit 
qu'ils ne communiaient pas h l'église; il s'irrita et leur dit : « D'où prenez-vous la 
communion ? » Ils répondirent : « Nous avons la communion de nos Pères, et nous en 
prenons. » Il reprit : « Il est téméraire à vous, qui êtes séculiers, de prendre la com- 
munion de votre propre autorité! » Ils répondirent : « Les Pères orthodoxes nous 
l'ont permis. » — Un dimanche, ils se disposaient à communier comme de coutume; 
l'un d'entre eux hésitait à prendre de lui-même la sainte communion, à cause des 
paroles du stylite. Il revint, repoussa cette pensée, s'avança et la prit. Il se trouva 
que dans sa main la parcelle devint un caillot de sang resplendissant*. 

LXIII. — Stephanus, archidiacre de Jérusalem, avait une sœur qui jeûnait conti- 
nuellement ; toute l'année aux jours de vigile elle sortait*. Elle arriva à une grande 
perfection, au point de voir personnellement Jean-Baptiste et Etienne dans son 
église. Après le synode, comme elle priait avec les apostats dans cette église, pour 
n'être pas privée de la vue du saint, le martyr Etienne lui apparut et lui dit : « Va^ 
demeure dans ta cellule, et ne perds pas ta conscience; ne t'affliges pas d'être séparée 
de nous : car, où tu seras, nous serons. » 

LXIV. — Une femme orthodoxe de Pamphylie monta à (l'église de) l'Ascension. II 
s'y trouvait une assemblée. Sans le savoir, elle fut enfermée lorsqu'on ferma la porte 
et elle ne put sortir. Elle se tint cachée contre un des piliers. Ensuite, elle revint à sa 
cellule et fut prise de la maladie dont elle mourut. Comme elle rendait le dernier 



I. Il faut corriger U-3 en \L^S d'après L : W>^t Kûw9 oi,*t3 ^»*^l^.*| lijcso^ q.cûj p. On pourrait 
peut-être corriger le texte de Michel en Iû;^, au lieu de Ivsp : le sens serait : « et il se trouva que 
dans sa main, la patène brillait et resplendissait. — 2. L : « Tous les samedis de carême elle sortait, 
et toute l'année aux jours de vigile elle sortait et se rendait au martyrion de S. Etienne ». 



86 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

soupir, elle s'écria : « Venez voir quelle faute on me reproche maintenant ! On me 
dit : Comment serais-tu justifiée, et comment serais-tu comptée parmi les ortho- 
doxes ? toi qui es demeurée pendant que s'accomplissait l'assemblée des apostats et 
qui as regardé ces indignes donnant les mystères à ceux qui n'en sont pas dignes. » 

LXV. — Une fois, elle se vit qui approchait du trône de Dieu pour être jugée, 
et elle entendit une voix qui disait : « Le Fils de Dieu est-il né de la Vierge Marie? 
a-t-il souffert, a-t-il été crucifié pour nous? » Et quand elle eut confessé et accepté 
cela, elle mérita la miséricorde de (Dieu pour) l'humanité*. 

LXVI. — A Attaha de Pamphylie se ti'ouvait }a supérieure à'un couvent de vierges 
orthodoxes, appelée Zoé *. Etant en extase, elle se vit dans le Paradis. Au milieu était 
l'arbre de vie, et de nombreuses abeilles voltigeaient autour pour en goûter. Elles 
étaient chassées par un diqç|:'e vêtu de blanc. Elle l'interrogea et il répondit : 
« Ce sont ceux qui, après la rétractation de l'Encyclique, ont adhéré au concile de 
Chalcédoine, » L'évêque d'Att<»lia, Claudianus, étant venu la trouver, elle le blâma 
d'avoir signé ce qu'on appelait la Contre-encyclique. Il répondit : « J'ai signé, il est 
vrai, de la main, mais non d'âme et de cœur. » Elle lui dit : « Comment la main peut- 
elle se mouvoir sans que l'ame la mette en mouvement? De même qu'un mort ne peut 
se remuer sans âme, de même la main non plus. » 

LXVII. — Leontius, ermite* de Lycie, eut une vision au moment où la foi orthodoxe 
était renversée : l'autel de l'église était dénudé, et on jetait à terre le saint sacre- 
ment. — 11 n'entra jamais avec eux dans l'église : « Ce sont, disait-il, des gens à 
quatre dieux. » 

LXVIII. — Un autre saint, le jour où le synode fut achevé et où il confirma Tapos- 
tasie, vit l'église changée en une étable dans laquelle il y avait des animaux im- 
mondes et une grande puanteur. 

LXIX. — Epictetus, archimandrite d'un couvent de Pamphylie, vit Amphilochius, 
évêque de Sidé, qui était réputé miséricordieux, et Epiphanius de Perge, enfoncés 
dans la fange jusqu'au cou. Il dit à Amphilochius : « Comment, toi qui brillais par 
une vie vertueuse, te trouves-tu dans la fange ? » Il répondit : « Le bien vient de Dieu, 
et le péché (vient) de nous. Je souffre ces choses, Mar Abba, parce que j'ai adhéré au 
synode. » — On dit qu'il avait lui-même écrit le Tome de Léon *. 

LXX. — Agatoclée*, [21«>] femme pieuse, se demandait après le schisme si elle 
devait communier. Ayant beaucoup prié le Seigneur, elle eut une vision; elle vit une 
grande église dans laquelle il y avait deux autels : l'un était grand, vulgaire et nu, 
et un des évêques du concile (de Chalcédoine) s'y tenait et y officiait. Celui de droite 
était petit, brillant et resplendissant de pierres précieuses ; il y avait un petit enfant 
qui s'y tenait et qui y sacriGait ; c'était le Seigneur, qui lui dit : « Communie 



1. L : wLûjjI, l'amour de « son humanité, » — 2. L : |Lot. — 3, U;a,so (L). — 4. Cette dernière 
phrase n'est pas dans L. — 5. 'AyaeôxXeta; L : l•-li>X)o|^^l. 



LIVRE VIII. CHAP. XI 87 

ici. » Ainsi elle acquit l'assurance et ne communiqua point avec les diphysites. 

LXXI. — Dans le couvent d'Abba Romanus, il y avait deux frères, de Péluse : 
Timotheus et Jean. Timotheus tomba malade et mourut. Selon la coutume, les 
frères le lavèrent et le placèrent sur un banc' pour l'ensevelir. Il se leva et s'assit ; 
les frères l'entourèrent ; il leur dit : « Je suis mort, en vérité, et j'ai été conduit au 
lieu du jugement ! » et en disant cela il pleurait et criait : ô exactitude ! o exacti- 
tude*! Vous m'êtes témoins combien j'ai pris soin, tant que je fus avec vous, de ne 
jamais scandaliser la conscience de personne ; mais bien que j'aie été fidèle, je n'ai 
pu trouver miséricorde à ce moment, si ce n'est parce que j'ai gardé immaculée la 
foi orthodoxe et n'ai pas adhéré aux opinions des Chalcédoniens. 

LXXII. — A Antioche, h côté du palais, un homme se fit un abri près de la porte. 
II y habitait, hiver comme été, vêtu d'une seule tunique. Il gardait le silence, priait 
dans les larmes et les gémissements, et n'acceptait jamais d'argent de personne. Vers 
le soir, un foulon, qui avait là sa boutique, lui apportait une soupe de légumes. Ce 
solitaire attaquait vivement et réfutait les Nestoriens : il mourut sous leurs coups. 

J'étais allé près de ce saint vieillard. Nonus de Qennésrîn désirait le voir. Ce 
Nonus était archimandrite du monastère de 'Aqîba. Il avait blâmé Martyrius d'Antio- 
che ; quand celui-ci fut déposé, Petrus d'Antioche l'ordonna pour Qennésrîn, en récom- 
pense de son zèle. Je pris donc Nonus pour aller ensemble ; je le précédai pour 
l'annoncer au vieillard. Tandis que je parlais, Nonus arriva. Je dis au vieillard : «Voici 
celui dont je t'ai parlé. » Le vieillard fut rempli d'indignation et dit : « De celui-ci ! 
celui-ci !» et il le regarda durement et lui souffla au visage. Je dis alors : « C'est 
un évêque » ; mais il étendit de nouveau la main en menaçant et lui souffla [au visage. 
— Or, par la suite'], ce malheureux communiqua avec les Synodites*, maltraita les 
orthodoxes et devint impie au point de dire que le Christ est un homme théophore, et 
qu'un homme a été pris (par le Verbe), 

Et même, à Antioche, les hérétiques ont commis l'impiété de dire : « Le corps du 
juste ». — A ceux-ci, il convient de rappeler la parole de l'Apôtre disant* : « Si celui 
qui transgressait la loi de Moïse devait mourir sans pitié, quel châtiment subira donc 
celui qui foule aux pieds le Fils de Dieu, qui considère le sang de son alliance comme 
celui du premier venu, et qui outrage l'esprit de bonté ! » ; [et ce qui arriva du temps 
de] " Josué, fils de Noun, aux Israélites, après tous les prodiges qu'ils avaient vus aux 
jours de Moïse et de Josué. Si à cause du péché d'un seul, un si grand châtiment attei- 
gnit les Israélites, quel sera donc celui du synode pestilentiel^ de Chalcédoine, où 
se trouvait une assemblée d'évêques et de nombreux peuples qui ont méprisé et trans- 



1. Lire : ^vsû» (L), scamnum. — 2. C'est-à-dire : « rigueur et minutie de l'examen ». — 3. La- 
cune de deux mots. — 4, Gf, texte, p. 218, L 4 «. /; ; L : « avec Calendiou ». — 5. Hehr., x, 28, 
29. — 6. Le texte est incomplet. Il s'agit du châtiment infligé à Israël en punition de la faute d'Acham 
(Jos., vn). — 7. Litt. — « fétide de nom ». 



88 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

gressé, non pas un simple commandement, mais la foi elle-même et sa confession? 
Comment n'auraient-ils pas appelé la colère de Dieu sur toute la terre ? — C'est 
pourquoi (le Seigneur) leur dit comme autrefois : « Je ne serai pas davantage avec vous 
si vous ne faites disparaître l'anathème du milieu de vous * ». — Et l'issue des évé- 
nements l'a clairement montré : dès lors, l'empire des Romains fut brisé et les Bar- 
bares devinrent puissants. 

J'ai placé ici ces histoires recueillies diligemment par saint Mar Jean^ disciple du 
saint évêque Abba Petrus VIbérien, qui montrent quelle grande corruption a introduite 
le synode qui eut lieu à Chalcédoine, par l'œuvre de Satan. 



(CHAPITRE XII). — Extraits du Livre d'Histoire Ecclésiastique de Zacharie le 
Rhéteur, au sujet de la dissension qui se produisit à cette époque à Chalcé- 
doine. 

L'empereur^ Marcianus adressa une allocution' aux évêques dans le martyrion de 
(Sainte-)Euphemia, en ces termes* : a Dès que* [216] nous fûmes choisi et jugé 
digne par Dieu de l'empire, au milieu du souci des affaires publiques, nulle chose ne 
nous a plus préoccupé que le désir d'honorer la vraie foi, et d'y exciter* sainte- 
ment les âmes des hommes; en faisant disparaître la diversité des doctrines menson- 
gères et les opinions qui ne sont pas d'accord avec l'enseignement des Pères. Nous 
avons donc convoqué ce synode pour dissiper l'obscurité et éloigner la souillure des 
pensées, de manière que la doctrine de la foi en Notre Seigneur Jésus Christ soit 
rétablie dans une pure pensée. » — Et quand l'empereur eut fait une telle allocution, 
les évêques l'acclamèrent ainsi que le sénat et la lettre de Léon, déclarant que celle-ci 
était conforme à la foi de l'apôtre Pierre. 

Le synode' de Chalcédoine ayant ainsi pris fin, on envoya Dioscorus en exil, à Gan- 
gres, et on mit à sa place Proterius qui avait été son prêtre et avait fortement com- 
battu contre le synode; mais en vue de la domination, il devint (comme) Judas, et 
comme Absalom h l'égard de son père. Il les* obligeait à se joindre à lui malgré eux, 
et il les envoyait en exil et s'emparait de leurs biens. 

De là, les évêques, les prêtres, les moines et toute l'Église furent partagés en deux 
partis. — Ceux qui étaient affermis dans l'orthodoxie et qui persévéraient dans la 
vraie foi des Pères, considérant la dépravation de la foi et l'inique déposition de 
Dioscorus, se réunissaient séparément, proclamaient Dioscorus et écrivirent son nom 
dans le Livre des vivants*. — Proterius eut peur. Il donna des présents aux soldats 



1. Cf. Jos., vu, 13. — 2. Land, III, 123, 49. — 3. itpoffçiôvricrtç. — 4. Cf. Mansi, Nil, 132, — 
5. Corr. : U^o* ^ (L.) ; èv itpootjjLtotç. — 6. Lire : ^^ (L). — 7. Land, III, 124, 8. — 8. Les Alexan- 
drins. — 9. Dans les diptyques qu'on lisait à la commémoraison des vivants. 



LYRE VIII. GHAP. XII 89 

et les arma contre le peuple. Beaucoup de gens furent tués des deux partis : beau- 
coup périrent au milieu du sanctuaire et à l'intérieur du baptistère. 

C'est pour la ruine et la confusion de toute la terre habitée que se réunit le synode 
de Chalcédoine. Il détruisit la paix de l'Eglise, qui avait brillé pendant 70 ans du 
temps de Theodosius (le Grand], d'Arcadius et de Theodosius (le Jeune), dès que 
régna Marcianus. Celui-ci tout d'abord enfreignit la loi en prenant pour femme Pul- 
cheria qui était religieuse et passait pour avoir vécu pendant 50 ans dans la virginité. 
Ensuite il rassembla le pernicieux synode, excita la persécution contre les chrétiens, 
dont des milliers moururent sans avoir reçu le signe du baptême h cause du schisme. 

Juvenal de Jérusalem *, ayant été convoqué au synode de Chalcédoine, rassembla ses 
clercs, les moines et le peuple, dévoila ouvertement Terreur du Tome de Léon, et 
l'anathématisa ainsi que quiconque professait « deux natures ». Il ordonna que si lui- 
même abandonnait la foi en la nature unique, ils ne communiquassent plus avec lui. 
Quand il arriva au synode, il fut d'abord avec Dioscorus et soutenait la lutte pour la 
vraie foi. Mais quand la contrainte* impériale s'exerça, l'empereur prodiguant lui- 
même les adulations et les flatteries aux éyêques, dans une humilité trompeuse, et lui 
ayant promis de mettre sous sa juridiction les trois provinces de Palestine, les yeux de 
son âme furent obscurcis et il adhéra au parti de gauche. Alors, le moine Theodosius 
et ceux qui étaient avec lui retournèrent en hâte en Palestine et tirent connaître la tra- 
hison de la foi. Quand Juvenal revint, ils allèrent à sa rencontre, ils lui rappelèrent 
ses paroles et lui montrèrent qu'il avait menti. Ils prirent de force Theodosius, l'or- 
donnèrent évoque et le firent asseoir dans la chaire. Celui-ci ordonna beaucoup d'évê- 
ques et de prêtres dans la région de la Palestine. 

Mais Juvenal % avec l'appui des soldats, persécutait (les fidèles) et arriva à Jéru- 
salem. Il reprit possession de son siège sans se souvenir de ses serments et de ses pres- 
criptions. Or, un moine, célèbre par ses œuvres, nommé Salomon, s'enflamma, remplit 
une corbeille* de cendre, la plaça sous son aisselle, et, faisant semblant de vouloir 
demander la bénédiction, il s'approcha de Juvenal et lui répandit (la cendre) sur la 
tête en disant : « Rougis! Rougis de honte! menteur et persécuteur! » Les soldats 
voulurent le frapper, mais Juvenal ne le leur permit pas; il se repentit et secoua sa 
tête. Il ordonna de lui donner ses frais de voyage^ pour qu'il s'en aille du pays. Le 
moine n'accepta rien et s'en alla. 

Theodosius de Jérusalem' parcourait la contrée et était fort illustre. Sa renommée 
parvint jusqu'à Marcianus, Celui-ci ordonna à Juvenal de partir avec le comte Doro- 
theus et une armée de soldats pour s'emparer de theodosius et des évoques [217] qui 
l'accompagnaient et les conduire en exil, à l'exception de Petrus l'Ibérien, qui, sur 
l'instance de l'impératrice', était laissé libre. 



1. Land, III, 125, 6, W. — 2. àvâyxo. — 3 Land, III, 128, 21. — 4. L : \^',Sieo\ ; (rnOpcç. — 
5. àvà)vw(xa. — 6. Land., III, 127, 8. — 7. Eudoxie. 



90 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Ce Petrus était fils du roi des Ibères ' et avait été donné en otage à l'empereyr Theo- 
dosius*. Il était cher à celui-ci et à Eudocia^ sa femme, à cause de ses œuvres vertueuses. 
Il était préposé aux chevaux de l'empire'. Ensuite, avec Jean, son parrain % ils s'adon- 
nèrent à la discipline du Christ. Dieu fit de grands prodiges par leurs mains à Constan- 
tinople, et ils devinrent célèbres. C'est pourquoi ils s'enfuirent en Palestine, voulant 
être ignorés. Or, là aussi, il devinrent très fameux. Survinrent alors les troubles de 
l'Eglise : le peuple de Mayouma de Gaza sortit prendre de force Petrus et le conduisit 
à Theodosius pour qu'il en fît leurévêque. Petrus s y refusait instamment, et s'appe- 
lait lui-même « hérétique ». Quand Theodosius entendit cela, il fut dans un grand 
étonnement et dit : «Mon jugement comme toji jugement est devant le Christ. » Le 
saint fut pris de crainte et dit : « A Dieu ne plaise que je sois hérétique ; mais je suis 
un pécheur! » Et Theodosius l'ordonna évêque de Gaza. — Quand cela fut connu de 
l'empereur Marcianus et de sa femme Pulcheria, ils lui * ordonnèrent de ne pas persé- 
cuter Petrus. Or', pendant que tout le monde était persécuté, et qu'il demeurait en 
paix et en tranquillité par l'ordre de l'impératrice, il vit le Christ qui le regardait 
durement et qui lui dit: «Quoi? Petrus! Je suis persécuté dans mes serviteurs fidèles, 
et toi tu restes en paix! » Petrus fut touché, quitta Gaza, et se joignit aux persécutés \ 

Juvenal persécutait les fidèles avec l'aide des soldats; il commandait aux Romains * 
et aux Samaritains de mettre à mort ceux qui n'acceptaient pas le synode. Un Sama- 
ritain" aveugle trompa celui qui le conduisait et lui dit : « Puisque mes yeux ne peu- 
vent contempler le massacre des chrétiens, approche-moi, que je me réjouisse en les 
frottant de leur sang! » Il l'approcha et l'aveugle s'arrosa les mains (du sang des mar- 
tyrs) et pria en demandant de devenir leur compagnon. Il plaça le sang sur ses yeux 
qui s'ouvrirent. Alors il reçut le baptême, et beaucoup d'autres avec lui. 

Theodosius''', qui était recherché par les ordres'* de l'empereur dans toute la pro- 
vince, prit un vêtement de soldat, mit sur sa tête une perruque et un casque, et il cir- 
culait, réconfortant les fidèles. Etant parvenu aux environs de Sidon, il fut surpris par 
un homme qui le connaissait. Les partisans de Nestor[ius] montèrent trouver l'empe- 
reur, et demandèrent des hommes *^ pour le garder. Ils l'enlevèrent et l'enfermèrent 
dans une petite cellule d'un couvent, où il y avait de la chaux vive. Ils venaient conti- 
nuellement discuter avec lui et ne pouvaient l'amener h adopter leur opinion. Il disait : 
« Tant que j'aurai un souffle dans le nez, si je suis enchaîné et empêché de circuler, 
la parole ne sera cependant pas enchaînée. » Les partisans d'Eutychès pensaient 
qu'il les approuvait. Or, en discutant avec eux, il leur démontrait qu'ils étaient des 



1, Cf. ci-dessus, p. 69, n. 4. — 2. Land., III, 126, /o. — 3. Aux écuries impériales. — 4. Lire : 
|ûu»û>ai,» ^» .*wo=>| ,i*.a*o o«. — 5. A Dorothée, — 6. Land, III, 128, 43. — 7. Cf. ci-dessus, p. 83. 
— 8. Aux Romains, ou aux soldats ; le mot romain est fréquemment employé dans ce sens par l'au- 
teur de la compilation. — 9. Land, III, 128, 3; cf. ci-dessus, p. 72. — 10, Land, IIIj 129, 9. ■— • 
11. StaTayiAaTa, — 12. Land : « demandèrent à garder cet homme ». 



LIVRE VIII. GHAP. XII 91 

désespérés', qu'ils suivaient et Mânî et Marcion. — Pendant que les angoisses crois- 
saient pour lui et qu'il était plongé dans une lutte courageuse, il tomba sur les choses 
écrites par Jean le Rhéteur, d'Alexandrie, qui sont pleines de fausseté. Il le dévoila 
et l'excommunia. Il mourut en prison_, laissant un exemple de courage aux fidèles. 

Le confesseur Dioscorus termina pareillement sa vie en prison. Quand on apprit sa 
mort" à Alexandrie, on en fut fort affligé. Ils continuèrent aie proclamer, parce qu'ils 
étaient empêchés par la crainte de se donner promptement un pasteur. Marcianus 
ayant appris qu'ils se disposaient h se constituer un évêque, envoya Jean le Silen- 
tiaire pour les avertir d'avoir à s'unir h Proterius, Etant venu, et ayant vu leur piété 
et leur apologie de la foi, il reçut d'eux une supplique* exposant leur croyance et ce 
qu'ils avaient eu a souffrir* de Proterius et de son apostasie. Jean, étant retourné, fit 
connaître la chose à l'empereur qui blâma Proterius et Jean lui-même. 

Les Egyptiens ordonnèrent saint Timotheus*, qui, ayant été institué archevêque, 
montra de fait ce que doit être un évêque". L'argent que Proterius donnait aux sol- 
dats, il le donna aux pauvres. Les partisans de Proterius, voyant les vertus de Timo- 
theus, s'unirent à lui et firent une supplique pour être reçus, en disant : « Nous mon- 
terons à Rome, près de Léon, et nous l'avertirons d'annuler les innovations qu'il a 
faites ' dans son Tome. » — Comme c'étaient des gens connus ' par leur origine et leur 
richesse, Eustathius de Beirout intercédait pour eux près de Timotheus, afin qu'il les 
reçût; [218] mais la jalousie des habitants de la ville s'était accrue, (et), à cause des 
divers maux (qu'ils avaient causés), ne permit pas à ceux-ci d'être acceptés. 

Par suite des choses faites à Chalcédoine, surgirent des disputes et les scandales 
se multiplièrent en tous lieux. Comme il est écrit ^, le peuple chrétien devint «l'op- 
probre de ses voisins, la moquerie et la dérison de ceux qui l'entourent » ; au point que 
même le peuple des Juifs se moquait du christianisme. Ils rédigèrent un écrit qu'ils 
affichèrent sur la voie publique et qui était ainsi conçu " : « Au miséricordieux empereur 
Marcianus : le peuple des Hébreux. — Pendant longtemps nous étions considérés 
comme si nos pères avaient crucifié un Dieu et non pas un homme. Depuis que le sy- 
node de Chalcédoine s'est assemblé et a démontré qu'ils ont crucifié un homme et non 
un Dieu, nous supplions qu'on nous pardonne cette faute, et qu'on nous rende nos 
synagogues. » 

Un des moines écrivit à Marcianus : « Le monde a péri, et les démons dansent dans 
l'Eglise. Tu as installé l'Antéchrist dans notre ville. Dès lors personne ne prie plus 
pour ton empire, car le peuple ne s'assemble plus dans les églises; une multitude in- 
finie s'est endormie sans avoir reçu le baptême. ParNotre-Seigneur qui multiplie tes 
jours, efface ce qu'a fait le synode de Chalcédoine et rétablis les canons selon l'esprit 
des Pères. » 

1. ui^aûo II, (L). — 2. Land, m, 131, 12. — 3. 8éY](7Cî. — 4. «isai». — 5. Timothée iElure. — 
6. Land, III, 137, 6. — 1. L ; o^3o i,-». — 8. Lire : ^^v.,., (L). — 9. Cf. Ps. xLrn, 14. — 10. Cf. 
Pseupo-Dbnys ad aun. 764, 



92 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Theodoretus était allé trouver Siméon le Stylite pour l'entraîner dans l'hérésie du 
diphysisme. A cause de cela les Synodltes' affirmaient qu'il l'avait adoptée. On peut 
tenir pour certain qu'il n'adhéra point à leur opinion ; cela est évident d'après la 
lettre que Mar Siméon écrivit lui-même à l'empereur Léon, en ces termes* : « En re- 
cevant la lettre de Votre Majesté, je m'attendais' h me délecter dans la joie, car je 
pensais que ce serait la rectification et l'annulation des choses faites témérairement 
et iniquement dans le synode abominable de Chalcédoine contre la parole * de vérité; 
car l'Eglise de Dieu est troublée par l'innovation de l'erreur des hérétiques insensés 
et maudits. Mais le temps s'est écoulé sans qu'arrivât ce que j'espérais; des douleurs 
plus violentes que les précédentes ont atteint ma vieillesse*; mais j'espère en celui 
qui a dit® : « Dans les derniers jours, je répandrai mon Esprit sur toute chair; et ils 
méconnaîtront depuis les plus petits d'entre eux jusqu'aux plus grands; et personne 
ne dira à son compagnon : Connais le Seigneur ». Je tiens cette espérance comme 
une ancre ; je veillerai sur elle, et elle demeurera en moi^ jusqu'à la fin. Rien au monde 
ne pourra m'en séparer. Je supplie Votre Majesté de conserver h la sainte Église de 
Dieu la foi des saints de Nicée, immaculée et sans variation, jusqu'à la fin. » 



(CHAPITRE XIII). — Résumé des T[A?iîxaTa de JeanPhiloponos^, qui montre clai- 
rement r inique apostasie ei l'impiété commise dans le concile de Chalcédoine, de 
laquelle se sont écartés les saints Pères pour garder inébranlablement et inva- 
riablement la foi orthodoxe. 

Puisque parmi [toutes les créatures] de la terre, Dieu a enrichi l'homme seul de la 
parole, dont il a montré quelle est la noblesse, en voulant être appelé le Verbe, il 
convient que nous, hommes, recherchions en tout temps la parole utile et conve- 
nable. Nous devons faire paraître en chaque chose'', grande ou petite, ce qui a été 
sagement dit par quelqu'un : « J'ai eu pour règle de ne jamais ni me permettre le 
mensonge ni dissimuler la vérité ». C'est ce que je veux faire aussi maintenant. Que 
Dieu me vienne en aide ! — Quand la vértté est altérée, Dieu est en même temps 
outragé. — Le motif qui engage à parler est la réfutation abrégée des choses dans 



1. cruvoStTat; partisans du Concile de Chalcédoine. — 2. Cette lettre a été éditée, d'après deux 
mss. du British Muséum, par C. Torret, The LeUers of Siméon the Stylite {Journ.ofthe American 
Orient. Society, l. XX [1899], p. 253 et suiv.). L'auteur conclut avec raison que la lettre est apo- 
cryphe et a été fabriquée par un monophysite. — 3. Torrey aj. : ^.vs,JO, « tout d'abord ». — 4. Le 
Verbe (?). — 5. T. aj. : « quand je vois quelles sont les choses méditées et accomplies parmi les 
pasteurs de l'Église ». — 6. Cf. Joël, ir, 28; Jérém., xxi, 34. — 7, T. : o^ l^l ;è>Jo « je la conser- 
verai ». — 8. L'original grec de cet ouvrage paraît être perdu. Voir dans l'Introduction le chapitre 
consacré aux Sources de Michel. — 9. Ou : « en chaque parole i». 



LIVRE VIII. CHAP. XIII 93 

lesquelles il convient de rechercher cela* (?). — Il appartient à la parole de faire con- 
naître ce qui n'est pas évident par ce qui est évident. 

Léon a écrit dans sa Lettre^ des choses semblables à celles de Nestorius en disant : 
« Puisque les deux ensemble sont l'une avec l'autre' : l'humilité de l'homme et la 
grandeur de Dieu. Car, de même que nul changement ne survient en Dieu lorsqu'il 
fait miséricorde, de même l'homme n'est pas consumé par la grandeur de la dignité 
divine ». — Il dit : « les deux ensemble* ». Évidemment l'un est Dieu, le Fils et le 
Verbe du Père, et l'autre est l'homme qui a été engendré de Marie. Cela est 
établi h propos du Christ Notre-Seigneur. Ceux qui sont « l'un avec l'autre », ne le 
diffèrent point de ceux qu'on partage en hypostases^. Cette expression signifie : qu'un 
autre est avec un autre. Dire qu'une chose unique et singulière est avec elle-même, 
est absolument inintelligible. On ne dira pas même de l'âme [219] et du corps qu'ils 
sont l'un avec l'autre; peut-être (dira-t-on) que l'âme est dans le corps, mais non pas 
que le corps est dans l'âme. Si donc Dieu et l'homme sont dans le Seigneur Christ, 
comment sont-ils l'un avec l'autre? Gomme Pierre et Jean peuvent être l'un avec 
l'autre lorsqu'on les considère dans une certaine affinité ou participation où Pierre 
est avec Jean et Jean avec Pierre. Le Christ n'est donc pas en une, mais en deux 
hypostases : Dieu et l'homme. — Ceux qui pensent comme Paulus de Samosate et 
Theodorus disent, en effet, que le nom de « Christ » est significatif des deux (hypos- 
tases). Léon, étant nestorien", écrivit des choses qui sont d'accord avec ceux-ci. Peut- 
être cependant les opinions de Theodorus sont-elles modérées en quelque endroit 
par celles de Léon. Theodorus dit, en effet, dans le IIP des Traités contre Apollina- 
i^ius, ceci' : « Il était en lui, non seulement lorsqu'il montait au ciel, mais lorsqu'il 



1. Phrase obscure : le sens paraît être qu'il convient surtout d'appliquer ces principes à une 
discussion des questions d'orthodoxie. — 2. Tous les témoignages de S. Léon cités dans ee chapitre 
sont tirés, à moins d'avis coatraire, de la célèbre lettre dogmatique à Flavien; Pair. Lat., LIV, 755; 
MiNsr, V, 1265. — 3. èv waw ta (T'Jvaf/.<pÔT£pa [jist' à\y.r\'ktx)V lart. — 4. ^ov*tH Lt^^iS z= Ta o-uvafJiipoTEpa. 
— 5. La doctrine catholique enseigne qu'il y a dans le Christ deux natures (çucretc) divine et humaine, 
unies substantiellement (hypostatiquement) dans l'unique personne (u^toaTacrt;, îtpoawTtov) du Verbe. 
Les monophysites n'admettent aucune distinction entre les concepts de nature, d'hypostase ou de 
personne, et concluent que s'il y a une seule personne, il n'y a nécessairement qu'une seule nature. 
Ils accusent les catholiques, d'enseigner la même chose que les nestoriens en professant deux 
natures. Les nestoriens nient l'union hypostatique des natures et disent qu'elles ne forment une 
seule personne (upôcrwTrov) que par leur union morale (ffuvacpeta) selon l'habitation (xat' Ivotx^aiv) ou 
selon le bon plaisir de la volonté et l'affection (y.ax' sùSoxfav) ou selon la puissance et l'opération 
(xar Ivepystav]. Pour conserver la distinction des termes, nous traduisons régulièrement, partout 
dans ce chapitre, les expressions syriaques : U»3 (= çûaiç), par nature; lv:ûix>, persona, par hypos- 
tase; et l3o«;3 (= irpécrwirov) T^ar personne. Mais il est évident que ces expressions ont une valeur 
très différente selon qu'elles émanent de l'auteur qui est monophysite, de S. Léon qui est ortho- 
doxe, ou d'un nestorien. — 6. Ms. : Nestorius. — 7. Pair. Gr., LXVI, 994. 



94 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

ressuscitait des morts, car il le ressuscitait selon sa propre promesse; et non seule- 
ment lorsqu'il ressuscitait, mais lorsqu'il était crucifié, lorsqu'il était baptisé, lors- 
qu'il accomplissait les œuvres évangéliques après le baptême ». Léon dit : « Puisque 
les deux ensemble sont l'une avec l'autre : l'humilité de l'homme et la grandeur de 
Dieu » ; et encore : que Dieu fait miséricorde, et l'homme est l'objet de la miséri- 
corde ; et il dit dans ce même passage comment cet homme humble a été l'objet de la 
miséricorde de Dieu. — Or, s'il avait pensé que le Christ Notre-Seigneur était une 
hypostase, en tant que Dieu incarné, il ne l'aurait pas partagé en deux : Dieu et 
l'homme, « qui sont l'un avec l'autre », disait- il, l'un pour faire miséricorde, et 
l'autre pour recevoir miséricorde, l'un qui n'est point changé quand il fait miséri- 
corde et cet homme humble qui n'est pas consumé dans la grandeur de la dignité ' 
divine qui l'atteint. 

Léon (dit encore ceci) : « Chaque forme opère, avec la participation de l'autre ce 
qui lui est propre : le Verbe lait ce qui est du Verbe, et le corps accomplit les choses 
qui sont du corps. L'un brille par les miracles, l'autre tombe sous le mépris ». — 11 
place donc de nouveau deux formes : l'homme et Dieu. Comme il a (été) dit aupara- 
vant, il leur attribue une communauté d'opération, mais en réalité il les sépare quand 
il parle de « chacun d'eux », et de la participation « de l'un avec l'autre ». Il doit donc 
partager en même temps les choses dans lesquelles se trouve^leur participation : les 
actions, les opprobres, les prodiges; et distinguer ce qui convient h chaque forme. 
Puisque le Verbe fait' les choses qui conviennent h Dieu pour le faire briller par les 
prodiges, et l'homme, les choses qui peuvent le faire tomber sous le mépris : quelle 
est donc alors cette communication dans lesdites choses? N'est-il pas évident que 
Dieu lait siens les opprobres de l'homme, à cause de cette union volontaire, selon le 
bon plaisir% comme ils ont coutume de dire, et qu'ils rappellent h propos cette 
sentence : Si celui qui méprise les disciples du Christ méprise le Christ lui-même, 
quiconque outrage l'homme qui est uni à Dieu n'applique-t-il pas l'outrage à Dieu 
lui-même? « Celui qui vous reçoit me reçoit, disait-il à ses disciples*, et celui qui 
me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé ». D'autre part, cet homme, à cause de cette 
même communication avec Dieu le Verbe, doit considérer comme sienne la gloire qui 
résulte des prodiges. On doit l'entendre de même des autres choses relativement à 
cet homme. Cela est en effet d'accord avec ce qui est dit : a qu'il participe à la dignité 
divine avec Dieu le Verbe" ». Toute participation est au moins de deux personnes 
ou hypostases. En effet, une personne non subsistante n'existe pas, et il n'y a absolu- 
ment personne pour soutenir (le contraire) (?). 

Les partisans de Nestorius disent que : Christ, Fils, Seigneur, sont des noms com- 
muns significatifs des deux natures; mais ils disent que : Dieu, Verbe, homme, sont 



1. To (xlysOoi; tî|; à^îaç. — 2. Lire : ^.i.^. — 3. xat' sùSoxîav. — 4. Matth., x, 40. — 5. Corriger 
lov^ y^Ç}). Cette phrase et la suivante sont très obscures. 



LIVRE VIII. CHAP. XIII 95 

significatifs d'une seule personne, à cause de la communication de l'un avec l'autre; 
puisque ceux qui communiquent dans les choses civiles' forment mutuellement une 
seule personne, c'est-à-dire une affinité^. — Conséquemment, Léon en disant ces 
choses de Notre-Seigneur le Christ, signifie par ce nom Dieu le Verbe et l'homme né 
de Marie: car il établit que le Christ est une personne seulement quant au nom, 
[220] à cause de la participation h l'opération, a la gloire, au mépris. — En effet, si 
Léon n'avait eu l'intention de signifier cela, mais bien l'union hypostatique des deux : 
de la divinité et de l'humanité, il n'aurait pas divisé le Christ en deux personnes : 
Dieu et l'homme; en disant que « Dieu et l'homme » ont une seule personne, mais il 
aurait dit que « l'unique Christ composé » avait une seule personne ou hypostase. 

Les citations suivantes montrent aussi très clairement le sentiment de Léon. — En 
effet, ayant dit que Dieu et Ihomme ont une seule personne, il se rétracte ensuite, de 
peur qu'on ne pense 'que cette seule personne est dite dans le sens d'une seule hypos- 
tase ; ce qui d'ailleurs n'était pas possible, puisqu'il dit : « de Dieu et de l'homme ». 
Il rend évident le blasphème et affirme la division, en disant : « Cependant, autre est 
celui de qui provient à chacun des deux le commun mépris », et il est manifeste que 
c'est la personne de Thomme, k et autre est celui de qui provient la gloire commune », 
et il est clair que c'est celle de Dieu le Verbe. 

On dira peut-être : Bien que Dieu et l'homme soient deux personnes, cependant il 
n'y a pour les deux qu'une personne, qui résulte de l'union volontaire. Léon attribue 
aux deux tantôt cette unique personne d'adhésion, et tantôt les deux hypostases. — 
Mais, il est aussi impossible, l'union étant hypostatique et le Christ composé dans ses 
propres hypostases étant un, que le même soit une et deux personnes, comme il leur 
plaît de dire ', « En tant que Dieu et l'homme communiquent l'un avec l'autre dans les 
opérations, nous disons qu'ils ont seule personne; et en tant qu'ils sont distincts dans 
les hypostases, nous disons qu'ils sont deux et qu'une est la personne de ceux-ci ». 

Que Léon n'admettait pas l'union hypostatique, mais seulement une union person- 
nelle* et une affinité, il le fait connaître par les choses qu'il allègue quand il dit : 
« A cause de cette absolue unité de personne qu'on doit entendre dans l'une et 
l'autre nature » ; ainsi il établit deux natures séparées, et il leur attribue deux per- 
sonnes en disant : « qu'il y a en Notre-Seigneur le Christ (les natures) de Dieu et de 
l'homme », et avec les deux articles^ c'est-à-dire la séparation. — Il est évident qu'il 
ne leur attribue pas une union hypostatique, mais seulement personnelle, puisqu'il 
dit : « h cause de celte unité de personne qu'il faut reconnaître dans l'une et l'autre 
nature », par suite de laquelle la communication des noms et des actions doit aussi 
s'entendre de l'autre. 

Léon dit aussi ceci : non pas c[u un est le Christ, Dieu en même temps qu'homme. 



1. Tzo'kixiv.xl , — 2. Une société, une personne morale. — 3. \>^^. — 4. Dans le sens nestorien, 
c.-à-d. : a morale ». — 5, apOpa. 



96 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

comme les docteurs de l'Église ; mais : « qu'il ne sert de rien pour le salut' de prendre 
sans l'autre l'un de ces deux », c'est-à-dire Dieu ou l'homme. Et par cette expression 
au pluriel : « ces (deux) », et : « il ne faut pas prendre l'un sans l'autre », il signifie la 
dualité des personnes et des hypostases. 

Léon (dit encore) : « qu'(Eutychès) considère quelle nature était fixée h la croix » ; 
de sorte qu'il sépare Dieu le Verbe de celui qui était fixé à la croix, et attribue la 
passion, subie pour nous, à un homme ordinaire, bien que par la communication de 
la dignité divine Dieu considère comme sien le mépris, de même que le Christ 
(participe à) celui de ses disciples. — Il montre encore plus clairement par ce qu'il 
ajoute : « Quand le côté de celui qui était fixé h la croix fut ouvert », qu'il sépare 
Dieu le Verbe qui n'était pas fixé à la croix. — Tous les docteurs de l'Eglise ont dit 
que ces choses étaient contraires à la vraie piété. 

Avant tous les hérétiques dont il a été parlé, Celsus^, ce païen qui a élevé la voix 
contre le Christ, a écrit contre lui des choses semblables. Il voulait démontrer que 
celui qui fut suspendu à la croix n'était pas Dieu, mais un homme ordinaire ; car déjà, 
comme à présent, l'Eglise le proclamait véritablement Dieu. « Nous prêchons, dit en 
effet Paul', le Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations. » Com- 
ment les païens pouvaient-ils considérer comme une si grande folie qu'un homme 
juste, appelé Dieu h cause de ses vertus, souffrît de la part de quelques méchants? 
Car l'histoire leur fournissait chez eux-mêmes des exemples semblables. Donc, quand 
Celsus veut démontrer que celui qui fut crucifié n'était pas Dieu, « s'il était Dieu 
(dit-il), comment [221] son côté répandit-il du sang lorsqu'il fut percé? » Et, tour- 
nant la chose encore davantage en dérision, il ajoute poétiquement : « Ce n'était donc 
pas du pus comme celui qu'il fait couler sur les bienheureux dieux? » Il est donc 
certain que ceux qui pensent comme Paulus, Photinus, Nestorius et tous ceux qui 
se sont attachés h eux, (ont emprunté) aux païens cette objection et cette opinion. 

Mais quelqu'un dira peut-être : Léon paraît employer des paroles orthodoxes à 
l'égard du Christ quand il dit : « L'unique (Fils) éternel du Père éternel est né de 
l'Esprit-Saint et de la Vierge Marie, sans que sa naissance temporelle enlève ou 
ajoute quelque chose à sa naissance divine et éternelle; » et encore : « Car cet anéan- 
tissement par lequel l'Invisible s'est rendu visible, le Créateur et Seigneur de l'Uni- 
vers a voulu être un des hommes, fut une condescendance miséricordieuse et propi- 
tiatoire, mais non une faiblesse de la puissance; » et encore : « Un seul et même est 
vraiment Fils de Dieu, et vraiment homme; » et encore : « Dieu impassible n'a pas 
dédaigné de se faire homme passible, ni l'immortel de se placer sous la loi de la 
mort ». — Toutes ces choses et celles qui s'en rapprochent pourraient être enten- 
dues d'une manière orthodoxe. Mais, parce que Léon dit d'autres choses qui leur sont 



1. Lire : |-.-»« \ ; « quia unum horum sine altero receptum non proderat ad salutem », — 2. Ms. : 
Qelesos. — 3. I Cor., i, 23. 



LIVRE VIII. CHAP. XIII 97 

manifestement contradictoires, que nous avons rappelées un peu auparavant, celles- 
ci doivent être prises dans le même sens que celles-là. Partout en effet, il faut juger 
du sens des choses qui ne sont pas évidentes d'après celles qui sont clairement 
énoncées. Les partisans de l'hérésie de Nestorius et Nestorius lui-même ont dit 
beaucoup de choses semblables qui passent pour être orthodoxes^ et dont on fit un 
ample commentaire* dans la discussion de la définition*. Mais, comme par ailleurs ils 
divisent l'unique Christ en Dieu et homme, ils dissimulent cette malice cachée sous 
des expressions qui paraissent orthodoxes. Car, ils admettent cette communication 
de volonté, ou de dignité, comme ils disent, de Dieu et de l'homme, et ils l'appel- 
lent leur union. « Nécessairement l'autre s'appropriera les choses qui sont spéciales 
à l'un des deux à cause de cette participation ». De la sorte il ne leur déplaît pas d'ap- 
peler l'homme « Dieu » et « Fils de Dieu », ni (de lui attribuer) tout ce qui est propre 
à Dieu le Verbe, ou d'appeler Dieu le Verbe, « homme » et « Fils de l'homme » et 
(de lui attribuer) tout ce qui se fait dans l'homme; car ils disent que ; Christ, Fils 
de Dieu, Seigneur, signifient les deux natures ou personnes de Dieu et de l'homme ; 
c'est pourquoi ils imputent « au Christ » les choses divines et humaines; mais on sait 
cependant que tout en les attribuant au Christ, ils les répartissent entre chacun des 
deux dont ce nom de Christ est la signification, (attribuant) les choses glorieuses à 
Dieu le Verbe, et celles qui sont viles à l'homme (né) de Marie. Donc, nous et eux, 
nous employons également les mots précités; mais eux les partagent entre deux 
personnes et deux natures c'est-à-dire deux hypostases, comme ils disent. Or, les 
saints Pères et toute l'Église de Dieu proclament l'unité de nature qui est 
dans l'hypostase, et confessent que notre Seigneur le Christ est véritablement, en 
réalité, un seul composé; et ils attribuent à une seule personne, à une seule nature 
ou hypostase, les choses divines et les choses humaines; de même que dans chaque 
homme nous attribuons les choses de l'âme et les choses du corps à un seul homme 
composé, comme nous l'avons montré clairement dans le AtatxYjTYJç'. Donc, il ne leur 
sert de rien, pour la vraie piété, d'employer des paroles orthodoxes, puisqu'ils y 
mêlent des sens qui comportent la division. C'est ce qu'a aussi souffert Léon, qui de 
plus ne confesse nulle part l'union hypostatique des natures, alors qu'elle avait été 
proclamée bien auparavant par nos vénérables docteurs : par Athanasius et Cyrillus, 
et par le premier synode d'Ephèse. Car les chrétiens ne peuvent admettre ce qu'il 
dit* : « que celui qui dirigeait alors les affaires* aurait admis l'impiété avec la foi or- 
thodoxe et n'aurait pas distingué les choses droites des choses mauvaises. » 

Le synode qui s'est réuni de nos jours à Constantinople [222] a dit les mêmes choses 



1. Ou : « de nombreuses citations ». — 2. Au P' concile d'Ephèse. — 3. Autre ouvrage de Jean 
Philoponos, dont il existe une traduction syriaque (fragmentaire) dans le mss. add. 12,4 74, au British 
Muséum. — 4. Ce passage ne vient pas de la lettre dogmatique. — 5. Cette expression vise pro- 
bablement ïhéodose le Jeune, ou peut-être Dioscore et le second synode d'Ephèse. 

II. 13 



98 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

dans la Via Session*. Dans toutes lés hérésies, en effet, s'il arrive que les hérétiques 
disent quelque chose d'orthodoxe, les impiétés ne sont pas par là exemptes de con- 
damnation. — Donc les choses que Léon a pu dire correctement dans une seule 
expression n'empêchent pas non plus de le ranger avec les disciples de Nestorius, 
puisqu'il y a mêlé des choses qui impliquent la division. 

Du chapitre II. — Quelques-uns allèguent vainement que les évèques étaient, à 
Chalcédoine, au nombre de 630*; car le nombre est à peu près doublé, comme on 
pense communément qu'il faut croire. 

A la première session, à laquelle, comme il convient, personne ne manquait, ils 
étaient nominalement 300; mais ils n'y étaient pas réellement. Il y avait parmi eux des 
prêtres et des diacres qui tenaient la place de leurs évèqups ; il y en avait parmi les 
évêques qui parlaient en leur nom et au nom d'autres, avec la permission de ceux-ci; 
de sorte qu'il se trouve que ceux qui étaient assemblés n'étaient pas plus de 300. Cela 
est d'ailleurs prouvé par les écrits authentiques qui sont partout concordants; et 
même quelqu'un qui a vu les signatures dans la langue de chacun d'eux m'a exposé 
pareillement que tel était le nombre de ceux qui ont signé. 

Si quelqu'un prétend le contraire, en disant : « Après la déposition de Dioscorus, 
quand on examinait l'afï'aire des évêques égyptiens, Louqianos% le représentant de 
Léon, dit * : La condamnation de dix hommes ne peut atteindre le synode de 
600 évêques! Ainsi donc il parle de 600 évêques. » — Mais écoulons ce qu'avait 
dit auparavant Cecropius, évêque de Sebastopolis, à propos de ces dix : « Ce synode 
universel, dit-il, est plus grand que (celui de) l'Egypte, et plus digne de foi; et il 
n'est pas juste d'écouter dix hérétiques et de négliger douze cents évêques. » — 
Ainsi, celui-ci double le nombre de celui-là. Donc, si l'on ne prend pas comme une 
hyperbole ce qui a été dit par chacun d'eux, l'un d'eux a nécessairement menti et est 
confondu par l'autre, et par les écrits synodaux eux-mêmes, comme nous l'avons dit; 
puisque les souscriptions, dans chacune des huit sessions^, de même qu'à la déposition 
de Dioscorus et à la définition, ne se trouvent pas plus nombreuses que nous l'avons 
dit. Donc : ou bien ce qui a été dit par ceux-ci est une hyperbole, comme s'ils avaient 
dit « une multitude d'évêques » ; ou bien, si quelqu'un ne veut pas admettre cela, l'un 
d'eux a menti sans aucune excuse. 

Du chapitre III. — Il y a eu de nombreux synodes à de nombreuses époques, non- 
seulement des orthodoxes, mais aussi des partisans de Tarianisme; or, on ne voit dans 
aucun d'eux que les juges ou le sénat aient entrepris de juger des choses qui se fai- 
saient. 

Constantinus ayant réuni le synode de Nicée à cause des questions alors soulevées, 
voulut siéger avec les évêques; ayant fait préparer une salle dans le palais impérial, 



1. Cinquième concile œcuménique, en 553, Cf. Mansp, IX, 297. — 2. Cf. Evagr., H. E., II, x. -^ 
3. Lucensius. — 4, Mansi, VII, 57. — 5. Dans lesquelles la liste des évêques est donnée. 



LIVRE VIII. CHAP. XIII 99 

l'assemblée des évêques y pénétra crabord ; l'empereur étant entré le dernier et ayant 
vu la réunion de ces vénérables pontifes, se tint au milieu avec une grande soumis- 
sion ; un petit siège avait été disposé pour lui, mais il ne consentit point à s'asseoir 
avant d'avoir demandé h ces hommes vénérables de lui permettre de le faire ; tant il 
était éloigné de vouloir se faire le juge des affaires qui se traitaient! — Theodosius 
ayant réuni le synode à Ephèse, envoya Candidianus pour préserver l'assemblée des 
évêques de tout obstacle. Il leur écrivit une lettre dans laquelle, après beaucoup 
d'autres choses^ se trouvait ceci : « Candidianus le très illustre cornes sacrormn 
domesticorum'^ a reçu l'ordre de se rendre h votre' saint synode; mais de ne prendre 
part en rien^ aux questions et aux controverses concernant le dogme. Il est en effet 
illégitime que celui qui est hors des rangs des vénérables (évêques) se mêle à l'examen 
des affaires ecclésiastiques, etc. » — Theodosius écrivit ainsi; et aucun des autres 
personnages ne se permit de prendre part avec les évêques à l'examen des affaires 
qui se traitaient. — On trouve qu'il en fut de même dans tous les synodes antérieurs. 
[223] Mais Marcianus a fait tout le contraire de ceux-ci. Sachant que la majorité 
des évêques tenait les dogmes orthodoxes, et craignant qu'ils ne se montrassent 
plus courageux que ceux qui tenaient les doctrines de Nestorius, il fit siéger les 
évêques en apparence pour juger, mais il leur adjoignit comme (vrais) juges les 
notables et le sénat; parmi ceux-ci se trouvaient quelques partisans du paganisme, 
du manichéisme et d'autres impiétés, et la plupart étaient les amis de Nestorius. L'un 
d'eux était Sporacius, le protecteur de Theodoretus, auquel celui-ci a dédié la plupart 
de ses écrits. L'empereur établit ceux-ci comme examinateurs, contre les conve- 
nances, afin que ce qui n'était pas bien fût réalisé : ce qui arriva, en effet. 

Avant le synode, Léon et Marcianus avaient décidé de faire chasser Dioscorus, et de 
, faire revenir ceux qui pensaient comme Nestorius et qui avaient été déposés. Ils 
avaient été déposés dans le second synode d'Éphèse, et ils recouvrèrent tous, par un 
décret de Liéon, l'autorité sacerdotale, avant que ceux de Chalcédoine ne se réunissent. 
Or, quelle raison avait-il bien de rappeler ceux qui avaient été déposés par un con- 
cile œcuménique, à cause de fautes graves, ayant été reconnus et blâmés comme pro- 
fessant les doctrines de Nestorius, d'une part sans un synode universel et un décret 
général, et (d'autre part), sans aucun examen? 

De plus, les évêques devaient se réunir à Nicée, avant qu'il ne plût au potentat '* de 
transférer le synode à Chalcédoine. Cela arriva absolument par un divin dessein, pour 
que les 318 saints Pères et ceux du synode qui eut lieu ensuite à Chalcédoine n'aient 
pas été réunis dansle même lieu, et que les deux conciles n'aient pas quelquechose de 
commun parle nom. Or, Léon écrivit" ceci ^ : «[Nous] savons que par suite d'une oppo- 



1. o [xeyaXoTrpîTrlaTaTOc xq[/.ï]; twv "/aOw(7f(()[x£v!-/wv 8o[/,s<7T!'xwv (Manst, IV, 1119). — 2. Lire : vû5^*». 
— 3. >5^ Û.N. — 4. Lire : "^3 ^J\ « au Tout-Puissant »(?). — 5. Lire : o^^. — 6. Mansi, VI, 134; 
Patr. Lat., LIV, 940. 



100 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

sition [perverse] l'état de nombreuses églises [a été troublé]*, que beaucoup d'évêques 
n'ayant pas accepté le sentiment des hérétiques ont été chassés de leurs sièges et 
envoyés en exil, et qu'à leur place, de leur vivant, on en a établi d'autres. Tout d'a- 
bord on doit se proposer d'apporter des remèdes à ces plaies, de manière que per- 
sonne ne soit privé de ce qui est h lui, et que l'un ne retienne pas* ce qui est à l'autre. 
Si, comme nous le souhaitons, tous abandonnent Terreur, personne ne doit perdre son 
honneur; mais il faut que le droit soit rétabli en faveur de ceux qui ont souffert pour 
la foi, avec tous leurs privilèges personnels ». 

Ceux qui avaient été déposés dans le II" synode d'Éphèse, auxquels Léon rendit leurs 
sièges, étaient : Ibas, accusé de plusieurs choses ; Ireneus, bigame, et partisan de Nes- 
torius; Sophronius de Telia; et Theodoretus de Cyr, qui h la mort de saint Cyrillus, 
de pieuse mémoire, écrivit à Jean d'Antioche, en méprisant le saint et disant' : 
'< L'homme méchant a tardé longtemps et est à peine mort; car les honnêtes et les bons 
sont enlevés avant l'heure, mais les mauvais vivent longtemps. Je suppose que le dis- 
pensateur de toute chose se préoccupant tout d'abord des bons, les tire prompte- 
ment, avant l'heure, des tribulations d'ici-bas, et, enveloppés de la victoire, les délivre 
du combat et les fait passer dans la vie excellente proposée comme récompense aux 
athlètes de la vertu, sans vieillesse, sans tristesse, et exempte de tous soucis. Quant 
aux amis et aux ouvriers du mal, il les laisse longtemps jouir de la vie présente afin 
qu'ils se rassasient du mal et qu'ils apprennent ensuite la vertu; ou bien qu'ils 
donnent satisfaction même ici bas, en restant longtemps agités par les flots amers et 
les difficultés de cette vie. Le gouverneur des âmes n'a pas laissé ce misérable, de la 
même manière que les autres, jouir longtemps des choses qui paraissent délectables; 
mais voyant que la malice de cet homme croissait de jour en jour et qu'il corrompait 
le corps de l'Eglise, il le retrancha comme une peste, et enleva l'opprobre des enfants 
d'Israël. Son départ a réjoui ceux qui sont ici-bas ; il est à croire qu'il a affligé les morts, 
et à craindre que, molestés par son voisinage, [224] ils ne le renvoient aussitôt vers 
nous,ou qu'il n'échappe à ceux qui remmènent,comme le tyran de Liqianos le chasseur*. 
Il convient donc que Ta Sainteté prenne soin sans retard de commander à la troupe 
de ceux qui emportent les morts de placer une grande et lourde pierre sur son tom- 
beau, afin qu'il ne revienne pas ici* montrer de nouveau ses opinions changeantes. 
Qu'il prêche de nouveaux dogmes aux enfers, qu'il y fasse de la rhétorique nuit et 
jour : car nous ne redoutons point qu'il les divise en prêchant contrairement à la 
vraie piété et en livrant à la mort la nature immortelle de Dieu. Il sera malmené non 
seulement par ceux qui sont instruits des choses divines, mais par Nemrod, par 
Pharaon, par Sennachérib et par tout autre adversaire de Dieu. Mais c'est en vain 



1. Texte mutilé; complété d'après le grec. — 2, Lire : W^». —3. Patr. Gr., LXXXIII, 1489; 
Mansi, IX, 295. — 4. Lat, : « sicut ille tyrannus Cynisci Luciani » (cf. Dialogue xvt, Ka.zi'K'kovç 
sur Tupavvo;). — 5. Lire : 1.3^ot\, 



LIVRE VIII. CHAP. XIII 101 

que je parle. Ce misérable se tait involontairement; « que son esprit sorte, et qu'il 
retourne h sa poussière; en ce jour périront toutes ses pensées* ». Mais il procure un 
autre silence. Les choses qui ont été faites étant dévoilées, elles lient la langue, 
ferment la bouche, réfrènent l'esprit, font taire, et obligent à se courber vers la 
terre. C'est pourquoi, moi-même, je pleure ce misérable et je me souille dans le 
deuil; car la nouvelle de sa fin ne m'a pas causé une joie pure, mais bien mêlée de 
tristesse. Je suis content et je me réjouis en voyant la communauté délivrée d'une 
telle peste; mais je m'afflige et je pleure en considérant que ce misérable n'a pas mis 
de trêve aux maux, mais qu'il est mort en en méditant de plus grands et de pires. Il 
rêvait, à ce qu'on dit, de troubler la ville impériale, de combattre les pieux dogmes 
de la religion, et d'accuser Ta Sainteté parce qu'elle les confesse. Mais le Seigneur a 
vu et n'a pas négligé. « Il a mis un fi'ein'à sa bouche et l'a fait retourner dans la terre 
d'où il avait été tiré ». Fasse la prière de Ta Sainteté qu'il obtienne miséricorde et que 
l'immense philanthropie de Dieu surpasse sa malice. — Je prie Ta Sainteté de nous 
faire disparaître les perturbations' de l'esprit. Différents bruits, qui sont répandus, 
nous troublent en annonçant des calamités générales. Certains disent que TaPiété va au 
camp des soldats involontairement. Jusqu'ici j'ai repoussé comme des mensonges ce 
qu'on annonçait. Mais comme les mêmes choses sont répétées avec persistance par 
tous, j'ai pensé nécessaire d'apprendre la vérité de Ta Sainteté, de manière ou à en rire 
comme de choses fausses, ou à en pleurer*, comme il convient, si elles sont vraies. » 

Du chapitre IV. — Domnus" aussi [avait été déposé] avec eux. 

Paschasinus [représentant] de Léon dit : '( Nous avons ordre de l'archevêque Léon, 

que Dioscorus ne siège ** pas dans l'assemblée, mais qu'il soit chassé, etc. ^ » 

— Quel canon ecclésiastique, quelle loi impériale a donné à l'évêque de Rome une 
puissance telle qu'il puisse faire ce qu'il veut, promulguer légitimement un décret en 
dehors du synode, agir illégalement, et alors même que personne n'est d'accord avec 
lui, faire ce qui lui plaît? Cela est le propre des seuls tyrans. — S'ils mettent en 
avant l'autorité apostolique de Pierre, et s'ils croient que les clefs du ciel leur ont été 
données : qu'ils considèrent les autres villes qui sont ornées de l'auréole apostolique. 
Je passe sous silence la nôtre ^ qui dirige le siège de l'évangéliste Marcus ; mais 
celle des Éphésiens, instituée par l'apôtre Jean, est dirigée par un autre, par celui de 
Conslantinople, parce que le siège de l'empire fut transféré là ^ — Quoi donc! si 
l'évêque de Rome est convaincu de penser mal, à cause de ce trône apostolique on 
changera la foi de tout le monde? Et qui parmi tous les disciples du Christ songe h 
l'imiter? 



1. Cf. Ps. cxLv, 4. — 2. Lire : V^à^ ; cf. /s., xxxvir, 24. — 3. Lire : UoA. — 4. Lire : UIj (et non 
)H.j — 5. Domnus d'Antioche. Ms. : Romanos. — 6. Lire ; oM. — 7. Cf. ci-dessus, p. 39. — 
8, Alexandrie. — 9. Allusion au privilège patricarcal conféré par le IP concile œcumémique au 
siège de Constantinople qui était jusqu'alors sous la dépendance du métropolitain d'Ephèse. 



102 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Pourquoi* ceux d'Antioche la grande ne revendiquent-ils pas pour eux la pré- 
séance : premièrement parce que Pierre, sur lequel les Romains appuient leur grande 
prétention, y a tout d'abord exercé l'autorité ; ensuite parce que là le nom honorable 
de chrétiens obtint droit de cité^(?). Pourquoi pas celui de Jérusalem? — Parce que 
lui seul eut l'autorité dans la ville impériale, il obtint [223] la préséance sur tous les 
autres, par un certain usage^ a cause de la grandeur de la ville et de l'autorité impé- 
riale. Mais aucun canon ecclésiatique n'a institué, aucune loi impériale n'a établi l'évo- 
que de Rome autocrate' de tout le monde. L'arrogance des Romains s'est même 
manifestée de nos jours, dans le synode qui se réunit h Constantinople pour l'examen 
des Trois chapitres; quand ils s'assemblèrent et anathématisèrent Theodorus, Theo- 
doretus et la lettre d'Ibas à Mari. Vigilius* de Rome se trouvait à Constantinople de- 
puis longtemps; il fut invité à venir au synode : il n'y vint pas. Les évêques de Rome, 
ses prédécesseurs, ne s'étaient pas rendus (aux synodes) h cause de l'éloignement; 
mais pour celui-ci, qui était présent, lemot^f fut cet orgueil odieux à Dieu; il ne rougit 
pas devant Notre-Seigneur qui s'est humilié lui-même pour nous, et qui instruit en 
disant". « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Vigilius étant pré- 
sent, non seulement ne jugea pas digne de siéger avec les évêques de tout l'univers, 
mais de lui-mêpie, il confirma par écrit les Trois chapitres précités qu'ils anathéma- 
tisèrent. 

JJ n'est pas au pouvoir de Tévêgue de Rome de faire un sjnode, mais au pouvoir 
des empereurs. — Il en fut ainsi du second synode (d'Ephèse) que réunit Dioscorus 
par la volonlc de Theodosius. A propos de cela, l'évêque Lucensius^, représen- 
tant de Léon, dit : « Qu'il rende raison de son jugement; car il a ravi le rôle déjuge 
qu'il n'avait pas ; il a osé tenir un synode sans la permission de ce trône apostolique ». 
Qui donc a permis à ton Léon de juger seul les dissentiments ecclésiastiques ? Car, il 
est notoire que dans le synode des 150 Pères, il n'y avait aucun évêque de Rome ; et 
pour cela, les 150 Pères de Constantinople, réfrénant l'arrogance de Damasus et des 
autres de Rome, nomment, avant la leur, l'Eglise d'Antioche « ancienne et vraiment 
apostolique », et ils appellent l'Eglise de Jérusalem « la mère de toutes les églises ' », 
h cause de Jacques, son premier évêque, et des mystères qui s'y sont accomplis. 

Les notables qui avaient été faits juges ne s'assemblèrent pas pour la déposition de 
Dioscorus, mais seulement 200 évêques, parmi lesquels il y avait beaucoup de prêtres 
et de diacres*. 

Extrait du symbole de Chalcédoine^ . — Après plusieurs autres choses (on lit) : 
« Ceux qui introduisent la confusion ou le mélange, ou qui prétendent sottement qu'il 



1, Corr. : Usû^^(?). — 2. 7to>.iT£0(Tat (?). Le texte de la lettre synodale dit : zo xi^lov tôv XptcrTtavwv 
sxprjU,aTK7£v ovopia. MANsr, III, 585. — 3. Corr. : »a^;oûio|, aùirôxpaTwp. — 4. Ms. : B[i)gelios. — 
5. Matt., xt, 29. — 6. Ms. : Louqensinos. — 7. Mansi, III, 585. — 8. C.-à-d. : dont beaucoup 
étaient représentés par des prêtres, — 9. Cf. Mansî, VII, 114. 



LIVRE Vlli. CHAP. XIII 103 

n'y a qu'une nature de la chair et de la divinité, ou qui imaginent monstrueusement ' 
la passibilité dans la nature divine du Fils unique... » — Vous avez trouvé cette fiction, 
j'en suis persuadé, dans votre impiété. Personne de ceux qui méditent les choses du 
Christ n'a jamais dit qu'il y avait une seule nature de la chair et de la divinité, mais 
bien ou une nature incarnée de Dieu le Verbe, ou une nature composée et une hy- 
postase de l'unique Christ composé; alors que vous-mêmes dites qu'il y a une hypos- 
tase du Christ, c'est-à-dire de la divinité et de la chair ! Mais si, comme nous l'avons 
démontré bien des fois, l'hypostase substantielle n'est pas autre chose que la nature 
même de chaque individu, vous dites donc qu'il y a une nature ou hypostase unique 
de la divinité et de la chair. 

D'ailleurs, il faut nécessairement que cette unique hypostase soit simple ou com- 
posée. — Si elle simple ; Vous dites donc qu'il y a une seule hypostase simple de 
Dieu et de la chair; et alors il y a eu mélange et confusion des hypostases, et vous 
attribuez la passibilité [à la divinité]* du Verbe. Donc, celui qui établit que cette 
hypostase est simple doit dire conséquemment que Notre-Seigneur le Christ est [Dieu] ^ 
dans la chair. — Si l'unique hypostase du Christ est composée : il faut nécessairement 
que la composition soit dans la nature, puisque celle-ci est la même chose que l'hypos- 
tase. — Si l'on dit qu'elle n'est ni simple ni composée : elle n'est pas non plus une par 
le nombre. Toute chose qui existe et qui est une^ est nécessairement simple ou com- 
posée. Que vous reste-t-il donc? sinon de dire avec Theodoretus que l'Écriture con- 
naît l'emploi de ce nom d'hypostase pour ceux qui sont plusieurs par le nombre. 
« L'Apôtre même, en effet, emploie ce nom d'hypostase de différentes choses, natures 
et personnes, et surtout du Christ. » Vous cachez donc sous la synonymie de l'expres- 
sion le blasphème de Nestorius, de même que vous dissimulez sous les lettres de 
Cyrillus, comme sous un appât séduisant, le hameçon de l'impiétié, la lettre de Léon 
dont tous nous blâmons et fuyons les blasphèmes. [226] Vous prétendez qu'elle est 
conforme à l'enseignement du grand Pierre, et vous dites qu'elle est « une constitu- 
tion générale contre les hétérodoxes. » Et qui donc, d'après vos insinuations, aurait 
attribué la passibilité à la divinité du Verbe, sinon celui que Nestorius et tous les 
hérétiques ont calomnié, parce qu'il ne consentit pas à partager le Christ en deux na- 
tures : Cyrillus? — Et s'il en est ainsi, nécessairement la nature divine du Verbe doit 
être réellement le Fils du Père; celui qui est humain par nature doit être le Fils de 
Marie par nature, et le Fils de Dieu le Père par la grâce, à cause de sa participation 
à la dignité de Dieu le Verbe. 

Contre ceux qui partagent en deux fils Tunique Christ *. — Ils le partagent tout 



1. TepaxsyôiJLSvoi. — 2. Compléter : ICs^m» wLoo^U; cf. texte, p^ 226,1. 7. — 3. Compl. : loi^ uwoû-l. 
4, Cette phrase formait saas doute l'argument d'un chapitre, comme nous en trouvons par là 



suite. 



104 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

d'abord eu deux natures, de sorte qu'ils appellent Tune : homme, et l'autre : Dieu. 
Mais, ceux aussi qui le partagent en deux natures, et attribuent l'une à Dieu le 
Verbe et l'autre à l'homme^ doivent nécessairement dire celui-ci Fils de l'homme 
et celui-là Fils de Dieu, et déchirer ainsi notre Seigneur le Christ en deux Fils. — 
Mais, comme l'Ecriture proclame un seul Fils, ils évitent ce mot de « deux », bien 
qu'en réalité ils honorent la dualité des Fils. 

Qu'aucune nature universelle n'existe en dehors des (individus), tandis qu'un 
individu peut exister en dehors de quelque chose d'universel; et que la composition 
se fait dans les êtres qui existent individuellement : contre ceux qui se justifient de 
dire que « le Christ a deux natures ou est en deux natures : la nature divine simple- 
ment et la nature humaine », parce que « le nom de nature s'emploie seulement de 
l'universel; et le particulier, c'est-h dire l'atome ou individu, est appelé hypostase et 
non nature » ; ce qui est une insanité *. — H y a, en effet, une différence entre la nature 
universelle et les natures particulières, de même qu'entre la blancheur universelle 
et les blancheurs particulières : celle de la neige, celle de la céruse^; entre l'huma- 
nité' et chacun des hommes individuels : Pierre ou Paul, par exemple. — Si ces 
natures individuelles n'existaient pas, rien d'universel ne pourrait exister : car c'est 
l'abstraction du tout. — Si donc il y a une nature universelle : de l'homme, par 
exemple, ou du bœuf, à plus forte raison il y a des natures individuelles qui sont des 
hommes ou des bœufs, dont chacun est, et est appelé, « nature »; chacun, en effet, 
reçoit la définition de sa nature; ainsi, Pierre est un animal raisonnable mortel. 
On peut donc trouver un atome, c'est-à-dire un individu, en dehors de quelque chose 
d'universel, par exemple l'unique soleil, l'unique lune, sans qu'il y ait le soleil 
universel ou la lune (universelle). Et même lorsqu'Adam était seul et que la femme 
n'existait pas encore, l'homme existait^ la nature humaine existait, et cette nature 
humaine subsistait en lui : il était, en effet, un animal raisonnable mortel. Mais la 
nature universelle, comme l'homme, le cheval^ la blancheur, la faiblesse* ne peut 
exister alors qu'il n'y a pas individuellement des hommes, des chevaux, des blan- 
cheurs, des faiblesses. Or, le composé n'est pas formé de ces natures universelles, 
mais des natures individuelles. — Si donc deux natures sont unies dans le Christ 
notre Seigneur, nécessairement elles sont particulières et non universelles. En effet, 
aucun universel ne peut entrer en composition_, car il n'a pas même d'existence propre. 
— S'il en est ainsi, une nature composée résulte toujours nécessairement de l'union 
de deux natures. Or, puisque l'union n'est pas simplement nominale, car elle est 
individuelle et ne peut s'appliquer à quelque autre : Jésus-Christ est donc un. 

Chapitre V. Que ceux qui définissent qu'il y a « deux natures dans le Christ 
après Funion », établissent que cette union a été personnelle, c'est-à-dire morale ^ — 



1. Cf. noie précédente. — 2, Lire : ^li«iû.Ai9, 4;t[jLy9!ov. — 3. Ms. : a l'homme universel, » — 4. Sic 
ms.; peut-être à corriger : |LûXm « la douceur » (saveur). ■ — 5. Litt. : d'affinité, d'association. 



LIVRE VIII. GHAP. XIII 105 

Si en effet, après Funîon de deux natures telle qu'ils l'entendent, rien n'est 
amoindri dans la dualité, les natures persistent; on leur attribue donc une union seu- 
lement nominale et non réelle, [227] puisque ces natures ne sont pas réunies en une 
seule. — De là, ce que quelques-uns disent en leur faveur n'est pas non plus vrai (à 
savoir) : que tout en déclarant spéculativement que le Christ a deux natures ou qu'il 
est connu en deux natures, ils ont confessé que celui qui est formé par l'union de ces 
deux natures est un, lorsqu'ils disent* : « Le propre de chacune des deux natures per- 
sévérant, elles concourent h former ensemble l'unique personne et l'unique hypos- 
tase. » — Et en effet, tous les partisans de Nestorius disaient aussi qu'il y a une seule 
personne de la divinité du Christ et de son humanité. — Theodorus ne refuse pas(?)'^ 
d'admettre dans la dualité des natures cette unité de .personne. — Si donc le Christ 
a deux natures, elles sont subsistantes', car il n'y a pas d'union de non-subsistants. 
On ne peut, en effet, trouver une nature non-subsistante, si ce n'est dans une 
définition verbale, en la saisissant par la seule pensée. — Donc, chacune de ces 
deux natures existe nécessairement avec sa propre hypostase, leur union est pure- 
ment nominale, et l'unique personne de ces deux natures signifie seulement leur 
affinité et rien autre chose. 

S'ils ont dit « une hypostase » dans le sens de « un seul homme », Paul, par exemple, 
ou Pierre, et s'ils veulent que celle-ci soit simple, de toute façon elle sera ou seulement 
Dieu ou seulement homme. Or, le Christ n'est ni seulement Dieu, ni seulement 
homme. Mais, comme il subsiste composé en même temps de la divinité et de l'hum^i- 
nité, il est nécessairement Ihypostase d'une nature composée. Toute hypostase est, en 
effet, l'essence de quelque chose. — Donc, le Christ a une nature composée après 
l'union. 

S'il y a deux natures après l'union, comment n'y a-t-il qu'une seule personne de 
de ces deux natures, sinon dans le sens des Nestoriens qui appellent l'affinité entre 
les deux et la participation de la dignité une seule personne ? 

Donc, il ont forcément pris « l'unique hypostase >) comme ayant la valeur de « per- 
sonne* ». — Ceci est démontré de là*. 

Chapitre VI du tome III. Que ceux de Chalcédoine ont pris a une hypostase » dans 
le sens de « une personne » signifiant différentes hypostases. — Jean d'Egées, qui 
était zélé pour l'opinion de Nestorius % accuse ceux de Chalcédoine d'avoir défini des 
choses contradictoires, à savoir : « deux natures » et « une seule hypostase » du Christ. 
Il écrit ces choses comme par opposition à leur définition : « Mais, disent-ils, nous 
évitons de dire deux hypostases pour ne pas être contraints de dire deux personnes 
ou deux fils. — Cette crainte est superflue et cette explication ridicule. En effet. 



1. Cf. Lettre de S. Léon, ch. 3. — 2. Lire : |.ajûc>o U (?). — 3. I^q-û'*, comme à la ligne suiv. — 
4. Dans le sens nestorien, c'est-à-dire de personne morale. — 5. Parles arguments qui vont suivre. 
— 6. Cf. Photius, Bibl., § 55. {Patr. Gr., t. XCVII). 

IL 14 



106 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

si en confessant deux hypostases on introduit la dualité des fils, les deux (natures) 
que vous proclamez engendrent nécessairement le même nombre de fils. » 

Theodoretus fait l'apologie de ceux-ci ' : « Ceux qui se réunirent h Chalcédoine 
prennent ce nom d'hypostase, dit-il, au lieu de « personne » dans le sens de proximité 
mutuelle. En effet, « hypostase « s'emploie parfois aussi de plusieurs individus, qui 
forment ensemble une seule collectivité. » Et il apporte plusieurs témoignages^ ; du 
Deutéronome : « Comment puis-je supporter seul votre hypostase », c'est-à-dire votre 
tumulte et votre assemblée ; de Job : « En regardant, les justes ont ri, et l'innocent 
s'est moqué d'eux; leur hypostase », c'est-à-dire leur multitude, « n'a-t-elle pas été 
détruite, et le feu n'a-t-il pas dévoré le reste d'entre eux? »*, de la IP épître aux Co- 
rinthiens : « Rougirons-nous, pour ne pas dire vous, dans cette hypostase de glorifi- 
cation ? » c'est-à-dire notre multiple glorification à cause de vous. On cite à propos 
cette parole : « Jonathan envahit Vhypostase des Philistins », c'est-à-dire leur' mul- 
titude et leur assemblée. » 

Donc, il est manifeste que ceux qui- disent qu'il y a deux natures dans le Christ 
après l'union, prennent « une hypostase » et « une personne », dans le sens qui a été 
dit, c'est-à-dire pour la collection multiple d'individus, comme Theodoretus^ qui fut 
l'un d'entre eux, et [228] qui exprime leur sentiment, puisque lui-même fit exécuter* 
secrètement la plupart des choses qui se firent là^, par ceux qui avaient les mêmes 
opinions que lui. — S'ils avaient pensé, en effet, que l'union était véritable, c'est-à-dire 
consistait dans la composition des deux natures, telle que celle de l'âme et du corps, 
ils n'auraient pas évité de dire « une nature composée » du Christ. Ils disaient : 
« une hypostase », Mais, ne savaient-ils pas que ce mot est applicable, d'après les 
divines Ecritures, à plusieurs individus, puis qu'il signifie la collection de plusieurs 
hypostases* et l'assemblée même de plusieurs ? — S'ils pensaient, conformément au 
sentiment des Pères de l'Eglise, que, surtout dans le Christ, nature et hypostase 
signifient la même chose, en disant une hypostase du Christ, ils devaient aussi dire 
qu'une est sa nature. Si nous proclamons qu'il a deux natures, nécessairement nous 
annonçons qu'il a [deux] hypostases. — Mais, si hypostase ne signifie pas la nature 
même, mais bien, comme le rapporte Theodoretus, une collection d'hypostases for- 
mée de plusieurs individus, comment n'est-il pas évident que ceux de Chalcédoine, 
de même que Nestorius, confessent deux hypostases du Christ en même temps que 
deux natures ? 

Chapitre VU. Que si on emploie « hypostase » dans le sens « d'individu », il est de 
toute nécessité d'attribuer aussi la nature à celui qui a l'hypostase ; et que « hypostase » 

1. D'après ce qui est dit plus bas (p. 118, 1. 34), le passage serait tiré d'un ouvrage (incoaau) 
contre Jean d'Égées ; il est très probablement apocryphe. — 2. Pour le sens véritable du mot 
ûuoaTaffu dans les passages cités ici, comp. le texte des LXX; respect. : Deut., r, 12; Job, xxii, 20; 
II Cor., IX, 4; I Reg., xiv, 4. — 3. Lire : spcn^i. — 4. Lire : «ài,^. — 5, A Chalcédoine. — 6. 
Lire ; lioajû; cf. texte, même col. 1. 34. 



LIVRE YIII. CHAP. XIIT 107 

ne signifie pas autre chose qu'une essence quelconque. — Si hypostase ne signifie pas la 
pluralité des individus, mais bien un seul individu, « nature » signifie absolument la 
même chose que « hypostase », ou autre chose. Si elle signifie la même chose, puisque 
l'hypostase du Christ est seulement une par le nombre, il faut que sa nature soit aussi 
unique : s'il y a deux natures, il y a nécessairement deux hypostases. Ainsi, « homme » 
ou « mortel* » signifiant la même chose, l'homme étant un (être) né de la femme pour 
vivre peu de temps ^, si l'homme dont nous parlons est seulement un par le nombre, il 
y a aussi un mortel et non pas deux. Il en est de même du glaive et de l'épée, de la 
paume et de la main, et de tous les objets à double nom. — Si donc on confesse que 
l'hypostase du Christ est une par le nombre, de toute nécessité on doit confesser que 
sa nature est une. 

S'ils disent que l'hypostase signifie autre chose et la nature autre chose, qu'ils di- 
sent d'abord ce que signifie hypostase en dehors de l'essence soit de l'homme, soit de 
Dieu, soit de quelque autre des choses qui existent. Car l'essence ne peut exister sépa- 
rément en dehors de la nature de quelque chose. L'hypostase est l'essence d'une 
nature individuelle. 

Les énumérations se font d'après les genres ou les espèces. Il n'y a rien qui appa- 
raisse en propre dans l'hypostase. Elle subsiste seulement dans la pensée. Elle con- 
sidère, réunie dans un seul concept, la forme qui est dans chacun (des individus)'. Il 
est donc impossible qu'il y ait « une » essence, c'est-à-dire une hypostase, pour 
« deux » natures séparées qui n'ont pas concouru à former ensemble un seul composé. 

Chapitre VIII. Qu'aucun composé ne s'écarte du genre des simples dont il 
est la composition; et qu'à cause de cela, quand les natures entrent en composition, 
elles forment une nature composée. — S'ils veulent que l'hypostase ne signifie pas 
seulement l'essence, mais quelque chose autre que la nature, qu'ils disent (d'abord), 
comme j'ai dit, ce que c'est, et ensuite, comment de deux natures unies ne résulte 
pas une nature composée mais une hypostase; car il est absolument impossible, lors- 
que deux natures s'unissent, que ce qui est formé d'elles ne soit pas une nature com- 
posée, mais bien quelque chose en dehors de cela. En effet, tout composé de quelque 
chose ne sort pas du genre des choses dont il est la composition, pour passer à un 
autre ; de sorte que, si des substances entrent en composition ce qui en résulte est 
une substance composée, et non une quantité ou une qualité. Lorsque les quatre 
corps : le feu, l'eau, l'air, la terre, sont entrés en composition, ils ont formé un corps 
composé : l'animal vivant, la plante, la pierre, et le reste des composés, car la compo- 
sition des corps ne les change pas en incorporels. — [229] De même, si des qua- 
lités, qui sont incorporelles, sont mélangées dans quelque sujet*, par exemple : la 
blancheur ou la noirceur, elles ne forment pas d'elles-mêmes un corps^ car il leur était 



1. Strictement : « corruptible », acpôapToç. — 2. Cf. Job, xiv, 1. — 3. La construction est un peu 
obscure; peut-être y a-t-il une lacune d'une ligne dans le texte (?). — 4. Suppositum, suhstratum. 



108 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

déjà sousjacent, mais seulement une couleur composée, pourpre ou autre. — Il en est 
de même des sucs : l'amer et le doux, ou l'acide et le salé, ou quelque autre ; le 
mélange de ceux-ci donne un suc composé. — Si deux nombres entrent en composi- 
tion, six et quatre (par exemple), on obtient le nombre dix; trois grandeurs mathé- 
matiques entrant en composition forment un triangle mathématique, qui est lui- 
même une grandeur et non une nature. Les mots réunis forment un mot composé 
d'éléments*, c'est-à-dire de signes syllabiques, de ceux-ci (est formée) une expres- 
sion' et de celles-ci un discours. 

Nous ne disons pas que le composé est tel que sont les choses dont il est composé, 
dans une espèce voisine de la leur : car le composé est nécessairement autre que les 
simples ; mais (nous disons) que le composé n'est pas hors du genre auquel apparte- 
naient ces simples, soit que les éléments combinés fussent des substances, soit 
qu'ils fussent des qualités ou des quantités ou quelqu'autrc (accident). Le discours 
n'est pas l'expression, ni l'expression la syllabe, ni la syllabe la lettre, bien qu'il y 
ait une certaine coïncidence ' ; mais cependant, toutes ces choses sont des mots, 
les uns simples, les autres composés. Des nombres [est formé un nombre], des 
corps simples (est formé) un corps composé ; les qualités qui entrent en composition 
produisent [des qualités]. Et ces éléments simples : l'âme et le corps, unis ensemble 
ne forment-t-ils pas un corps animé? On peut dire simplement une fois que cela est 
vrai de toutes choses. 

Nous avons montré clairement ailleurs que ce n'est pas la matière première incor- 
porelle, mais la matière à trois dimensions qui est le substratum de tout. Donc, ce qui 
est composé de cette matièreà troisdimensions et d'une forme quelconque, commecelle 
du feu, est un corps spécifique : il tient cela du substratum, ceci de la forme. — II 
faut conclure la même chose à propos de Notre-Seigneur Jésus. Si, en effet, deux na- 
tures sont entrées en composition et se sont unies pour former son être, il est de toute 
nécessité que le composé formé d'elles ne soit pas autre chose qu'une nature composée. 
Car : ou bien elles n'ont pas été complètement composées dans ce qui fait qu'elles sont 
natures, et alors ce qui résulte d'elles, n'est pas un être unique et individuel, comme 
est Notre-Seigneur le Christ; ou bien, si elles sont simultanément devenues « un », 
cet « un » n'est autre chose qu'une nature composée, de même que ce qui résulte du 
corps et de l'âme est une nature animée. 

Ceux donc qui nient que le Christ ait une nature composée rejettent aussi l'union 
des deux natures et nient que le Christ Notre-Seigneur soit en même temps Dieu et 
homme. — Comment le même serait-il Dieu et homme, quand Dieu est à part, ayant 
une hypostase propre, et quand l'homme est à part avec son hypostase spéciale : ils ne 
sont un que par la seule affinité d'affection. 

C'est pourquoi les Nestoriens sont conséquents avec eux-mêmes quand ils nient 



1. (TTOtX^ÎOt. 2. Xl|tÇ, 3. (TUfJWITWfftÇ. 



LIVRE VIII. GHAP. XIII 109 

l'union hypostatique des natures, et disent qu'il y a non seulement deux natures, c'est- 
à-dire la divine et l'humaine, mais aussi conséquemment leurs deux hypostases. Ils 
confessent,, en effet, une union de dignité et de nom seulement. En conséquence, ils 
doivent dire qu'après une semblable union d'affinité ou de volonté les natures ou les 
hypostases sont deux et que le Christ est connu en ces deux; car toute affinité appa- 
raît au moins entre deux. Comment disent-ils cela et en quel sens? Comment le men- 
songe est-il confondu? Nous l'avons montré dans notre second Traité contre eux. 

Donc, qu'il y ait deux natures dans le Christ et qu'il existe en deux natures après 
l'union, c'est l'opinion et de Theodorus, [230] et deNestorius, et de ceux qui pensent 
comme eux, que le synode de Chalcédoine a aussi suivis. Cela est évident, en effet, 
d'après les choses précédemment établies. 

Nous avons démontré plusieurs fois, en effet, que ce qu'on appelle hypostase ne dif- 
fère en rien de la nature de chaque individu, de Pierre, par exemple, ou de Paul. 
C'est pourquoi les Péripathéticiens Pappellent essence première et indivisible, et les 
docteurs de PEglise prennent très souvent nature ou hypostase comme signifiant la 
même chose . — Paulus de Samosate fut déposé ' parce qu'il disait qu'il y a deux hypos- 
tases dans le Christ. Ceux qui pensent comme Nestorius partagent avec lui une telle 
opinion. Et comment ne (la partageraient) pas nécessairement ceux qui, disant que 
Notre-Seigneur a deux natures après l'union, ne disent pas autre chose si ce n'est 
qu'il a deux hypostases? 

Nous avons claireinent montré' que Paulus de Samosate proclamait deux hypostases 
et qu'il fut déposé (pour cela), dans notre réfutation de Nestorius et surtout dans la se- 
conde. Ceux qui le veulent peuvent les trouver. — Nous avons placé (ici) ces quelques 
passsages choisis entre un grand nombre, empruntés à la troupe des hérétiques, pour 
démontrer, comme je l'ai dit, que : « dire que Notre-Seigneur le Christ doit être 
connu et existe en deux natures », et « qu'il y a deux natures après Punion », fut le 
souci des hérétiques précités; et qu'il ne suffit pas pour la manifestation de l'ortho- 
doxie qu'ils expliquent ces mots dans un sens unitif, en disant uu Christ, un Fils ou 
un Seigneur, puisqu'ils nomment la seule affinité ou adhésion' de Dieu et de l'homme 
(né) de Marie : un Christ, un Fils, et un Seigneur. 

Le V Concile, qui se réunit à Constantinople, dans le neuvième des anathèmes*, 
a rejeté cette expression « en deux », lorsqu'il dit : « Si quelqu'un dit que le Christ 
doit être adoré en deux, introduisant par là deux adorations, pour Dieu séparément 
et pour l'homme séparément ». Si donc en disant que le Christ Notre-Seigneur 
doit être adoré en deux natures, on introduit deux adorations : de Dieu spéciale- 
ment et de l'homme spécialement, comme lenseigne l'anathème, ceux qui disent que 
Notre-Seigneur est en deux natures, disent que chacune existe en elle-même et 



J, ^i*^*U^û = xaGaipsÔrivat." — 2. Lire : ^o^. — 3. (Tuva<M|a. — 4. Cf. ci-dessous, p. 119. 



110 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

l'adorent séparément; et ils tombent sous l'anathème précité. Donc, on les blâme 
avec raison^ car ils s'associent à ceux qui se sont jetés sous l'anathème pour ne pas 
perdre leurs sièges. 

Chapitre onzième. Qu'il n'y a pas une seule nature de la divinité et de l'humanité, 
mais qu'il y a une seule nature ou hypostase du Christ composé, chacune des deux 
demeurant inconfuse, comme le montre bieil le reste de l'anathème*. — Aussi, nous 
ne disons pas qu'il y a une nature ou une hypostase de la divinité et de l'humanité, 
mais bien du Christ composé; car nous confessons et nous adorons [le Christ en 
une seule nature] ou hypostase, en tant que composé. Nous n'admettons point la des- 
truction de l'une, ni la confusion [ou le mélange]* des deux. Nous avons blâmé cela 
bien souvent; car nous considérons comme tout à fait ridicule cette opinion de quel- 
ques-uns, que peut-être il y a eu quelque conversion ou confusion dans cette union, 
alors que cela n'a pas même lieu dans les autres composés, si ce n'est toutefois dans 
le mélange des qualités contraires, comme nous l'avons montré dans le Aw.TY]xr,';, à 
cause qu'elles se contrarient mutuellement et que l'une est détruite par l'autre. Chez 
l'homme, au contraire, et chez Notre-Seigneur le Christ, ce qui est moindre est 
conservé par ce qui est plus grand : le corps par l'âme, ce qui est humain par la divi- 
nité du Christ. — Il est donc évident, d'après cela, que nous ne disons pas une na- 
ture selon l'affection pour la chair, ni selon la confusion de l'humanité et de la divi- 
nité du Christ; mais parce que nous croyons que le Verbe de Dieu s'est incarné, de 
telle sorte qu'il y a eu union de la nature divine et de l'humanité. Or, l'union, si elle 
a lieu réellement, réunit nécessairement en une les choses qui sont unies. [231] C'est 
cela, et non autre chose, qu'exprime cette sentence de saint Athanasius et de Cyrillus : 
« Une est la nature incarnée de Dieu le Verbe ». — En effet, la nature ou hypostase 
de l'homme est aussi un composé formé de l'âme et du corps ; cependant aucun des 
deux n'est changé en l'autre dans la composition, pas plus que dans le Christ sa di- 
vinité et l'humanité. 

Du chapitre XV. Que la lettre des Orientaux n'implique pas que le Christ soit 
« en deux natures », ou « de deux natures ». De plus, il nous reste à faire remar- 
quer à son sujet qu'elle a été discutée et expliquée depuis longtemps et que pas le 
moindre (doute) ne surnage maintenant. — « Saint Cyrillus, disent-ils, a accepté 
comme orthodoxe la Lettre des Orientaux dans laquelle sont écrites ces choses' : 
« Nous savons que les théologiens prennent les paroles évangéliques et apostoliques 
concernant Notre-Seigneur les unes communément, comme concernant, une seule 
personne, les autres séparément, comme concernant les deux natures. Ils appli- 
quent les (expressions) glorieuses, qui conviennent à Dieu, à sa divinité, et les viles à 



1. Cf. ci-dessous, p. 119, — 2. Lacune de deux ou trois mots. L'auteur voudrait montrer que les 
monophysites ne sont pas atteints par le 9^ can. du concile de Cple. — 3. Lettre à Jean d'Antioche ; 
Patr. Gr., LXXVII, 177 ; Mansi, V, 29^ 



LIVRE VIII. GHAP. XIII 111 

son humanité. » — « Cyrillus, disent-ils, ne* craint donc pas de dire deux natures : ce 
que le synode de Chalcédoine a aussi dit. » Il faut que nous donnions aussi la solution 
de cela (et que nous montrions) que le sens de ceux-là, n'est pas le même que le 
sens de ceux de Chalcédoine. — Les choses qui concernent le Seigneur pouvant s'en- 
tendre de trois manières, sont exprimées par trois expressions dans l'Ecriture et 
surtout dans l'Evangile. Les unes sont significatives de sa divinité, par exemple 
celle-ci * : « Au commencement était le Verbe, etc. » ; et celle-ci ' : « Moi et mon Père, 
nous sommes un, et celui qui me voit voit le Père », et les autres semblables. 
D'autres sont significatives de son humanité_, comme celle-ci* : « Pourquoi voulez- 
vous me tuer, moi, le Fils de l'homme qui ai dit la vérité » ; et' : « Livre de la généa- 
logie de Jésus-Christ » ; et* : « Il a été conduit comme une brebis à l'abattoir » et 
« il s'est fatigué, il s'est reposé, il a eu faim ». D'autres (marquent) l'union qui s'est 
accomplie de la divinité et de l'humanité, comme celle-ci^ : « Le Verbe s'est fait chair 
et a habité parmi nous; et nous avons vu sa gloire, comme la gloire [du Fils unique] » ; 
et* : « desquels est apparu le Christ dans la chair » ; et ' : « Alors qu'il était la res- 
semblance de Dieu, il ne considéra pas comme une usurpation de se faire l'égal de 
Dieu, et il fut trouvé dans sa forme comme un homme » ; et beaucoup d'autres paroles 
semblables qui sont employées de Dieu fait ho/mme. — La lettre des Orientaux exprime 
cette distribution des mots relatifs au Christ. Je pense, en efFet, que le Saint-Esprit 
a voulu signifier (quelque chose) par la différence des mots^ (à savoir) : par ceux qui 
sont employés communément, que le Christ est un composé de deux natures, de la 
divinité et de l'humanité ; et, par les mots signifiant spécialement chacune en parti- 
culier des natures dont est formé le composé, que la propriété caractéristique'" de 
chacune de ces natures persiste sans confusion dans le composé. Nous trouvons en 
chacun de nous cette triple partition et distinction de tout composé de deux (natures). 
Parfois nous sommes désignés d'après le corps, par exemple quand quelqu'un est 
dépeint d'après ses propriétés corporelles, (si on dit) qu'il est court, ou qu'il est noir, 
ou qu'il a un nez aquilin, ou qu'il est de telle nation ; parfois on le fait connaître 
parles qualités de Pâme, par exemple (en disant) qu'il est sage, intelligent, savant, 
consciencieux, etc. ; et parfois par le mélange des deux, par exemple (en disant) 
que Thomme est un animal doué de raison, ou qu'il est pieux, ou qu'il est gram- 
mairien, ou toute autre chose semblable qui signifie l'animal composé, — Et c'est ce 
qu'ont fait et écrit h l'égard de Notre-Seigneur,ces théologiens évoques de l'Orient ; 
mais ils n'ont pas [écrit] que le Christ est connu en deux natures ni que le Christ 
a deux natures; car cela n'est pas significatif de chacune des deux natures qui ont 
concouru à l'union, mais destructif de l'union. En effet, ce « deux » est contradic- 
toire de l'union, et du « un » qui en résulte. 



1. Lire : |»l H. — 2. Joh., i, 1 . — 3. Joh., x, 30. — i. Joh., vnr, 40, — 5, Matt,, i, 1. — 6. 
Act.^ vin, 32.— 7. Joh., r, 14. — 8. Rom., ix, 5. — 9. Philip., ii, 6. — 10, Lire : |û*Aiiû*io. 



112 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Cette lettre des Orientaux montre aussi que la signification de cet « un », indique 
la propriété naturelle de chacune des deux (natures) qui ont été unies. Cependant, 
quoique Cyrillus blâmât cette parole en disant : « Ceux qui ont prononcé cette expres- 
sion [232] ou cette phrase l'ont inventée », de peur que la division et le trouble ne 
s'emparât de tout le corps de l'Église, il agit pour le moment économiquement et 
remédia à ce qui avait été dit en ajoutant* : « desquelles est résultée, disons-nous, 
cette union ineffable ». Il ne dit pas que l'union ineffable a eu lieu xarà duo çujsiç, mais 
£/, §uo «pùaewv; elles Orientaux acceptèrent cela, bien qu'ils l'aient rejeté à Chalcédoine. 
Il est dit aussi dans la seconde lettre du synode : « le Fils unique de Dieu n'a 
pas souffert dans sa nature, par laquelle il est connu comme Dieu, mais dans la 
nature terrestre. » Qu'ils ne prennent pas de là (l'occasion) de parler de « natures » ; 
mais qu'ils sachent qu'ils ne nous effrayent pas en nous objectant ces natures ou ce 
nom au pluriel. Il est multiple dans un certain sens^ et il est nécessairement employé 
par ceux qui ont des opinions orthodoxes quand nous devons considérer d'où vient 
la composition. Nous disons donc qu'il y a eu union de deux natures, et que le Christ 
est composé èx §ùo çuaswv. <c II y a deux natures : Dieu et l'homme », dit saint Grego- 
rius* ; autre et autre en effet, sont les choses dont est formé le Sauveur; le Christ est 
égal par l'essence au Père dans la divinité, et, le même est égal à nous par l'huma- 
nité. Essence et nature signifient la même chose dans les expressions qui concernent 
le Christ. Cela n'a rien d'inconvenant et peut se dire correctement en parlant de l'In- 
carnation du Christ Notre-Seigneur. Mais [on ne peut dire] qu'il est « de deux natures » 
ou « en deux natures » après [l'union], tout en étant en une seule hypostase. [Les 
Pères] ont, en effet, rejeté cela. 

Dans chacun des êtres qui existent, soit simple soit composé, la nature de chacun 
des éléments est une, et celle de chacun des composés de ces éléments est aussi une ^ ; 
par exemple: celle de l'or, de l'argent, du bronze, du verre; et chez les êtres animés, 
celle de la chair, des os, des nerfs, des veines, de l'âme, et celle de l'animal qui est 
composé de tous ces éléments, ou celle de la plante ou celle du zoophyte composé de 
quelques-uns, (combinés) avec la forme spécifique, par exemple : de l'homme, du bœuf, 
du figuier^ de l'olivier. — Dans le texte proposé on ne parle pas de la nature du Christ 
en tant que le Christ est terrestre, ou divin ; mais, quand on dit que le Fils unique 
n'a pas souffert dans sa nature propre, il faut ajouter : en tant qu'il est considéré 
comme Dieu, et non pas en tant qu'il est considéré comme Christ, car la nature 
d'après laquelle il est considéré comme Dieu, n'est pas celle du Christ, bien qu'il soit 
aussi Dieu. 

Chacune des deux * est donc simultanément une partie complémentaire de la 



1. Lettre à Jeaa d'Antioche; cf.' p. 110, n. 3. — 2. Pair. Gr., XXXVII, 179 ; Mans!, VII, 468. — 
3. C.-à-d. « uaique ». — 4. Le texte a ici le féminin. « Chacune de ces deux choses » ; mais peut-être 
simplement par le fait d'une traduction trop servile du grec : Ixatépa (tpya-.ç). 



LIVRE VIII. CHAP. XIII 113 

nature composée du Christ; car le Christ n'est pas l'une de ces natures isolément, mais 
ce qui résulte des deux. Les natures du Christ ne peuvent pas non plus être toutes les 
deux ensemble sans concourir à former simultanément quelque chose d'unique. Une, 
en effet, est la nature de tout être soit simple soit composé. De même, donc, que si 
l'on dit : Je souffre de la cuisse, j'éprouve de la douleur à la main, je suis malade du 
corps, je suis affligé de l'âme, rien de cela n'est isolément la nature de l'homme 
composé, mais une certaine partie des choses dont il est constitué ; de même relati- 
vement au Christ Notre -Seigneur_, si quelqu'un dit qu'il est impassible dans la divinité, 
et passible dans l'humanité, ou pareillement : qu'il est impassible dans la nature 
de la divinité et passible dans la nature de l'humanité, il ne dit pas pour cela que 
Tune des natures du Christ existe isolément; mais, comme il arrive pour tout ce qui 
est composé de deux choses, il marque les parties dont il est composé. — Ainsi, 
nous ne disons pas non plus que l'homme est une nature incorporelle h cause de 
l'âme, ni simplement qu'il est corporel, h cause du corps, car l'homme n'est ni l'une 
ni l'autre de ces choses séparément, mais bien ce qui résulte des deux ; de même, la 
divinité simplement n'est pas la nature du Chri&t composé, l'humanité simplement 
et isolément ne l'est pas non plus, mais celle qui est composée des deux est la nature 
du Christ. 

Donc, celui qui dit que le Christ a souffert dans sa nature terrestre, ou qu'il est 
demeuré impassible dans sa nature (divine), ne dit pas que le Christ a deux natures, 
mais qu'il a souffert, dans cette partie de lui-même, et n'a pas souffert dans cette 
autre. — De là on ne doit donc pas non plus conclure que Cyrillus dit qu'il y a deux 
natures dans le Christ : ce qu'il a refusé maintes fois de dire. 

[233] Chapitre XVII. Que ce témoignage d'Ambrosius : « unus tantum ex utroque 
fatur » n'est pas la même chose que ceci : « le Christ est en deux natures. » — C'est 
en vain qu'ils allèguent comme étant d'accord avec eux le passage de saint Ambrosius, 
tiré du //'^ Livj^e à Gratien, qui est ainsi conçu* : « Gardons la distinction de la chair 
et de la divinité. En effet, un seul Fils de Dieu parle in utroque^ parce que chacune 
des deux natures' est en lui. Bien que ce soit le même qui parle, [il ne parle pas] 
cependant toujours \uno modo] *. Considère en lui tantôt la gloire de Dieu, tantôt les 
souffrances de l'homme. [Il dit comme Dieu] les choses divines, parce qu'il est le 
Verbe; et comme homme il dit les choses humaines, [parce] qu'il parlait dans 
cette nature ». — Voici donc, disent-ils, l'unique Fils de Dieu, Notre-Seigneur le 
Christ, qui parle in utrogue; et ils supposent que cela est la* même chose que ceci : 
« le Christ est, ou est connu en deux natures » ; ce qui n'est pas, comme" cité 



1. Patr. Lai., XVI, 576; en grec dans Mansi, VI, 966, — 2. eîç Iv Ixatlpa) XaXst o xoO ©eoO u!(5ç. 
Sur cette leçon (IxaTÉpw et non êxaxlpa), cf. Patr. lat., loc. cit., note d. — 3. Ixaxlpaçyfftç. —4. La- 
cune à compléter ainsi d'après le grec (Ivc Tpôîrw), et la répétition de la phrase plus bas. — 5. Lacune 
de deux ou trois mots, probablement : « comme [on le voit par l'examen du passage] cité ». 
H. 15 



114 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

maintenant et dans un autre livre. In utroque^ au genre masculin, est en relation 
avec ce qui vient après quand il est dit : « Bien que ce soit le même qui parle, il ne 
parle pas cependant toujours uno modo* »; de sorte que ce qui précède [doit s'en- 
tendre] ainsi : « Car un seul Fils de Dieu parle in utroque [modo] »; mais pour eux, 
in utroque* doit être au féminin et s'entendre ainsi : « Car un seul Fils de Dieu parle 
in utraque » ; dans la chair évidemment et dans la divinité, dont il prescrit de garder 
les distinctions. « Gardons, dit-il, la distinction de la chair et de la divinité. » — 
Lequel pensent-ils donc qu'il ait appelé Fils de Dieu? Serait-ce le Verbe de Dieu, 
simple et non composé, qu'ils considèrent séparément comme le Fils de Dieu? Mais 
en parlant dans sa divinité : il parle en lui-même, et nous devons répartir l'unique en 
deux ; car personne ne dira que l'âme parle en elle-même ; en effet, ce qui est dans 
quelque chose, est autre dans un autre. — Si c'est le Christ composé de la divinité 
et de l'humanité qu'il appelle Fils de Dieu, parce qu'il est Dieu et homme en même 
temps, qui parle tout entier dans la chair et pareillement dans la divinité, alors cette 
parole tombera doublement dans l'insanité. En effet, si le Christ parle dans la chair 
quand il dit les choses humaines et dans la divinité quand il dit les choses divines, 
quand il dit les choses humaines en tant qu'homme il parle donc en lui-même, et 
pareillement quand il dit les choses divines en tant que Dieu ; ce qui redouble la stu- 
pidité. Car il ne dit pas comme Dieu, dans l'homme, les choses divines, ni comme 
homme, dans la divinité, les choses humaines 3. Il serait encore plus absurde que ce 
qui précède (de prétendre) qu'il dit les choses de Dieu dans la nature humaine et les 
choses de l'homme dans la nature divine, de manière à attribuer réciproquement les 
choses divines à la nature humaine et les choses humaines à la divinité. — Mais le 
Père n'a pas permis que nous fussions entraînés dans une opinion étrangère à sa 
pensée : il explique ce qu'il a dit, en ajoutant : « parce que chacune des deux natures 
est en lui » ; mais il n'est pas en chacune des deux natures, comme l'ont dit ceux 
de Chalcédoine. Ceci, en effet, suppose deux natures et deux Christ : celui qui est 
dans la nature divine d'une part, et celui qui est dans la nature humaine ; mais cela : 
« chacune des deux natures est dans le Christ », indique que l'unique et même 
(Christ) participe aux deux natures, étant en même temps Dieu et homme. Dans tout 
composé, en effet, on peut considérer les éléments dont il y a eu composition, soit 
qu'ils demeurent purs soit qu'ils soient confondus, par exemple l'âme et le corps dans 
l'homme, la chaleur, l'aridité, la légèreté dans le feu, l'aridité, le froid, la pesanteur 
dans la terre ; soit qu'ils soient mélangés, comme dans tous les composés qui sont 
formés d éléments, où les éléments sont eux-mêmes mélangés : le chaud et le froid, 



1; L'argamentation n'a pas de sens en syriaque; car dans cette langue U*^ (çy^'î) est masculin 
aussi bien que \>] (= -rpéTto;). ^ 2. Restituer ainsi le passage : ^^a» lov^» Ip ;.vs^ ,- : wjuowLL U^oi 
. is;*.,o : t^Uj(Voûj [^©v*;i] ^ j*. ^^Aa» -m ^©J^ ;o;a . '^vao CLj| ^©vôL ^ ,*.. — 3. Ms. : 
« divines », 



LIVRE VllI. GHAP. XIII 115 

le sec et l'humide, et dans tous les objets artificiels ; dans le vêtement formé de 
laine et de lin : chacune de [234] ces deux matières, dans les bâtisses : les pierres, 
les briques, le bois et les autres matières dont elles sont formées, dans l'œnomel : 
cette qualité qui résulte du vin et du miel, apparaissent mélangées. — Donc ceci : 
« il parle en chacun des deux » doit s'entendre « selon chacun* des deux » : il parle 
comme Dieu aussi bien qu'il parle comme homme. De sorte qu'on ne doit pas dire 
qu'un autre parle dans l'autre, ni introduire en troisième lieu le Christ qui parle 
avec les deux dans lesquels il parle. Car quiconque est en quelque chose est autre 
que la chose en laquelle il est dit se trouver. Mais puisque le Christ est un, étant 
à la fois Dieu et homme, d'après les éléments dont il est composé, (Ambrosius) en 
disant in utroque n'a donc pas voulu dire autre chose si ce n'est que le Christ parle 
selon chacun des deux, tantôt comme Dieu^ tantôt comme homme. — Ils ne peuvent 
donc pas appuyer leurs sottes hypothèses par ce témoignage d'Ambrosius. 

Pour prouver qu'il y a deux natures dans le Christ, ils apportent le témoignage de 
Julius de Rome, dans le traité intitulé : De Vunion glorieuse^ dans le Christ, de la, 
chair et de la divinité. Ceux de Chalcédoine ont inséré dans le discours xpcKjçwvr^x'.xoç 
à Marcianus chacun des deux témoignages^ celui d'Ambrosius et celui de Julius ^. — 
Julius dit dans le Traité précité' : « De là nécessairement on doit rapporter au tout et 
les choses corporelles et les choses divines ; et celui qui ne peut reconnaître dans ceux 
qui sont unis, étant différents, le propre de chacun des deux* tombera dans des con- 
tradictions absurdes; mais celui qui reconnaît les propriétés et garde l'union, n'alté- 
rera point les natures, ni n'ignorera point l'union^. » 

Ceux de Chalcédoine disent qu'il y a « deux natures dans le Christ après Tunion » ; 
tandis que Julius dit : « il n'altérera point les natures » ; ce qui, dans la pensée de ce 
Père, doit s'entendre ainsi : Il n'altérera point la nature du Christ, qui est unique; 
car il connaît les propriétés de chacune des deux (natures) dont l'unique (Christ) a 
été formé; il ne détruit pas non plus l'union de celui qui est composé et non simple, 
étant un dans l'union. — Dans ce Traité, avant les choses maintenant énoncées, il 
parle et écrit ainsi® : « Il faut confesser qu'en lui le créé est uni à l'incréé, l'incréé 
est associé au créé. Une seule nature résulte des deux parties, et par une opération 
particulière le Verbe complète le tout avec la perfection divine. Cela a lieu pour 
l'homme en général, qui est composé de deux parties incomplètes, qui forment une- 
nature et qui sont désignées par un seul nom. » — Quelques-uns de ceux qui parlent 
en faveur du synode ne pouvant rien répondre à des (choses) si évidentes ont recours 



1. Lire : »»^. — 2. Mansi, VII, 468. On trouve la citation d'Ambroise, mais non celle de Julius, 
— 3. Pair. Lat,, VIII, 962. — 4. « Qui non potest in unitis differentibus cognoscere quid proprium 
utriusque sit », Le texte syriaque, mutilé ici, est à restituer d'après les dernières lignes de la col. 3. 
même page. — 5. « neque naturas mentietur, nec unionem ignorabit ». — 6. Mansi, VII, 848. 



IIG CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

au mensonge et disent que ces paroles sont d'Apollinarius et non pas de Julius. Mais 
ils ne peuvent en fournir une seule preuve, et ils disent eux-mêmes que par toute la 
terre les livres portent le nom de Julius. Car, il est bon de répéter ce que j'ai déjà 
dit : Ceux mêmes de Chalcédoine ont allégué le témoignage comme étant de Julius 
dans l'àvaipopa qu'ils ont adressée à Marcianus '. On peut aussi de là réfuter le men- 
songe : Apollinarius disait que l'union était faite de la chair seule et de Dieu le Verbe 
sans une âme raisonnable. Or, dans ce traité, Julius dit clairement que le corps du 
Seigneur était animé*. — Même en admettant qu'il parle des natures au pluriel, et 
qu'à cause de cela ceux de Chalcédoine ont rappelé ses paroles, si cependant, 
comme nous l'avons dit, Julius n'est pas en contradiction avec lui-même en attri- 
buant au même Christ une nature et deux natures, il faut nécessairement comprendre 
deux natures dont est faite l'union de cet unique (Christ); il dit, en effet, « celui qui 
connaît dans les choses qui sont unies le propre' de chacun de ceux qui ont concouru 
h l'union, n'altérera pas les natures qui ont été unies », reconnaissant leurs propriétés, 
même étant unies, « ni ne détruira pas l'union », confessant 1 unique nature [235] 
qui a été complétée par elles. 

Dans l'àvaçopa, ceux de Chalcédoine allèguent un témoignage de Cyrillus, tiré de 
l'épître à Succensus *, comme étant d'accord avec celui de Julius. Il est ainsi conçu ^ : 
« Quand nous considérons le mode de l'incarnation, nous voyons que deux natures 
ont été unies indissolublement, sans confusion ni changement; la chair est la chair, 
et non la divinité, bien qu'elle soit la chair de Dieu ; de même^ le Verbe est Dieu et 
non pas la chair, bien qu'il ait fait sienne la chair, économiquement. » — Certes, ceux 
de Chalcédoine ont pris ces témoignages en tant qu'ils étaient tous les deux d'accord 
pour la confession des natures. Ils citèrent en même temps cette parole de Gregoriuss : 
« Il y a deux natures : Dieu et l'homme, puisqu'il y a aussi l'âme et le corps » ; et ils 
passèrent le reste, prenant seulement celte expression « deux » (natures), en dehors 
du sens où elle peut être dite. Or, Cyrillus' dit clairement, par ce qu'il ajoute, que deux 
natures ont concouru ensemble à l'union, non pas celles dans lesquelles est le 
Christ, mais celles desquelles il est devenu un. Julius dit aussi dans le même sens 
« qu'on altère les natures ». Il est évident que ce sont celles qui ont concouru si- 
multanément à l'union et de l'union desquelles est résultée l'unique nature du Christ; 
et non pas, comme prétendent ceux de Chalcédoine, celles dans lesquelles il est 
après l'union ; car il dit bien des fois que la nature du Christ est une dans l'union. — 
Il est donc démontré par tout cela qu'aucun des docteurs sacrés n'a dit que le 
Christ avait deux natures ou était en deux natures après l'union, mais seulement 
ceux qui sont partisans de Nestorius. 

1. Cf. ci-dessus, p. 115, n. 2. — 2, Litt. : rationale. — 3. Lire : |ûsll^», comme plus haut. — 
4. Ms. : Suqensos. — 5. Mansi, VII, 472, où le passage est cité (à tort) comme venant de la lettre 
ad Nestorium. Cf. Patr. Gr., LXXVII, 232. — 6. Mansi, VII, 468; Pair. Gr., XXXVII, 180. — 
7. Lire ; Gregoriusl 



LIVRE VIII. CHAP. Xin 117 

Dans le mystère du Christ, les Pères proclament l'union des natures ou des hypos- 
tases ; que nature ou hypostase signifie la même chose ; qu'une hypostase signifie 
pour eux essence et nature; que, quelle que soit sa pensée, si quelqu'un déclare que 
le Christ est en deux natures, il doit nécessairement dire qu'il est en deux hypo- 
stases. Cela est évident d'après la manière dont Cyrillus parle fréquemment dans ses 
ouvrages ; « nature, c'est-à-dire hypostase ». Athanasius dans sa lettre aux évêques 
dit' : « Que ce nom d'hypostase ne vous trouble pas; essence^ et hypostase signifient 
la même chose ; qui dit « essence » dit « hypostase. » Et saint Cyrillus dit parfois que 
l'union hypostatique n'est pas autre chose que l'union des natures, et parfois que 
l'union naturelle n'est pas autre chose que l'union des hypostases; attendu que, rela- 
tivement au Christ, nature ou hypostase ont la même valeur. 

Le synode de Constantinople a réprouvé Theodoretus, Ibas et Theodorus de 
Mopsueste. 

Chapitre XI. Réfutation abrégée. Diçei's chapitres et anathèmes établis par les 
Pères du concile de Constantinople^ . 

« Si quelqu'un dit qu'autre est Dieu le Verbe qui fit des miracles, et autre le 
Christ qui souffrit; ou dit que Dieu le Verbe était avec le Christ qui naquit de la 
femme, ou qu'il était en lui comme un autre dans un autre ; — ou (si quelqu'un) ne 
dit pas que le Verbe de Dieu incarné et fait homme était un seul et même Christ, 
Notre-Seigneur, auquel il faut attribuer les miracles aussi bien que les passions qu'il 
subit volontairement dans la chair : — que celui-là soit [anathème]* !» 

Léon dit : « Puisque les deux ensemble sont l'une avec l'autre : la bassesse de 
l'homme et la grandeur de Dieu. De même que Dieu ne subit aucun changement 
quand il fait miséricorde, de même l'homme n'est pas consumé dans la grandeur de 
la dignité divine ^ Chacune des deux formes, en effet, exécute avec la participation 
de l'autre, ce qui lui est propre : [le Verbe accomplit] ce qui est du Verbe, et le corps 
accomplit ce qui est du corps ; celui-là brille par les miracles, celui-ci tombe sous le 
mépris. » — Et encore : « Si Eutychès admet la foi des chrétiens, qu'il considère 
quelle est la nature qui était fixée au bois par des clous, qui était suspendue à la croix, 
et qu'il comprenne de qui ont découlé le sang et l'eau, quand le côté de celui qui 
était fixé à la croix fut ouvert par la lance du soldat. » 

Du chapitre iv^. « Si quelqu'un dit que l'union de Dieu le Verbe avec l'homme a 
été faite selon la grâce, ou l'opération, ou la dignité, ou l'égalité d'honneur, ou l'au- 
torité, ou [236] l'élévation, ou l'affinité, ou la puissance; ou selon la bonne volonté, 
en ce sens que Dieu le Verbe s'est complu dans l'homme, ou lui voulait du bien parce 
qu'il voyait en lui le beau et le bien, comme l'a dit l'insensé Theodorus; ou selon la 
synonymie, d'après laquelle les Nestoriens, appelant Dieu : Verbe, Fils et Christ, et 



1. Pair. Gr., XXVI, 1036. —2. to ov. —3. Mansi, IX, 375-388. — 4. V« Conc, cap.iri. — 5. Lire: 
(«ov"^, — 6. Lire : », iv et non pas xrv. 



118 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

appelant l'homme séparément : Christ et Fils, disent manifestement qu'il y a deux 
personnes, imaginant de dire une personne, un Fils, un Christ seulement par le nom, 
l'honneur, la dignité, l'adoration ; — ou (si quelqu'un) ne confesse pas que l'union de 
Dieu le Verbe et de la chair animée d'une âme raisonnable et intelligente a eu lieu 
selon la composition c'est-à-dire selon l'hypostase, comme les saints Pères l'ont en- 
seigné, de manière à former une seule hypostase composée qui est notre Seigneur 
Jésus-Christ, un de la Trinité sainte : — que celui-là soit anathème! » 

A pi'opos de ce chapitre iv. — Qu'est-ce que cela : « Chacune des deux formes opère 
avec la participation de l'autre », sinon une participation d'opérations, et rien autre 
chose que l'union d'action de chacune des deux? — Et ceci : «L'homme n'est pas con- 
sumé dans la grandeur de la dignité divine », est-ce autre chose sinon que l'homme a 
reçu la dignité divine? — Et Léon dit encore : « Bien qu'il n'y ait absolument qu'une 
seule personne de Dieu et de l'homme dans notre Seigneur le Christ, cependant autre 
est celui d'où provient à chacune des deux (formes) le commun mépris, et autre celui 
d'où provient la gloire commune. » Il introduit Funion de deux personnes, qui sont 
incompatibles avec l'unique personne du Christ. Les nestoriens, en efFet, appellent 
Christ l'affinité de ces deux personnes. — On ne trouve non plus nulle part qu'on 
ait proclamé dans le concile de Chalcédoine Funion de composition, ni l'union hypos- 
tatique. 

Du chapitre v. — « Si quelqu^un entend l'unique hypostase de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, en ce sens qu'elle porte la signification de plusieurs hypostases, et 
s'efforce ainsi d'introduire dans le mystère du Christ deux hypostases ou deux per- 
sonnes, disant que ces deux personnes qu'il a introduites sont une personne par la 
dignité^ Fhonneur ou l'adoration, comme Font écrit les insensés Theodorus et Nes- 
torius; s'il calomnie le synode de Chalcédoine en disant qull a employé en ce sens 
impie l'expression : « une hypostase ^); ■ — ou (si quelqu'un) ne confesse pas que 
le Verbe de Dieu est uni hypostatiquement à la chair, et, qu'à cause de cela, il est une 
seule hypostase ou personne; que le saint synode de Chalcédoine a confessé ainsi 
une seule hypostase de Notre- Seigneur Jésus-Christ; — que celui-là soit anathème! 
Car la sainte Trinité n'a pas reçu d'accroissement de personne ou d'hypostase quand 
l'une de ses personnes, Dieu le Verbe, s'est incarné ». 

A propos de ce chapitre v. — Theodoretus dit, que le synode de Chalcédoine a pris 
l'unique hypostase du Christ dans le sens de plusieurs hypostases, dans la réponse 
qu'il écrivit à Jean d'Egées, comme je l'ai déjà montré*; et la lettre de Léon (dit) 
aussi que de deux personnes : de celle de Dieu et de celle de l'homme, est formé un 
seul Seigneur, c'est-à-dire une personne, comme je l'ai maintenant démontré. Com- 
ment peut-il y avoir une seule personne de Dieu et de l'homme, sinon par l'affinité 
ou la dignité ? Comment donc, ayant reçu Theodoretus dans le synode de Chalcé- 



1. Cf. ci-dessus, p. 105-106. 



LIVRE YIII.GHAP. XIU 119 

doine, comme s'il avait toujours été orthodoxe, ne se seraient-ils pas compris eux- 
mêmes dans leur anathème ? 

Du chapitre vu. — « Si quelqu'un dit que notre unique Seigneur Jésus-Christ est 
connu en deux natures, non pas comme dans la divinité et l'humanité, pour signifier 
par là la différence des natures, desquelles* une ineffable union s'est faite sans con- 
fusion, car le Verbe n'a pas été changé en la nature de la chair, ni la chair ne s^est 
pas changée en la nature du Verbe, mais l'un et l'autre sont demeurés ce qu'ils étaient 
selon la nature, même après l'union hypostatique du Verbe; mais s'il prend cette 
expression, dans le mystère du Christ, dans le sens d'une division par parties; — ou 
si en confessant le nombre des natures dans notre unique et même Seigneur Jésus- 
Christ, Dieu le Verbe incarné, il n'entend pas seulement spéculativement la distinc- 
tion [237] des natures dont il est composé, et qui n'a pas été détruite par l'union, car 
il est « unus ex utrisque et per unum utraque* », mais s'il emploie le nombre en ce 
sens que chaque nature ait séparément une subsistance propre : — que celui-là soit 
anathème !» 

A propos de ce chapitre vu. — Nous avons montré dans l'examen de la définition^, 
que : « parfait dans la divinité et parfait dans l'humanité m, n'est pas la même chose 
que : « en deux natures »; et aussi qu'ils disent : ouw et èv âtio) après l'union, non pas 
seulement spéculativement, mais réellement; qu'il ne paraît nulle part qu'ils aient 
confessé l'union hypostatique; qu'ils n'admettent pas : è^ wv, mais seulement : èv Tai'ç; 
car il est évident pour tout le monde qu'ils rejettent le : â^ wv. 

Du chapitre ix. — « Si quelqu'un dit que le Christ doit être adoré en deux na- 
tures, en ce sens qu'il introduit deux adorations, séparément pour Dieu le Verbe et 
séparément pour l'homme; ou si quelqu'un pour la destruction de la chair ou pour la 
confusion de la divinité et de l'humanité, adore le Christ d'une façon monstrueuse* 
comme une seule nature ou essence des parties composantes; — ou si quelqu'un n'a- 
dore pas d'une même adoration Dieu le Verbe incarné et sa chair, comme l'Eglise de 
Dieu l'a admis depuis l'origine : — que celui-là soit anathème! » 

A propos de ce chapitre tx. — Cet anathème atteint directement ceux qui ont reçu 
la définition du synode de Chalcédoine; nous avons montré cela dans l'examen même 
de la définition, conime on peut l'apprendre de ces choses auxquelles nous renvoyons. 

Chapitre xii. — « Si quelqu'un prend la défense de l'impie Theodorus de Mop- 
sueste qui dit qu'autre est Dieu le Verbe et autre le Chrit qui fut molesté par les 
passions de l'âme et les désirs de la chair, qui, se séparant peu à peu du mal, s'amé- 
liora ainsi par la puissance ' des œuvres, et devint immaculé par sa vie ; qui fut baptisé, 
comme un homme ordinaire, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit; qui, par le 
baptême, reçut la grâce de l'Esprit-Saint et mérita l'adoption filiale; qui, à l'instar 



1. Lire : ^^; || ,Sy. — 2. efî yàp il àiiçotv, xa\ Si' Ivôç ày-çox^pai — 8i Cf. ci-dessus, page 102. — 
*. 'r£paT£uô(Ji.£voi;. — 5. èx irpoy.oi^îiç épywv. 



120 GURONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

d'une image royale, est adoré dans la personne de Dieu le Verbe; qui, après sa ré- 
surrection devint totalement immuable et impeccable; — Theodorus a dit encore que 
l'union de Dieu le Verbe avec le Christ fut comme celle dont parle le Christ* en disant 
de l'homme et de la femme : « Ils seront tous les deux une seule chair » ; en plus de 
beaucoup d'autres blasphèmes, il osa dire qu'après la résurrection, quand il souffla 
sur ses disciples et leur dit* : « Recevez le Saint-Esprit », il ne leur donna pas le 
Saint-Esprit, mais qu'il souffla seulement comme iigure»; à propos de cette confes- 
sion de Thomas, lorsqu'il palpa les mains et le côté du Seigneur * : « Mon Seigneur 
et mon Dieu! », il dit^ que Thomas ne parlait pas du Christ et ne disait pas que le 
Christ était Dieu; mais que Thomas, plongé dans l'admiration par la gloire de la 
résurrection, loua Dieu qui avait ressuscité le Christ; ce qui est encore pire, dans 
l'interprétation qu'il fit de l'Apôtre^, Theodorus compare le Christ à Platon, à Mâni, 
à Epicure, h Marcion! il dit : « de môme que chacun de ceux-ci, ayant inventé une 
doctrine propre, fut cause qu'on appela ses disciples Platoniciens, Manichéens, Epi- 
curiens, Marcionistes, le Christ ayant de même trouvé une doctrine, les Chrétiens 
furent appelés ainsi de son nom. — Donc si quelqu'un prend la parole en faveur de 
cet impie et de ses écrits impies, dans lesquels il vomit contre le Dieu suprême et 
contre notre Sauveur Jésus-Christ les blasphèmes qui ont été mentionnés et d'autres 
semblables; — et si quelqu'un ne l'anathématise pas, ainsi que ses écrits impies, avec 
tous ceux qui le reçoivent, ou qui prennent sa défense, ou qui disent qu'il a brillé par 
l'orthodoxie, ou qui ont écrit en sa faveur, ou qui ont pensé les mêmes choses, et qui 
ont persévéré jusqu'à la fin ou qui persévéreront dans une telle impiété : — que 
celui-là soit anathème ! » 

A propos de ce chapitre xu. — Comme ceux de Chalcédoine ne purent s'opposer 
à l'anathème de Nestorius, ni introduire dans l'Eglise du Christ Theodorus de Mop- 
sueste, ils lui substituèrent la lettre d'Ibas qui le représentait comme un brillant doC' 
teur de l'Eglise; [238] mais quand on récita les blasphèmes de Theodorus \ ceux de 
Constantinople l'anathématisèrent justement; et il est évident que ceux qui ont reçu 
Theodorus et ses écrits sont cortpris sous cet anathème. 

Chapitre xui. — « Si quelqu'un parle en faveur des écrits impies de Theodoretus 
contre la foi orthodoxe, contre le premier saint synode d'Ephèse, contre saint Cyrillus 
et les XII Chapitres de celui-ci, ou en faveur de ce qu'il écrivit pour les impies Theo- 
dorus et Nestorius ou pour d'autres qui pensèrent les mêmes choses que celles dites 
par Theodorus et Nestorius; si quelqu'un juge en leur faveur, et, à cause de cela, 
appelle « impies » les docteurs de l'Eglise qui ont confessé l'union hypostatique de 



1. Mansi : « l'Apôtre » ; cf. Matth., xrx 5; I Cor,, vr, 16; Ephes., v, 31. — 2. Joh., xx, 22, — 
3. (T-/ifi(*aTi. — 4. Joh., xx, 28. — 5. Lire.: U» '*^\ Le passage visé est dans le comnientaire cur 
S. Jean. J.-B. Chabot, Theodori Mops, Comment, in D. Johannein, t. I, p. 405. — 6, Lire : «des 
Actes des Apôtres » ; cf. Pair. Gr,y LXVI, 785. — 7. Lire aiusi; ms. : Theodoretus. 



LIVRE VIII. GHAP. XIII 121 

Dieu le Verbe avec la chair; — ou si quelqu'un n'anathémalise pas les impies dont 
on vient de parler, et ceux qui ont pensé ou pensent des choses semblables, et tous 
ceux qui ont écrit contre la foi orthodoxe ou contre saint Cyrillus et ses XII Chapi- 
tres : — que celui-là soit anathème ! » 

Que ceux qui se font les avocats du synode de Chalcédoine fassent donc connaître 
s'ils ont anathématisé ceux dont il est parlé dans le chapitre précédent, ou s'ils ont 
contraint Theodoretus d'anathématiser ceux-ci ou les doctrines de Nestorius! N'ont- 
ils pas au contraire défini que toujours il avait été orthodoxe et avait enseigné ortho- 
doxement? Comment donc ne [tombent-ils pas] eux-mêmes sous cet anathème? 

Chapitre XIV. — « Si quelqu'un parle en faveur de la lettre qu'on dit avoir été écrite 
par Ibasà* Mârî [le Persan]*, lettre qui nie que Dieu le Verbe s'est incarné et est né 
homme de la sainte Mère de Dieu, Marie, et dit qu'un homme ordinaire, qu'elle 
appelle le temple, est né d'elle, de manière qu'autre serait Dieu le Verbe et autre 
l'homme [né de Marie]*; qui accuse saint Cyrillus, quia prêché la foi orthodoxe des 
chrétiens, d'avoir écrit des choses semblables* à celles qu'écrivit l'impie Apollinarius ; 
qui blâme le premier synode d'Ephèse, sous prétexte qu'il prononça, sans jugement 
ni enquête, la déposition de Nestorius ; qui appelle les XII Chapitres de saint Cyrillus 
« impies » et « contraires à la foi orthodoxe » ; — si donc quelqu'un parle en faveur 
de cette lettre impie et ne l'anathématise pas, elle et ceux qui parlent pour elle, ou 
qui ont écrit et écrivent pour elle ou pour les impiétés qu'elle renferme, et qui osent 
porter un tel jugement au nom des saints Pères ou du saint synode de Chalcédoine, 
et persévèrent dans ces choses jusqu'à la fin : — que celui-là soit anathème! » 

A propos de ce chapitre xiv. — Comment n'est-il pas honteux de n'avoir pas ana- 
thématisé la lettre d'Ibas et les écrits de Theodoretus? et d'avoir maintenu dans la 
communion les divers auteurs de ces écrits, en les considérant comme orthodoxes? 
Ceux-ci, après" le synode de Chalcédoine, persévèrent dans leur impiété. On les a 
reçus sans qu'ils aient fait pénitence et sans qu'ils aient réprouvé leur premier sen- 
timent, ainsi que nous l'avons montré précédemment, lorsque nous avons pareille- 
ment parlé de ces choses. 

Il convient maintenant de terminer. 

Nous avons résumé des quatre Tpi.î5[j.aTa_, c' est-à-dire Tomes, de Jean Philoponos, 
grammairien d' Alexandrie, et nous avons placé ici en ordre les arguments* que 
nous avons donnés depuis le commencement, et nous avons laissé de côté ceux qui 
se rencontraient qui étaient sans importance pour conduire au choix de la vérité. — 
Je supplie avec larmes le frère adonné à la science de la logique et habile dans la 
rhétorique ' de prier pour moi, par l'amour de Jésus crucifié, quand il lira (ceci). 



1. Lire : L<i^. — 2. Grec : upbç MaptV xov IHpffïjv. — 3. Blanc de deux mots daas le ms. ; il n'y aurait 
pas de lacune d'après le grec. — 4. Lire : l^»l-»?l, ôixoius- — 5. Lire : i^a; ou : i^^a, « pendant le 
synode ». — 6. Lire : \«.l*.î^. — 7. Litt. : « eloquens in artibus dextris ». 

II. 16 



122 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

CHAPITRE XIV» DU LIVRE VIII. — Des choses qui arrivèrent à la fin du 

règne de Marcianus . 

En l'an 6 de Marcianus, qui est Tan 769 des Grecs, Valenti[nia]nus de Rome 
fut tué. 

Dès lors [239] l'empire des Romains fut divisé. De même que les églises étaient 
dans la division, chaque pays se donnant des pasteurs de la propre autorité de 
ses habitants, grâce au schisme dogmatique qu'avait causé le synode de Chalcé- 
doine; de même l'empire fut divisé par une juste vengeance. — La cause de 
toute cette division qui partagea l'empire des Romains, fut l'impie Marcianus lui- 
même. C'était une loi dans l'empire, que quand l'empereur de Rome mourait 
celui de Constantinople établissait à sa place celui qu'il voulait choisir et insti- 
tuer; et quand celui de Constantinople mourait, celui de Rome choisissait et 
établissait qui bon lui semblait. Or, comme le discours l'a exposé plus haut, 
Marcianus commença à régner sans l'assentiment de celui de Rome, par le choix 
de Pulcheria qui s'était souillée avec lui dans une débauche secrète. Ainsi donc 
pour ce motif, l'unité de l'empire fut brisée par Marcianus, de même qu'il divisa 
aussi la foi. Et depuis le temps de Marcianus, les Romains et toute la région occi- 
dentale ne furent plus d'accord avec les empereurs qui régnaient dans la ville de 
Constantinople ; bien plus, leur empire fut partagé entre plusieurs. C'est pour- 
quoi, les noms des empereurs qui existèrent là en leur temps, ne sont pas même 
mentionnés chez nous; car les chroniqueurs ne se sont occupés que des empe- 
reurs qui existèrent successivement à Constantinople, et ils les appellent empe- 
reurs des Romains. 

[240] En ce temps mourut Yezdegerd *, roi des Perses, et son fils Pérôz lui suc- 
céda. — Celui-ci excita une persécution contre les chrétiens de son empire. — Il 
y eut une guerre entre les Romains et les Perses. Les Perses furent vaincus et 
les Romains firent captifs sept mille hommes dans la région d'Arzoun'. 

Marcianus après avoir accompli 6 ans et 7 mois de règne, mourut comblé des 
malédictions des hommes vénérables et saints, pour avoir changé la foi qu'en- 
seignèrent les divins Apôtres et introduit une hérésie pernicieuse. — Fin de ce 
chapitre concernant le maudit Marcianus, empereur inique. 

Du temps de Marcianus il y eut un La vraie foi ayant été méprisée à Chal- 

violenl et terrible tremblement de terre cédoine, alors les églises furent parta- 

qui secoua plus ou moins toute la terre gées et les fidèles divisés. A cause de 



1. Ms. : Chap. xxiv; lire ♦» (et non iS). Pour donner à ce chapitre son numéro d'ordre régulier 
nous avons dû restituer les titres des chapitres x, xi, xii et xrn. Dans le Livre IX le n" des cha- 
pitres est omis plusieurs fois, et il devient de plus en plus rare dans les Livres suivants, — 2; 
Yezdegerd II. — 3. Cf. ci-dessus, p. 14; Nous avons ici une répétition, formant un anachronisme. 



LVRE VIII. GHAP. XÎV 



123 



habitée. Dans ce tremblement [239] la 
ville de Tripoli de Phénicie fut totale- 
ment renversée'. 

Remarque au sujet des Nestoriens de 
la région de Babylone, qui eurent leur 
commencement à cette époque, — Quand 
Nestor[ius] eut été anathématisé et 
chassé de l'Église de Dieu, quelques-uns 
de ses adeptes s'enfuirent dans les pays 
des Perses. L'un d'eux, Bar Çauma, sur- 
nommé le Persan, fut fait évêque de Ni- 
sibe, ville de Mésopotamie. Quand le 
second synode d'Ephèse eut lieu, on y 
convoqua aussi, comme de coutume, le 
catholicos de Séleucie et Ctésiphon, qui 
s'appelait Babai. Ce saint hommen'ayant 
pas la facilité de s'y rendre, envoya ses 
lettres d'adhésion à saint Dioscorus et à 
tout le synode, et fit savoir qu'il ne pou- 
vait venir à cause qu'ils étaient sous le 
glaive du royaume impie des Perses. Il 
envoya les lettres par des moines qui 
devaient se rendre à Ephèse. Ils parvin- 
rent jusqu'à Nisibe et firent connaître 
leur affaire à l'astucieux Bar Çauma. 
Celui-ci usa d'une ruse satanique, prit 
les lettres comme pour les expédier lui- 
même par des marchands, et renvoya les 
moines près du catholicos. — Or, l'ini- 
que Bar Çauma courut près du roi des 
Perses, accusa le catholicos et montra 
les lettres. Le roi s'irrita, fit tuer le ca- 
tholicos, et établit Bar Çauma sur tous 
les chrétiens de son empire. Or, celui- 
ci trompa le roi lui-même en lui disant 
que Nestorius avait été mis à mort par 
les Romains parce qu'il était l'auxiliaire 
du royaume des Perses, et que si sa 



cela, partout où se trouvaient [239] de 
vrais zélés, ils fuyaient la communion 
des évêques hérétiques et ordonnaient 
à leur place des orthodoxes; ainsi |que 
nous l'avons montré, à la place de Juve- 
nal, ils instituèrent à Jérusalem Theo- 
dosius à qui un synode d'évêques ortho- 
doxes imposa les mains*. De même, à 
Alexandrie, au lieu de Proterius ils or- 
donnèrent saint Timotheus. Et de même 
en tous lieux, jusque dans les sièges les 
plus vulgaires \ 

Les évêques qui avaient abandonné la 
vraie foi en obéissant aux empereurs 
terrestres, n'ignoraientpas qu'ilsavaient 
perdu l'espoir de la vie future pour avoir 
renié la vraie foi. Ils s'appliquaient et 
s'attachaient à ne pas perdre aussi l'hon- 
neur transitoire*, à cause duquel ils 
avaient perdu leur âme. C'est pourquoi, 
grâce au sceptre impérial et au glaive 
tyrannique, ils détenaient tyrannique- 
ment et illégitimement les diocèses que 
le Christ a rachetés de son sang vivant 
et vivifiant, et ils en vinrent jusqu^à l'ef- 
fusion du sang. — Partout où l'Evangile 
du Christ avait pénétré, les persécu- 
tions et les pillages, les confiscations de 
biens, les expulsions et les exils, des 
maux qui surpassaient ceux que les chré- 
tiens avaient eu à supporter autrefois de 
la part des païens, étaient infligés par 
les Chalcédoniens à tous les fidèles qui 
refusaient d'apostasier comme eux. 

Ces évêques apostats allèrent dans 
leur insanité jusqu'à oser s'attaquer au 
bienheureux Mar Bar Çauma, le saint et 
le prince des ascètes. — Ils se disaient 



i. Cf. Ps.-Denys, ad ann. 766. — 2. Cf. p. 83, 89. — 3. Cf. Jag. Edess., ad ann. 127. — 4. Ijûax. 



124 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



doctrine était reçue chez les chrétiens 
de Perse, [240] toute la contrée d'Oc- 
cident elle-même se soumettrait à l'em- 
pire des Perses. Grâce à de telles pa- 
roles, il obtint des soldats persans, fit 
une violente incursion, et imposa à 
beaucoup de gens la doctrine de Nesto- 
tor[ius]. Il fit périr par le glaive des 
Perses de nombreux évêques, prêtres, 
moines et laïcs qui ne la reçurent pas. 
On évalue à 7.800 le nombre de ceux 
qui furent massacrés. Ceux qui adhé- 
rèrent à lui par craipte furent appelés 
Nestoriens. Il accrut l'impiété par sa 
doctrine très honteuse. II établit des ca- 
nons immondes et méprisables que ré- 
futa et confondit Philoxenus, qui écrivit 
contre eux dans le synode qui se tint à 
Antioche, du temps du patriarche Petrus 
surnommé le Foulon. Cet événement est 
amplement décrit dans l'ouvrage de De- 
nys de Tell Mahrê, que nous rangerons 
dans celui-ci quand nous en arriverons 
à cet endroit. Dieu aidant. Nous consi- 
gnons ici brièvement cette mention, qui 
montre que l'origine de ce schisme eut 
lieu du temps de Marcianus, le diviseur 
de la foi. 

A cette époque, Proterius, qui avait 
été fait évêque d'Alexandrie par les hé- 
rétiques, s'appliquait au mal plus que 
beaucoup d'autres ; il faisait mettre à 
mort par les soldats quiconque ne con- 
sentait pas à proclamer la doctrine im- 
pure de Chalcédoine; vingt-quatre mille 
hommes furent massacrés, qui étaient 
pour la plupart des prêtres, des moines 
et des évêques. Un jour qu'il menaçait 



les uns aux autres : pour nous, volontai- 
rement ou involontairement, [240] nous 
nous sommes écartés' de la foi. Si nous 
disons que nous avons menti, Marcianus 
nous tuera ; d'autre part, nous ne pour- 
rons établir notre fausse doctrine tant 
que nous aérons en face de nous l'archi- 
mandrite Bar Çauma. Il est donc néces- 
saire que nous trouvions moyen de le 
tuer, de peur qu'il ne nous dévoile (?). — 
Pour cela, ils écrivirent des lettres d'ac- 
cusation contre le bienheurelix et les 
envoyèrent à Marcianus. Ils l'appelaient: 
« un mage*, faisant des prodiges et des 
miracles par les incantations » ; et (di- 
saient) « qu'il avait réuni de l'or et tout 
un peuple, pour se révolter contre l'em- 
pereur. » — En entendant cela Marcia- 
nus fut exaspéré : il ordonna aux troupes 
des Romains de se rendre au monastère 
du bienheureux, et de le tuer ainsi que 
tous ceux qui étaient avec lui. — Quand 
saint Bar Çauma apprittoutes ces choses, 
il se réjouit et dit ; « J'ai confiance, par 
la croix que j'adore, que la puissance de 
Marcianus ne pourra rien contre moi, 
qu'il ne verra pas mon visage,pas plus que 
moi-même je ne verrai sa face ignoble. 
J'ai confiance et je suis certain que ma 
mort renversera Marcianus. » Et cela 
arriva en effet. Et comme, lorsque le 
mal est prêt à venir, ainsi qu'il est écrit", 
« le juste est enlevé avant la colère, » de 
même que l'empereur juste, Theodosius, 
fut enlevé lorsque l'époque productrice 
des perturbations approchait ; de même, 
le bienheureux Bar Çauma, le saint vieil- 
lard, mourut et s'en alla vers notre Sei- 



1. Litt. : « Nous sommes tombés. — 2. Lire : Uo>^ (B^H). — 3, Is., Lvir, 1, 



LIVRE Vm. GHAP. XIV 



125 



les soldats qui avaient pitié de tuer les 
chrétiens, un de ces soldats fut indio-né: 
il appela Proterius pour voir les gens 
massacrés. Comme il regardait par une 
fenêtre et considérait les cadavres des 
femmes sans être ému de pitié, ce soldat 
tira son glaive, en frappa Proterius et 
le tua. Les soldats s'assemblèrent et 
traînèrent son cadavre jusqu'au tétra 
pile; puis tout le peuple se réunit et ils 
le brûlèrent dans le feu. Ils furent déli- 
vrés de sa cruauté. 

[241] Ensuite, les Chalcédoniens éta- 
blirent à sa place, pour leur évêque, Sa- 
lofaciolos*, qui ne se montra pas tel que 
Proter[i]us. 

[Grâce à] Marcianus*, ils avaient ty- 
ranniquement chassé l'orthodoxe saint 
Timotheus, qui était archevêque d'A- 
lexandrie. Celui-ci fut exilé 'à Gangres. 
Il était fort illustre et brillait par ses 
saintes œuvres et sa foi orthodoxe. 



gneur, en cette année même, le l*** du 
mois de sebat (février). — Quand l'em- 
pereur Marcianus apprit la mort du glo- 
rieux (ascète) il s'abstint d'envoyer des 
troupes contre son monastère. 

A l'époque de la moisson de cette 
même année, encore par suite des ca- 
lomnies des évêques apostats, Marcianus 
se disposa à envoyer persécuter les dis- 
ciples du bienheureux Bar Çauma. La 
nouvelle en ayant été divulguée, ces 
bienheureux firent des prières devant le 
sépulcre du saint. A ce moment, Jean- 
Baptiste leur apparut dans une vision, 
se tenant au milieu du temple, criant et 
disant : « L'empereur Marcianus est 
mort : car (Bar Çauma) l'a accusé* près 
du Roi des chrétiens.» — Quelques jours 
après [241] arriva la nouvelle de la mort 
de Marcianus qui, par l'effet de la malé- 
diction du bienheureux, fut atteint par 
le châtiment ; et son jugement est ré- 
servé pour le supplice sans fin. 



Fin du Livre VJII, qui comprend un cycle de 62 ans ; pendant le temps de trois 

empereurs^ {jusqu'à l'an) 5965. 



1. Corr. : u»ài-x>l3àb>pso, SaXoçaxfoXoç. — 2. Compl. : M;» ^. — 3. Lire ; ;£t^LL\, 

4. Il faut probablement restituer : lîîi>«> L(ii^» '^v^ ; cf. Bar Hebr., Chron. eccl., I, 182, n. 3. 



LIVRE IX 



Prenant confiance dans le Seigneur qui est glorifié par la neuvaine des or- 
dres ANGÉLIQUES, JE COMMENCE A ÉCRIRE LE LiVRE NEUVIÈME, QUI COMMENCE A 

l'an 770 DU GOMPUT, QUI EST l'an 5965 DEPUIS Adam, et l'an 455 depuis Notre- 
Seigneur. 

CHAPITRE I". — Du commencement du règne de Léon. 



En l'an 770 des Grecs, Léon commença à régner sur les Romains. — Il était 
Thrace d'origine et tribun de dignité. Gomme Marcianus mourut sans laisser de 
postérité, celui-ci fut élu par le sénat et commença à régner. 

En cette même année, Pérôz, fils de Yezdegerd, commença à régner sur les 
Perses. — Il fit la guerre avec l'empire des Romains; et il excita une persécution 
contre les chrétiens de son empire'. 

Léon donna sa fille Ariadne* en mariage à Zenon, qu'il éleva en dignité dans 
l'empire; il le fit stratège de tout l'Orient. Il fit Basiliscus stratège de Thrace. 
Majorianus fut aussi fait César à Rome; il fut tué bientôt après par Ricimer'. 
Anthem[i]us et Olybrius* furent proclamés Césars, 

Gallinicus''fut bâtie par. ordre de Léon, et à cause de cela fut appelée Léonto- 
polis. 



L'empereur ayant envoyé l'ordre' que 
saint Timotheus sortît d'Alexandrie, le 
peuple s'agita. Ils' étaient prêts à sup- 
porter beaucoup de choses pour ne pas 
laisser périr le pontife. Le saint com- 
plota, avec le stratège Stylas,dese cacher 
dans le baptistère de la grande église : 
premièrement pour être préservé, et 
secondement pour ne pas donner lieu à 
des massacres. Or saint Timotheus se 



Saint Timotheus d'Alexandrie, qui fut 
jeté en exil, écrivit une supplique^ qu'il 
envoya à V empereur ^ et dans laquelle il 
montre les fautes de Léon. C^est pour- 
quoi nous la plaçons ici *. 

« Comme pour les hommes sages, ô 
sérénissime et doux empereur, il n'y a 
rien de plus précieux que l'âme, et 
comme nous avons appris à mépriser les 
choses du corps pour ne pas causer du 



1. Cf. ci-dessus, p. 122. — 2. Ms. : Iradnê. — 3. Ms. : Raqimos. 
rios, — 5. Lire : «ûoaû»iAtû ; cf. Ps.-Denys, ad ann. 777. 
6. np6(7TaY|J,a. — 7. Ôéïjfft;. — 8. Land, III, 139-142. 



4. Ms. : Antimos et Olona- 



LIVRE IX. GHAP. I 



127 



réfugia dans les fonts ; mais les partisans 
de Proterius ne respectèrent ni le sa- 
cerdoce, ni les autres vertus de cet 
homme, ni le lieu où il s'était réfugié '. 
Quand on apprit cela, des multitudes 
furent mises à mort. Après diverses 
choses, comme les soldats tuaient sans 
pitié les Alexandrins, le saint partit, avec 
les soldats, en Palestine pour faire route 
sur la mer de Phénicie^. 

Tandis que saint Timotheus était en 
exily il écrivit contre la doctrine de ces 
hérétiques^. 

Pendant tout le temps du règne de 
Léon, le grand Timotheus était en exil 
[242] et il écrivait, contre le synode et 
le Tome, d'énergiques récriminations*. 
C'est pourquoi les Nestoriens le détes- 
taient de plus en plus parce qu'il en- 
voyait (ses écrits) de tous côtés. 11 en- 
voyait aussi ses Lettres^ remplies de 
témoignages des Pères, et plusieurs re- 
connurent la vérité, se séparèrent de 
Geniiad[ius] de Constantinople, et s'uni- 
rent avec le prêtre Acacius, le père des 
orphelins, qui s'unit au poète Timocle- 
tus* pour combattre les Nestoriens. 

L'empereur Léon ordonna que la 
Vierge Marie fût proclamée « Mère de 
Dieu » et fût inscrite (avec ce titre) dans 
les diptyques ^. Cela à propos de Marty- 
r[i]us d'Antioche, qui était ouvertement 
nestorien, et à cause duquel on invita 



dommage h l'âme, pour cela je m'efforce 
autant que je le puis, de conserver soi- 
gneusement l'âme, de peur d'être con- 
damné avant le temps du jugement 
comme quelqu'un qui aime son corps, 
et d'attirer sur moi le feu de l'enfer. Je 
pense que tous les sages veulent avec 
raison que rien n'arrive qui puisse nuire 
à leurs frères. D'après cela j'écris cette 
pétition : 

« Je fais connaître à Ta Sérénité que 
dès ma jeunesse j'ai étudié les Livres 
Saints et que j'ai médité ' les divins niys - 
tères qui y sont contenus; jusqu'à pré- 
sent, j'ai continuellement eu souci de la 
vraie foi, conforme à l'enseignement et 
à la tradition des Apôtres et de mes 
Pères les Docteurs. [242j Adhérant à 
ceux-ci , par la grâce de Dieu notre 
Sauveur, je suis arrivé* jusqu'à cet âge. 

« Je confesse une seule foi : celle que 
notre Créateur et Sauveur Jésus-Christ 
a enseignée quand, s'étant fait homme, 
il a dit aux bienheureux Apôtres ® : 
« Allez, enseignez toutes les nations, et 
baptisez-les au nom du Père et du Fils 
et de l'Esprit-Saint » ; Trinité parfaite 
et égale en nature, en gloire et en béa- 
titude, dans laquelle il n'y a pas de plus 
petit ou de plus grand. C'est ainsi qu'ont 
enseigné les 318 Pères. Au sujet de l'in- 
corporation de notre Seigneur et Sau- 
veur Jésus-Christ, qui s'est fait homme, 



1. On sait que ce n'est pas Timothée mais bien Proterius qui se réfugia dans le baptistère et y 
fut massacré. Cf. Evaor., H. E., II, 8. — 2. Land, III, 144, 6-2%. — 3. Ce titre a peut-être été 
déplacéi On peut aussi traduire : a écrivait dételles choses contre la doctrine des hérétiques ». — ^ 
4. Land, III, 147^ iO. — 5. L : »»o|l.| l»oa.ao < ft^ g,. \ova »j,^ U| liôcs* h;-»o k-'O, — 6. Litt. : « dans le 
livre des vivants. 

7. Lire : û>uaZ.| (L). — 8. Lire : tùiso (L ; ûooioLI. — 9. Matth., xxviil, 19i 



128 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



l'excellent Gregorius de Nysse, qui ob- 
tint le surnom de Gregorius l'Eloquent, 
à anéantir la doctrine de NestorLius]. 

En ces jours-là, des moines montèrent 
trouver l'empereur. Gennadius étant 
mort, Acacius devint évêque, et promit 
d'abolir le Tome, le synode, et les addi- 
tions du symbole. 

Timotheus n'écrivait pas seulement 
contre Nestorius, pendant qu'il était en 
exil, mais aussi contre les Eutychéens. 
Cela est manifeste par les choses qu'il 
écrivit à Alexandrie et en Palestine, 
contre ceux qui pensaient comme Euty- 
chès, et ne confessaient pas que le Christ 
nous est consubstantiel dans la chair, 
tout en étant consubstantiel au Père 
dans la divinité '. 

Isaïe, évêque d'Hermopolis* et le 
prêtre Theophilus, étaient des euty- 
chéens; ils demeuraient dans la ville 
impériale par avarice ; ils répandirent 
le bruit que saint Timotheus partageait 
leur opinion. A cause de cela, celui-ci 
écrivit sous sa signature ' une lettre 
contre la doctrine de Nestorius et d'Eu- 
tychès. Les porteurs (de cette lettre) 
furent calomniés et courureat un grand 
danger; car les partisans d'Isaïe les ac- 
cusèrent d'être des séducteurs. Le saint 
envoya une seconde lettre appuyée de 
l'autorité* des Pères. 

[Lettre dé] Timotheus* : « Lorsque 
Notre-Seigneur et notre Dieu, Jésus- 
Christ, parut pour nous délivrer de la 



connaissant son Incarnation', je pense 
et j'admets ces choses avec eux, comme 
tous ceux qui brillent par la vraie foi. 
Il n'y a rien dans la définition du sym- 
bole des Pères qui soit difficile ou qui 
ait besoin de développement. Ceux qui 
ne pensent pas ainsi, et qui sont per- 
vertis par l'hérésie, me sont odieux et je 
m'éloigne d'eux. (Quant à) cette hérésie ' 
qui détruit l'âme * : cette doctrine d'A- 
pollinarius, et aux blasphèmes de Nes- 
torius, (quant h) ceux qui sont dans 
l'erreur relativement à l'incorporation 
de Jésus-Christ, qui s'est fait homme de 
notre race, en le partageant en deux et 
en divisant l'économie du Fils unique de 
Dieu; (quant à) ceux qui disent qu'il a 
apporté son corps du ciel, ou que Dieu 
le Verbe a été changé en quelque façon, 
ou qu'il a souffert dans sa nature, et qui 
ne confessent pas qu'il s'est uni un corps 
humain et animé, de notre race; je dis 
à ceux qui sont tombés dans l'une de 
ces hérésies : Vous errez grandement, 
et vous ignorez les Écritures ; je ne com- 
munique point avec eux et je ne les aime 
point. Je garde, je tiens et je médite 
véritablement et, afin d'avoir ainsi la 
-vie, je conserve soigneusement la foi de 
Nicée. 

« L'illustre silentiaire Diomedes' est 
arrivé près de moi et m'a remis la lettre 
de l'évêque de Rome; je l'ai examinée, 
et les choses qu'elle renferme ne m'ont 
pas plu. Afin que l'Église ne soit pas 



1. Land, 111, 148, 5-éO. — 2. L : vea2^a»ojc». — 3. C'est-à-dire : de sa propre main 
;û = xpTJffstç. — 5. Land, III, 148-160. 

oîxovo[x(a. 



4. Lire 
7. Litt. : « cette infirmité. » — 8. L'ânue du Christ dans l'incarnation. — 9. Lire 



.^*i (L); cf. EvAGR,, H. E., II, 10. 



LIVRE IX. GHAP. I 



129 



puissance de Satan et nous rendre 
dignes du royaume des cieux, il nous fixa 
par les saints Pères la loi des choses qui 
lui sont agréables*, pour que personne, 
en croyant l'honorer, ne méprise sa mi- 
séricorde, mais qu'on admette la provi- 
dence de son abaissement en vue de 
notre rédemption. 

« Il ordonna et dit* : « Ne décline ni à 
droite ni à gauche » ; mais marche dans 
la voie royale. [243] Il dit encore' : « Ne 
sois pas trop juste ; ne t'instruis pas trop, 
de peur de pécher ; ne sois pas vio- 
lent '* , de peur que tu ne meures avant 
le temps »; c'est-à-dire : de peur que 
le Mauvais ne t'inspire quelque chose 
contre mes commandements, qu'il ne te 
place un obstacle dans la voie royale où 
tu marches et ne te tue. Il dit, en effet" : 
« dans la voie où je marchais, ils m'ont 
tendu des lacets. » Fais donc attention 
à toi, pour ne pas décliner^ hors de la 
voie et ne pas t'égarer. Le dessein du 
Mauvais est qu'en accomplissant la 
grande impiété que tu rencontres tu 
tombes dans le péril. — Tel celui qui 
veut entrer dans une ville entourée d'eau 
depuis le pied (des murailles) : s'il passe, 
il sera submergé et suffoqué ; et s'il 
craint de passer il ne pourra entrer dans 
la ville, à moins qu'il ne découvre un 
gué convenable par lequel il passera et 
entrera dans la ville. Il en est de même 
pour nous qui devons nous efforcer 
d'entrer dans la Jérusalem d'en haut. 
A moins d'adhérer à la sainte loi que 



troublée,© ami du Christ^, je ne l'ai point 
lueni blâmée en leur * présence. Je crois 
que Dieu inspirera à Ta Mansuétude 
de corriger les choses qui, dans cette 
lettre, causent du scandale aux fidèles, 
parce qu'elles adhèrent, confinent ou 
sont conformes à l'enseignement de Nes- 
torius qui a été condamné [243] parce 
qu'il partageait et divisait l'incarnation 
de Jésus-Christ Notre-Seigneur en natu- 
res, hypostases, propriétés, noms, opé- 
rations, ou qu'il interprétait les paroles 
de l'Ecriture de « deux » ; ce qui n'est 
point dans la confession des 318 Pères. 
Car ils ont proclamé que le Fils unique 
de Dieu est consubstantiel à son Père, 
qu'il est descendu, s'est incarné, s'est 
fait homme, a souffert, est ressuscité, 
est monté au ciel, et qu'il reviendra ju- 
ger les vivants et les morts; mais ils n'ont 
point fait mention en lui de personnes, 
de natures ou de propriétés® et ne l'ont 
point divisé; au contraire, ils ont con- 
fessé que les choses divines et les choses 
humaines de l'économie appartiennent 
à un seul. C'est pourquoi je n'accepte 
pas les choses qui ont été faites à Chal- 
cédoine, parce que j'y trouve la division 
et le partage de l'économie. Et mainte- 
nant, ô empereur victorieux^ accueille- 
moi, car je parle avec confiance en fa- 
veur de la vérité, afin que ta puissance 
brille au ciel comme sur la terre. Ac- 
cueille pacifiquement cette pétition. Et 
comme les lettres venues d'Occident 
préparent le trouble et le scandale, car 



1. La manière dont nous devons l'honorer par la foi. — 2. Cf. Prov., iV, 27. — 3. Cf. Eccles., 
vu, 17, 18; selonles LXX. — 4. Hebr. : « ne sois pas insensé ». — 5. Ps, cxtr, 4. — 6. Lire ; \^boL (L). 
7. <ptX6)jpKTTo;. — 8. En présence des porteurs. — 9. L : *^So |ûs.lJ^»ïo. 

II. 17 



130 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



nous ont enseignée les saints Docteurs, 
nous ne pouvons nous tenir sur la pierre 
conductrice *, le rocher inébranlable de 
la vraie foi. « Tu seras appelé Pierre, et 
sur ce roc je bâtirai mon Eglise, et les 
portes de l'enfer ne la détruiront 
point*. » Que quelqu'un, trompé par le 
Mauvais, [ne pense pas pouvoir détruire]' 
la vraie foi. S'il l'attaque, il combat 
contre lui-même; il ne peut aucune- 
ment la détruire. Et si quelqu'un^ sans 
s'opposer à la vraie foi, est trop juste, 
en croyant honorer*, il méprise plutôt; 
à moins qu'il ne reçoive la loi de Notre- 
Seigneur, qui nous a été fixée par les 
saints, il sera abandonné à la face de la 
mort, à l'entrée de l'enfer. Nous avons 
appris que sans la foi nous ne pouvons 
plaire à Dieu*. — J'ai écrit ces choses 
parce que j'ai appris que quelques-uns 
résistent etne sont pas soumis à la loi de 
Notre-Seigneur, qui nous a été imposée 
par l'intermédiaire des saints : « que 
Notre-Seigneur nous est consubstantiel 
par son incorporation dans la chair (qu'il 
a prise) de nous. » J'anathématise aussi» 
ceux qui ne pensent pas ainsi, s'il s'en 
trouve. Que personne, sous prétexte 
d'honorer Dieu, ne méprise sa miséri- 
corde, en n'acceptant pas la doctrine des 
saints Pères qui ont dit que Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ s'est fait consubstan- 
tiel à nous dans la chair et qu'il est un 



elles divisent l'économie, je supplie 
qu'elles disparaissent de toutes les lan- 
gues et qu'on confesse purement que le 
Christ notre Dieu a véritablement souf- 
fert dans la chair et est demeuré impas- 
sible dans sa divinité qu'il possède avec 
le Père et le Saint-Esprit, Je prie et 
supplie Ta Tète vénérable de mander à 
tous de tenir la confession du symbole 
des 318 Pères, qui en peu de mots pro- 
clame la vérité pour toutes les Églises, 
qui anéantit toutes les hérésies et la 
fausseté des doctrines de scandale, et 
qui n'a pas besoin de correction. » 

Ensuite^, tandis que le saint était 
conduit en exil, les villes de Palestine 
et de la côte» l'ayant appris, (les habi- 
tants)s'emparaient de ses vêtements "pour 
en être bénis et pour que leurs malades 
recouvrassent la santé. — Quand il arriva 
à Beirout, Eustath[ius], évêque de la 
ville, engagea les citoyens à se rendre au 
devant de lui avec honneur; sur sa de- 
mande, Timotheus pria pour la ville et 
la bénit. 

Euxôn '% frère d'Eustathius, inter- 
prétait alors les lois". Sur le conseil de 
son frère, il demeura toute la nuit près 
de Timotheus, parlant fermement de la 
foi et contre Nestor[ius]. Timotheus l'é- 
coutait en silence. Quand Euxôn se tut, 
[244] Timotheus lui dit : « Qui me per- 
suadera que ces trois doigts ** ont souscrit 



;2Aaj 



1. L : ["^[ti ^o;ô>^ ^r*?®'? '^'^ "^^ ^'^'' — 2. Matth., xvr, 18. — 3, Compl. : S^a.m^^ |^, ; 
(L). — 4. Compl. ; ;û^» ;aao (L). — 5. Behr., xi, 6. — 6. L : >oj) a^i\ t9|, ^o, ^,^ 

7. Land, III, 144. — 8. Ttapa>,o;. — 9. Lire : «wûjIso ^ (L). _ 10. Eù'lsvoç (?) — 11. Était profes- 
seur de droit. — 12, La phrase semble s'adresser à Euxon; mais elle se rapporte en réalité à 
Eustathius. Ce prélat fut toujours partisan de la doctrine catholique et écrivit même contre Timo- 
thée {Cf. Pair. Gr., LXXXV, 1803), ce qui rend fort suspect le récit de Michel emprunté à Zacharie. 



LIVRE IX. GHAP. I 



131 



avec sa chair. Et j'ai entendu le divin 
Apôtre qui enseigne et dit ' : « Parce que 
les enfants ont participé à la chair et au 
sang : de même lui aussi, pour détruire 
par eux la puissance de la mort, c'est-à- 
dire de Satan, et délivrer tous ceux qui 
étaient tenus sous la crainte de la mort 
et lui étaient soumis, afin qu'ils vivent 
éternellement. Car, il n'a pas pris des 
anges, mais [24^4] il a pris de la race 
d'Abraham (son corps). Il convenait 
qu'en tout il fût semblable h ses frères, 
afin d'être' miséricordieux et prêtre 
fidèle vis-à-vis de Dieu, et d'absoudre 
les péchés du peuple. Car, par où il a 
soufFert et a été éprouvé, par là il peut 
secourir ceux qui sont éprouvés. » Ceci : 
« qu'il nous a été assimilé en tout », 
enseigne à tous ceux qui veulent mériter 
le royaume des cieux, et être sauvés, 
qu'ils doivent confesser l'incorporation 
de Notre-Seigneur Jésus-Chrit, qui eut 
lieu de Marie, la Vierge sainte, Mère de 
Dieu. Il fut consubstantiel à elle et à 
nous dans le corps, lui qui est consub- 
stantiel au Père dans la divinité. 

«Nos Pèresontdonc anathématisé,et 
nous aussi, adhérant à eux, nous anathé- 
matisons ceux qui ne pensent pas comme 
eux. — Nous avons consigné ci-dessous, 
dans notre lettre, leurs témoignages % 
pour la confirmation de la doctrine 
d'Athanasius. C'est une maxime connue, 
en effet, et l'Apôtre écrit que* : « Per- 
sonne ne peut poser un autre fondement 
que le Christ. Que chacun voie com- 
ment il bâtira. » Il faut qu'un tel fon- 



au papier * de Chalcédoine? » Euxôn en 
l'entendant fut attristé et pleura. Alors 
Timotheus le prit avec son frère Eusta- 
th[ius] et leur dit : « Joignez-vous à moi 
et combattons ensemble * pour notre foi, 
de sorte que nous récupérions nos sièges 
ou bien que, chassés par les adversaires, 
nous demeurions en exil pieusement 
avec Dieu, » 

Eustathius prit prétexte'' de la dédicace 
de la grande église quMl avait bâtie et 
qu'il appela Anastasia, et Timotheus dit : 
(( Si nous nous attardons à la dédicace 
du temple ^ qui est sur la terre, nous se- 
rons chassés de la Jérusalem céleste; 
mais, crois-moi, nous célébrerons la 
fête dans la Jérusalem d'en haut. » — 
Il fut ainsi honoré sur toute la route 
jusqu'à Gangres. 

Gennadius de Constantinople et ses 
partisans ne cessaient de maltraiter Ti- 
motheus, même en exil', et pressaient 
l'empereur de l'éloigner même de 
Gangres. Le saintlui-même s'aperçut que 
l'évêque de l'endroit lui portait envie 
parce qu'il recevait des dons de son dio- 
cèse et les distribuait; car il était misé- 
ricordieux. C'est pourquoi, sur l'ordre 
de l'empereur, il quitta Gangres et 
monta dans une barque au milieu de 
l'hiver ; ils s'avançaient pour le con- 
duire à Cherson, où habitaient des gens 
barbares et non civilisés. Mais la 
grâce du Seigneur le protégea en cet 
endroit, et ils ne lui firent aucun mal. 
Ses coreligionnaires virent cela et en 
furent dans l'admiration; et les gens 



1. ffebr., ir, 14-18. — 2. Lire : loori^. — 3. xç>r\<jôiç. — 4. I Cor., rir, 11, 10, 

5, x'^P'^'<]<:- — 6. Ou : « dignement ». — 7. Pour le retenir. — 8. Ua*oiT. — 9. Land, III, 146, 35. 



132 



CHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



dément soit doué de solidité, et soit le 
modèle de ceux qui doivent bâtir^ sur lui. 
Le Verbe est Dieu. Comme le Verbe 
est unique, il n'y en a point d'autre qui, 
comme lui, soit le Fils par la divinité. 
Parce qu'il s'est fait homme, consubstan- 
tiel h nous, et qu'il a revêtu notre corps, 
nous sommes devenus consubstantiels à 
lui; c'est donc quant à notre humanité 
qu'il est le fondement, pour que nous 
puissions devenir les pierres précieuses, 
que nous soyons bâtis* sur lui et que 
nous devenions les temples de l'Esprit- 
Saint. De même, en effet, qu'il est lui- 
même le fondement et que nous sommes 
les pierres bâties sur lui : de même, il 
est la vigne et nous sommes les bran- 
ches 'qui tiennent et sont attachées à 
elle, non pas dans la nature de la divi- 
nité : cela n'est pas possible, mais dans 
l'humanité. Or, il faut que les branches 
ressemblent à la vigne : comme de fait 
nousluiressemblons*,par le corps qu'il a 
pris de nous. — Nous confessons qu'il est 
Fils de Dieu, Dieu enespritet homme par 
le corps; qu'il n'y a point deux natures 
dans le Fils : l'une qui est adorée et 
l'autre qui n'est pas adorée, mais une 
seule nature [de Dieu] ^ le Verbe qui s'est 
incarné, et qui est adoré avec son corps 
d'une seule adoration, 

Athanasius* . [Exù'ait) de la lettre à 
Epictète^. — « Ils devraient se cacher 



de cet endroit se firent ses disciples. 

Lettre du bienheureux Timotheus, qui 
fait connaître comment doivent être reçus 
ceux qui se convertissent de Vhérésie * : 
« Timotheus, aux amis de Dieu les 
évêques, prêtres, diacres et archiman- 
drites, aux sœurs, et à tout le peuple 
fidèle : salut en Notre-Seigneur. 

« Bien qu'Esaias et Theophilus (soient) 
depuis longtemps des hérétiques dissi- 
mulés, que j'ai avertis, par lettres, 
d'adhérer à la doctrine des Pères, et qui 
n'ont pas été persuadés, par les lettres 
que je leur ai écrites à Constantinople, 
avec les démonstrations des Écritures 
et des Docteurs de l'Eglise, « que le corps 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous 
fut consubstantiel » ; bien qu'ils n'aient 
pas eu honte, même pendant notre exil 
d'un lieu à un autre, de tendre des 
embûches [243] aux porteurs de notre 
lettre, ni de dénoncer aux préfets et 
aux autres qu'elle était fausse ", bien 
qu'ils y aient reconnu ma signature ; nous 
les avons supportés longtemps ; et quand 
nous apprîmes leur dessein, comme ils 
ne nous ont pas répondu, ni verbalement 
ni par écrit, il m'a paru convenable 
de leur écrire de nouveau. Nous leur 
avons donc écrit, les pressant de faire 
pénitence et de confesser la vraie foi, et 
les avertissant que Dieu ne les punirait 
pas et ne les repousserait pas s'ils fai- 



1. Ou « s'élever ». — 2. Lire : Uaûo. — 3. Joh., xv, 5. — 4. Lire : <»vj?. — 5. Rest. : |û^ |ç>v^» (L). 

— 6. Ces témoignages des Pères, se trouvent dans le ms. syr. du British Muséum, AcicZ. 12,136, 
avec des extraits des lettres de Timothée. Un recueil de xP'n'^^^'^z, composé par un monophysite, se 
trouve aussi dans un ms, grec de la Bibl. Vaticane. (Cf. Mai, Nov. Collectio, t. VII, pp. 139, 163). 

— 7. Cf. Pair. Gr., t. XXVI, col. 1064 ; Land, III, 151. 
8. Land, III, 160. — 9, cpâ)v(Tov. 



LIVRE IX. CHAP. I 



133 



et avoir grandement honte, ceux qui 
pensent que si nous disons que le corps 
de Notre-Seigneur vient de Marie, nous 
introduisons une quaternité dans la 
Trinité; tandis que si nous disons que le 
corps est consubstantiel ' au Verbe, 
la Trinité demeure Trinité; parce que 
ce n'est pas introduire une nature 
étrangère*; tandis que si nous disons 
que le corps est humain, puisque le 
corps est étranger à la nature divine 
et puisque [245] le Verbe est en lui, il 
faut nécessairement qu'au lieu de la 
Trinité il y ait une quaternité, à cause 
de l'addition du corps. En disant cela, 
ils ne comprennent pas comment^ ils 
contredisent et combattent leurs propres 
paroles*. Car, tout en niant que le corps 
soit de Majie et en le disant consub- 
stantiel au Verbe, néanmoins, d'une ma- 
nière différente, eux aussi proclament 
une quaternité. En effet, de même que 
le Fils qui est consubstantiel au Père 
n'est pas le Père, mais l'hypostase du 
Fils consubstantiel au Père, de même, 
ce corps qui est consubstantiel^ au 
Verbe, n'est pas le Verbe, et puisqu'il 
est autre chose d'après leurs propres 
paroles la Trinité se trouve être une 
quaternité. Or, la Trinité vraie, parfaite 
et indivisible, n'admet pas d'accroisse- 
ment, mais seulement celle qu'ils inven- 
tent. Quels sont ces chrétiens* qui ima- 
ginent un autre Dieu outre celui qui 
existe ? » 



saient pénitence. J'exposai que même 
des hommes saints après avoir péché et 
renié Notre-Seigneur, ont fait ensuite 
pénitence, que Dieu a accepté leur 
pénitence et les a jugés dignes de re- 
couvrer leur autorité première, (tels) : 
David, Pierre, Paul. Nous leur avons 
écrit pareillement que s'ils faisaientpéni- 
tence et confessaient que le corps du 
Christ nous est consubstantiel^ nous leur 
conserverions notre amour etnotre affec- 
tion, et nous les maintiendrions dans 
l'honneur de leur rang. Mais ils ne nous 
ont point aimé : ils nous ont au contraire 
méprisé. J'ai attendu encore quatre ans 
sans les dévoiler : et ils sont demeurés 
dans leur insoumission sans faire aucu- 
nement pénitence. Ils n'ont point reçu 
la doctrine de nos saints Pères ; ils 
ne se sont point attachés à nous, mais à 
des gens hérétiques qui disent ouverte- 
ment que Notre-Seigneur n'a pas pris un 
corps humain, et que le Verbe ne s'est 
pas fait homme de notre race. Ils cir- 
culent par les maisons, possédés par 
l'avarice et la gloutonnerie qu'ils consi- 
dèrent comme leur dieu '. Ils demeurent 
dans la ville impériale, bien que nous 
leur ayons écrit d'en sortir; car ils 
ne l'ont pas voulu. Ils séduisent les gens 
simples et préparentcontre nous diverses 
choses pour nous causer toute sorte de 
mal. Contristé et affligé* à cause d'eux, 
j'ai été contraint de les dévoiler nom- 
mément, afin qu'ils ne scandalisent pas 



1. Land : 1-1*3 ;3 ; ôtxooyfftov. — 2. oùôèv ?£vov ; lire : ûasotûo U (L). — 3. ^a»|, — 4. oicoiç lauroïç 
TZBpimiczovm . — 5. Lire : U»^ P (L). — 6. Grec : irwç zu Xpto-Ttavos o\ £T»pov Tiapà xbv ôvra ©sov ÈTtt- 
vooOvTEç ; 

7. Cf. Philipp., iir, 18. — 8. UPo (L). 



134 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



De la même {lettre^). — « Le corps 
de notre Sauveur était en vérité et en 
réalité un corps humain par nature (pris) 
de Marie ; car il était tel que le nôtre, 
puisque Marie est notre sœur, et des- 
cend^ de notre père Adam, [comme] 
nous. )) 

Julius de Rome^. — « Il n'y a aucun 
changement dans la nature divine. Elle 
n'est ni amoindrie ni grandie. Quand il 
dit : « Glorifie-moi », la parole vient du 
corps et concerne le corps ; mais la glo- 
rification se dit du tout, car le tout est 
unique. Ceci : « De cette gloire* que 
j'avais près de toi avant que le monde 
n'existât », manifeste sa divinité tou- 
jours glorieuse*, à laquelle s'applique 
[spécialement] ' cette ^ parole, bien qu'elle 
soit dite du tout^ De même, selon l'es- 
prit, il est invisiblement consubstantiel 
au Père, mais comme le corps lui est 
aussi uni dans sa nature, il est également 
appelé avec lui de ce nom. Et de même, 
sa divinité est comprise dans ce nom, 
parce qu'elle est unie à notre nature; 
cependant la nature du corps n'est pas 
changée en la nature de la divinité par 
Eunion et par la communauté du nom de 
consubstantiel', pas plus que la divinité 
n'est changée par la communauté du 
corps humain et de l'appellation de 
consubstantiel h nous. » 



et ne séduisent pas un plus grand 
nombre de gens. — Je fais savoir qu'E- 
saïas et Theophilus, qui disent que le 
corps de Notre-Seigneur lui était" con- 
substantiel et n'était pas de notre race, 
et qu'il n'était pas véritablement homme, 
se sont éloignés de la communion de nos 
Pères et de la nôtre. Personne ne doit 
communiquer avec eux; car l'évangé- 
liste Jean prescrit et dit" : « Mes frères, 
ne croyez pas à tout esprit, mais exami- 
nez les esprits s'ils sont de Dieu. Tout 
esprit qui confesse que Jésus [246] Christ 
est venu dans la chair est de Dieu; tout 
esprit qui ne confesse pas Jésus n'est 
pasdeDieu ; c'est l'espritdufauxChrist.» 
Et encore'* : « Si quelqu'un vient vers 
vous et ne prêche pas cette doctrine, ne 
le recevez pas à la maison; ne lui sou- 
haitez pas la paix" ; celui qui lui souhaite 
la paix, participe à ses œuvres mau- 
vaises. » Et l'apôtre dit aussi'* : « Que 
quiconque vous annoncera autre chose 
que ce que nous vous avons annoncé 
soit anathème : que ce soit un apôtre 
ou un ange du ciel. » — Je ne suis pas 
responsable de leur sang **, ni du sang de 
ceux qui communiquent avec eux. Ne 
les ai-je pas chassés et dénoncés, selon'® 
la volonté de Dieu, comme ils le méri- 
taient, puisque Paul avertit et dit": 
(( Quand tu auras averti l'hérétique une 



1. P. Gr., XXVI, 1061. — 2. L : ^oso (au lieu de >a»;-boo) « et que tous nous descendons d'A- 
dam ». — 3. Pair. Lat., VIII, 874, 1. 5-21. Lagarde, Analecta syriaca, 73. — 4. xî) ôô^y) y., x. X. 
JoH., xvir, 5. — 5. Land : l.»*.3Alioo. Lag. ; t»*a*«. — 6. Land ajoute : ù-Uî^^. Lag. : Cs*!»*»».*'. — 
7. Lire : poi lO»!, — 8. Grec : el xa\ I8(w; ÔSQ-CYjTt Tcpoui^icst toutto, xa\ toc xoivioç ên\ oXou prjôlv. — 9. Lire ; 

|l*3 ;»», Ô[X00y(TC0U. 

10. L : Ho o<M ovi»3 ;3. — 11. I Joh., iv, 1-3. _ 12. II Joh., 10, 11. — 13. Ne le saluez pas. — 
14. Gai, 1, 8. — 15, Cf. Matth., xxvir, 24. — 16. ovuaj y*I (L). — 17. Cf. Tit., m, 10, 11. 



LIVRE IX. CHAP. I 



135 



Du même. De la lettre à Dionysius^. 
— « Ceux qui confessent que Dieu, qui 
du ciel' s'est incarné de la Vierge, est 
un avec son corps, s'agitent en vain 
pour établir le contraire'. Ils procla- 
ment eux-mêmes, d'après ce que j'en- 
tends, [deux]* natures, alors que Jean 
démontre que Notre-Seigneur est un, 
en disant : « Le Verbe s'est fait chair » ; 
de même que Paul lorsqu'il dit : « Un 
seul Seigneur Jésus-Christ, par qui tout 
a été fait. » Si donc Jésus qui est né de 
la Vierge et est appelé [un]* est le même 
par qui tout a été fait, il n'y a qu'une na- 
ture; parce qu'il n'y a qu'une personne 
qui n'est pas partagée en deux : car le 
corps ne constitue pas dans l'incarna- 
tion une nature propre au corps, avec 
la nature* spéciale de la divinité; mais, 
de même que l'homme a une nature 
(composée) du corps [246] et de l'âme, 
de même, celui qui s'est fait à la res- 
semblance de l'homme : Jésus-Christ, est 
un. » 

Greg07'ius le Thaumaturge'' : — « Ana- 
thème soit quiconque dit que le Christ 
s'est manifesté dans le monde en appa- 
rence^ et ne confesse pas qu'il est venu 
dans un corps, comme il est écrit. — 
Anathème soit quiconque dit du corps 
du Christ qu'il fut sans âme et sans in- 
telligence, et ne le confesse pas parfait, 



fois et deux fois, s'il n'écoute pas, sé- 
pare-toi de lui : car il est corrompu et 
condamné, puisqu'il pèche. — Dioscorus 
écrivit aussi des choses semblables à 
Secondinus. » — Et il ajoute® : « Je 
vous engage, mes frères, par Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ et par la charité de 
l'Esprit, au sujet de ceux qui se conver- 
tissent de l'hérésie des dyophysites% 
ainsi que je vous l'ai écrit l'an dernier 
dans une lettre, à les aider et à leur 
tendre la main, en Notre-Seigneur, vous 
évêques, clercs et autres fidèles. Que 
quiconque se convertit reprenne son 
rang après une année de pénitence, et 
qu'on lui rende sa dignité. — S'il n'y a 
point d'évêque, que les clercs tiennent 
sa place, dans la charité de Dieu, ou 
bien les évêques fidèles qui se trouve- 
raient par hasard"* dans le pays, quand 
bien même ceux qui se convertissent 
ne dépendraient "pas de leur juridiction. 
Cyrillus et Dioscorus ont observé cette 
règle" d'une année (de pénitence) à l'é- 
gard des évêques, des prêtres, des diacres 
qui se convertissaient, et reprenaient 
ensuite leur rang antérieur. » — Il 
écrivait des choses semblables pour les 
engager à recevoir les partisans de Pro- 
terius. 

Il devint très célèbre, au point que 
les Ethiopiens*' envoyèrent le trouver, 



1. Patr. LaL, VIII, 929 ; cf. Mansi, V, 1017 ; VII, 850. Lis.G., Anal, syr., 67. — 2. xov Iç oypavoO. 
*— 3. La.o. : ^w» vpoi>*o»» Uiaa ,2iâj ,3 • ^^«^^ ûs*Jû*;i» j grec : (J.a't/jv tapadaouffiv eîç xa. p-f\\i.a.iix xv^ç 
Ixetvwv àffeêeîaç lx(pepô(ji.£voi, — 4. Ajouter : ^»t (L). — 5. zï<^,.. wvô[ji,a(îTat. — 6. Grec : w; tôta çyfftç 
Y| ÔeoTYjç. — 7. Land., III, 153. Cf. Pitha, Analecta sacra, IV, 95 sqq. (syriaque-latin). Lagarde, 
Analecta syr., 65. Patr. Gr., X, 1127. 

8. Comprendre ainsi d'après le contexte et Lakd, III, 162, 9. Dans notre ms. on lit : « et dit », 
comme si ce qui suit était tiré de la lettre de Didscore. — y. Sic ms. — 10. ^-l'-« <» f»*a (L). — 
11. ^ooii> û^ 4© (L). — 12. Ua-o3o l«xa^ (L). — 13. o,Jw Clxs ; Jitt. : « les fils de l'Inde ». 



136 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



comme il est écrit. — Anathème soit 
quiconque dit que le Christ a pris une 
partie* de l'homme, et ne confesse pas 
qu'il fut en tout semblable à nous, à 
l'exception du péché. — Anathème soit 
quiconque dit que le Christ était chan- 
geant et variable, et ne le confesse pas 
immuable dans l'esprit et incorruptible 
dans le corps, comme il est écrit. — 
Anathème soit quiconque dit que le 
Christ était un homme parfait séparé- 
ment, et ne confesse pas que Notre- 
Seigneur Jésus-Christ était un, comme 
il est écrit. — Anathème soit quiconque 
dit qu'autre était celui qui a souffert et 
autre celui qui n'a pas souffert; et ne 
confesse pas que Dieu impassible a souf- 
fert dans la chair, comme il est écrit. 

— Anathème soit quiconque dit qu'autre 
était le Fils de Dieu antérieur aux 
mondes, et autre celui qui vint à la fin 
(des temps), et ne confesse pas que celui 
qui était avant les mondes est le même 
que celui qui vint à la fin, comme il est 
écrit : « Le Christ hier et aujourd'hui. » 

— Anathème soit quiconque dit que le 
Christ fut fait par le concours de 
l'homme, comme le reste des hommes, 
et ne confesse pas qu'il s'est incarné et 
s'est fait homme, par l'Esprit-Saint, de 
la Vierge Marie, de la race de David, 
comme il est écrit. — Anathème soit 
quiconque dit que le corps du Christ est 



à la mort de leur évêque, pour qu'il 
leur en ordonnât un autre. — Les 
Alexandrins ne cessaient d'envoyer à 
l'empereur des pétitions en sa faveur *. 

{Extrait) des témoignages ' des Pères 
qui sont dans la lettre de Timotheus* . 
Theophilus^ : [247] « Le Verbe, Dieu 
vivant et vivificateur de l'univers, créa- 
teur du monde, n'a pas revêtu un corps* 
(formé) de matière précieuse, pour ve- 
nir vers nous; mais il fit paraître la su- 
blime splendeur de son art dans la boue. 
Devant renouveler et restaurer l'homme 
formé de boue, il naquit comme un 
homme , de la Vierge_,et s'avança avec tout 
ce qui constitue notre nature, à l'excep- 
tion du péché. Il naquit pour nous 
d'une manière miraculeuse et sanctifia 
la nature humaine' ». 

Du même*. « Il n'était pas difficile 
pour Dieu le Verbe de se former un tem- 
ple d'un corps virginal, pour notre sa- 
lut. Comprends que Dieu ne s'est 
aucunement souillé par une union natu- 
relle pour créer Thomme; à plus forte 
raison lorsque, dans sa miséricorde, il a 
pris un corps® du sang virginal. » 

Cyrillus^'^ : « Et ainsi, en vérité, puis- 
que la Vierge enfanta le Christ : elle est 
la Mère de Dieu, demeurée vierge. Celui 
qui, comme nous, est composé de chair 
et de sang est consubstantiel à elle et à 
nous dans l'humanité, par sa chair. II 



1. ^*.|, |M» (L). 

2. Land, III, 162. — 3. xpvÎCTetç, — 4. Les citations suivantes viennent, dans la lettre de Timo- 
thée, à la suite de celle d'Ambroise (page 140). Land, III, 157-159. — 5. Cf. Mansi, IV, 1190. 
Patr. Gr., LXV, 60. — 6. oùpavîou Xaê6[Ji,£Vo; crcofiaToç. Corriger : I^Ujoa |.»*,a^ (?) — . 7. Le texte 
continue chez Land, — 8. Cette citation ne se trouve pas en grec; Land, 158, S. — 9. ;ûa^^io (L). — 
10. Land, 158, 6, 



LIVRE IX. GHAP. I 



137 



consubstantiel à sa divinité^ et ne con- 
fesse pas que le Dieu qui existait avant 
les mondes « s'est anéanti lui-même et 
a pris la ressemblance de l'esclave », 
comme il est écrit. — Anathème soit 
quiconque dit que le corps du Christ 
n'est pas créé, et [ne] confesse [pas] que 
le Verbe de Dieu incréé, a pris chair 
de la créature humaine, comme il est 
écrit. Et comment dire que le corps n'est 
pas créé? Car l'incréé est invulnérable 
et Impassible; et le Christ ressuscité 
des morts montra aux disciples les trous 
des clous^ la plaie de la lance, la palpa- 
bilité de son corps ! Et s'il entra, les 
portes fermées, ce fut pour montrer la 
puissance de sa divinité et la réalité de 
son corps. La chair ne peut absolument 
jamais être dite consubstantielle à la di- 
vinité. On appelle consubstantielle une 
chose qui n'offre aucune différence dans 
sa nature et dans sa propriété. 

Du même\ — « C'est Dieu immuable, 
incorporer, qui est apparu dans la chair, 
parfait dans la divinité parfaite ; nous 
n'adorons ni deux personnes, ni deux 
natures, ni une quaternité ; Dieu, le 
Fils de Dieu, l'homme et l'Esprit-saint ; 
mais [247] nous anathématisons ceux 
qui détruisent ainsi notre salut. Celui 
qui a pris notre forme et est venu dans 
sa propre forme est vraiment Fils de 
Dieu par nature et homme par la chair, 
Notre-Seigneur Jésus. » 



n'est pas consubstantiel à la divinité, 
comme disent les hérétiques, mais con- 
subtantiel à nous, puisqu'il a pris (chair) 
de la race d'Abraham '. » 

[Et encoî^e^) : « C'était le corps du 
Verbe, et non d'un autre homme distinct 
et séparé "j de manière que le Christ ne 
serait pas le Fils. Puisque le corps de 
chacun de nous lui est attribué*, nous 
devons penser de même au sujet de 
l'unique Christ. Car, bien qu'il ait pris 
un corps de notre race et de notre na- 
ture, puisqu'il naquit de la Vierge, ce- 
pendant le corps est réputé et est dit 
sien, parce que Dieu le Verbe, qui est la 
vie par sa nature même^ s'est montré le 
vivificateur de son corps, et est devenu 
en cela une bénédiction vivifiante pour 
nous. » 

Du même ^ : « Si non [248] comment 
fut -il semblable à nous ? Et bien que 
Dieu le Verbe demeurât ce qu'il était, 
accorde-lui cependant, dans l'unité 
d'hypostase, que son corps n'est pas sé- 
parable, ne le dépouille pas de sa chair, 
et adore-le, ainsi qu'il convient, comme 
un seul Fils : consubstantiel au Père, 
divinement et, le même, consubstantiel 
à nous humainement. Le Christ fait 
briller l'intelligence de ceux qui aiment 
à penser ainsi, et l'éclairé de ses mys- 
tères* ». 

Aussi ces saints Pères ^, et d'autres 
saints comme eux, anathématisèrent-ils 



1. Cf. Mansi, vu, 858. — 2. Lire : Uûa^ H, otsap/o;. Lag. : \>U^ U. 

3. Cf. Hebr.,u, 16. — 4. Patr. Gr., LXXVI, 372. — 5. ^.U:^ (L). — 6. Le corps de chacun est 
attribué à chacun. — 7. La citation n'est pas empruntée au même passage. — 8. Chez Land, III, 
159, on trouve à la suite quelques autres citations de Cyrille. — 9. Land, III, 159, /6. Ces paroles 
sont de Timothée et forment la conclusion de la lettre. 

IL 18 



138 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



Basilius de Césai'ée* : — « Ce qui est 
fait n'est pas delà nature de celui qui le 
fait; mais celui qui naît est de la subs- 
tance* de celui qui l'engendre. Ce n'est 
donc pas le même qui crée et qui est en- 
gendré. » — Et de nouçeau^ : « Dans 
celui qui est engendré se trouve la na- 
ture même de celui qui engendre, alors 
même que celui qui est engendré existe 
d'une autre manière. Ainsi Abel, né du 
mariage, n'est pas différent d'Adam qui 
n'est pasné^ mais a été façonné. » — Et 
encore'' : a Si ceux qui ont eu une pro- 
duction différente diffèrent par l'es- 
sence, les hommes ne sont pas sembla- 
bles les uns aux autres par la nature; 
car autre fut la production d'Adam, qui 
fut formé de la terre, et autre celle 
d'Eve, qui (fut formée) d'une côte ; autre 
celle d'Abel, qui naquit du mariage, et 

autre celle de Celui qui naquit de Marie, de la Vierge seule. Il en est de même des 
oiseaux et des animaux. » 

Gregorîus son frère". — « La nature de ceux qui sont engendrés doit nécessaire- 
ment être comme celle de leurs parents. » 

Gi-egorius de Nazianze^ . — « Ces choses sont communes à celui qui est plus 
grand que nous et qui à cause de nous, a pris ce qui nous est propre et s'est 
fait homme; non pas uniquement pour se proportionner par le corps aux corps, 
lorsqu'on ne pouvait le saisir à cause de sa nature inaccessible; mais, pour sanctifier 
l'homme, il s'est fait pour ainsi dire un levain, qui a attiré toute la masse; il a délivré 
de sa dette celui qui était coupable ; pour nous, il s'est fait en tout semblable à nous, 
à l'exception du péché, (c'est-h dire) : corps, âme, esprit, ce qui constitue l'homme 
mortel en général. Dieu est devenu visible afin d'être connu; Fils de l'homme à cause 
d'Adam et de la Vierge, desquels il venait : celui-ci étant l'ancêtre, celle-ci étant nor- 
malement sa mère qui l'enfanta surnaturellement et anormalement. » 

Julius de Rome''. — « Nous croyons relativement à l'économie de l'incarnation de 



h juste titre quiconque n'est pas soumis 
à votre doctrine'. — J'ai écrit, à Alexan- 
drie, aux clercs, aux moines, aux vierges, 
nos sœurs dans le Christ, et à tout le 
peuple fidèle, et j'ai envoyé la lettre à 
votre ^ charité, afin que vous connaissiez 
ce que j'ai écrit. J^ai demandé la paix, 
scellant de ma signature, moi Timo- 
theus. — Si quelqu'un ne croit pas 
conformément à la doctrine de Notre- 
Seigneur Jésus-Chrit, que les Saints 
Pères ont enseignée, qu'il soit ana- 
thème ! II nous faut, en effet, ou vivre 
en demeurant dans la foi, ou mourir 
pour elle, afin de vivre éternellement. — 
Fin de ces témoignages des saints Pères 
et des docteurs orthodoxes qui nous ins- 
truisent delà craie foi. 



1. Patr. Gr., XXIX, 673. — 2. ouata. — 3. Loc. cit., 680. — 4. Ihid., 681. — 5. Grégoire dei 
Nysse. — 6, Patr. Gr., XXXVI, 132. — 7. Je n'ai pas retrouvé de texte grec correspondant. 
Comp. quant au sens, la fin de la lettre ad Prosdocium, Patr. Lat., VIII, 954 sqq. 

8. Land : « à leur doctrine ». — 9. >^iai*^ (L). 



LIVRE IX. GHAP. I 139 

notre Sauveur que, tout en restant immuable, le Verbe de Dieu s'est fait chair pour 
renouveler l'humanité. Tout en étant le Fils véritable de Dieu, engendré éternelle- 
ment, il s'est fait homme en naissant de la Vierge. Il était un seul et même : Dieu 
parfait dans sa divinité, consubstantiel au Père, et homme parfait par sa naissance 
de la Vierge, fils de l'homme par son corps*. — Si quelqu'un dit que le Christ avait 
un corps (venu) du ciel ou que son corps lui était consubstantiel, qu'il soit anathème. 

— Si quelqu'un ne confesse pas que la chair de Notre-Seigneur vient de la Vierge, 
qu'il soit anathème. — Si quelqu'un dit de Notre-Seigneur et Sauveur, qui s'est fait 
chair, de notre race, par TEsprit-Saint, de la Vierge Marie,qu^ilest simple, ou insensible, 
ou sans parole, ou sans intelligence, qu'il soit anathème. — Si quelqu'un ose dire 
que le Christ a souffert dans la divinité et non dans la chair, comme il est écrit, 
qu'il soit anathème. — Si quelqu'un sépare et divise notre Sauveur, disant qu'autre 
est le Fils et le Verbe de Dieu et autre celui qui s'est fait homme, et ne confesse pas 
qu'il est un seul et même, qu'il soit anathème! » 

De Jean Chrysostôme^ . — « Celui qui est au-dessus de toutes les intelligences et 
surpasse toutes les pensées ; celui qui est plus grand que les anges [248] et que toutes 
les puissances intellectuelles, a voulu se faire homme et a pris la chair formée de 
terre et de boue. Il entra dans le sein virginal, fut porté pendant l'espace de neuf 
mois, et, après être né, suça le lait, et subit tout ce qui convient à l'homme. » — Du 
même ^ : « Pourquoi est-il appelé table ? Parce que je me délecte en mangeant ses mys- 
tères. Pourquoi est-il appelé maison? Parce que j'habite en lui. Pourquoi est-il appelé 
hôte ? Parce que je suis son temple. Pourquoi est-il appelé tête ? Parce que je suis son 
membre. » — Et encore * : « Ayant désiré la fornicatrice, que fit-il? Il ne l'appela pas 
en haut, car il ne voulait pas que la fornicatrice montât au ciel, mais il descendit 
en bas ; comme elle ne pouvait monter, il descendit vers elle et il vint à sa tente, sans 
rougir; il la trouva ivre. Et comment vint-il? Non pas manifestement dans sa nature; 
mais il se fit tel qu'était la fornicatrice, par la nature mais non par la volonté, afin 
qu'en le voyant elle ne fût pas effrayée et ne s'empressât pas de fuir. Il vint vers elle en 
se faisant homme. Et comment cela ? Il fut conçu dans le sein, il grandit peu à peu. » 

— T)u même^ : « Aujourd'hui, celui qui est éternel est né et s'est fait homme : (c'est- 
à-dire) quelque chose qu'il n'était pas, sans changer dans ce qu'il était : (c'est-à-dire) 
Dieu ! Car il n'est pas devenu homme par un changement de la divinité; mais le Verbe 
impassible s'est fait chair sans que sa nature ait changé. Celui qui siège sur un trône 
sublime a été placé dans la crèche. Celui qui est simple, incorporel, impalpable, est 
manié par la main des hommes; celui qui a brisé les verrous du péché est garrotté de 
langes. » 

D' Athanasius^ . — « Si quelqu'un enseigne autre chose que les saintes Ecritures, et 



1. L : 1;.^3 W—^1 Ia-3 ;=>. — 2. Patr. Gr., LI, 37. — 3. Patr. Gr., LU, 403. — 4. Pair. Gr., 
LU, 405. — 5. Ibid., h\l, 386, 389. — 6. Cf. Patr. Gr., XXVIII, col. 28-29. 



140 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

dit qu'autre est le Fils de Dieu et autre l'homme (né) de Marie, qui est devenu comme 
nous Fils par la grâce, de manière qu'il y ait deux fils : l'un consubstantiel à Dieu et 
Dieu lui-même, et l'autre (fils) par la grâce, homme (né) de Marie; si quelqu'un dit que 
le corps de Notre-Seigneur vient d'en haut, ou que la divinité de Notre-Seigneur a été 
confondue, a été changée, ou a souffert ; ou que le corps du Christ ne doit pas être 
adoré sous prétexte qu'il est humain, ou [ne dit pas] que le corps doit être adoré 
comme appartenant à Notre-Seigneur et à notre Dieu : celui-là nous l'anathémati- 
sons, adhérant à l'Apôtre qui dit : « Si quelqu'un vous prêche autre chose que ce que 
nous vous avons prêché : qu'il soit anathème ! » 

D' Ambrosius^ . — « C'est le même qui parle, mais non pas toujours de la même ma- 
nière. Considère en lui tantôt la gloire qui convient à Dieu, tantôt les passions de 
l'homme. Comme Dieu, il enseigne les choses divines à cause du Verbe; comme 
homme, il enseigne les choses humaines, parce qu'il parlait dans notre nature ». — 
Ces choses sont aussi finies^. 

CHAPITRE [IV] '. — Des choses qui arrivèrent du temps de Léon dans les églises 

et dans l'empire. 

Aux jours de Léon, il y eut à Gonstantinople un incendie qui n'avait [2491 ja- 
mais eu son semblable. Le feu régna depuis la mer jusqu'à la mer. L'empereur 
s'enfuit au delà de Mar Mâma*, et y demeura pendant six mois. Il bâtit le grand 
port de Neos-embolos". 

Il établit une loi pour que le jour du dimanche, personne ne travaillât et que 
personne n'osât jouer de la flûte, de la cithare, ou de quelque instrument de mu- 
sique ^ 

En Fan 15 de Léon, le patrice Aspar fut tué avec ses quatre fils'. 

Le césar Anthem[i]us fut tué par Ricimer*; et ce même Ricimer® tua*" le 
césar Olybrius ". 



1. Cf. ci-dessus, p, 113, 1. 30. — ■ 2. Land, III, 157, la lettre continue par la citation de Théo- 
phile, ci-desus, p. 136. — 3. Les chapitres II et III, dont le titre manque, étaient sans doute formés, 
dans le texte original, par les lettres de ïimothée, qui se trouvent maintenant insérées dans le 
chap. I". Cf. p. 122, n. 1, et p. 126, 132. — 4. Corriger le sens d'après le grec : Ttlpav sic tov "Ay. 
Ma[ASv (Chr, pasc.), — 5, Xtfj-evâptov xa'i sjJigoXov otrttç outw xaXeïxat 6 totio; NIo; efigoXo; (Ibid.) ; Bar 
Hébr, et le Ps. -Dents ont la leçon viciée : s^oa.| >^U» UoCnvj» « Leonis porticus ». Cf. Ps.-Dknys, 
ad. ann. 785. Chron. pasc, Olymp. 312; Pair. Gr„ XCII, 829. Hist. du Bas-Emp., t. VI, p. 445. 
— 6. Ps.-Denys, ad ann. 776; Chr. pasc. 01. 311 ; P. Gr., XCII, 825. Hist. du Bas-Emp., t. VII, 
p. 21. — 7. Sic. ms. Cf. Bist. du Bas-Emp., t. VII, p. 39 sqq. — 8. Ms. : Diaqimos ; ailleurs : 
Raqîmos. — 9. Ms. : Radaqîmos. — 10. Sic, ms. ; le texte est certainement altéré. Sur les événe- 
ments, cf. EvAGR., H. E., II, xvr, et Hist, du Bas-Emp, ^ t. VII, p. 45-47. — 11. Lire : ii»a*;3eSs, 



LIVRE IX. CHAP. IV 



141 



L'empereur Léon avait fait césar lefîlsde sa fille, c'est-à-dire le fils de Zenon, 
qui s'appelait aussi comme lui Léon, alors qu'il était encore enfant. C'est pour- 
quoi il fut appelé et surnommé Léon le Petit, autrement dit Leontinus ^ Celui-ci 
régna un an pendant la vie de l'empereur. 

Puis, après cela, l'empereur Léon fut pris de la dysenterie, et mourut à l'âge 
de 73 ans. Il en régna 18, moins 30 jours. 

Pendant tout le temps de sa vie, l'Église entière fut agitée par le schisme 
qu'avait causé le synode de Chalcédoine. — Fin de ce chapitre. 



Alexandros de Mabboug [et Andréas] 
de Samosate, qui étaient [249] héréti- 
ques, écrivirent à Jean d'Antioche et à 
Theodoretus, leurs partisans, contre Mar 
Siméon le Stylite, et Jacques de Ka- 
phra-Rehima, qui fut le maître de Mar 
Siméon. 

Ilsécrivirentainsi*: «A nos vénérables 
Pères. — Quand nous reçûmes vos écrits, 
nous fûmes remplis de joie, parce que 
nous apprîmes que vous étiez en bonne 
santé'; mais nous fûmes affligés en ap- 
prenant ce qu'ont écrit Siméon et 
Jacques. Nous vous engageons, puis- 
qu'ils [ont osé]* écrire contre la vérité, 
à ne pas croire en eux, quand même ils 
ressusciteraient les morts ; mais qu'ils 
soient considérés auprès de Votre Sain- 
teté comme^ des hérétiques. » 

Ces impies écrivirent ces choses et des 
choses semblables à propos des saints 
Mar Siméon et Mar Jacques, parce que 
ceux-ci n'avaient pas adopté la doctrine 
honteuse du synode assemblé à Chalcé- 
doine. 



Evêques qui existèrent après le 
synode de Chalcédoine, du temps de 
l'empereur Léon^ : 

A Constantinople, après Anatolius, 
le 14* fut l'hérétique Gennadius.* 

A Rome, après Léon, [249] le 44« fut 
Hilarius. 

A Alexandrie, après le massacre de 
Proterius ^, les orthodoxes créèrent saint 
Timotheus qui fut envoyé en exil à 
Gangres, puis à Cherson; et les Chal- 
cédoniens créèrent Timotheus surnom- 
mé Salofaciolos. 

A Antioche , après Domnus (vint) 
Maximus; et après lui, le 40® : Mar- 
tyrius, qui fut expulsé ; puis, le 41" : Ju- 
li[an]us ; puis, le 42= : Stephanus; et le 
43^: un autre Stephanus, qui fut ex- 
pulsé; ensuite le 44^: Petrus, qui fut 
exilé et revint trois fois. 

A Éphèse : le fidèle Bassianus, qui 
fut exilé, et à la place duquel entra 
l'hérétique Jean. — Après lui vint Pau- 
lus, qui fut chassé. Il revint grâce à 
l'Encyclique ; puis il fut de nouveau 



1. U^oU. 

2. Le texte de cette lettre a été édité par Torrey, op. cit. [ci-dessus, p. 92, n. 2], p, 271. Elle 
est aussi apocryphe. — 3. Lire : ,^i.iiii.û*. ^\ (T.). — 4. Compl. : oalSSo û».;-x)) ^"Sw p, d'après 
Torrey. — 5. i^a^ao^w» ^^;». y*| (T.). 

6. Cf. Land, m, 163. — 7. Rest. : «iDo^ia^,-^. 



142 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



A cette époque *, l'empereur Léon 
excita une violente persécution contre 
le reste des Ariens. Il leur enleva leurs 
églises et défendit absolument qu'ils se 
réunissent. 

Au temps du règne de Léon*, la 
cendre tomba du ciel' comme une pluie, 
et elle s'agglutina sur la terre et sur les 
toitures*, l'épaisseur d'un empan. Tout 
le gouvernement^ fut dans la terreur. 
En tous lieux les hommes s'assemblèrent 
dans les églises, les monastères et les 
temples, et dans tous les lieux saints. 
Ils faisaient des supplications, priaient 
nuit et jour, et disaient : « C'était le 
feu que la colère devait faire pleuvoir 
sur la terre; Dieu l'a éteint dans sa 
miséricorde, parce qu'il a eu pitié des 
hommes ». 

A cette époque, [2S0] Cyzique tomba 
dans un tremblement de terre : elle fut 
renversée totalement et entièrement dé- 
truite*; beaucoup de ses habitants pé- 
rirent. Un grand nombre de villes et de 
villages tombèrent aussi; cependant ils 
ne périrent pas aussi complètement 
que Cyzique. 



chassé parce qu'il ne reçut pas le synode . 

A Constantinople, le 15° fut Acacius. 

A Rome, le 45^ fut Simplicius^ pen- 
dant 15 ans. 

A Edesse, quand Ibas mourut, Nonus 
entra de nouveau*. Après lui, le 32« fut 
Gyrus^ 

En l'an 773 des Grecs *^ mourut saint 
Mar Siméon le Stylite, en l'an 3 de 
Léon. On apporta son corps à Antioche 
par la force des soldats'*. Les Antioché- 
niens lui firent un martyrion dans le- 
quel on déposa sa châsse. Ils firent cela 
parce que leur ville avait été détruite par 
un tremblement de terre ". Ils cherchè- 
rent un refuge dans son saint corps, afin 
qu'il soit une sauvegarde pour la ville. 

La mort de Mar Bar Çauma précéda 
de trois ans celle de*' Mar Siméon. 
— Que leur mémoire soit en bénédic- 
tion! — La migration, c'est-à-dire le 
couronnement de notre seigneur Mar 
Bar Çauma, le prince des ascètes, grand 
parmi les parfaits, [230] arriva en l'an 
770 des Grecs, en l'année même où mou- 
rut Marcianus; et la mort de Tillustre 
Mar Siméon arriva en l'an 3 de Léon, 
qui est l'an 773. Ces deux bienheureux, 
avec Mar Jacques de Kaphra, anathéma- 
tisèrent le synode de Clialcédoine. 



i. Pseudo-Dents, ad ann. 783; Chr. PascK, 01. 311 ; />. Gr., XCII, 828.-2. Ps. -Dents, ad ann. 
784; Chr. pasc. 01. 312 ; col. 828 ; Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 44. — 3, Les cendres du Vésuve 
portées par le vent à Constantinople. — 4, xepafAcôeç. — 5. TroXoTSta. — 6. Cf. Hist. du Bas-Emp., 
t. VI, p. 417. 

7. Ms. : Sîmpêlikîos. — 8. Cf. Ps. -Dents, ad ann. 769; Cf. Chr, Edess., n° lxviii (ann. 769), cf. 
n° Lxiv (ann, 759). — 9. Qouros ; Ps. -Dents, ad ann. 782; Chr. Edessenum, n° lxxi (ann. 782). — 
10. Lire : ^. — 11. Ps. -Dents, ad ann. 771; Chr. pasc, Olymp. 310;P. Gr., XCII, 820. — 12. Cf. 
Ps. -Dents, ad ann. 770. — 13. Lire : u;»^.. 



LIVRE IX. CHAP. V 143 

CHAPITRE V DU LIVRE IX. — Du temps de Léon le jeune, de son père Zenon, 
et de Basillscus qui se précipita pour ravir V empire, fut ensuite chassé et 
mourut. 

Léon le Jeune, qui est Leontinus, commença à régner à l'âge de 6 ans. — Il 
fut élevé à l'empire par ordre de Léon l'Ancien, en l'an 780 des Grecs. Il occu- 
pait l'empire depuis un an, et Zenon, son père, lui-même lui offrait ses hom- 
mages*. Alors, sa propre mère le trompa, comme un enfant, en lui disant: 
« Quand ton père t'offrira ses hommages, prends la couronne de ta tête et donne- 
la lui )). — Il fit ainsi, et plaça la couronne sur la tête de son père. Alors Zenon 
apparut comme détenant l'empire. Il était Isaurien d'origine. Il fit avancer Léon 
son fils, à la manière d'un consul^. 

Quelques jours après qu'il eut couronné son père, Léon mourut; plusieurs 
furent scandalisés et disaient diverses choses. 

Birina^ femme de Léon l'Ancien, demanda à Zenon quelque chose qu'il n'ad- 
mit pas. Elle le chassa et établit pour empereur son* frère Basiliscus. — Ce 
Basiliscus demeurait à Héraclée. Quand il se révolta contre Zenon et fut pro- 
clamé empereur, il créa césar son fils Marcus. 

Zenon s'aperçut et apprit que Birina méditait de le faire massacrer. [2S1] Il 
s'enfuit en Isaurie. Ayant pris les chevaux de poste ^ il abandonna l'empire et 
alla à son pays. 11 parvint à une forteresse appelée Solomon^ (?), et demeura là. 
Plus tard, sa femme, Ariadne"", s'enfuit aussi secrètement vers lui. 

Basiliscus régna, avec son fils Marcus, pendant 2 ans. — Il se conduisit mal; 
car il se montra débonnaire et très versatile. 

De son temps, Gabala de Syrie fut renversée par des tremblements de terre. 
Il envoya de l'or pour sa reconstruction ^ 

Tout d'abord il travailla à affermir la foi orthodoxe. Il fit revenir saint Timo- 
theus de l'exil et il accorda aux Alexandrins la faveur que Timotheus ramenât 
avec lui les ossements de Dioscorus qui furent reçus avec honneur à Alexandrie. 

Basiliscus écrivit l'Encyclique % et anathématisa le synode de Chalcédoine et 



1. Litt. : « l'adorait ». — 2. ).u£^o;3 = TrpoêXôîivat. Théophanes dit de Léon le Jeune: %a\ T:po£)v6wv 
tî)ç yuatoî, èT£>v£TJTïi<re. (Pair. Gr., CVIII, 301); Ps. -Dents, ad ann. 789 : usa^Socyi çyi»a5^ ©ip vpW. Cf. 
Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 57. — 3. Gr. : Pïiptvv]?, ^Yipiva, ^spiva ; Vérine. — 4. o»i>*»j « d'elle ». 
— 5. k'cpuYEv peplÔotç. Chr. pasc, 01. 314. Patr. Gr., XCII, 832. — 6. Cette leçon, qui paraît fau- 
tive, est ancienne; « Salamê » dans l'abrégé arménien (Langlois, p. 169). Peut-être une corruption 
de Chalcédoine ou de Séîeuçie. Cf. Hist du Bas-Emp., t. VII, p. 73 et 86. Ps.-Denys, ad ann. 790 : 
Ua-^W <^!i^Ll. — 7. Ms. : Argania; lire : 1j»U?I ; B. H. : ..j,|;*i uoii kv^;^!. — 8. Ps.-Denys, ad ann. 
791 ; cf. J. MAtALA, Patr. Gr., XCVII, 562; et Hist. du Bas-Empire, t. VII, p. 86. — 9. Texte grec 
dans EvAGR., H. E., III, iv. 



144 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



le Tome de Léon, avec l'adhésion' des évèques. Ensuite, Acacius ayant excité 
celui de Rome contre Basiliscus, Tempereur changea, par crainte, et écrivit la 
[Gontre-JEncyclique*, dans laquelle il abolit et annula la foi orthodoxe. Il pres- 
crivit que tout le monde reçût et proclamât le synode de Chalcédoine. Alors la 
faiblesse des convictions de cet homme fut dévoilée à tout le monde; et son au- 
torité fut aussi ébranlée dans l'opinion de chacun, et môme dans sa propre 
opinion. 

Cependant, Zenon se fortifiait, et il réunit des hommes de-ci de-là. Ils s'as- 
semblaient auprès de lui parce qu'ils détournaient [232] leur visage de Basiliscus. 

Quand Zenon vint avec une armée, Basiliscus envoya Harmati[ujs pour le com- 
battre. Zenon manda secrètement à Harmatius qu'il ferait son fils césar, et lui- 
même général. C'est pourquoi Harmatius trompa Basiliscus. — Quand Harma- 
tius fut avec Zenon, celui-ci entra dans la ville impériale et fut reçu par tout 
le Sénat. Basiliscus prit sa femme et ses enfants et s'enfuit à la grande église. 
Zenon ordonna de célébrer des jeux du cirque', et fut loué par tout le monde. 
— Il envoya dépouiller de la pourpre impériale Basiliscus, sa femme et ses en- 
fants; et il leur donna sa parole que personne d'entre eux ne serait tué. Il les 
envoya à la forteresse de Limnès*, eii Cappadoce, où ils furent enfermés dans 
une citerne : elle fut fermée sur eux, et ils moururent misérablement". — Fin. 



Basiliscus revêtit la pourpre et prit la 
couronne. Voulant être agréable aux 
Alexandrins *, il céda à leurs ins- 
tances et écrivit des lettres encycliques 
qu'il envoya en tous lieux aux évêques, 
anathéraatisant tout ce qui avait été fait 
à Chalcédoine, ainsi que le Tome de 
Léon. 

Il établit la loi que partout où on trou- 
verait (des exemplaires) de la doctrine 
nouvelle de Chalcédoine ou du Tome, 
ils seraient livrés au feu. 



Ici nous plaçons le sout^enir de VEn^ 
cyclique que fit Léon l'Ancien. — Léon, 
voyant que le mal se multipliait dans 
les Eglise à cause du synode (de Chal- 
cédoine), écrivit et envoya aux métropo- 
litains de tous lieux une Encyclique 
ainsi conçue ^ : « Faites savoir en toute 
diligence à Ma Piété, ce que vous pen- 
sez au sujet de Timotheus et au sujet 
du synode, sans crainte, sans faveur ou 
haine, ayant seulement devant les yeux 
la crainte de Dieu ; car vous savez que 



1. Litt. : « la signature ». — 2. Texte dans Evagr., H. E,. III, vu. — 3. lunixoi;. — 4. Lire : 
M!ai!û2ik (?)j eîç Atjjivâ; ; Ps.-Denys, ad ann, 792: |.»ûo»aû» |;é«^o i^.saiî^ ; cf. Hist. du Bas-Emp., t. 
VII, p. 88. — 5. Cf. Chr. pasc. ; Pair. Gr., t. XGII, col. 836. 

6. A Timothée ^lure et à ceux qui l'accompagnaient à Constantinople. Cf. Land, III, 166, êS. 
Lire : U* »,i^Mia>^U. 

7. Mansi, VII, 522. 



LIVRE IX. GHAP. V 



145 



Ces lettres encycliques furent copiées 
par le moine Paulus le sophiste, qui 
avait disputé vigoureusement avec Aca- 
c[ius]^ (évêque) de la ville impériale, 
et montré que Nestor[ius] et Eutychès 
avaient la même opinion, parce que 
tous les deux s'efforcent de prouver 
que le corps humain n'a pas participé à 
la rédemption divine. Nestorius, en ef- 
fet, en prétendant que le corps n'est pas 
capable de l'union hypostatique avec le 
Verbe, détruisait celle-ci et confessait 
une union d'afifection ; Eutychès, niant 
pour le même motif l'assomption de la 
chair, imaginait faussement de placer 
l'incarnation ' dans le ciel ou dans un 
autre corps. Par conséquent, ils sont 
d'accord tous les deux, sur le terme 
« d'apparence * » bien qu'ils l'expliquent 
différemment : Nestorius considérant 
l'union comme imaginaire et non réelle, 
et Eutychès (considérant) l'incarnation 
de Dieu le Verbe comme une illusion, 
[2S1] puisqu'il niait qu'un corps animé 
ait été pris de notre race'. 

Timotheus d'Alexandrie, successeur 
de Dioscorus,et Petrus * d'Antioche sous- 
crivirent à ces lettres encycliques" : tous 
deux étaient en exil, et Basiliscus les fit 
revenir à leurs sièges ; ainsi que Paulus 
d'Ephèse, avec les évoques d'Asie et 
d'Orient, Anastas[ius] de Jérusalem et 
beaucoup d'autres. On dit, en effet, que 
le nombre des évêques qui souscrivi- 



vous rendrez compte de ce fait à la Di- 
vinité immaculée. » 

L'empereur ayant écrit ces choses 
aux évêques, Anatol[ius] comprit que 
l'empereur était disposé à annuler le 
synode, et craignit d^être lui-même 
privé du suprême sacerdoce qui lui 
avait été conféré dans le synode même. 
Il s'avisa d'envoyer une lettre aux évê- 
ques, avant l'Encyclique de l'effipereur, 
disant : « Voici que l'empereur veut 
vous mettre à l'épreuve pour savoir si 
vous êtes opposés (au synode) ». C'est 
pourquoi les malheureux écrivirent 
pour confirmer ce qu'ils avaient fait à 
Chalcédoine. Seul, Amphilochius de 
Sidé et les évêques qui étaient sous sa 
juridiction furent au-dessus de la peur. 
Ils envoyèrent à l'empereur une lettre 
synodale désapprouvant, il est vrai, l'or- 
dination de Timotheus, mais aussi blâ- 
mant les choses faites à Chalcédoine 
contre la foi, c'est-à-dire [2S1] la déci- 
sion innovatrice des deux natures après 
l'union ineffable et inséparable. 

[Extrait] de la lettre d' Amphilochius 
de Sidé à V empereur héori^ . — « Selon 
l'ordre de Ta Puissance aimant le Christ, 
nous nous sommes promptement réunis 
à Sidé_, ville métropolitaine, et nous 
avons pris de la lecture de ton ordre 
l'occasion d'adresser à Dieu des louan- 
ges et surtout des prières. » — Et un peu 
plus loin : « Comme nous l'avons appris, 



1. Littér. : « res adveniûs ». — 2. Pour dire que l'incarnation n'était pas réelle. — 3. Cf. 
Land, III, 166, £4 sqq. — 4. Land, III, 168,^5. — 5. Lire : l;^9o, Pierre Monge. 

6. Sur l'existence de cette lettre, cf. Evagr., H. E., II, m; Land, III, 142. On n'en connaît 
pas de texte grec. Un fragment de deux lignes, qui ne se trouve pas parmi ceux qui sont reproduits 
ici, est cité par Léon de Byzance, Mansî, VII, 839; Pair. Gr., LXXXVI, n, 1841. D'après les Actes 
de Chalcédoine, Amphilochius avait souscrit à la définition, cf. Mansi, VII, 15, 194. 

II. 19 



146 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



rent à cette encyclique faite par Basi- 
Iiscus_, et anathématisèrent le décret 
innovateur et le Tome de Léon, s'éleva 
à sept cents. 

Les évêques d'Asie, réunis à Ephèse 
au nombre de six cents, écrivirent une 
lettre de remerciement à Basiliscus et 
anathématisèrent le Tome et la doctrine 
de Ghalcédoine en disant* : « Anathème 
à Acac[ius] et à ceux qui pensent comme 
lui. Nestorius et Acac[ius] ne sont qu'un. 

A l'apostat* recevoir [le synode de 

Chalcédoinel et le Tome de Léon. Le 
Tome de Léon a divisé l'Univers. Rome 
fut depuis lors sans empereur . Anathème 
au synode malfaisant (?) ». 

Acac[ius] en apprenant cela % et voyant 
que Timotheus avait accordé à Paulus 
d'Ephèse l'honneur du patriarcat; que 
s'il désirait rester à sa place à Constan- 
tinople, Timotheus d'Alexandrie, qui se 
trouvait là, n'y consentirait point jusqu'à 
ce qu'il eût souscrit à l'Encyclique, et 
qu'à Jérusalem, un synode était aussi sur 
le point de se réunir et de l'anathéma- 
tiser, il excita les moines de la ville impé- 
riale, en fermant [232] les églises, et 
fit descendre le stylite Daniel, comme si 
Basiliscus était hérétique. Il plaça l'em- 
pereur dans un grand danger; comme 
déjà ses affaires étaient ébranlées par 
les machinations des notables, en vue 
du retour de Zenon, par peur, l'empereur 



ils furent enflammés de colère, comme 
le feu qui prend dans la forêt (?), parce 
que l'expression du synodicon de Ghal- 
cédoine ne convient pas à l'incarnation 
du Christ; (expression) pu sujet de 
laquelle, même avant Alexandrie, ceux 
de Gonstantinople et de toutes les 
Églises orthodoxes ont été troublés et 
sont encore ardemment divisés. Il fallait, 
en effet^ se servir de cette parole de l'ami 
de Dieu, Jean l'évangéliste : « Le Verbe 
s'est fait chair », pour démontrer que 
Dieu le Verbe, qui était au commence- 
ment, s'est uni un corps humain animé 
d'une âme raisonnable et intelligente, et 
ne pas faire mention de natures. » — Et 
plus loin : « Et comment quelqu'un 
composerait-il une expression vraiment 
pieuse, et exempte de mensonge, mar- 
quant la dualité % alors que EApôlre , étei- 
gnant à la fois toutes les hérésies : non 
seulement celles qui existaient déjà, 
mais encore celles qu'il voyait d'avance, 
par l'esprit prophétique, surgir contre 
les Églises, et fermant leurs bouches 
impudentes, n'a pas pensé qu'il y eût 
la moindre nécessité de faire mention 
de « deux ». Mais peut-être le rédacteur 
du synodicon, craignant qu'on ne croie 
au mélange, à la destruction ou à la con- 
fusion dans l'Incarnation [2o2] si on 
parlait d'une nature, a-t-il mis « deux 
natures » ? Mais^ au lieu de faire un nou- 



1. Cf. Land, III, 169; Mansi, VII, 1015, d'après Evage., H. E., III, v. Les fragments qui sont 
cités ne répondent pas à celui que nous avons ici. — 2. Lacune de cinq ou six mots. — 3. Land, 
III, 173, ^0 sqq. 

4. Phrase très obscure; littéralement: « Quomodo quis veirbum valde verum religionis et expcrs 
mendacii texeret dupliciter w. 



LIVRE IX. GHAP. V 



147 



renia l'Encyclique ;ilfitune ordonnance* 
sur des choses qui, certes, ayant eu lieu 
par contrainte, ne peuvent avoir aucune 
force, et il envoya la Contre-encycliquo^ 
en tous lieux. Et bientôt après Dieu lui 
enleva l'empire, comme le lui avaient 
prédit les moines du couvent de Theo- 
dorus, l'illustre Ammian[us] et Amôn, 
surnommé « le Buffle' », (disant que) s'il 
rejetait l'Encyclique le Christ le rejet- 
terait de l'empire. 

Tandis que Basiliscus abandonnait 
l'empire, l'empereur Zenon revenait *. Il 
porta une loi pour annuler 1 Encyclique. 
Petrus d'Antioche et Paulus d'Ephèse 
furent chassés; et les évêques d'Asie 
changèrent de nouveau, (déclarant) qu'ils 
croyaient comme le concile de Chalcé- 
doine ^, à l'exception de Timotheus d'A- 
lexandrie, d'Anastas[ius] de Jérusalem, 
et d'Epiphan[ius] de Mygdala* de Pam- 
phylie. 

En ce temps-là, il y eut un tremble- 
ment de terre en Thrace ; et de nom- 
breux pays furent détruits. — La crainte 
s'empara de tous ceux qui voyaient les 
calamités qui atteignaient les hommes ; 
et chacun pensait que la fin du monde 
était proche. — Cet autre chapitre est 
aussi fini. 



veau décret, il suffisait de rappeler la 
parole de Jean au sujet des choses divi- 
nes citée plus haut, comme nous l'avons 
dit auparavant, à savoir : « le Verbe 
s'est fait chair » — Et un peu plus loin : 
« Ce qu'ir fit écrire dans le synodicon, 
selon son dessein, au sujet des deux na- 
tures est une loi nouvelle, qu'il donna à 
l'Eglise, non pas comme Moïse qui ap- 
portait de la montagne les deux tables, 
mais, comme s'il venait lui-même du 
ciel ! — Il appartient au blasphème 
incommensurable de Nestorius de con- 
fesser deux natures, pour la destruction 
de l'union. Car s'il y a deux natures, où 
est l'union? « Deux » se doit entendre 
de la division, « un » de l'union, et sur- 
tout de cette union divine et ineffable. » 

— Et un peu plus loin : « J'aurais désiré 
apprendre d'eux lequel est conforme à 
la religion : établir « qu'on doit dire 
deux natures a ou (établir) l'union? Car 
il n'est pas possible que ces deux choses 
se rencontrent ensemble. La confes- 
sion, en effet, des « deux » est des- 
tructive de Punion, comme de son côté 
l'union (fait disparaître) les « deux. » 

— Et un peu plus loin : « Enfin, il 
semble que : « dire que Notre-Seigneur 
Jésus-Christ doit être reconnu en deux 
natures » et s'efforcer de le prouver 
comme les diphysites, ainsi que cela a 

lieu dans les fables de ces idolâtres, ne convient pas à la manifestation du Christ. » 
— Et plus loin : «Donc, de même qu'on confesse une seule hypostase dans Vhenoticon 



1. StâTalt;. — 2. àvueyxuxXta. — 3. bulalus. Cf. Land., III, 166,^: );= ?ot lo« UûCsso^ ,aio| « AmÔQ, 
surnommé « Taureau sauvage ». — 4. Cf. La.nd., III, 173, /.? sqq. — 5. Cf. Evagr., H. E,, III, 
tx. — 6. vjîi..^;^» (L), 

7. Probablement S. Léon. Ces citations fragmentaires rendent le texte difficile à comprendre. 



148 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

de Chalcédoine, de même on doit dire correctement qu'il y aune substance', c'est-à- 
dire une nature, de Dieu le Verbe, qui a racheté la nature humaine, et non pas 
« deux natures ». Car cette opinion se rapproche et est voisine de celle qui croit, 
comme Nestorius, qu'il y a deux Fils, En quel sens celui qui dit « deux natures » 
[2S3] peut-il dire une « personne »? On ne peut le comprendre. A chaque nature, en 
effet, correspond toujours la personne : ou une, ou deux, ou trois; c'est ainsi que de 
l'adorable e&sence divine trois personnes se manifestent. — Nous prions que la 
volonté de Dieu assiste Ta Puissance, afin que la foi des Apôtres, qui est parvenue 
au bout de quatre cents ans, depuis l'apparition de Notre-Seigneur jusqu'à cette 
expression hérétique de Chalcédoine, demeure pure et inaltérable. » 

Cet homme écrivit de telles choses h l'empereur. Mais, ayant voulu redresser les 
choses qui avaient été malicieusement établies sous le règne de Marcianus, cela ne 
lui fut pas permis par ceux qui avaient condamné saint Timotheus, — Fin. 



CHAPITRE VI DU LIVRE IX, — Des choses qui arrivèrent sous le règne 

de r empereur Zenon. 

. Zenon ayant été confirmé dans l'empire, proclama césar Basiliscus, fils d'Har- 
matius, et éleva celui-ci au généralat, comme il le lui avait juré. Il ordonna 
de célébrer les jeux du cirque : Basiliscus y siégea avec Zenon, et ils regardè- 
rent (les jeux) tous les deux ensemble^ 

Ensuite, Zenon se prit à songer : « De même qu'Harmatius a trahi et trompé 
Basiliscus après lui avoir juré (fidélité) par Dieu, le baptême et les mystères, il 
me trahira aussi maintenant qu'il est devenu puissant. Je n'ai point menti. J'ai 
déjà accompli ce que je lui ai juré; je le lui ai fait ainsi qu'à son fils. » — Et Ze- 
non ordonna de faire mourir Harmatius, comme ayant transgressé ses ser- 
ments. Il fit tonsurer son fils et le fit lecteur; ensuite, sur son ordre, celui-ci 
devint évêque de la métropole de l'Hellespont, qui est Cyzique. Et cela, parce 
qu'il avait mérité de revêtir la pourpre impériale * I 

Du temps de Zenon, les Samaritains se révoltèrent*. Ils établirent un roi, 
nommé Justus% qui tua un grand nombre [234] de chrétiens. Il entra à Gésarée 
pour y siéger comme roi. Il assista aux jeux hippiques. Il fit beaucoup de mal et 
incendia l'église de Procopius^ Les Romains de la Palestine s'assemblèrent, 
attaquèrent, vainquirent et tuèrent les Samaritains, et envoyèrent la tête de leur 



1. ouffta. — 2. Chr. pasc, Olymp., 316; Patr. Gr., XCII, col. 838. Cf. Hist. du Bas-Emp., t. VII, 
p. 87. — 3. Chr. pasc, col. 840 ; cf. Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 89. — 4. Chr. pasc., 01. 316, 
col. 842. Cf. Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 147. — 5, 'louaxaffaç, 'louatoudaç (C^r. pasc.). — 6. Ms. : 
Porqipios. 



LIVRE IX. GHAP. VI 



149 



roi à Zenon. L'empereur ordonna de faire de la synagogue des Samaritains' une 
grande église en l'honneur de Notre-Dame Marie. 

Il y eut un grand tremblement de terre et la plus grande partie de la ville 
impériale fut renversée jusqu'au Taurus^ — Nicomédie fut aussi renversée 
pour la sixième fois*. 

A cette époque, ceux de la faction des verts*, qui étaient à Antioche, atta- 
quèrent et incendièrent la synagogue des Juifs, et firent brûler cruellement un 
grand nombre de Juifs; ils firent aussi brûler les ossements de leurs morts 
dans les tombeaux. 

Après cela, Zenon fut aussi pris de la dysenterie et mourut à l'âge de 60 ans. 
Il en régna 16'. 

Ces choses sont tirées du livre de Jean d'Antioche qui dit que depuis Adam 
jusqu'à la mort de Zenon il y a en tout 6.458 ans. — Fin. 



Zenon étant revenu de nouveau à l'em- 
pire et voyant les Eglises troublées, fit 
l'écrit (appelé) Henoticon qu'il envoya à 
Alexandrie*. 

Il chassa en exil Petrus d'Antioche', 
pour avoir conspiré avec Basiliscus, 
et il établit à sa place un certain Ste- 
phanus, qui fut aussi reconnu comme 
nestorien. Gomme il était sorti hors de 
la ville pour célébrer la commémoraison 
des Quarante-Martyrs, les clercs s'as- 
semblèrent, aiguisèrentdes roseaux, Ten 
percèrent et jetèrent son cadavre dans 
le fleuve Oronte. Zenon tira vengeance 
d'eux, et fit ordonner Galandion qui fut 
aussi trouvé nestorien et qu'il envoya 
en exil. Ensuite, comme les Antioché- 
niens [réclamaient] ^ le retour de Petrus, 



Henoticon deZénon^, — « L'empereur, 
Gésar, Zenon, empereur fidèle, victorieux, 
toujours Auguste : aux évoques et au 
peuple d'Alexandrie, d'Egypte, de Libye, 
et de laPentapole. — Nous savons que le 
principe*", le soutien, la force invincible 
de notre empire est la seule foi divine 
qu'ont établie les 318 Pères réunis à Ni- 
cée, qu'ont pareillement sanctionnée les 
150 saints Pères de Gonstantinople; et 
nuit et jour, par des prières continuelles, 
notre soin et nos lois, nous faisons en 
sorte que, grâce à elle, l'Eglise sainte, 
catholique et apostolique, qui est la mère 
incorruptible et indestructible du scep- 
tre de notre empire, s'accroisse en tous 
lieux; car, quand les peuples fidèles 
demeurent dans la paix et l'union avec 



1. Sur le mont Garizim. — 2. Nom de la place où s'élevait la statue de Théodose le Grand. — 3. 
Chr. pasc. ,01. SU; éd. cit., col. 845; Malala, Pair. Gr., XCVII, 572. — 4. Corr. : IwsoVlS, 
TtpatTcvot. Cf. Malala, Pair. Gr., XCVII, 578. — 5. Cf. Chr. pasc, 01. 318, éd. cit., col. 848. 

6. Pseudo-Denys, ad ann. 796. — 7, Ps.-Denys, ad ann. 794. — 8. Rest. : ûix> ou oi.:» ; Ps.-De- 

9. Texte grec:EvAGR., H. E., III, xrv; Pair. Gr., LXXXVI, 2619. Texte syriaque : Land., III, 179, 
et Pseupo-Dents, ad. ann. 796. — 40. Lire : |*^ûj. (L), apyYjv ; ms. : Uo* « le rempart ». 



150 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



surnommé le Foulon, sur l'ordre de 
l'empereur, Petrus revint d'exil, reprit 
son siège, et y finit sa vie*. 

Zenon se laissa convaincre et consen- 
tit au retour de Petrus pour le motif 
que voici : Leonti[us], Illus * et Eupre- 
prius', généraux à Antioche, se révol- 
tèrent contre Zenon. Calandion, qu'il 
avait fait évèque d'Antioche, était leur 
appui. Ils furent révoltés pendant trois 
ans ; puis ils furent pris et mis à mort, 
et Calandion fut expulsé; [234] c'est 
pourquoi tout le peuple demanda à 
l'empereur que Petrus revînt. L'empe- 
reur le permit, et il revint*. 

En ce temps-là, parut Theodoricus ^ 

fils de Trajanos ' 

il vint jusqu'à et n'ayant 

pu lui nuire quand 

il parvint en Illyrie, il fut mis à mort '. 

Après celui-ci parut un autre tyran 
du nom de Theodoricus^, surnommé Eu- 
laqlos % qui pilla la contrée d'illyrie et 
la Thessalie; il marcha aussi contre la 
ville de Larissa '". 

Ensuite**, ce tyran Theodoricus vint 
jusqu'à la région de Melanthias *% ayant 
auparavant traversé la Thrace et ravagé 
de nombreux pays *^; puis il s'en re- 
tourna. 



Dieu, ils offrent des prières très accep- 
tables pour notre empire, avec les vé- 
nérables et pieux évêques, lesclercs_, les 
archimandrites et les moines. En effet, 
tant que notre grand Dieu et vivificateur 
Jésus-Christ, qui a pris un corps de la 
Yierge sainte, Marie, Mère de Dieu, ap- 
prouve et accepte avec bienveillance, la 
louange [234] et le culte de notre una- 
nimité'*, tous les ennemis doivent être 
brisés et disparaître, et tous les hommes 
doivent courber le cou sous notre puis- 
sance qui est selon Dieu ; car la paix et 
tous les bienfaits qui en découlent : l'ex- 
cellente sérénité de l'air, l'abondance des 
fruits et toutes sortes de commodités, 
seront largement donnés aux hommes. 
Ainsi donc, la foi immaculée étant notre 
sauvegarde ** et celle des affaires des Ro- 
mains, des prières nous ont été adressées 
par les pieuxmoinesetermites,noussup- 
pliant avec larmes de procurer l'union de 
la sainte Église et de réunir ses membres 
les uns aux autres; car l'ennemi de tout 
bien s'est efforcé depuis longtemps de la 
diviser, sachantque quand il combat avec 
le corps entier de l'Eglise il est vaincu. 
Il en est résulté que parmi d'innombra- 
bles générations qui ont quitté la vie 
pendant toutes ces années ",les unes sont 



1. Cf. J. Malala, Patr. Gr., XCVII, 566. —2. Ms. : Aioulos ; Land : .raah-û., YouUos (III, 176, 
j8) ^^^ (199, 3). — 3. Sic ms.; corr. : Pamprepius. Cf. Hist. du Bas-Empire, t. VII, 
p. 132. — 4. Jac. Edess., ad ann. 166. — 5. Ms. : Theodorocos. — 6. Sic ms. Corr. : 
Triarius. ©soSépr/uç ô Tptaptou (Theoph., Patr. Gr., CVIII, 296). Théodoric le Louche. — 7. Le 
texte, mutilé, ne peut être restitué avec certitude. — 8. Théodoric l'Amale. — 9. Sic ms. Restituer ; 
>ûoo;.v3Ulo (©suSIpc/o? " y"o;J Oûa>.liJi£po; (Malala, P. Gr., XCYII, 569), — 10. Cf. Hist. du Bas-Em- 
pire, t. VII, p. 125. — 11. Jac. Edess., ad ann. 166; Land, III, 199. — 12. Corr. : <xïi*^.I^oUibo (Jac. 

Edess.). MeXavOîSoç (?). — 13. Ms. : pretiosa m.ulta ; lire : l^-llao» ; L : l-^-»»» ILo^Ll. 

14. TTjv £x CTUfjLcptovsaç 8o|o>-oytav. — 15. Lire : [aïoûji». — 16. Gr. ; ocaç ô ^pôvo; èv xoao'jTOi; ïxzni 
xrjç ÇwrjÇ -jTTîSTiyayev. 



LIVRE IX. GHAP. VI 



151 



Ce tyran étant de nouveau revenu 
marcha contre Rome'; x4.rcadius ^, anti- 
césar, qui avait été établi là, s'enfuit 
devant lui à Ravenne. Theodoricus pil- 
lait toute la contrée d'Italie. 

Alors', sur l'ordre de Zenon, Pelagius 
et Panormon de Crète * furent étouffés, 
comme s'ils avaient été la cause de ces 
choses. 

A cette époque, le général ^ Theodorus 
se trouvait à l'intérieur de Prasnatos". 

A cette même époque, Pérôz, roi des 
Perses, et méchant persécuteur des 
chrétiens, mourut; et Balous \ frère de 
Pérôz, régna, en 17" lieu, pendant 4 ans. 

Du tempsde ce Balous, roi des Perses, 
les chrétiens qui habitaient dans l'em- 
pire des Perses jouirent de la tranquil- 
lité ; car [2oS] ce roi n'était pas porté à 
la persécution des chrétiens. 

A cette époque parurent en Perse les 
hérésies des Kantéens etdes immondes " 
Dositéens ^ 

A Alexandrie, lorsque Petrus, sur- 
nommé Mongos, qui fut le 26" évèque 
et exerça pendant 12 ans *'',eut été chassé, 
ils ramenèrent à sa place Salofaciolos** ; 



parties privées de la propitiation de la 
régénérescence**; les autres sont arri- 
vées à l'inévitable issue des choses hu- 
maines sans avoir participé à la commu- 
nion divine. Des myriades de gens ontpéri 
dans les massacres, et non seulement la 
terre, mais même l'air a été contami- 
né par l'abondance du sang (répandu). 
Qui donc ne désireraitchanger ces choses 
en bien? C'est pourquoi nous prenons 
soin de vous faire savoir que ni nous, ni 
les saintes églises orthodoxes de tous 
pays, ni les pieux pontifes qui les diri- 
gent, n'avons et n'aurons d'autre sym- 
bole, d'autre définition, d'autre doctrine 
ou d'autre foi que celle dont il a été parlé 
plus haut : la foi sainte des 318 Pères 
de Nicée, que les 150 Pères réunis ici** 
ont adoptée et confirmée, et nous ne con- 
naissons personne qui en ait une autre; 
si quelqu'un en a une autre : nous le con- 
sidérons comme étranger. Nous avons la 
confiance que cette foi seule, ainsi que 
nous l'avons dit, conserve notre empire 
et tous les peuples qui ont reçu le bap- 
tême salutaire. Cest celle a laquelle ont 
adhéré tous les saints Pères [2o3] qui se 



1. Jac, Edess., ad ann., 166 ; Land, III, 199. — 2, Sic ms. ; L : ioa*,o^! ; corriger : (ûûo;o|o?o1 
(Jac. Ed.), Odoacre. — 3. Jac. Edess., ad ann. 166. Le passage est mutilé, — 4. C'est ainsi que le 
syriaque a rendu les passages des historiens grecs disant que l'ex-silentiaire et patrice Pelagius 
/ut exilé à Panorme. Cf.Eist. du Bas-Emp., t. VII, p. 215. — 5. (jTpatri>.axYiç, — 6. Sic ms. Le grec, 
mal compris, disait certainement que le comte d'Orient, Thodorus, avait favorisé à Antioche la fac- 
tion des verts (TipacTtvot) lors du massacre des Juifs. Cf. les sources citées ci-dessus, p. 149, n. 4. — 
7. Balâs; sur le nom persan, cf. Nôldeke, Gesch. der Perser, p. 10, n. 2. — 8. Lire : li-l^i-i. — 9. 
Sur ces sectes, cf. outre les sources grecques, Pognon, Inscript, mandaites des Coupes de Khouahir, 
p. 151 et 154. — 10. Il faut comprendre ainsi. Pierre Monge fut chassé au bout de 36 jours et ne 
revint qu'après la mort de Salofaciolos. Cf. Jac. Edess., ad ann. 156. — 11. Il avait été chassé 
lors du rétablissement de Timothée ^lure. 

12. ToO XouTpoO Tri? Tïa'XtyysvEoéai;; du baptême. — 13. A Constantinople. 



152 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

et il y eut une lutte et une sédition parmi sont réunis à Éphèse et qui ont prononcé 

tout le peuple. Il y eut un schisme dans 1^ déposition de l'impie Nestorius et de 

leurs Églises, à cause des animosités des ceux qui pensaient comme lui. Nous ana- 

évêques *. thématisons, nous aussi, Nestorius avec 

Eutychès, attendu qu'ils ont pensé des 
choses contraires à ce qui a été dit. Nous acceptons les XII Chapitres qui ont été 
dictés par Cyrillus, digne de mémoire, archevêque de l'église catholique d'Alexandrie. 
Nous confessons que le Fils unique de Dieu et Dieu (lui-même), Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, s'est réellement fait homme, et est consubstantiel au Père dans sa divinité, 
et consubstantiel à nous dans l'humanité; qu'il est descendu et a pris un corps de 
l'Esprit-Saint et de la Vierge Marie, Mère de Dieu *; qu'il est un seul Fils et non pas 
deux. Nous attribuons, en effet, à un seul et unique Fils de Dieu les miracles et les souf- 
frances qu'il a volontairement subies dans la chair. Nous n'admettons en aucune façon 
ceux qui divisent ou confondent, ni ceux qui introduisent l'apparence^; car, avoir pris 
un corps véritable, sans le péché, de la Mère de Dieu, n'ajoute pas un Fils. La Trinité 
demeure Trinité, alors même que l'une (des personnes) de la Trinité, Dieu le Verbe, 
s'est incarnée. Sachez donc que ni les saintes églises de l'orthodoxie qui sont entons 
lieux, ni les pieux pontifes qui les dirigent, ni Notre Majesté, n'ont admis et n'admettront 
d'autre symbole ou d'autre définition de la foi en dehors de celle dont il a été parlé. 
Unissez-vous donc sans hésiter. Nous vous avons écrit ces choses, non pour renou- 
veler * la foi, mais sur vos instances. Si quelqu'un a pensé ou pense quelqu'autre chose, 
maintenant ou à un autre moment quelconque, soit à Chalcédoine, soit dans tout 
autre synode, nousl'anathématisons, et surtout ceux quiont été appelés Nestoriens et 
Eutychéens, et ceux qui pensent comme eux. Joignez-vous donc à la mère spirituelle : 
à l'Eglise, et réjouissez-vous avec nous dans la communion divine, selon la seule et 
unique définition de la foi, qui est celle des saints Pères, comme nous l'avons dit 
plus haut. Certes, la très sainte Eglise vous attend comme des enfants chéris, pour 
vous embrasser, et désire, après un si long temps, entendre votre voix suave ^ Hâtez- 
vous donc! En faisant cela, vous vous concilierez la bienveillance de notre vivifica- 
teur, le Christ notre Dieu; et vous serez loués* par Notre Majesté ». 

Or, quand ces choses eurent été faites ainsi, grâce à Vhenoticon de l'empereur, et 
quand les évêques eurent fait l'union ', savoir : ceuxd'Ephèse,de Jérusalem, d'Antioche, 
d'Alexandrie, les évêques placés* sous la juridiction de ces sièges l'acceptèrent et 
signèrent aussi. 

Ensuite, Julianus et Jean, prêtres d'Alexandrie, Hellad[ius] et Sérapion, diacres 



1. Les six lignes de texte qui sont au bas de cette colonne doivent être transposées à la fin de ce 
chapitre, cf. page 153, n. y. 

2. OcOToxoç. -i- 3. «pavtaaia. — 4. où xatvti^ovtei; TtiffTiv « non innovantes ». — 5. Lire : P**», yXuxeta. — 
6. Lire : v'-^û^». _ 7. Land, III, 189-190. 



LIVRE IX. CHAP. VI 153 

et hommes âgés ; Theodorus, évêque d'Antinoë; Jean et André, grands archiman- 
drites, Paulus le sophiste ^ [236] et d'autres, se séparèrent de la communion de Pierre 
d'Alexandrie, parce que ni Vhenoticon, ni les lettres des évêques qui le concer- 
naient, ne contenaient clairement la condamnation^ du Synode et du Tome. Peu h 
peu ils progressaient et le nombre des moines dissidents' s'accroissait. Quand 
Acac[ius] de Constantinople apprit cela, il leur écrivit pour qu'ils se missent d'accord, 
et Pierre, dans son allocution* et dans son discours apologétique adressé au peuple, 
blâma le Synode. En entendant cela, de nouveau Acac[ius] envoya examiner la volonté 
et la foi de Pierre. On vit qu'il n'avait pas clairement anathématisé le Synode. Beau- 
coup de ces dissidents s'unirent à lui, parce qu'il avait anathématisé le Synode. 
Cependant d'autres demeuraient qui ne voulurent point communiquer avec Pierre. 
Quand il vit cela, il s'empara du monastère de l'évêque Theodorus et chassa cet homme 
prodigieux qui avait ouvert les yeux d'un aveugle en les lui frottant avec l'eau des 
fonts du baptême. 

Evêques du temps de Zenon". — A Rome, après Hilarius qui fut évêque pendant 
6 ans, vint le 45° : Simpli[ci]us, pendant 15 ans. Zenon lui écrivit à propos de 
Jean le Menteur qui avait été expulsé d'Alexandrie. — Après lui vint, à Rome, le46'' : 
Félix, pendant 8 ans. Celui-ci parvint jusqu'au temps de l'empereur Anastas[ius]. 

A Alexandrie, le grand Timotheus, qui avait été rappelé d'exil, fut grandement 
honoré, au point qu'on le conduisait sur un âne à l'église pour y faire les prières. 
— Après lui (vint) Timotheus a Mitre-branlante^ »; puis Jean, qui fut expulsé; 
ensuite Petrus, surnommé Mongos, pendant 12 ans; et après lui, 10 27*^ : Athana- 
sius, pendant 7 ans. 

A Jérusalem, le 52*^ fut Ana[sjtasius'; après lui, le 53^ : Martyrius ; ensuite le 54^ : 
Sallustianus^. 

A Aritioche : Martyr[ius], qui fut expulsé ; Julianus ; Stephanus; un autre Stephanus ; 
le fidèle Pierre ; Calandion, qui fut expulsé; Palladius; et le 49'' : Flavianus, qui fut 
expulsé du temps de l'empereur Anastas[ius]. 

A Constantinople", après Gennadfius] *" vint Acac[ius], et après lui Fravitos ; après 
lui, le 17*^ fut Euphemius ; — après lui, le 18^ ; Flabitos '*, qui fut expulsé du temps de 
l'empereur Anastas[ius]. — Fin. 

1. Vg>«i9ûao (L). — 2. Litt. : « l'analhème ». — 3. àiro(7xi<TTat ; L : |..§^ia*SiS(i9| \'Ut^ « le nombre des 
dissidents (augmentait) dans les monastères ». — 4. TrpocrcpwvYjan;. — 5. Cf. Land., III, 199. — 6. L : 
U.ûa:i>.av», traduction de i^aXocpaxtoXoç ; sur l'étymologie, cf. Ahrens et Kkuger, Die sog. Kircheii' 
gesch. d, Zacharias, p. 310. — 7. L : ^eoa^^^ai], — 8. Jag, edess. ad. ann, 166; L : uaa*évûoài.flo, Sal- 
lustius. — 9. Le sens aussi bien que le texte de Zacharie, montre que les quelques lignes suivantes, 
placées au bas de la page 256 de notre texte, doivent être transposées ici. — 10. »!>;.. — 11. Il y a 
ici évidemment une erreur; les deux noms Fravaitos et Flabitos, désignent «tpauixaç qui succéda à 
Acacius. Le successeur d'Euphemius fut Macedonius qui fut exilé par Anastase. Land : >m^*la9 

II. 20 



154 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

CHAPITRE VII DU LIVRE IX. — Du temps de Uempereur Aiiastas[ius], 

qui régna 27 ans. 

Anastas[ius] qui avait été silentiaire \ commença à régner en l'an 805 des 
Grecs, qui est l'an 539 des Antiochéniens. 

Au moment où il commença à régner, il fit périr les jeunes gens qui étudiaient 
les livres, parce qu'il avait été tourné en dérision par eux ; pour ce motif toute 
la ville fut plongée dans le deuil. 

La même année, il y eut une éclipse de soleil. — Il y eut aussi de nombreuses 
sauterelles, mais elles ne gâtèrent rien *. 

En l'an 8 d'Anastas[ius], qui est l'an 11 de Qawad, roi des Perses, le frère de 
celui-ci, nommé Zâmaps, se révolta contre lui^ pendant 2 ans. Ensuite Qawad, 
qui s'était enfui, revint avec une armée, engagea le combat avec son frère, le 
vainquit, le tua, et régna [237] de nouveau sur les Perses pendant 3 ans. 

A cette époque il y eut un tremblement de terre, et la source chaude d'Abarnê 
tarit *. 

La ville de Nicopolis^ fut totalement renversée, et ensevelit tous ses habi- 
tants, à l'exception de l'évêque et de deux de ses syncelles ^ — On vit une co- 
mète, pendant longtemps'. 

De nouveau vint la sauterelle : elle dévasta (tout), et il y eut une famine dure 
et cruelle dans toute la Mésopotamie ^ 

A cette même époque on vit un grand feu du côté du Nord, qui demeura 
embrasé toute la nuit". Peu de temps après, les Huns firent une incursion et 
engagèrent le combat avec les Perses qui furent vaincus". 

Après cela, les Perses sortirent et envahirent les pays des Romains. C'est 
surtout en Mésopotamie qu'ils pillèrent et s'emparèrent des villes. — Fin. 

Du temps d'Anastas[ius], il y eut des Du temps d'Anastasius, Flâbîtios, 

troubles violents entre les Romains et (puis) Euphemios'% patriarche de Gons- 

les Perses** pour le motif que voici ** : tantinople, fut chassé parce qu'il fut 

Du temps de Zenon, les Huns avaient constaté qu'il était nestorien'*. Après 

envahi le territoire des Perses ; Pêrôz, qu'il eut été envoyé '"en exil à Euchaïta, 



I. àiTO CTiXsvutapswv (Malala), — 2. Chron. edess., uo lxxvi ; Jac. edess., ad. ann. 175. — 3. Lire : 
,ûû Ni,i. (BH). — 4. Rest. : Ij;:^!. Chron, edess., no lxxvi; Jag. edess., ad anu. 175; Ps.-Den., ad 

ann. 810; JoscÉ styute, § xxxi, — 5. Emmaûs. — 6. Lire : l^2i.û .A.lâ. Chron. edess., n° lxxvi ; Ps.- 
Den.j ad ann. 810. — 7. Chr. edess., n° lxxvi; Jac. edess., ad ann. 176 ; Ps.-Den., ad ann. 810, — 
8. Chr. edess., uP lxxvih; Jag. edess., ad ann. 177 ; Ps.-Den., ad ann. 811. — 9. Le 22 août 813 des 
Grecs (^Chr. edess. y no lxxix). — 10. Jag, edess., ad ann. 178. 

II. Lire : ^^va:^.. — 12. Cf. Land, III, 203. 

J3. Cf. p. 153, n. 11. — 14. Ps.-Den., ad anu. 809. — 15. Lire : v^s^l. 



LIVRE IX. GBAP. VII 



155 



roi des Perses, avait réuni son armée et 
était allé à leur rencontre. Il apprit 
d'eux que ce que leur donnait l'empire 
des Perses comme tribut ne suffisait pas ; 
— ils habitaient la région du nord- 
ouest*, — que les Romains leur don- 
naient le double comme tribut, et en 
conséquence^ que les Perses devaient ou 
leur donner le même tribut que les Ro- 
mains, ou engager le combat. Quand 
Pêrôz vit qu'ils se disposaient à com- 
battre_, il les trompa en leur promet- 
tant de payer ; et, sur la promesse 
[2S7] des Perses de leur donner le tri- 
but', les Huns retournèrent dans leur 
pays. Quelques-uns d'entre eux restè- 
rent pour recevoir le tribut. Pêrôz re- 
vint et s'avisa de faire tuer ceux qui 
étaient restés, de poursuivre et de com- 
battre ceux qui étaient partis. Alors, 
un marchand d'Apamée nommé Eusta- 
th[ius], homme rusé et astucieux, sur le 
conseil duquel les Huns étaient venus et 
qui les accompagnait, les encouragea et 
les conseilla. Dans le lieu même où avaient 
été faits les serments, ils jetèrent dans 
le feu du musc* et d'autres parfums, 
qu'ils offrirent à Dieu pour détruire la 
fraude. Ensuite ils engagèrent la bataille. 
Les Huns vainquirent les Perses, et 
Pêrôz^ roi des Perses, fut tué ^ — Les 
Huns firent de nombreux captifs dans 
tous les pays des Perses, les dévastè- 



dans le Pont% on établit à sa place Ma- 
cedonius ; celui-ci devint aussi héréti- 
que par la suite, et fut envoyé en exir. 

Alors ^ Timotheus devint évêque de 
Constantinople* ; il fut le 20". C'était un 
homme fidèle ; ses œuvres répondaient 
à son nom ; Timotheus signifie, en effet, 
(( qui honore Dieu ». 

Du temps de ce saint*", (vivait) un 
homme (originaire) d'Apamée, nommé 
Marinus,rusé et habile dans les affaires. 
Il était de la région d'Antioche, qui avait 
été [237] d'abord entraînée par l'évêquc 
i'uistathius à proclamer : 5 aTaupwOs'tç a' 
'qixàq. — C'est pourquoi, il pressait aussi** 
l'empereur Anastas[iusJ de faire procla- 
mer*^ par l'Église : axTjpoi^elqdi' •qit.aq. — 
Quand les hérétiques apprirent cela, ils 
se réunirent près de lui et lui dirent : 
« Que conseilles-tu aux hommes d'ajou- 
ter quelque chose à la glorification que 
les anges *' offrent à la Trinité : « Saint ! 
Saint ! [Saint !], le Seigneur puissant 
dont la gloire remplit le ciel et la terre ? » 
Alors Dieu plaça dans sa bouche cette 
apologie : « Les anges, certes, font bien 
en ne disant point, dans leur confession 
à la Trinité adorable et égale ** en nature ; 
qu'il a été crucifié pour eux ; mais nous, 
nous devons le dire dans la confession 
de notre langue : « car c'est de notre 
race qu'il a pris un corps, mais il ne 
s'est pas uni aux anges** ». — Ainsi, il 



1. Cette phrase incidente paraît transposée. — 2. '^| o| vQ^ç^^t^i (BH). — 3. Lire : U^lio. — 4, yA-^o ; 
L ; ykûbo. — 5. Sur la dernière campagne et la mort de Pêrôz, cf. Hist. du Bas-Einp., liv. 
XXXVIII, § XXX, XXXI. 

6, a»agoûSi\; Euxatxav S7t\ rbv IXovxov (Malala). — 7. Chr. edess., n° lxxvii. — 8. Land, III, 224. 

— 9. Jac. edess., ad ann. 187; Chron. edess., n° lxxxiv. — 10. Land, III, 224. — 11. ow *9| (L). 

— 12. ^ipLL, (L). — 13. iJûlbo. — 14. U-a ^-a*.. _ 15. Cf. Hehr., u, 16. 



156 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



rent^ et s'en retournèrent dans leur 
contrée. 

C'est pourquoi Qawad*, qui régna sur 
les Perses après Pêrôz, était dans une 
grande colère contre les Romains. 
« Les Romains, disait-il, sont la cause 
de ce tribut des Huns et de tout ce qu'ils 
ont fait. » — Qawad réunit donc des 
troupes, et envahit les pays des Ro- 
mains. Il mit le siège contre Theodo- 
siopolis d'Arménie , et s'en empara. Il usa 
de miséricorde avec ses habitants parce 
qu'ils ne s'étaient pas moqués de lui. 
Il emmena Constantinus, leur chef, et, 
au mois de tisrî (oct.), il parvint à Amid, 
ville de Mésopotamie^. 

Des attaques répétées, le lancement 
des traits, les têtes de bélier qui frap- 
paient le mur pour le faire tomber, l'ins- 
tallation de peaux pour protéger ceux 
qui* fabriquaient la mule* qu'ils élevè- 
rent aussi haut que le mur, comme un 
grand tertre % donnèrent aux Perses 
un rude labeur. Les habitants faisaient 
aussi subir au roi de nombreux af- 
fronts, et il fut réduit aux abois. Il 
était dans la tristesse et la douleur, 
car l'hiver l'avait surpris, et, comme 
les vêtements des Perses étaient bouf- 
fants*, ils se trouvèrent affaiblis; leurs 



imposa silence à ces hommes. Il instrui- 
sit l'empereur. L'empereur, qui aimait 
Dieu, voulut qu'on ajoutât : ô o-xaupcoOstç 
St'-^fxaçjdansle Sanctus, et ordonna qu'on 
proclamerait dans la ville impériale, 
comme dans la .région d'Antioche, cette 
sentence : à jTaupwôetç §t'Y)[xaç. 

Alors', le peuple excita du tumulte, car 
ils étaient tous nestoriens, sous prétexte 
« qu'il voulait introduire quelque inno- 
vation dans la foi ; qu'il appelait le 
larron qui fut crucifié avec Notre-Sei- 
gneur Dominus^ »; et ils lui criaient : c 
tjxaupwSci'ç", avec d'autres moqueries aussi 
puériles. Ils entourèrent le palais en 
criant [238] : « Un autre empereur pour 
les Romains ! un autre empereur pour la 
Grèce**! » — Ils se précipitèrent à la 
maison deMarinus, l'ex-préfet *' syrien, 
pour le tuer. Comme il avait pris la fuite, 
ils mirent le feu à sa demeure en disant : 
« C'est lui qui séduit Tempereur, pour 
lui faire introduire : o (jiocupoiBûçh' i,[mq » ■ 
Avec des haches, ils coupèrent l'argent 
du trésor public'^ qu'ils trouvèrent dans 
sa maison, et se le partagèrent. — Ils 
trouvèrent aussi dans sa maison un pau- 
vre moine auquel ils coupèrent la tète 
qu'ils fixèrent au bout d'une lance et qu'ils 
portèrent en criant : « Voici Vkiziooukoq^ 



1. Land, III, 204. — 2. Sur le siège célèbre d'Amid, cfr, Chr. edess., n° lxxx; Ps.-Den., ad ann. 
814; Jos. sTTL., § l; Land, III, 204 (cf. Maf, Nov. coll., t. X, p. 338 sqq.) auquel le récit est em- 
prunté; Hist. du Bas-Emp., 1. XXXVIII, § lxxiv sqq., où les sources byzantines sont indiquées. — 
3. |^J^a::» ^qjoî:^ (L). — 4. Machine de guerre, Xôço; (Proc,). — 5. Au lieu de \=i''> Ui-, qui est aussi 
la leçon de Mai, L porte :^V* i^i^./- « trois mois ». Le siège dura de fait du 5 oct. 503 au 10 janvier 
504. — 6. ^^a,**iù « saraballis vestiti ». 

7. Ps.-Den., ad ann. 818. Cf. Malala, Pair. Gr., t. XCVII, col. 601. — 8. Ps.-D. : >/>aa»o,. — 9. 
Ps.-D , plus complet : ^ >Qu.iL) • ^\*. *àS^|». — 10. Litt. : a Romania ». — 11. Lire : >û3;3l9| = àuô 
èuap^wv (Malala). — 12. Ps.-D. : U^«»o,3- xa\ TtpatSeyeravTsç xà ayxoO 8Y)(i.6(na, xbv apyypov «utoO se; 
à?tvaç sxoTtTov -/a\ h\s.zç)[ï,ov'zo (Mal., loc. cit.). 



LIVRE IX. GHAP. VIT 



157 



arcs étaient distendus par l'humidité 
[268] de l'air; leurs têtes de béliers ne 
détériorèrent* pas le mur, et n'y firent 
aucune brèche; car (les assiégés) avaient 
attaché par des chaînes des matelas de 
jonc de leurs couches * sur lesquels ils 
recevaient les coups des têtes de bé- 
liers. 

Ils emportaient la terre de l'extérieur 
à l'intérieur', et amoncelaient du bois 
peu à peu par dessous [la mule]. Or, en- 
viron cinq cents Persans armés s'avan- 
cèrent sur la mule^ et placèrent des 
bois sur le mur, pour entrer. Le roi était 
présent et les excitait; de nombreux 
soldats les aidaient en lançant des traits. 
(Les assiégés) dépouillèrent des bœufs, 
et du haut des murs jetèrent du fenugrec 
bouilli avec du naphte sur les bois, 
ils répandirent sur les peaux du jus de 
fenugrec, pour les rendre glissantes, et 
ils mirent le feu* aux bois qui étaient 
sous la mule. Six heures s'étaient écou- 
lées sans que les Perses aient pu péné- 
trer dans la ville, lorsque le feu prit et 
la mule s'écroula : les Perses se bri- 
sèrent et furent brûlés; et le roi s'en 
retourna dans une grande confusion, 
tourné en dérision par ceux qui étaient 
sur le mur; car il n'y avait personne 
pour les modérer. \ 

Peu de temps auparavant était mort leur évêque, Mar Jean, honoré par ses œuvres, 
qui avait été appelé du monastère de Qartamin. Il n'avait rien changé à sa vie^ à son 
jeûne, à sa pauvreté. Pendant le temps de la famine, il avertissait constamment les 
riches de vendre le blé, « de peur qu'ils ne le conservassent pour les ennemis » 
selon l'expression de l'Écriture. Ce qui arriva, en effet. — Un ange lui apparut, se 



c'est-à-dire l'adversaire, de la Trinité. » 

L'empereur ne cessa pas d'obliger 
à proclamer le : ô cxauptoGelç Si' viiJ.Sç. 

Le vertueux ami de Dieu Timotheus, 
après avoir vécu sept ans (dans l'épis- 
copat), mourut à la onzième^ (indiction). 
— Jean lui succéda. 

A cette époque, le 28" évêque d'Alex- 
andrie fut Jean, pendant 8 ans*. 

A Rome, le 47'' fut Ge(Ias)ius ' pendant 

10 ans. 

A cette époque, brillait par la doc- 
trine orthodoxe et par les œuvres de 
sainteté, un homme éloquent, le grand 
docteur saint Philoxenus*, qui avait été 
ordonné métropolitain "de Mabboug par 
Pierre d'Antioche surnommé le Foulon. 

11 persévéra énergiquement dans l'or- 
thodoxie. Il écrivit et enseigna très effi- 
cacement la vraie doctrine ; il réfuta et 
dévoila la fausseté de la doctrine erro- 
née des Nestoriens diophysites. Il écri- 
vit et exposa des enseignements sains et 
solides sur la voie sainte du monâchisme. 
Il est aussi l'auteur de traités sur les 
fêtes sacrées de Notre-Scigneur et d'ou- 
vrages de tout genre. - 



Que sa nié- 



moire soit en bénédiction. Amen! 



1. Lire : oïwl. — 2. xw8apta àxouêtxwv. — 3. En creusant une mine. — 4. Uûi. 
5. I^û.i« =: IvSexaTY). Land, III, 231. — 6. Jac. EDEss.,ad ann. 167. — 7. Ms. : Gaios, rest. : Gela- 
sius, ^«L^U^; cf. p. 170, 1. 7. — 8. Cf. Bibl. or., II, 10 sqq. — 9. Sic ms. 



158 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

tenant près de l'autel, lui annonça l'arrivée des ennemis, et qu'il serait lui-même 
enlevé' avant la calamité. Il le dévoila au peuple, afin qu'il fasse pénitence et soit 
sauvé. Mais comme le peuple ne fit pas pénitence, le fléau arriva. 

Tout d'abord Qaw^ad fut vaincu, comme nous l'avons dit. Il demanda aux habitants 
de lui donner un peu d'argent pour s'en aller. — Ceux-ci lui répondirent en se 
moquant : « Donne-nous le prix des légumes et de l'herbe que tu as mangés. » — 
Il était fatigué et prêt à s'en retourner. Alors, comme il le dit lui-même ensuite, le 
Christ lui apparut dans une vision nocturne et lui dit : « Après trois jours je te 
livrerai la ville, parce que ses habitants ont péché, » — Ce qui arriva en effet. 

Dans la partie occidentale de la ville, (près du) Tripyrgion*, se trouvait la garde des 
moines du monastère de Jean Ourtaya dont l'archimandrite était persan. En face de 
cette tour, h l'extérieur, campait* un marzban nommé Qanaraq* le boiteux\ Il son- 
geait à la manière de prendre la ville par ruse. — Un homme qu'on appelait Qôtranga, 
quelques-uns (l'appelaient) Lctîqra(?)% séditieux, voleur, se montrait très audacieux 
contre les Perses et leur enlevait leur bétail. Qanaraq observa qu'après avoir pillé, il 
rentrait par des aqueducs reliés au Tripyrgion. Il le laissa se livrer aux rapines pour 
voir par où il entrait et sortait. Or, il arriva que pendant une nuit obscure et une 
pluie violente, quelqu'un fit un festin aux moines qui gardaient le Tripyrgion, et leur 
fit boire du vin. Le sommeil s'empara d'eux et ils ne se tinrent pas en garde comme 
de coutume. Qanaraq ayant suivi Qôtranga s'approcha du mur, et les moines ne 
crièrent point. Il comprit [2S9] qu'ils dormaient. On apporta des échelles, ils mon- 
tèrent et entrèrent parles aqueducs. Ils escaladèrent la tour des moines et les massa- 
crèrent. Ceux qui étaient dans l'autre tour voulurent venir au secours des moines : ils 
furent transpercés par des traits. Le commandant ' l'ayant appris vint avec des torches ; 
les Perses qui étaient sur le mur frappaient facilement de leurs traits ceux qui por- 
taient les torches. Le commandant, frappé d'un trait, s'en alla. Au matin, le roi et ses 
armées dressèrent des échelles et montèrent. Beaucoup de ceux qui montaient étaient 
percés de traits ou frappés de la lance et s'en retournaient. Le roi tuait tous ceux qui 
s'en retournaient. Par là, les Perses furent contraints de lutter avec plus de vigueur. 
Les habitants voulurent démolir par en bas le sommet de la voûte* de la tour. 
Tandis qu'ils arrachaient les poutres, une autre tour fut prise, puis d'autres 
successivement, Petrus, homme admirable (?)^, défendit à lui seul tout un côté; 
revêtu d'une cuirasse de fer, il ne laissa point passer les Perses avant que ceux-ci 
ne se fussent emparés d'autre part de cinq tours. A la fin, il s'enfuit et ne fut pas 
tue. Les Perses occupèrent le mur et tuèrent les gardiens, pendant deux nuits 
et un jour; puis ils ouvrirent les portes et les troupes entrèrent. Elles reçurent 



1. Uûi- ow '^■iQ-^io^o (L, M), — 2, ^^CLÛ.;^ Lài. (M). — 3. low I;*, — 4. XavapayyY); (Proc). —5. 
Hagîra peut être aussi un nom propre. — 6. Mai : Uû^^à^ lo« lî^^^î^,. — ^. rjyî[j.fZiv. — 8. ovi^o (L). — 
9. L et M : l;i><». ]L[^y \i^<^. 



LIVRE IX. GHAP. VII 159 

l'ordre de massacrer tous les adultes. Ils massacrèrent trois jours et trois nuits. 
Cependant, l'église des Quarante-Martyrs était pleine de monde. Le roitelet* des 
Arméniens', homme chrétien, supplia le roi et les sauva. Quand le massacre eut 
cessé, des hommes vinrent garder lestrésors de l'église et des grands% pour en assurer 
la possession au roi. On compta 80.000 cadavres de morts, sans compter ceux qui 
avaient été jetés dans les aqueducs. 

Le roi entra dans le trésor de l'église et vit l'image de Notre-Seigneur, peint sous 
l'aspect d'un Galiléen. Il demanda qui c'était. On lui dit : « Le Dieu des Nazaréens ». 
II inclina la tête et l'adora en disant : « C'est celui qui m'a dit dans une vision : 
Après trois jours, je te livrerai moi-même la ville, parce que ses habitants ont péché ». 
Il enleva beaucoup d'argent et d'or, les vases sacrés des églises, et les vêtements pré- 
cieux. Il enleva aussi un très bon vin, desséché dans sa lie ; on l'exposait au soleil 
pendant l'été durant sept ans, et il se desséchait ainsi. Les nobles* avaient coutume^ 
quand ils étaient en voyage, d'en emporter dans un sac de toile, sous forme de pous- 
sière; ils enjetaient un peu dans une potion qu'ils buvaient avec délices ; ils disaient 
aux ignorants que c'étaient des reliques\ 

Les Perses rassemblèrent For, l'argent, le bronze qu'ils placèrent sur des kéleks» de 
bois qu'ils fabriquèrent et lancèrent sur le Tigre, qui passe à l'est de la ville et gagne 
leur ville et leur pays. Ils tuèrent tous les nobles ; ils tuèrent en outre un sur dix de 
ceux qui avaient survécu parmi le peuple, parce que ' beaucoup de Perses avaient péri. 
Ils revêtirent Leont[ius] et Cyrus^, de vêtements immondes, leur attachèrent au cou 
des cordes de cochons, les chargèrent de truies [et les traînèrent]" en criant : « Qu'on 
se moque des chefs qui ne se sont pas bien conduits et ont laissé insulter le roi! ». 
— Fin du récit lamentable de ce qui arri<>>a aux gens d'Amid à cause de leurs péchés. 



CHAPITRE VIII DU LIVRE IX. — Des choses qui arrivèrent ensuite sous le règne 
d' Anastas[ius] ; et de la fondation de la ville de Dara^ qui fut bâtie à cette 
époque, en Mésopotamie. 

L'empereur Anastasius, en apprenant ce qui était arrivé à Amid, ne fut pas 
médiocrement affligé; il tomba dans la tristesse et la désolation "; il blâma les 
généraux pour n'avoir pas combattu avec les Perses, selon sa volonté. Il envoya 
cinq généraux [260] qui attaquèrent Nisibe, mais ne purent s'en emparer *\ 

Ils persuadèrent alors à l'empereur d'ordonner la construction d'une ville sur le 



1. régulas. — 2. \yL\ ^\^ « du pays d'Aran » (L, M.). — 3. spow^'o U-=^o'»»o. — 4. |ù--*-= us» « les 
intendants » (L, M), — 5. l-J-J--, sorte de pastille faite avec de l'huile bénite et de la poussière du 
tombeau des martyrs. — 6. 1-^^^. — 7. ?^^. — 8. Gouverneurs de la ville, — 9. Aj. : o».^o (L, M). 

10. Lire : l£^û\ — 11. Jac. edess., ad ana. 179. Cf. Land, III, 213. 



160 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



côté de. la montagne, pour servir de refuge à l'armée. Ils se mirent à bâtir à l'en- 
droit où Darius avait été tué, et à cause de cela (la ville) fut appelée Dara. — L'em- 
pereur* donna à l'évèque Thomas de l'or pour prix* du village, qui appartenait à 
l'église', et qu'il acheta pour le trésor*. Il ordonna la construction : dans l'espace 
de trois ans la ville fut solidement bâtie, comme si elle avait poussé subitement, 
et elle fut complétée par d'admirables édifices. Elle fut appelée, du nom de l'em- 
pereur, Anastasiopolis. 

L'enlpereur Anastasius fit aussi faire sa statue et la plaça sur la colonne'^; 
parce que celle qu'avait érigée Theodosius était tombée dans un tremblement 
de terre. — Dans ce tremblement, la ville de Néocésarée fut aussi renversée, à 
l'exception de l'église de Saint-Grégoire le Thaumaturge, — Rhodes tomba 
aussi dans un tremblement de terre et Tempereur envoya de l'or, afin qu'on 
découvrît les cadavres des victimes* et qu'on les ensevelît', 

A cette époque*, le tyran Bîtâlios" se révolta contre l'empereur Anast[asi]us; 
celui-ci envoya contre lui Aupîtios*"etBîtâlios fut vaincu, enchaîné, etjetéenexil". 
L'agitation qui avait été causée par ce tyran cessa, et le calme et la paix régnèrent 
dans la contrée occidentale pendant tout le règne d'Anast[asi]us. — Fin. 



Quand** le moment de Tété arriva, 
Qawad laissa à Amid, comme gouver- 
neur, le général Églôn *' avec 3.000 hom- 
mes de troupes et deux marzbans** pour 
garder la ville, et monta lui-même atta- 
quer Edesse de Mésopotamie'^. N'ayant 
pu s'en emparer, il pilla [Îi60] et incen- 
dia toute la région de Mésopotamie ; puis 
il retourna en Perse, son pays. 

Les Romains vinrent contre Amid, et 
mirent le siège tout autour : il y eut dans 
cette ville une grande famine. 

Il y avait à la tête de l'armée des Ro- 
mains, un certain Pharezman *«. homme 



L'empereur Anastasius aidait le parti 
des orthodoxes; il détestait et ruinait 
les chalcédoniens. Il rassembla un sy- 
node, et saint Philoxenus de Mabboug 
monta à la ville impériale, sur l'ordre 
de l'empereur lui-même. Il anathéma- 
tisa Léon [260] de Rome^ le synode de 
Ghalcédoine, et ceux qui pensaient 
comme eux. 

Environ deux cents moines vinrent 
d'Orient, avec le grand Severus, qui 
était encore moine. Ils furent reçus en 
grand honneur par l'empereur. 

L'empereur ordonna d'ouvrir la châs- 



1. Land, III, 214; Ma.1, Nov. coll., X, 345. — 2. Ti[x-n. — 3. Low !l,x*, (L), — 4. Ta[jw£tov. ~ 5. Sur 
la place du ïaurus à Gple. Cf. Hlst. du Bas-Einp., 1, XXXIX, § ut. — 6. Littér. : « des sufFpqués «. 
— 7. Ps.-Den., ad auu. 815. — 8. Ja.g. edess., ad aua. 187 ; Chr, edess., u" lxxxv. — 9. Vitaliea, 
BtTaXcavoç. — 10. Hypatius. — 11. ^ic ms. En réalité il en fut autrement; Hypatius fut vaincu et fait 
prisonnier. Jag. edess. dit correctement : ovi» ;«>|i.|o >^'n\ : iûoûa^SoJoi uwiiii. ^|| ♦a©. Cf. Hist. du 
Bas-Emp.^ 1. XXXIX, § xxxviii sqq. 

12. Land, III, 211; Mai, X, 342. — 13. rxévriç (Proc). — 14. Kt^r,^. — 15. Chr. edess., n" lxxxi. 
16. $apaa[Jt.âvY)ç (Proc), 



LIVRE IX. CHAP. VIII 



161 



belliqueux, qui ne permettait pas aux 
Perses d'aller et venir mais les détrui- 
sait. Par l'œuvred'un homme rusé, nom- 
mé Gaddana, du village d'Akarê, il ten- 
dit des embûches à Eglôn et à quatre 
cents cavaliers* persans. Gaddana lui 
dit : « Voici qu'une centaine de soldats 
avec cinq cents chevaux, sont dans le voi- 
sinage de la ville; sors et prends-les ». 
Eglôn envoya des espions, s'assura du 
fait, et aussitôt s'avança avec les hommes 
qui l'accompagnaient. Ils tombèrent au 
milieu du camp, et les Romains les tuè- 
rent tous. Ils apportèrent la tête d'Églôn 
à la ville. Le fils d'Eglôn et les marzbans 
étaient dans l'affliction. Dès lors, ils ne 
permirent plus au peuple de la ville de 
sortir ^lu marché qui se tenait à côté du 
mur, où les ouvriers (des champs) appor- 
taient du froment et du vin. Environ dix 
mille hommes des notables de la ville et 
du peuple furent pris, enfermés et gar- 
dés dans le stade. Ils n'avaient aucune 
nourriture. Les uns moururent de faim; 
beaucoup dévorèrent* leurs chaussures 
et même leurs excréments, et burent 
leurs urines. A la fin, ils se jetèrent les 
uns sur les autres pour se dévorer mu- 
tuellement. Quand lesPersesvirent cela, 
ils renvoyèrent ceux qui survivaient : 
ceux-ci sortirent du stade, tels que des 
morts sortant des tombeaux. Des fem- 
mes affamées, [26i] qui se trouvaient 
dans la ville, attiraient les hommes qui 
sortaient de prison, ou se jetaient par 



se3 de la martyre Euphémie, d'en retirer 
le volume de la définition faite dans le 
concile de Chalcédoine, et de le brûler \ 

Flavianus d^Antioche ayant été re- 
connu hérétique, l'empereur le chassa, 
et il fut envoyé en exil. On ordonna à sa 
place, pour le siège d'Antioche, le grand 
Severus, homme sage, versé dans la 
grammaire, larhétorique, la philosophie, 
et surtout dans les doctrines ecclésiasti- 
ques, de l'Ancien et du Nouveau Testa- 
ment et de tous les docteurs orthodoxes. 
Il fut le 50(évêque). 

A Rome, le 48e fut Anasta[s]ius, pen- 
dant 9 ans; — après lui, le 49", Sym- 
machus, pendant 6 ans^. 

A Jérusalem, le 55» fut Elias». Celui-ci 
fut chassé, et le 56^ fut Jean'. 

A Alexandrie, quand Jean mourut, 
l'évêque fut Dioscorus le jeune », fils de 
la sœur de Timotheus Goumrara". 

A Edesse,le SS^évêquefutPetrus*", — 
et après lui, le 34e, Paulus''. 

A cette époque brillait parmi les 
Perses Siméon, évêque de Beit Arsam. 
Il fut surnommé le disputateur". 

A cette époque florissait le fameux 
docteur Jacques, qui devint évêque de 
Batnan de Saroug. Par la grâce de l'Es- 
prit [261] saint, et non pas par l'éduca- 
tion des hommes, il reçut le don de la 
saine doctrine. Il était périodeute ** de 
Haura dans (la région de) Saroug. Il est 
connu comme auteur de glorieux traités 
remplis de la doctrine de la vie vérita- 



1. U>~3 II» >»^^l (L). — 2. ^^1. — 3. Y^war<7Ôxo[ji,ov. — 4. Jac. Edess., ad ann. 183; Chr. edess., n^LXxxin; 
Land, m, 234. — 5. Jac. Edess., ad ann. 179. — 6 . Ihid. — 7. ad ann. 192. — 8. ad ann. 188. — 9. « La 
Belette. » Thimothée ^lure; cf. Theoph., ad ann. Chr. 509. — 10. Chr. edess., n» lxxv, — 11. Chr. 
edess., no lxxxu; Jac, Edess., ad ann. 185. — 12. Jac. Edess., ad ann. 181. — 13. i^ot*»^. 
II. 21 



162 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



troupe sur eux, les tuaient et les man- 
geaient. Plus de cinq cents hommes fu- 
rent mangés par les femmes. A la longue, 
les Perses furent affaiblis, ils abandon- 
nèrent la ville, sortirent en paix et s'en 
allèrent dans leur pays. 

Pharezman demeura là, prenant soin 
des habitants qui avaient survécu. L'em- 
pereur accorda la remise des impôts, et 
des secours de toute nature. On y en- 
voya un homme pacifique, Thomas, moine 
intelligent*, évêque charitable. Par son 
conseil et par la providence de Dieu, le 
juste Samuel vint se fixer en ce lieu^, du 
monastère de Qattara ; homme faisant 
des prodiges et déjouant ^ les maléfices 
épuisée, par ses admirables prières et ses 



ble. II fut éprouvé, et l'image resplen- 
dissante de sa doctrine futappoavéepar 
saint Mar Severus, patriarche d'Antio- 
che. Il fut accueilli et loué par lui, 

A la même époque florissait aussi Si- 
méon Qôqaya*, dans la région d'Antio- 
che, dans le village appelé Gîsîr. Il est 
connu comme auteur de cantiques con- 
tenant une doctrine saine et éprouvée, 
d'une solide orthodoxie^ qu'il avait re- 
çue, lui aussi, du don de Dieu et non de 
l'éducation. -— Fin de ce récit et du pré- 
cédent. 



(?), qui soutint merveilleusement la ville 
œuvres glorieuses. 



CHAPITRE IX. — Sur Macedonius 
V hérétique; et sur V évêque Siméon le 
Disputateur. 

Quand l'empereur Anastas[ius] or- 
donna de proclamer : ô aTaupwGdçBi' r^]mç,, 
il y eut une sédition parmi le peuple". 
Ensuite, sur son ordre, il y eut une réu- 
nion dans le cirque ' : il y monta sans 
couronne. En voyant son humilité et la 
douceur de ses paroles, ils conçurent du 
repentir et le supplièrent de reprendre 
la couronne. 

Peu de jours après, pour d'autres 
motifs, le peuple se précipita dans une 
sédition. L'empereur voyant que le 



CHAPITRE X. — Sur les bienheu- 
reux Philoxenus et Severus. 

Xenaias de Mabboug, qui est saint Phi- 
loxenus, écrivit à Zenon au sujet de la foi. 
et reçut une réponse. Il dévoila Cala[n]- 
dion d'Antioche, et reconnut que Fla- 
vianus était hérétique'. Il pressa l'em- 
pereur de réunir un synode à Sidon '. 
Quand il fut réuni, Flavianus s'abstintd'y 
venir, et fut anathématisé par le synode. 

Lorsque le synode fut dissous, Phi- 
loxenus enflammé de zèle, réunit des 
moines et monta trouver l'empereur 
Anasta[si]us; il lui fit connaître ce qui 
était arrivé, et que Flavianus était héré- 



1. |.ia"i.<i3 z= pou)>£WTriç. — 2. ^£î^. — 3. Littér. : solvens ligamina. 

4. C'est-à-dire « le Potier ». 

5. Ps.-Den., ad ann. 818. — 6. Lire : >isoûû.3| (Ps.-D.) = ÎtxtuxÔî. 

7. Land, III, 225, 226; cf. Ps.-Den., ad ann. 823, — 8. Cf. Mansi, t. VIII, p. 371. 



LIVRE IX. GHAP. IX ET X 



163 



peuple prenait l'habitude d'exciter des 
troubles, décréta de châtier leurs fautes 
anciennes et nouvelles : alors la plupart 
se calmèrent. 

Un bienheureux vit en songe une 
multitude de gens suspendus à des croix, 
transpercés de glaives et de lances, et 
aussi des femmes méprisées. Saisi de 
crainte, il en chercha la signification. 
Il entendit une voix du ciel qui disait : 
« Ce sont ceux qui ont chassé ma croix 
de cette ville, et qui sont réservés pour 
le supplice éternel ». Le bienheureux 
écrivit sa vision et la fit connaître dans 
la ville. 

Ensuite, l'empereur apprit^ que Ma- 
cedonius était nestorien*. Il lui ordonna 
d'anathématiser le synode de Chalcé- 
doine ; il Fanathématisa par crainte de 
l'empereur, et fut accepté par celui-ci. 
Après les anathèmes et le serment que 
Macedo[nius] avait prononcés et juré en 
présence de l'empereur et du sénat, Sa- 
tan le séduisit ; il s'en alla au monastère 
de Dalmatiu[s] *, et dévoila son impiété. Il 
conspira avec ses partisans de blasphé- 
mer sans pudeur. L'empereur, en appre- 
nant cela, fut irrité et rugit comme un 
lion, (déclarant) qu'il ferait périr tous 
les diophysites et les nestoriens. Ils 
tremblèrent et cédèrent devant l'éclat 
de la vérité. 

Alors', beaucoup de moines vinrent 
en présence de l'empereur et dirent : 
« Nous savions* que Macedonius fait mé- 
moire de Nestor[ius], et il nous a pres- 



tique. L'empereur les accueillit, et or- 
donna que Flavianus fût jeté en exil. 

On établit à sa place le rhéteur Se- 
verus, du monastère de Théodore de 
Gaza, qui était apocrisiaire dans la ville 
impériale. Il écrivit une doctrine toute 
pleine de vie. Il fit un livre (intitulé) 
^iXaXv^ôvjç, résolvant les objections des 
diophysites. — Ensuite, il tint un sy- 
node % avec [262] Xenaias, et expliqua 
Vhenoticon de Zenon, qui était pour 
annuler le synode de Ghalcédoine. Se- 
verus écrivit aussi en trois tomes*, la 
réfutation du livre des objections ré- 
digé par Jean Grammaticus. 

AiaOsŒtç des moines orientaux, et de 
Qôzmade Qennésrîn, qui s assemblèrent 
à Sidon, du temps de Flaçianus, en Van 
823 \ — « Avant toute chose nous 
rendons grâces au Christ, Dieu au-des- 
sus de tout, et nous remercions notre 
empereur miséricordieux et aimant le 
Christ qui vous a tous établis dans le 
zèle de la religion, et qui a convoqué 
votre présente assemblée sainte en une 
seule réunion, au nom de l'unique Christ 
Fils de Dieu, pour que vous réunissiez 
tout le monde en une seule foi : celle 
qu'ont enseignée les Livres saints et 
qu'ont gardée les saints Pères^ persévé- 
rant constamment dans un même esprit, 
unanimes et d'accord les uns avec les 
autres dans une même œuvre excellente, 
enseignant à tous les doctrines divines 
par le même Esprit-saint qui parla en 
eux. Notre-Seigneur vous a en effet ju- 



t. Ps.-Den., ad ann. 819; Land, III, 216, 217. — 2. a-^^j,, _ 3. Cf. Land, III, 21i 
4. L : ^.^ ^o^A'M, « Nous faisons savoir ». 

5. A Tyr. Ps.-Den., ad ann, 826. — 6.Ttîvaxs;. — 7. Land, III, 227 sqq. 



219, — 



164 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



crit de faire ainsi », avec d'autres choses. 
L'empereur s'irrita contre les moines, 
et supprima les dons que recevaient 
leurs monastères, et les eaux de leurs 
bains; [262] on leur laissa seulement de 
l'eau pour boire. 

Quelques sénateurs vinrent trouver 
l'empereur et lui firent connaître que 
Macedon[ius] avait formé de nombreuses 
machinations contre lui ; qu'il avait réuni 
un volume de toutes les hérésies, qu'il 
l'avait recouvert d'or, et qu'il s'en ser- 
vait pour tromper bien des gens. — En 
apprenant cela, l'empereur ordonna de 
tenir un conseil *. L'empereur fit con- 
naître aux patrices* et au sénat les ser- 
ments de Macedonius, et les choses qu'on 
avait découvert qu'il avait faites après 
ses serments; et tous répondirent : « Il 
a menti devant Dieu. C'est Dieu lui- 
même qui le dépose et lui enlève le sa- 
cerdoce ». 

L'empereur continua de donner le 
donativum^ à ses troupes. Il le donnait 
ainsi de cinq en cinq ans, lorsqu'ils ju- 
raient* de ne lui tendre aucune embûche. 
Il fit ainsi pour toutes les armées, 
parce qu'il avait appris que Macedo- 
n[ius] voulait exciter une sédition* contre 
lui par l'intermédiaire de Bîtalios*, 
fils de sa sœur. 

Macedonius appelait l'empereur ma- 
nichéen et eutychéen. 

L'empereur tint conseil', et ce qui ne 
s'était jamais fait, un dimanche^ Il ré- 



gés dignes et vous a choisis en ces 
temps, pour l'union des saintes Eglises ; 
non pour que vous leur donniez une foi 
nouvelle, car, à l'autorité des saintes 
Ecritures, suffit bien celle qu'ont définie 
par écrit les 318 Pères réunis à Nicée; 
mais pour que vous confirmiez celle qui 
exista de tout temps, et que plusieurs 
ont audacieusement essayé de détruire % 
parlant « non pas par la bouche du 
Seigneur, comme dit le prophète *•, 
mais de leur propre ventre », et ils 
ont séparé "les uns des autres, par leurs 
artifices mauvais, ceux qui, dans la 
simplicité [263] de leur cœur, gardent 
la tradition des saints Pères et sont 
d'accord entre eux dans la foi orthodoxe. 
— Le Christ lui-même, ô saints! est di- 
visé par eux. C'est pourquoi, tant qu'il 
est méprisé, il est impossible que 
l'Église arrive à la concorde, car elle est 
déchirée par eux, par les inventions de 
paroles changeantes. Puisqu'il est écrit 
que" « Tout royaume divisé contre lui- 
même ne tiendra pas, » et" : « Si vous 
cherchez à vous nuire et à vous dévorer 
mutuellement, craignez de vous détruire 
l'un par l'autre ; » puisque « nous 
sommes un même corps du Christ, et 
les membres de ses membres » selon la 
parole du divin Apôtre **/nousnous pré- 
sentons avec confiance à Votre Sainteté, 
comme à des pasteurs, et nous vous 
supplions de conserver à tout l'univers 
la foi orthodoxe, immaculée, comme la 



1. U.ô>^^^ = fftXévTtov. — 2. Lire : oa*;:g.ai> (L). — 3. ta*^Jo», ôovattSa. — 4. v^^c-». — 5. àvTaîpïidt; (?). 
— 6. Vitalien. — 7. «rtXévTtov. — 8. 31 juillet (L). 

9. oil.ûi^zidi> (L). — 10. Cf. Jer., xxm, 16. — 11. oCji» (L). — 12. Marc, m, 24. — 13. Gai., v, 
15. — 14, I Cor., xu, 27. 



LIVRE IX. GHAP. IX ET X 



165 



cita devant eux sa profession de foi et 
leur dit : « N'ayez pas de crainte à mon 
égard : s'il y a quelque fausseté' dans 
cette profession de foi, enlevçz-moi cette 
chlamyde * et cette couronne, et brûlez- 
moi dans le feu ». — Alors tout le sénat 
se prosterna devant lui, et ils condamnè- 
rent Macedon[ius] pour son impiété. 
L'empereur ordonna alors que perst)nne 
ne reçût de lui la communion, ou n'allât 
près de lui. Ensuite, les évêques, les 
clercs et le peuple se plaignirent beau- 
coup de Macedon[ius] : il reçut l'ordre 
de partir en exil. Un soir le [xccYtaipoç 
vint le faire partir. • — Telle fut la fin 
de Macedon[ius]. 

A cette époque vivait Siméon le 
Perse ' , surnommé le Disputateur , 
évêque de Beit Arsam, solide dans la 
foi, versé dans les Écritures, et adonné 
aux controverses même avant son épis- 
copat. C'est pourquoi les Nestoriens, 
les Manichéens et les Marcionites de 
Perse tremblaient même devant son 
nom. Il circulait et visitait les chrétiens. 
Il fit de nombreuses conversions. Une 
fois, il baptisa même trois mages fa- 
meux. Le roi l'apprit : ils souffrirent le 
martyre et furent couronnés. Alors, les 
Nestoriens allèrent l'accuser près du 
roi qui excita une persécution contre 
tous les fidèles. Le bienheureux se ren- 
dit à la ville impériale et reçut de Pem- 
pereur Anastas[iusj une lettre * pour le 
roi des Perses : et la persécution cessa. 
— Le catholicos nestorien suscita en 



belle colombe dont il est parlé au Can- 
tique des cantiques, en la séparant de 
toutes les hérésies qui, sous le masque 
de la piété, progressent, l'entourent" 
comme des princesses, des courtisanes, 
des servantes, et s'efforcent de se mêler 
à elle, de ne faire qu'un avec elle, et 
de se faire accepter comme vraies grâce 
à elle. En faisant cela, vous recevrez la 
récompense et vous entendrez Notre- 
Seigneur dire' : « Celui qui me confes- 
sera devantles hommes, je le confesserai 
moi-même devant mon Père qui est dans 
les cieux ». Distinguez donc, comme de 
sages économes des paroles divines, 
entre ce qui est pur et ce qui est 
souillé, ainsi qu'il est dit; et rejetez 
ceux qui ont mélangé, comme l'ivraie 
avec le pur froment, leurs doctrines 
mauvaises. Il est dit, en effet : « Chas- 
sez le malfaisant de l'assemblée, et avec 
lui sortira la fausseté^ ». — Afin que ce 
qui a été dit soit évident et manifeste, 
nous devons nécessairement réfuter (les 
objections) et exposer (la doctrine). » 

Ils écrivirent ici le reste de la Siaôejtç, 
et de nombreux témoignages* des saints 
Pères, ainsi que 77 chapitres de blâme 
contre le synode de Chalcédoine. Nous 
les avons résumés plus haut dans cet 
ouvrage, à l'endroit où est réunie et 
consignée l'affaire de ce concile de 
Chalcédoine, dans le huitième Livre. 

Le [264] bienheureux Severus', pa- 
triarche d'Antioche, homme célèbre et 
très versé dans la science des Grecs, 



1. |.3lt. — 2. L : IfiiiiS, -/Xa[j,ui;. — 3, Land, II, 76 sqq. — 4. oràxpa, 

5. sjL*,*. (L). — 6. Matth., X, 32. — 7, Prov., xxir, 10; notre ms., comme L, porte UûS| « l'in- 
nocence, la victoire « soit que le traducteur ait lu vtxvi au lieu de veîxo; ; soit par une faute de co- 
piste pour |Loi.3|). _ 8. xP^<î£'?. —9. Lan», IH, 228-229. 



166 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



moine éprouvé, lisait l'interprétation de 
Hierotheus et deDionysius, Timotheus, 
Titus, Clément, l'autre Dionysius, l'autre 
Clément, Irenaeus, Basilius, Gregorius, 
Athanasius, Jean (Chrysostome), Cyril- 
lus, avec les histoires, les autres sciences 
et les saines doctrineà qui étaient ras- 
semblées près de lui. — Xenaias, de son 
côté, était versé dans tout ce qui se 
trouve en notre lan<ïue et notre écri- 

o 

ture. — Ils firent un synode et anathé- 
matisèrent ouvertement celui de Chal- 
cédoine ; ils écrivirent une lettre d'union 
à Jean d'Alexandrie, et à Timotheus de 
Constantinople. Et tous (les patriarches) 
furent d'accord, à l'exception de celui 
de Rome. — Ce chapitre est fini. 



Arménie une discussion contre les 
fidèles. Ceux-ci firent venir prompte- 
ment Siméon le Disputateur. Le catho- 
licos commença par une calomnie en di- 
sant : « Ceux-ci sont les complices des 
Romains. » — Le marzban du roi de 
Perse, qui devait juger entre eux, lui dit, 
comme par l'action de Dieu : « C'est notre 
affaire d'examiner cela, et non pas la 
vôtre. Pour vous, dites ce qui vous re- 
garde ». — Babai* dit : « C'est ceci : un 
homme semblable à nous, né comme 
nous d'une femme, dans lequel, à cause 
de sa perfection, habita le Verbe de Dieu. 
De même qu'un roi trouvant le fils d'un 
mendiant sur le fumier^ l'adopte, le re- 
vêt des vêtements royaux et l'appelle 
son fils; [263] de même, Dieu a voulu 
que l'homme au sujet duquel nous dis- 
putons, soit appelé son fils par la grâce, alors qu'il n'est pas son fils par la nature ». 

— Le chef dit : « Et vous, que dites-vous? » — Siméon répondit : « Nous te prions 
d'examiner ce que dit le catholicos : Un homme ordinaire qui, comme nous, est né 
d'une femme. Or nous naissons de la femme avec le concours de l'homme. Demande-lui 
donc si celui qu'il dit né comme nous de la femme est né par le concours de l'homme 
ou non. » — Et quand le chef posa la question^ le catholicos ne put répondre; comme 
on le pressait de répondre, il dit : « Il n'est pas né du concours de l'homme. » — Il lui 
demanda encore : « D'où donc a-t-il été conçu ?» — Il dit : « Il est écrit : De l'Esprit- 
saint. » — Il lui dit ; « Tuas donc menti en disant qu'il est semblable à nous; car nous 
n'avons jamais entendu dire que quelqu'un fût né sans le concours de Thomme. » 

— Et le catholicos fut couvert de confusion. — Siméon continua en disant : « Puisque, 
comme l'a dit le catholicos devant Ta Grandeur, quand le Roi des rois prend le fils 
d'un pauvre sur le fumier, le revêt des vêtements royaux et ordonne qu'il soit appelé 
son fils, à cause de cela tout le monde l'appelle fils adoptif, parce qu'il n'est pas le 
fils du roi selon la nature ; que Ta Grandeur lui demande : Ce pauvre, qui est de- 
venu le fils du roi par adoption, a-t-il un père naturel Pou d'où vient-il ? Qu'il expose 
en ta présence d'où il est né. » — Quand cette question fut posée au catholicos et 
aux évêques, ils gardèrent le silence et ne purent répondre. Ils confessèrent qu'il a 
été conçu de Dieu, sans l'union de l'homme. — Et le chef dit : « Or, si son père est 



1. Le catholicos. 



LIVRE IX. CHAP. XI 167 

Dieu, le fils est aussi Dieu ; et si son père est un homme, s'il vient comme nous du ma- 
riage, il est aussi homme. » — Alors les évêques fidèles poussèrent des acclamations * 
en disant : « Que Dieu maintienne Votre Sagesse de longues années! » — EtlesNesto- 
riens se retirèrent couverts de confusion. Pour ce motif on créa évêque saint Siméon. 

Les Nestoriens accusèrent de nouveau devant le roi des Perses les évêques fidèles, 
qui furent enfermés pendant sept ans dans une prison si dure qu'ils étaient sur le 
point de périr. Le saint fit savoir cela au roi de Kous, qui écrivit * à leur sujet au roi 
des Perses. Ils furent délivrés et sortirent. 

Les Nestoriens accusèrent encore les évêques fidèles près des mages. Les Perses 
agacés leur dirent : « Allez trouver les rois, et apportez-nous des écrits scellés de 
leurs sceaux' que (nous sachions) qui de vous est véridique dans sa foi. » — Le 
bienheureux Siméon prit sur lui ce fardeau. Il se rendit à la ville impériale. [264] 
Le Seigneur lui accorda le don des langues, de sorte que quel que fût le peuple dans 
le pays duquel il entrait, il parlait aussitôt sa langue. 

Considérant que les écrits des rois devaient rester immuables, et qu'on ne devait 
pas pouvoir supposer qu'ils avaient été altérés pendant la longueur des routes, il fit 
faire de grandes pièces de toile qu'il enduisit d'un onguent propre à recevoir l'écri- 
ture. Elles sont conservées dans le pays des Perses. Il faisait écrire la profession de 
foi de chaque peuple dans sa propre langue par les évêques, et il faisait apposer sur 
ces toiles le sceau en plomb des rois de ces peuples. Au bout de sept ans, il revint. 
Le roi de Perse était mort. Cependant il devint notoire pour les Perses que la doc- 
trine des Nestoriens était mauvaise. — Un autre motif ayant appelé saint Siméon 
dans la ville impériale. Dieu voulut lui accorder le repos, car il était très âgé : il 
mourut chez nous. — Fin. 



CHAPITRE XI. — Abrégé sur Vépoque de la fin de la vie de Vempereur 

Anastas[ius\. 

En Fan 22 de Tempereur Anastasius, l'Arménie se révolta contre les Romains. 
L'empereur envoya des forces contre les Arméniens; il en détruisit une partie, 
s'empara de l'Arménie*, et les réduisit de nouveau à l'obéissance des Romains. 

En Pan 831 des Grecs, l'empereur Anastasius tomba malade, et mourut en 
paix, le 9* de tamouz (juillet). Il avait régné 27 ans, 3 mois et 9 jours ^ 

C'est lui qui bâtit la ville de Dara, et aussi Tannourîn. 

En l'an 2 de son règne, ou, selon d'autres, en l'an 14, finit le sixième millénaire ^ ; 
c'est-à-dire les 6000 ans depuis la création du monde. Cette année était, selon le 



1. cptovâç. — 2. oM. _ 3. Lire : U^-=i-i,« 

4. Ujio»| (BH). — 5. Ms. : « le 29 », par erreur. Jac, Edess., ad ann. 191. — 6. Cf. Land, III, 
282. Chron.edÉss., Qo txxxvr, — 7. Sic ms.;p.ê. à corriger : V»=:17; cf. Pair. Gr., t. XCII, col. 1035^ 



168 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



comput des Grecs, l'an 814. — Que six mille ans se soient écoulés et que ce monde 
transitoire doive finir, nous le savons [265] et le confessons ; mais quand? Nous ne 
le savons pas. Nous attendons Dieu qui seul connaît toute chose avant qu'elle 
existât et ce qui doit arriver. — Fin. 



Du temps d'Anastas[ius], les Isau- 
riens firent un complot, excitèrent des 
troubles, et méditèrent une révolte. Ils 
avaient pour chef et pour guide un cer- 
tain Ninigios *, tyran robuste. L'empereur 
envoya contre eux Hypat[i]us. Ninigios 
ayant été tué dans le combat, le reste de 
ses adhérents se dispersèrent. Ils éprou- 
vèrent un cruel massacre et furent com- 
plètement humiliés : ils revinrent à la 
soumission*. 

Du temps d'Anastasius, l'impôt* fut 
remis aux artisans de tout le pays des 
Romains. 

Il y eut aussi une éclipse solaire, un 
vendredi, depuis la troisième jusqu'à 
la neuvième heure : signe prodigieux *. 

Et ensuite le peuple des Grecs se ré- 
volta contre l'empereur, à cause de 
cette maxime : 5 aiauptoôelç Si' •^[aSç, et à 
peine put-il rétablir la paix par ses ex- 
plications ; les uns [263] persévérèrent 
dans la sainte confession, les autres de- 
meurèrent* dans l'hésitation et dans le 
schisme : ici secrètement, là ouvertement 
et audacieusement, jusqu*au jour de la 
mort de Tempereur ®. — Ce chapitre est 
ainsi fini. 



Du temps d'Anastas[iusJ ces pontifes 
étaient à la tête des Eglises : 

A Rome, après Gelasus : Anastasius ^ ; 
et après celui-ci, Symmachus ', pendant 
6 ans. 

A Alexandrie, après Petrus : Athana- 
sius pendant 7 ans; — après lui, Jean, 
pendant 8 ans et 7 mois ; — après lui, un 
autre Jean, pendant 11 ans"; ~ après lui, 
Dioscorus; pendant un an ; — et ensuite, 
Timotheus, pendant 11 ans et 6 mois. 

A Antioche, après Pierre le Foulon 
l'évêque fut Palladi[u]s ; — et après lui, 
Flavi[an]us, qui fut déposé parce qu'il 
était hérétique *°. — Ensuite vint Seve- 
rus, le héraut vigoureux de l'orthodoxie'', 

A Constantinople, après. Acacius vint 
Fravitas**, — après lui, Euphemius*' 
qui fut déposé ; — et après lui l'hérétique 
[263] impie Macedonius, qui fut aussi 
déposé **; — et ensuite Timotheus. 

A Jérusalem, après Anastasius, vint 
Martyrius; — et après lui Sallustianus" 
qui fit un schisme, et fut avec Rome ; — 
après lui, Elias, qui fut aussi reconnu 
hérétique, et fut pour cela chassé par 
Tempereur Anastas[ius]. — Fin. 



1. NtvtXiyYt? (THEOfH.); AoyytvîYYiç (Malai.a); Lilingis (Marcell,). — 2. Cf. Hist. du Bas-Enip., 
1. XXXVIII, § vm, IX. — 3. Lire : laon, d'après Jac. Edess., ad ann. 175, et Chr. edessi, n° lxxiv. 
Il s'agit de l'abolition du xpu<rapY"P°'v 5 cf. Hist. du Bas.-Emp,, 1. XXXVIII, § xxvr. — 4. Jac. Edess., 
ad ann. 191. — 5. û*9. — 6. Nouvelle mention de la sédition dont il a été question plus haut, p. 155. 

7. Jac. Edess., ad ann. 179. — 8. Id., ad. ann. 192. — 9. Id., ad ann. 180. — 10. Id., ad ann. 167. 
— 11. Id., ad ann. 188. — 12. Ce nom est défiguré dans le ms. qui porte jP/âfearaos Fauattios ; cf. 
p. 153, n. 11, — 13. Ms. : Euphiminos . — 14. Jac. Edess., ad ann. 169. — 15. Id., ad ann. 166. 



LIVRE IX. GHAP. XII 



169 



CHAPITRE XII. — Du commencement du règne de Justinianus^ ; et du com- 
mencement de la seconde corruption de Chalcédoine. 

En l'an 832 commença à régner Justinianus (originaire) de Thrace,du village 
de B(e)drinos^ qui devint par la suite une ville célèbre, appelée de son nom. 
Les eaux de cet endroit sont mauvaises, de telle sorte qu^en les faisant bouil- 
lir sur le feu elles se changent en sang'. 

C'était un vieillard de bel aspect. Il était aussi simple; il n'était point instruit 
des Ecritures, et n'avait jamais étudié la confession des chrétiens. 

Comme les Thraces, ses concitoyens^ les Romains et les gens de PItalie, à cause 
de Léon, étaient partisans du synode de Chalcédoine, il s'imagina que si tous 
les pays acceptaient le Synode, il n'y aurait qu'un seul empire. Ceux qui l'exci- 
taient à faire adopter le synode, usèrent de ruse pour qu'il y joignît les trois 
saints synodes et qu'on les proclamât tous les quatre pareillement, de manière 
à pouvoir tromper par là les fidèles qui [266] ne recevaient point celui de Chal- 
cédoine, et qui admettraient sous le nom de ces saints (synodes) le (synode) 
impie. — Fin. 



En l'an 832 des Grecs, en la 3® (indic- 
tion)*, le 26 du mois de nisan^ il y eut 
une pluie violente, et le fleuve Daiçan, 
qui passe à Edesse, subit une grande 
inondation dans laquelle beaucoup d'en- 
droits furent détruits ; h peu près tout 
le mur s'écroula. Justinianus (Justin) 
envoya de l'or» et fit réparer le mur et 
tous les endroits (détruits). Elle fut 
appelée Justinianopolis '. 

L'empereur Justinianus donna aussi 
de l'or, pour la reconstruction d'An- 
tioche, qui avait également été ruinée 
par une inondation. 



Quand saint Severus, patriarche d'An- 
tioche vit, au commencement du règne 
de Justinianus (Justin), qu'un édit pres- 
crivant de recevoir le concile de Chal- 
cédoine avait été promulgué, il négligea 
le repos et méprisa la gloire temporelle. 
Il s'en alla d'Antioche à Alexandrie, 
après avoir occupé le siège pendant 
6 ans. 

Quand saint Severus partit, le feu 
tomba à Antioche et en brûla la plus 
grande partie*. Pendant six mois, le feu 
prit de tous les côtés de la ville, sans 
que personne pût savoir comment il 



1. Les Syriens emploient la forme loustinianos pour désigner Justin !•' et aussi Justinien P"", 
qu'ils appellent Justinien II. — 2. ino psSeptâvaç (J. Mal.). — 3. Land, III, 231. 

4. TplTY). Les indictions sont ainsi notées par le nombre grec, habituellement écrit en lettres. — 
5. Il y a probablement une interversion de chiffres. Lire : Van 836, le 22 de nisan (avril). Cf. 
Land, III, 244; Chron. edess,, n° xc ; Pseudo-Dekts ad ann, 836 (5. O., I, 412). — 6. Lire : Jaw». 
— 7. Malala, Pair, Gr,, XCVII, 619 ; Evagr., IV, viii. 'louoTivo^i'noXK:. 

8. Ps.-D. ad ann., 837. 

22 



170 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



En la l""* année de Justinianus (Justin) 
furent tués Bîtâlios, avec Paulos son vo- 
xapcoç, et Celer Illyricus* son Boixéaitxoç*. 

Au commencement du règne de Jus- 
t[inian]us', parut en Orient une étoile 
sous Taspect d'une grande lance. La 
pointe de la lance était dirigée en bas, 
menaçante, et des rayons terribles en 
sortaient. Tout le monde les voyait. On 
l'appelle xo[j-7^Tr)v , comme disent les 
Grecs. Sa vue remplit tout le monde de 
crainte, par la manière dont elle s'élevait 
et paraissait [266] menaçante. C'était le 
signe de Tapostasie, de la destruction 
et de la ruine de l'Eglise, qui était sur 
le point d'arriver. — Fin. 



prenait; et on ne pouvait l'éteindre. 
C'était un signe de la destruction qui la 
menaçait. 

Saint Severus avait été ordonné pa- 
triarche en l'an 21 de l'empereur Anas- 
tas[ius],qui estl'an 825 des Grecs ; il par- 
tit en la première année de Justinianus 
(Justin), qui est l'an 832 des Grecs. Un 
an après le départ du grand et saint Seve- 
rus, fut [établi] h Antioche ce vase de co- 
lère, Paulus, surnommé « le Juif », qui 
se mita proclamer à Antioche le synode 
de Chalcédoine. Il fit rassembler tous 
les évèques de Syrie et les obligea à le 
proclamer. [266] Il renvoya à leurs 
sièges tous ceux qui se montrèrent 
lâches et le proclamèrent. Mais il envoya 
en exil ceux qui ne faiblirent point, ne 
changèrent point la vérité de la foi, et ne consentirent point à accepter l'erreur de 
Chalcédoine. — Jean d'Asie fait connaître quels sont les évêques qui furent persécutés 
et de quelle manière. 



[CHAPITRE XIll.]* — Jean d'Asie 
dit : 

« Nous sommes incapable d'écrire sur 
les évêques qui furent persécutés à cette 
époque; car ils étaient de villes éloi- 
gnées, et ils finirent leur vie en divers 
exils. Nous parlerons de ceux qui 
se sont rencontrés à Alexandrie et 
à Constantinople, dans la familiarité 



[CHAPITRE XIV.] — Sur la persécu- 
tion des moines et le pillage des cou- 
vents et des monastères'^ . 

Les moines d'Orient persécutés, s'en- 
fuirent pendant sept années, depuis la 
troisième* jusqu'à la neuvième ' (indic- 
tion), de la région* d'Antioche , de 
l'Euphratésie, de l'Osroène, de la Méso- 
potamie*. 



"Note marginale : C*est-à-dire Beit Nahrîn (littéralement : inter flumina). 

1. Ms. : Qalariqos. Jac Edess. : .ooaiU^Ulû; restituer : iûoûû.;^ ^Wl-o (?) = KIXepa tov 'IXXupiôv 
(Mal., Patr. Gr., XCVII, 592). — 2. Lire : ^caaa.%.r^Q', , Skg. Edess., ad ann. 195. Cf. Land, III, 
234-35. — 3. Ps.-Den.j ad ann. 836. 

4, Les numéros d'ordre des chapitres sont omis de plus en plus souvent; nous les rétablissons, 
par conjecture, de manière à les faire concorder avec ceux qui sont notés. 

5, liAND, III, 245. 6. TpîXY); — 7. èvaTY]; — 8. x^^P*. 



LIVRE IX. GHAP. XIII ET XIV 



171 



desquels nous nous sommes trouvé '. 
« Après le départ de saint Severus 
d'Antioche, on chassa : De la Cilicie 
II" : (1) Aiterikos^ d'Anazarba; (2) Ju- 
lius* d'âgées ; (3) Jean de Mopsueste; (4) 
Paulus* d'Epiphania; (5) Jean d'Iréno- 
polis**; (6) Paulus d'Alexandrette ; — 
De la Cappadoce ; (7) Proclus de Colo- 
nia; (8) M(u)sonios'' de Thermae Basi- 
licae (?) ; (9) Nicephorus' de Sébaste 
d'Arménie. — [De la Syrie] : de 
Laodicée» : Constantinus, qui, à cause 
de ses vertus de toute sorte, mérita d'être 
honoré sur les autels dans toutes les 
assemblées des fidèles; il mourut dans 
la ville impériale ; (11) Antoninus d'Alep , 
qui y mourut aussi; (12) Philoxenus de 
Mabboug, qui fut envoyé à Gangres, 
on l'enferma au-dessus des cuisines du 
xenodochion, et il y fut étouffé par la fu- 
mée; (13) Petrus d'Apamée, qui était 
encore en l'an 856 avec les patriarches 
Theodosius et Anthimus, et mourut à 
Constantinople ;(14)NonusdeSéleucie®; 
(15) Isidorus^Me Qennésrin ; (16) Mara 
d'Amid** ; (17) Thomas de Damas; c'était 
un ascète qui pendant 28 ans n'avait pas 



Le monastère de Thomas" de Sé- 
leucie (conduit) par Jean le Rhéteur, 
bar Aphtonia, parvint avec sa fraternité 
à Qennésrê, sur l'Euphrate, et s'y fixa. 
Cyrus *', archimandrite des Syriens d'An- 
tioche, futchasséavec la communauté;(de 
même,) les moines de TeU'ada**, de Ba- 
zou, de Romanus*^, SiméondeLagênê*% 
Ignatius, archimandrite (du couvent) de 
'Aqîba de Qennésrin; les moines de Co- 
nôn"; Jean, archimandrite, de Kefra de 
Bîrta; le couvent de MarBas(sus); Jean 
(du couvent) des Orientaux; ceux de 
Qoubbé ; le couvent de Mageos **(?); Ser- 
gius de Pesilta ; Thomas de Beit Naçih, 
Isaac de 'Abdîsô' *'; le couvent de 'Arab 
et de Mésopotamie, Izala et ** Beit Gaugal ; 
les cinq couvents de la métropole d'A- 
mid;Hanania, et Abraham surnommé 
(. l'humilié », homme faisant des pro- 
diges; Daniel le visiteur; Salomon de 
Mar Samuel** ;Qourias de Segolân**^ les 
Asphoulayè *' , le Tîzayê ** voisins de 
Rés'ayna; et pour ce motif cinq con- 
grégations de moines se fixèrent dans 
le désert, hommes pieux et honorés par 
leurs œuvres ; le couvent dEdesse, Elias 



1. La liste se trouve dans le Pseudo-Denys (ad ann. 829); éditée par Kleyn, Bijdrage tôt de 
Kerkgeschiedenis, etc. (Utrecht, 1891). Nous donnons ici les variantes. A la fin, le collecteur ajoute : 
« en tout 54 évêques » (Bar Hebr,, Chr. eccl., 1, 196, dit : 55), mais sa liste ne contient que 53 noms, 
ceux que nous donnons ici, plus Sévère d'Antioche, placé entre les n°^ 9 et 10. Gomp. la liste de 
l'abrégé arménien (Langlois, p. 176, 177); dans cette dernière Nicolas de Tarse est une addition; 
pour Théodose et Onésime de Zeugma, comp. notre n° 13. — 2. .^q»3;^j| ; rest. : «xioûû*;^1, — 3. 



^^» uiaXa». — 4. 



>i5i>QS. — 5. 



>(^aâ( 



i*»^!»© U«»cu (sic !) — 6. v.ûa*jaûoso. — 7. uaûo»âû»J, — 



8. Sic Ps.-Den. ; ms. : « de Laodicée de Syrie ». — • 9. Ps.-Den. aj. : « et il mourut à Amid », — 
10. ««ft»o»«o|. — 11. Ps.-D. aj. : « Ils moururent tous deux à Alexandrie ». 

12. Lire : \»o\L (L) ; ms. : Tela. — 13. L : ^£lo;^. — 14. L : « avec la communauté du couvent de 
Tell'ada ». — 15. L : osocav)©»» o;3jo. — 16. Sic d'après L : U.^» vOi»aAo;,ms. : « de Siméon et 
de L[o)ngînê ». — 17. L : v^i^, Senôn, qui est peut-être la vraie leçon. — 18. L : leoa^^l», — 19. 
L. : de « Beit 'Abdîsô' ». — 20. c^^o (L). — 21. L : « de Beit Mar Samuel ». — 22. L : IvjsO^» <.'xi»;.a^ 
— 23. i2s ôo'^nn |, « de Spécula ». — 24. L : U7*l., Tîrajê. 



172 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



mangé de pain, ni bu de vin ; il mourut 
à Constantinople; (18) Alexandre d'Àbi- 
la*, ville de la dépendance de Damas*; 
(19) Thomas de Yabroud»; [267] (20) 
Jean de Tedmor*; (21) Jean, évêque des 
moines arabes de Haw^arîn (?) ^ ; (22) Ser- 
gius de Cyrrhus^; (23) Thomas de Ger- 
manicia^; (24) Paulus d'Édesse, qui fut 
lâche, retourna dans cette ville et y mou- 
rut le jour même; (25) Jean deHarran^; 
(26) Jean de Amrîn (?)'; (27) Eustathius 
dePerrhîn*"; (28) Petrus de Res'ayna*"; 
(29) Nonus de Circesium'"; (30) Paulus 
de Callinice*" ; (31) Mariôn " de Soura des 
Romains , (32) Jean de Telia" ; (33) Tho- 
mas de Dara'"; (34) Ahron d'Arsamo- 
sate*", dans le pays des Ourtayê. — Des 
régions d'Asie, de Carie : (35) d'Aphro- 
disia, métropole, partit l'archevêque Eu- 
phemius**; (36) d'Antioche,sur le fleuve 
Méandre", partit Mênophanos ** (?) ; 
(37) de la ville d'Alabanda partit 
Zeuxis*'; (38) de la ville d'Alinda partit 
Petrus**; (39) Julianus d'Halicarnasse 
qui devint ensuite phantasiaste; (40) 
Theosebius d'Ephèse, qui fut requis 
de monter à la ville impériale et d'ac- 
cepter le Synode ; il demanda trois jours, 
alla se prosterner devant Tautel et pria : 
le troisième jour, il mourut; (41) Vale- 



de Beit Isqoûnî*'; Samia"; Qozma, 
Jean des Ourtayê; Marôn des Orientaux; 
à Natapha*® : Sergius, (homme) pur et 
simple, et après lui Anton, homme doux 
et aimable; Elias philadclphe^", notre 
compatriote ; Siméon de Qîs "; Sergius ; 
le couvent de Beit Mar Jean de Hourra** ; 
[267] Siméon, archimandrite de Mar 
Isaac de Gaboula^ qui eusuite fut con- 
vaincu de l'hérésie de Julianus; Bere- 
nicianus de Beit Mar Hanania*', un 
homme faisant des prodiges, qui, dans 
son zèle, monta à la ville impériale, et 
qui admonesta et réprimanda l'empe- 
reur en personne : la lettre que Mar Xe- 
naias lui écrivit de Gangres l'atteste ; les 
moines de Mar Zakai de CalUnice; ceux 
de Mar Abai,et deBeit [Re]qoum^*. Ainsi 
fut peuplé le désert qui fourmillait par 
la foule des hommes qui l'habitaient 
et de ceux qui les visitaient par affection. 
Avec eux étaient les têtes honorables 
des corps " ; Jean de Telia, un ascète 
qui ne mangeait pas même le pain que 
mangerait un enfant ** ; il avait aussi 
progressé dans la lecture des Ecritures 
et il était devenu Yvwaraéç et Gcwpvjxaéç. 
Il élevait son intelligence h la connais- 
sance des choses spirituelles pendant 
trois heures, ravi dans la compréhen- 



1. U*3|. — 2. Ps.-D. aj. : « il mourut en exil ». — 3. »opJ. « Mort en exil ». — 4, « Mort en exil » 
(Ps.-D.). — 5. «î»^»»^ ^"^ y « qui mourut en exil ». — 6. « Mort en exil ». — 7. a Mort à Samo- 
sate ». — 8. « Mort à Antioche ». — 9. ^«»awU (Himeria?), « mort en exil ». — 10. « Mort en 
exil ». — 11. « Martyrisé à Antioche. — 12. « Mort pendant la persécution. » — 13. |»ov) »âc*J4>o. 
— 14. «coûiaÛi.^. — 15. «^xiAûa3o(, « mort en exil ». — 16. « Mort en exil ». 

17. L : i*)ûû*..ûi»l . — 18. Ms. : Samtz; L :• i-ioûo. — 19. iS-ê^^. — 20. L : « philanthrope ». — 21. 
L : de Qennésrîn. — 22. lia-, L\nd, III, 248, ligne 9. — 23. L : [t-^i^. — 24. L : >ooo; c^s^ qui est 
la bonne leçon. — ■ 25. Plus explicitement dans L : « Les têtes (chefs) honorables du corps accom- 
pagnaient tous les membres du corps ». — 26. Littér. : « du commencement de la vie de l'homme ». 



LIVRE IX. GHAP. XIII ET XIV 



173 



rianus de Néocésarée*; (42) Elpid[ius] 
des Qastranayê*; (43) Theodorus delà 
ville d'OIbia'; (44) Lucas de la ville 
d'Imôria*; (45) Eusebianus^ d'Ha- 
drianas*; (46) Petrus de Melota; (47) 
Yictor dePhiladelphia\* (48) Petrus des 
Man(a)doyê'; (49) Agathodorus d'Ai- 
sôn^(?);(50)Pelag[ins]desQelenderayê'", 
(51)Photinus d'Arsinoë (?) ; (52) Alexan- 
dre de Konkar*'; — et beaucoup d'autres 
bienheureux qui marchaient sur les 
traces du bienheureux Severus. Les uns 
furent persécutés et n'acceptèrent pas 
le synode, les autres s'en allèrent et par- 
tirent volontairement; vivants, ils ter- 
minèrent leur vie ! » 

Sur le temps de la persécution **. — 
Le siège d'Alexandrie ne fut pas agité 
pendant tout le règne de Justinianus 
(Justin). — Après Dioscorus vint Timo- 
theus. Il accueillait avec joie les pontifes 
fugitifs et les réconfortait charitable- 
ment. 

Nonusde Séleucie, qui était d'Amid, 
s'en alla à sa ville et habita dans sa mai- 
son. Il était riche et avait été autrefois 
chef de la ville, du temps de Jean d'A- 
mid, du monastère de Qartamin. De 
son vivant, cet évêque le bénit et dit : 
« J'ai confiance en Dieu, que [268] tu 
mourras évêque sur mon siège ». L'é- 
vénement tarda, car après la prise d'A- 
mid, l'évêque fut le charitable Thomas, 
qui bâtit Dara. Comme on le pressait 



sion de la sagesse de la création de 
Dieu. Depuis la troisième jusqu'à la 
sixième heure, il se montrait affable avec 
tout le monde, et faisait pacifiquement 
la conversation avec ceux qui rappro- 
chaient pour des affaires urgentes. — 
Thomas de Dara avait beaucoup de mé- 
rites; il parlait beaucoup sur les choses 
physiques. 

Paulus excita la persécution** sur les 
couvents, grands ou petits, dans toutes 
les provinces de Syrie et de Palestine, 
au sud et au nord, jusqu'à la frontière 
des Perses, et dans les pays de TOrient ; 
ils furent pillés, (leurs habitants) furent 
enlevés, jetés dans les chaînes, et affli- 
gés de supplices. Il excita les troupes 
des Romains **, hommes barbares qui 
agissaient sans pitié. Il faisait piller 
ceux qui accueillaient dans leurs villages 
les persécutés. Son impiété s'étendit 
jusqu'aux femmes et aux enfants. Per- 
sonne ne pourrait définir la cruauté de 
ce Juif, qui excita la persécution au delà 
de toute mesure, par la faim, la soif, la 
nudité, le transfert d'un lieu à un autre. 
Aujourd'hui ils couchaient dans un en- 
droit ; le lendemain, ils en étaient chas- 
sés. Ils n'étaient pas jugés dignes d'a- 
voir un gîte. Ils habitaient dans le dé- 
sert avec les animaux sauvages, sous le 
ciel, même pendant l'hiver, (exposés) 
au vent glacial, à la gelée, à la pluie, 
[serrés] les uns contre les autres *^. Il 



1. Uffiûkûol" W^^'l ; ms, Diocésarée ; la leçon Néocésarée est confirmée par l'arménieu [Lériné de 
Néocés.; Langlois, p. 177). — 2. Kestro (?), — 3. ^aa^, — 4. toi»); rest. : I-^û^qj), Anemorium. 

— 5. Ij-oijool. — 6. Ms. : Hadrianos. — 7. l*9»;3. — 8. Kiso, Mondi (?) — 9. lassus (?). — 10. 
Ui,i^, Celenderis. — 11. ;»-3ûj. — 12. Land, III, 247. — 13. L : 1jû»<^w = ■fjyetKiv. 

14. Land, II, 289. — 15. Ou : « des soldats » ; le mot roumaya est employé dans les deux sens. 

— 16. Lire : I^V-^N -û.^? ^ ; cf. L, III, 290, 33. 



174 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



d 'accepter le synode, il pria Dieu, tomba 
malade sur le champ, et mourut sur son 
siège. — Et, afin que la bénédiction de 
Jean fût accomplie, les gens d'Amid se 
donnèrent pour évêque Nonus, qui 
vécut quelques mois et mourut. 

Alors *, les gens d'Amid établirent 
Mara, en présence de Nonus, évêque 
de Maipherqat, d'Ortho[s] d'Agell, et 
d'Ahron d'Arsamosate. 

Mara était un jeûneur et un homme 
pieux, très versé dans la langue grecque. 
Peu de temps après qu'il eut été établi 
à Amid, il fut exilé à Pétra. De là, il fut 
appelé à Alexandrie où il écrivit de nom- 
breux et admirables ouvrages*. 

Pour mémoire, je consigne ici le 
Prologue de V évêque Mara * : 

« Pour acquérir la connaissance d'un 
long discours on le résume en quelques 
chapitres dont on fixe la notion dans 
l'intelligence et la science. Nous pour- 
rons * connaître ces choses par les cha- 
pitres établis dans ce livre. Mais nous 
ferons passer rapidement dans l'intel- 
ligence, en abrégé, la contemplation ^ 
de toutes les choses qui s'y trouvent et 
qu'on entendra et méditera peu à peu. 

« Quand quelqu'un résume les écrits 
évangéliques, il en apprend que Dieu 
s'est incarné, et qu'on doit lui attribuer 
les actions divines et humaines par les- 
quelles il maintient® les principes du 
monde ', qu'il fera paraître clairement 
lors de son second avènement. 



les faisait descendre de leurs colon- 
nes, ou sortir de leurs cloîtres, pour 
les entraîner*. Maintes fois, [268] au 
moment du soir, alors qu'ils s'arrê- 
taient pour goûter un peu de repos, les 
persécuteurs arrivaient, tombaient sur 
eux à coups de bâtons et les chassaient; 
et tandis qu'ils partaient, défaillants et 
souffrants, les persécuteurs mangeaient 
la nourriture qui était préparée. Il y 
avait parmi eux beaucoup de vieillards 
impotents et de femmes âgées. 

Paulus d'Edesse® fut appelé*" une fois 
et deux, mais il n'y alla point : une 
armée de Romains fut envoyée après 
lui. Il prit la fuite et descendit dans la 
cuve du baptistère pour ne pas admettre 
le Synode, bien que dans son cœur, il 
y fût attaché. — Les citoyens et les 
moines osèrent résister à l'armée, et 
beaucoup de gens du peuple et de 
moines furent tués, parce qu'ils ne vou- 
laient pas abandonner leur opinion. 

Ensuite Paulus d'Edesse sortit et s'en 
alla, avec les soldats, près de Paulus le 
Juif, Alors on connut qu'il partageait 
son opinion et était secrètement d'ac- 
cord avec lui. A cause des Edesséniens 
ils arrangèrent habilement l'affaire. 
Paulus d'Edesse fut libéré et renvoyé 
par Paulus d'Antioche, et les Edessé- 
niens le reçurent comme orthodoxe. 

En ces jours-là '* mourut l'évêque de 
Harran . Paulus voulut y établir un prêtre 
nommé Asclepius ". Après lui en avoir 



1. Land, m, 244-45. — 2. Cf. Bibl. or., II, 48 et suiv. — 3. Land, III, 250 sqq. , Mai, Nov. coll., 
X, I, 353 sqq. — 4, ^ ^»| (M, L). — 5. eswps'a. — 6. M ; Jas*. — 7. «.wq-V-ûoL p:^ ^ov^ (L). 

8. ^^;^^so. — 9. Ps.-Den., ad ann. 837. — 10. Par Paul d'Antioche. — 11. Ps.-Den., ad ann. 
837; Land, III, 243 ; cf. Chron. edess., n» lxxxvih (ann. 831). — 12. Lire : «m^a^ûi»! ; ms. : Asphu- 
lis, ici et plus bas. Chr. edess,, et Ps,-D. : «Q-\t>/v« l 



LIVRE IX. GHAP. XEII, XIV ET XV 



175 



« Quiconque médite ces choses, trou- 
vera donc successivement : d'abord la 
connaissance de ce qui nous est dit 
(de lui) dans l'Ecriture alitérieurement 
à son incarnation ; ensuite la naissance 
de Jean, en témoignage au Dieu d'Is- 
raël, selon la prédiction de l'ange. Il 
trouvera (ensuite) la naissance de Jésus- 
Dieu_, qui eut lieu d'une manière surna- 
turelle en la Vierge et de la Vierge ; car 
tout homme tire son origine de la terre, 
et, selon le témoignage de (Jean)-Bap- 
tiste, celui qui n^est pas de la terre, 
Jésus, est venu du ciel; ensuite, les té- 
moignages relatifs à son incarnation 
rapportés dans le livre de l'Évangile, 
prononcés, sous (l'inspiration de) TEs- 
prit-Saint, par l'ange et Elisabeth à la 
Vierge et à Joseph, et aux bergers, dans 
l'annonce de sa naissance par la troupe 
des esprits célestes ; ensuite, la prophé- 
tie de Zacharie et l'apparition de l'étoile 
qui montra la majesté du Fils de Dieu 
né sans corruption; puis^ la prophétie 
de Siméon et d'Anne sur la venue du 
Christ pour le salut du monde, et avec 
cela, la prédication de Jean-Baptiste an- 
nonçant que lui était de la terre et notre 
Sauveur [269] du ciel. — On comprend 
en outre par le récit des Evangiles, l'é- 
conomie divine de Notre-Seigneur qui 
fut d'une sagesse indéfectible* qui ne 
venait pas de la science des livres ; ses 
enseignements, sa doctrine, la puissance 
des miracles et des pradiges qu'il fit ou 
dit, sa science universelle ; (on apprend) 
qu'il ne commit pas le péché; qu'il était 



donné l'assurance, il le trompa « et en 
créa un autre. Asclepius monta alors 
trouver l'empereur et lui fit connaître 
que Paulus ne proclamait par le Synode. 
L'empereur écrivit à Pharezman, qui 
chassa Paulus d'Edesse, et Asclepius 
devint évêque. 

[CHAPITRE Xy.] — Sur la mort du 
vénérable M ar Jacques, docteur et évêque 
de Batnan ; et sur les nombreux maux 
que les hérétiques infligeaient aux fidèles 
à cette époque. 

Avant que Paulus ne sortît d'Edesse, 
il lit mander près de lui saint Mar 
Jacques le docteur, évêque de Batnan de 
Saroug'. Le saint s'abstint d'aller le 
trouver, parce qu'il montrait déjà qu'il 
ne tenait pas sainement la vraie foi. 
Comme Paulus le pressait, par ses en- 
voyés, de venir le trouver, il entra 
dans l'église, se prosterna devant Tau- 
tel et pria en disant : « Seigneur, con- 
naisseur des choses secrètes , si tu 
sais que la fausseté du diophysisme se 
trouve [269] en ce Paulus, ne me per- 
mets pas de voir sa face ». Or, étant 
parvenu au couvent de Beît Parsayê, 
il eut, pendant la nuit, une révélation au 
sujet de sa sortie du monde, et reçut 
l'ordre, dans cette vision, de retourner 
à sa ville. La nuit même, il se leva et re- 
tourna à sa cellule. 11 annonça à tout le 
monde qu'il mourrait deux jours après. 
Ses concitoyens furent frappés d'éton- 
nement. Il donna des ordres relative- 



1. 1?^^ M» (M, L). 

2. w3 '^s,^, ov\3l.| ^ (Ps.-D.), 



3. Ps.-Den. ad ann. 837 ; Bihl. or., I, 297. 



176 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



en son vouloir de souffrir en son temps 
et de ne pas souffrir lorsqu'il n'était 
pas temps ; qu'il était en son pouvoir 
d'anéantir les tourments par ses tour- 
ments volontaires dans le corps, de dé- 
truire la mort par sa résurrection, et de 
monter au ciel. 

« L'Evangile montre clairement qu'il 
a pris de la Vierge un corps charnel, 
doué d'une âme intelligente ; sa concep- 
tion, analogue à celle de l'homme, pen- 
dant neuf mois; sa naissance naturelle 
d'une manière surnaturelle; qu'il a été 
enveloppé de langes, a sucé le lait, a 
été circoncis légalement, a fui en Egypte 
les menaces d'Hérode, porté par sa 
mère; qu'il est remonté d'Egypte pour 
la rénovation* d'Israël, comme figure* ; 
qu'il grandissait en stature, était sou- 
mis à sa mère et à Joseph; qu'il fut bap- 
tisé par Jean dans les eaux, pour mon- 
trer la renaissance et la rénovation de 
toute l'humanité, qui a été renouvelée 
en lui figurativement, car son baptême 
nous a procuré la sainte renaissance de 
l'Esprit; qu'il fut tenté comme homme 
par le démon, mais, comme Dieu, vain- 
quit facilement* le tentateur dans le com- 
bat et la discussion; qu'il fut servi par 
les anges; qu'il accorda le repos à notre 
race par le retour au paradis. 

« Il se conduisithumainement avec ses 
disciples, évita parfois les persécuteurs, 
eut faim et soif, se fatigua^ Il montra 
qu'il ne supporta pas ces choses par né- 
cessité* naturelle uniquement comme un 
homme et comme s'il n'était pas Dieu, 



ment à son église, à ses disciples et à 
sa doctrine, et deux jours après il mou- 
rut. — L'efficacité de sa prière fut con- 
nue dans toute la Syrie. 

Quand Paulas apprit cela, il établit 
à sa place un homme appelé Moïse. 

Le couvent appelé des Orientaux, dans 
la montagne d'Edesse,se sépara pareille- 
ment du temps de Paulus «. — Ils avaient 
coutume de recevoir la communion de 
l'église d'Édesse. Voyant l'infidélité de 
Paulus, ils se séparèrent de lui et offri- 
rent le sacrifice dans leur monastère. 
Beaucoup de couvents firent de même, 
anathématisant le Synode par écrit, et 
affichant cet anathème aux portes des 
couvents. 

Les moines du couvent des Orientaux 
furent chassés par Pharezman, pendant 
l'hiver, sur les instances d'Asclepius. Ils 
disaient : « Comment nous obligez-vous 
h fuir en hiver, alors qu'il y a parmi 
nous des hommes âgés et infirmes ? les 
Barbares féroces ne le feraient pas ». 
Mais ceux-ci les invectivaient et les chas- 
saient. Ils partirent deux jours avant la 
fête de la Nativité, et les habitants de 
la ville allèrent recevoir leur bénédic- 
tion. Ils virent parmi eux des vieillards 
infirmes qu'on portait sur des civières. 
Ils pleurèrent amèrement en disant : 
« Malheur à nous ! car le christianisme 
a péri de nos jours ! » — Les moines de 
Mar Zakai se joignirent à eux, ainsi que 
ceux de Mar Conon *, des Éxèdres, du 
monastère de Naphsata, de Mar Samuel, 
du monastère de Hendiba ', du monas- 



1. wL^o»;:^. — 2. TÛTto;. — 3. Û.-UA» (L, M). — 4. h-gos ^ (L, M). 

5. L\ND, II, 292; Ps.-DEN.,ad ann. 831. — 6, Vocalisé Qanoun dans notre ms. cf. p. 171, n. 17. — 
7. Ps.-D. : Ua*t«oi : Hendihana. L : Hendikana. 



LIVRE IX. GHAP. XIII ET XV 



177 



car il est attesté qu'il jeûna véritable- 
ment pendant quarante jours et ensuite 
eut faim. Il en est de même de ce qu'il 
dormit. Lorsqu'il était sur la montagne, 
dans la solitude, il veillait dans la 
prière : et il priait humainement son 
Père pour les hommes ; sur la mer, il 
dormit dans la barque, pour l'instruc- 
tion de ses disciples, afin qu'ils crussent 
qu'il pouvait apaiser les tempêtes et la 
voix des flots. Et encore, lorsqu'ils 
voulurent le précipiter du sommet de la 
montagne, ils ne le purent; mais, tandis 
qu'ils l'entouraient, il passa au milieu 
d'eux et s'en alla. Et lorsqu'il fui [percé] ' 
de la lance sur la croix, son âme ne le 
quitta pas par contraite, mais il inclina 
la tête et rendit l'esprit. De toutes fa- 
çons les actions divines et humaines lui 
sont attribuées. Les réformes du monde 
que fit le Christ sont : sa réprimande de 
l'astucieux, les démons qu'il chassait, 
les diables qu'il faisait sortir, les mala- 
dies graves qu'il guérissait, les morts 
qu'il ressuscitait [270], les différentes 
tentations qu'il éloignait, les diverses 
passions qu'il calmait ; [réformes) qui 
étaient le type et signe du monde futur, 
exempt de maux, que nous attendons 
dans l'espérance, la charité et la foi, La 
doctrine de notre Vivificateur éloigne 
les hommes des passions de l'avarice, 
de l'amour de la gloire, du plaisir, et 
les porte à servir Dieu dans la justice de 
la volonté. » 

Ainsi écrivait le vénérable Mar Mara. 



tère d'Eusebrios] d'Abena *, du monas- 
tère de Mar Julianus Saba, sur le fleuve 
des Mèdes. 

Quand ils parvinrent au monastère de 
Mar Salomon de Maqéliata (?), ils y of- 
frirent l'oblation, en la fête de la Nati- 
vité, et toute [270] l'assemblée, avec 
tout le peuple, anathématisa le synode 
de Chalcédoine. De là, ils s'en allèrent 
à Telia de Mauzelat dans le monas- 
tère des 'Arabayê. — Ils se dirigèrent 
vers Tell-Besmê. Ils campèrent dans le 
martji'ion appelé de Mar Çârai '. Ils y 
étaient depuis quelques jours quand 
cet (évêque) d'Amid *, de funeste mé- 
moire, les en chassa. Alors ils descen- 
dirent dans la région de Mardê, et se 
tinrent dans le monastère de 'Aïn Hai- 
laph. 

Au bout * de six ans et demi, la fureur 
se calma, parce que l'empereur avait 
changé ; et, par les soins de l'impératrice 
Theodora, ils revinrent à leur couvent. 

A peu près huit ans plus tard, il y eut 
une dissension parmi eux : environ 
soixante-dix hommes les quittèrent. 
Mais ils ne firent point la paix entre eux. 
L'un d'entre eux s'appelait Elisée : les 
autres s'associèrent h lui et ils montè- 
rent trouver Ephrem, qui était patriarche 
d'Antioche,et adhérèrent à lui. Celui-ci 
les revêtit de l'habit des [^.avccTpiavoi % 
par crainte de l'impératrice, et les envoya 
trouver l'empereur. Ils obtinrent de lui 
des édits subreptices, revinrent au cou- 
vent, chassèrent leurs compagnons et 



1, >sho ,3. 

2. U=>\ (L etPs.-D.); ms. *. Jkya. — 3. Ps.-D. : u,., Çadai. — 4. Bar Kaili (L et Ps.-D,). — 



Ps,-D„ ad, aiin. 831. Texte : i^e^'. de l'Or, chr., 1897, p, 469, — 6. )i*;:ô«m^ (Ps,-D.). 



23 



178 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

Il avait dans l'Évangile, dans le canon occupèrent le monastère. — Pour ce 

Lxxxix», un chapitre qui est rapporté motif, la persécution s'éleva une seconde 

uniquement par Jean* et ne se trouve pas fois en Orient, et les fidèles furent op- 

dans les autres [livres]' : « Il arriva primés. — Fin. 

qu'un jour, tandis que Jésus enseignait, 
on amena devant lui une femme- qui 

avait conçu par adultère. Ils lui parlèrent à son sujet. Et Jésus leur dit, connaissant 
en tant que Dieu leurs œuvres et leurs passions honteuses : « Qu'y a-t-il de pres- 
crit dans la Loi? » Ceux-ci dirent : « Sur la parole de deux ou trois témoins, elle sera 
lapidée «.Jésus répondit et dit : « Conformément à la loi de Moïse, que celui qui est 
pur et libre de cette passion du péché et surtout qui n'est pas coupable de ce péché, 
porte témoignage et lui jette d'abord la pierre; et elle sera lapidée ». Mais ceux-ci, 
qui étaient méprisables, et répréhensibles à cause de cette passion coupable, s'en al- 
lèrent l'un après l'autre et laissèrent la femme. Tandis qu'ils s'en allaient Jésus re- 
gardait à terre et écrivait sur la poussière ; il dit à la femme * : « Voici que ceux qui 
t'ont amenée ici, et voulaient témoigner contre toi, ayant compris ce que je leur ai 
dit, comme tu l'as entendu, t'ont abandonnée et s'en sont allés. Va donc, toi aussi, 
et ne commets plus le péché. » 



CHAPITRE XVI. — Sur l'époque de la persécution des orthodoxes ; et sur V inon- 
dation d^Édesse et d'Antioche. 

Qawad* roi des Perses^ demandait à l'empereur des Romains, Justinianus 
(Justin), 5 mille 5 cents^xsvrovapia d'or, qu'ondevait lui donner pour les dépenses' 
de Parmée des Perses qui gardait les Portes en face des Huns. Pour ce motif, 
il envoyait de temps en temps ses Taiyayè dans le pays des Romains. Ils cau- 
saient du dommage et faisaient des captifs. — C'est ainsi que Mondar*, le Taiyaya, 
monta piller toute la région [271] des frontières*, c'est-à-dire Balîha et Habôra; 
d'autre part, les Romains établis sur la frontière passèrent à Arzôn et même dans 
le pays de Nisibe^ où ils firent des captifs, pillèrent, tuèrent et dévastèrent. Mon- 
dar, roi des Taiyayè, monta de nouveau à Émèse et aussi à Apamée et dans la 
région d'Antioche. Il tua, fît des captifs, dévasta, et remmena une foule de gens. 
Il choisit parmi les captifs quatre cents vierges, qui toutes avaient été enlevées 
subitement de la congrégation de l'apôtre Thomas, à Emèse *", et les immola toutes 



1. Selon la manière des Syriens de diviser les évangiles. — 2. pV-l i**-"!^ (M, L). — 3. Joh., 
vm, 3-11. — 4. liûo» ;bo| (L, M). — 5. Land, III, 246, — 6. Bar Hebréeus dit : 550; Land : 5. — 7. 
àvâXw[j,a; U.*.» ^vs<;^Jl (BH). — 8. ReSt. : >,iavj? — 9. Xf'fJLtTOV. — 10. L ; ^^laioli. 



LIVRE IX. CHAP. XVI 



179 



en l'honneur de 'Ouzzê*; ainsi que l'ascète Dada, qui avait été fait captif avec 
elles et les vit toutes de ses yeux, le raconta quand il revint de captivité. 

A l'époque* de Justinianus (Justin), en la 7® année de son règne, l'écoulement 
des eaux de Siloha, qui se trouve sur le côté droit de Jérusalem, cessa pendant 
15 ans. 

Au sud du temple de Salomon » Ba'albek, ville delà maison de bois du Liban, 
dont parle l'Ecriture en disant* que Salomon la bâtit et Torna, se trouvaient 
trois pierres prodigieuses au dessus desquelles il n'y avait rien de bâti ; elles 
étaient unies et se tenaient par elles-mêmes, et adhéraient Tune à l'autre ; elles 
étaient remarquables par leur aspect et très grandes toutes les trois; elles 
avaient été placées comme symbole de la foi en la Trinité. Or, cette année, la 
foudre tomba, détruisit [272] tout le temple et en pulvérisa les pierres^ ; mais 
elle ne fit aucun tort à celles-ci. Maintenant, un temple de la Mère de Dieu a été 
bâti en ce lieu, par les soins de l'empereur. 

A cette époque*, on vit dans le pays de Gilicie une femme qui surpassait 
tous les hommes, en hauteur, d'une coudée. Personne ne savait d'où elle était. 
Elle ne parlait jamais le langage humain. Elle mangeait la même nourriture 
que les hommes. Elle recevait une obole de chaque boutique. Elle disparut 
tout à coup. Plusieurs disaient d'elle qu'elle était peut-être avec ceux qu'on 
appelle « fils de la terre ». 



En l'an 836, une grande calamité at- 
teignit la ville d'Edesse', métropole de 
rOsroène, alors qu'elle avait pour évêque 
Asclepius. 

Celui-ci contraignait par la violence 
les fidèles à recevoir le synode inique 
de Chalcédoine. Il s'empara de vingt 
moines solitaires et les fit torturer sans 
pitié pour leur faire accepter le Synode 
impie, et ensuite les enferma dans la 
prison. — Or, la même nuit, à la troi- 
sième heure, il y eut une inondation. 



Quand Paul le Juif, qui avait été établi 
patriarche à Antioche, eut accompli une 
année, l'empereur voyant qu'il divisait 
grandement l'Église, par sa tyrannie, 
et ayant appris le mal qu'il fit, le 
chassa de l'Église. Ce scélérat mourut 
peu de temps après, et s'en alla dans la 
géhenne réservée à Satan son maître*. 
— Que sa mémoire soit en malédiction ! 

Après lui, le 52^ évêque de Téglise 
d'Antioche fut Euphrosius, surnommé 
BarMalaha». 



1. Vénus. — 2. Land, III, 244. — 3. Land, III, 244. — 4. Cf. I Reg., vrr. — 5. uo,û9^s (L). — 
6. Cf. Cedren., ad ann. 7 Justini ; Theoph,, ad ann. C. 517. 

7. Ps.-Den., ad ann. 836; cf. Land., III, 244; Chron. edess., n° xc. 

8. Ps.-Den., ad ann. 837; cf. Land, II, 291. — 9, C'est-à-dire « fils du matelot w. Cf. Jac. Edess., 
ad ann. 195; et Land, III, 234. 



180 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



[271] Le fleuve Daiçan subit une crue 
violente ; le mur se fendit subitement 
depuis le haut ; le flot trouva un obstacle 
et une barrière, et revint en arrière, 
déborda complètement, monta sur toutes 
les rues et inonda la ville. Le peuple et 
les animaux furent noyés, et les objets 
inondés. Ceux qui se trouvaient dans les 
lieux plus élevés que l'inondation vou- 
lurent sortir par les portes de la ville, 
mais l'inondation se trouva entrer par 
les portes. La ville était remplie comme 
un lac ; tout à coup le mur se fendit et 
il se fit trois brèches, parce qu'il ne put 
supporter la force de l'inondation ; les 
tours furent renversées, le flot se ré- 
pandit, entraînant les cadavres comme 
des balayures'; des demeures et des 
maisons descendirent, jusqu'à l'Eu- 
phrate. 

Quelques jours* après, quand l'inon- 
dation eut cessé et se fut calmée, tous 
ceux qui survivaient criaient que Dieu 
était irrité contre la ville à cause de 
l'emprisonnement des bienheureux; et 
ils prirent des pierres pour lapider As- 
clepius. Il se cacha et s'enfuità Antioche, 
près d'Euphr[asi]us. Celui-ci fit monter 
Asclepius avec lui à l'ambon, et disait au 
peuple : «Venez, voyez le nouveau Noé, 
qui lui aussi, comme dans l'arche, a 
échappé au déluge ». 

Ceux qui survécurent à Edesse, et 
échappèrent à l'inondation des eaux, 
échappèrent aussi à l'impiété de Chal- 



Or, [27l] un édit de l'empereur pres- 
crivit que tous les soldats ' adhérassent 
au synode de Chalcédoine, et que ceux 
qui n'adhéreraient pas soient privés de 
rations* et des honneurs delà milice. 
Et pour cela, la plupart des soldats adhé- 
rèrent. — Alors, se montrèrent coura- 
geux dans la piété Amantus, le prœposi- 
tus,Theocritus,et André,le cubicularius. 
Ces trois martyrs véritables brillèrent 
par l'orthodoxie et furent couronnés 
par le glaive, parce qu'ils ne consenti- 
rent pas à proclamer le synode impie *. 
En l'an 2 de Justinianus* (Justin), 
mourut Jean de Constantinople ; — et 
son successeur, le 21^ évèque, fut Epi- 
phanius. 

AÉdesse,le38^évêquefutAscIep[ius], 
qui^ fut ordonné par Euphrosius d'An- 
tioche*. 

ARome^le BO^évêque fut Hormisdas", 
au commencement du règne, de Jus- 
tin[ianus] l'ancien (Justin), le persécu- 
teur des orthodoxes. 

Jean de Constantinople*" ne proclamait 
pas le Synode de Chalcédoine. Alors, 
l'impératrice Lucipina**, femme de Jus- 
tinianus l'ancien, qui était elle-même 
encore plus enivrée de l'amour du Sy- 
node, manda à Jean : « Si tu ne procla- 
mes pas le Synode, je n'entrerai pas à 
ton église. » Alors il se mit à proclamer 
les quatre (Synodes) ; et dès lors com- 
mença la ruine. 

En l'an 9 de Justinianus^', Euphrosius 



1, |_!.-9ûo. — 2. Ps.-Den., loc. cit. 

3. U»^^. — 4. àvvtova. — 5. Jag. Edess., ad ann. 195; cf. Land, III, 233. — 6. Jac. Edess,, ad 

ann 195. — 7. U»!. —'8. Chr. edess., n» lxxxix ; Jac. Edess., ad ann, 196. — 9. Jag. Edess., ad 

ann, 193. — 10. Ps.-Den., ad ann. 829. — 11 . Ps,-D, : MaSiJi^; Theoph. : Aowr/îa. — 12. Jac. 
Edess., ad ann. 201. 



LIVRE IX. GHAP. XVI 



181 



cédoine; car la colère divine atteignit 
Asclepius à Antioche, et il ne retourna 
pas à Edesse. 

Le nombre des cadavres des noyés qui 
furent ensuite [272] ensevelis monta à 
trente mille ; et on dit que la somme to- 
tale du peuple qui périt est de deux 
cent mille. 

Euphr[osi]us, à l'instar de Paul le 
Juif, affligeait de maux les fidèles. La 
justice (de Dieu) ne le supporta pas. Elle 
secoua la ville dans un tremblement de 
terre et la reriversa; la colère (de Dieu) 
l'atteignit en la 7^ année de son impiété- 

En l'an 9 de Justinianus (Justin), qui 
est l'an 840 des Grecs, Antioche fut ren- 
versée pour la cinquième fois *. 

Ce fléau fut tellement violent que 
le feu enveloppait ceux qui avaient 
échappé et les consumait; des étin- 
celles voltigeaient et brûlaient tout ce 
qu'elles atteignaient ; la terre elle-même 
bouillonnait sous la cendre, brûlait 
et incendiait tout ce qui se rencontrait. 
Les fondements eux-mêmes avec les 
édifices, étaient projetés en l'air, étaient 
soulevés*, montaient et descendaient, et 
retombaient brisés. Quand ceux qui 
avaient échappé voulaient fuir, le feu 
les enveloppait et les consumait comme 
du bois sec. Les flammes pleuvaient du 
ciel comme une pluie, et toute la ville 
était comme une fournaise. A part quel- 
ques maisons qui demeurèrent sur le 
flanc de la montagne, et encore lézar- 



étant mort lorsqu'Antioche s'écroula 
dans le tremblement de terre, il eut 
pour successeur Éphrem, (originaire) 
d'Amid', qui passait pour sage et élo- 
quent; mais il était atteint du mal de la 
doctrine des diophysites et il séduisit 
beaucoup de gens par son astuce, [272] 
et par les menaces de l'empereur qui 
l'écoutait très volontiers. — En réalité*, 
cet Ephrem était un païen. Il surpassa 
ceux qui l'avaient précédé dans toute 
sorte de méchancetés. Il ruina de nom- 
breux couvents et renversa les autels. 
Il circula avec des troupes barbares 
dans toutes les contrées d'Orient, jus- 
qu'aux frontières des Perses, et persé- 
cuta les fidèles, pendant 18 ans, jusqu'à 
ce que la colère de Dieu l'atteignit, lui 
et sa ville : les Perses montèrent et la 
détruisirent. 

Après ce saint Mara*, il y eut à Amid, 
comme évêque , un homme inique : 
Abraham Bar Kaili, qui excita encore 
davantage la persécution. 

Bar Kaili* voulait contraindre un 
certain prêtre, (nommé) Cyrus', de rece- 
voir de lui la communion. Celui-ci ré- 
pondit : « Tu me montres toi-même que 
ton oblation n'est pas consacrée, en 
m'obligeant de force à la recevoir. » — 
II ordonna qu'on la lui mette de force 
dans la bouche. Le prêtre l'ayant rejetée 
en soufflant, Bar Kaili, fils de chien % 
ordonna de faire brûler le prêtre. Il 
écrivit à l'empereur qu'un homme avait 



1. Land., II, 299 ; Ps.-Den., ad ann, 837. — 2. ^«^û^vd (L). 

3. Cf. Ps.-Den., ad ann. 842. — 4. Cf. Land, II, 294. — 5. Cf. ci-dessus, p. 174. — 6. Ps.-Den., 
ad ann. 837; Bibl. or., II, 48 sqq. — 7. Ms. : Qouri[a)s. — 8. C'est-à-dire « enragé » ; jeu de mots : 
Bar Kailif bar kalba. 



182 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



dées et prêtes à s'écrouler, il ne resta 
pas une maison ou une église, ni même 
un mur, qui n'ait été crevassé. De sous 
terre bouillonnait et s^élevait une pous- 
sière humide. On constatait aussi une 
odeur de pourriture marine, comme si 
les flots de la mer l'envahissaient, — La 
grande église qui avait été bâtie par 
Constantin le Grand, et qui, disait-on, 
n'avait pas sa pareille dans tout l'Empire 
romain, était demeurée debout, lézardée ; 
le septième jour, le feu l'attaqua et elle 
s'écroula. Il en fut de même des autres 
églises. 

D'après ce qu'écrit Jean, qui était 
d*Antioche même, ceux qui restèrent en 
vie trouvèrent et découvrirent deux cent 
cinquante mille asphyxiés ; car c'était 
le moment d'une fête_, et il y avait beau- 
coup d'étrangers dans la ville, qui tous 
furent suffoqués. 

Le troisième jour de la catastrophe, 
une croix lumineuse apparut dans la 
région septentrionale. Ceux qui avaient 
survécu furent saisis de crainte et 
criaient : Kyrie eleison. Ils la virent pen- 
dant environ une heure, [273] et elle dis- 
parut dans une nuée. 

Au bout de trente jours, on trouva 
dans la terre des hommes, des femmes, 
des enfants encore vivants : c'est un 
miracle dû à la bonté de Dieu. — Le 
tremblement de terre ne cessa ni jour ni nuit pendant un an et demi. 

En découvrant les cadavres des suffoqués, ils trouvèrent ceux d'Euphrosius* et 
d*Asclep[ius] d'Edesse, dans un chaudron de poix des zqqê^. Ils heurtèrent et tombè- 



foulé la communion aux pieds, et que 
pour cela il avait été brûlé. 

Quand quelqu'un n'acceptait pas le 
Synode, Bar Kaili conduisait à sa maison 
une troupe des lépreux qui se trouvaient 
dans un monastère hors de la ville et 
qui s'établissaient dans cette maison ; de 
sorte que l'homme devait nécessairement 
abandonner sa maison et s'enfuir ; car 
leur aspect était terrifiant, avec leur 
faces rongées, leurs corps pourris et 
laissant couler un pus fétide, leurs mains 
dégouttantes de sang [273] et de pus. De 
plus^ leurs âmes étaient cruelles et as- 
tucieuses, leurs desseins très menaçants 
pour la ruine des chrétiens. Ils se cou- 
chaient sur leurs vêtements, se roulaient 
sur leurs lits ; ils s'emparaient de tout 
ce qui leur plaisait, et il n'y avait per- 
sonne qui pût les contenir. Ils man- 
geaient et souillaient * tout. Lorsqu'ils 
s'apercevaient qu'on voulait les chasser 
de la maison dans laquelle ils étaient, ils 
s'attaquaient aux bouteilles de vin, aux 
vases d'huile et de miel, et y plongeaient 
leurs mains pourries, de manière que 
personne n'en pût goûter. — Ce chapi- 
tre est fini, ainsi que le précédent. Que 
celui qui lit prie pour moi, par l'amour 
de Jésus. 



1. Ms. : Euphorsios. — 2. Ps.-D. : cn^» ^SaoûftAÔl 6,.*.L oow s{J01^*N t-û-ûM |ûoM « des zqqê, qui 
étaient sous son palais épiscopal ». La version arabe porte ; .,..|<ii>aia^flo| ^ov>H ihû ^ ^^;.5o u9. 
J'ignore ce que signifie le mot iûx>i. 

3. Lire : <^vtiM. 



LIVRE IX. GHAP. XVI, XVII ET XVIII 



183 



rent : leurs corps furent submergés dans la poix, et leurs têtes se trouvèrent en dehors 
sur le bord du chaudron; on les reconnut à leur visage, car tous leurs os étaient dé- 
dépouillés de chair, (plongés) dans la poix. — Certains hérétiques, leurs partisans, 
disaient quelques jours auparavant qu'ils avaient été ravis au ciel; mais Dieu, pour 
dévoiler leur erreur, conserva leurs visages afin qu'ils soient reconnus. 

Séleucie* de Syrie, Daphné, qui est à côté d'Antioche,et tous leurs environs jusqu'à 
vingt milles en long et en large, furent totalement renversés dans ce tremblement de 
terre. — Justinianus, en l'apprenant, jeta la toge, dépouilla la pourpre, et resta 
dans le deuil; il envoya 5 xevxYjvapta d'or pour la reconstruction des villes. 

A cette époque', Dyrrhachion', ville métropolitaine de la province [nouvelle]* 
s'écroula subitement. — De même aussi, Corinthe% métropole de l'Hellade, et Ana- 



zarba* de Cilicie, tombèrent dans ce tremblement de terre. 



[CHAPITRE XVII.] — Sur les 
choses accomplies par Justinianus 
(Justin), parmi les rois Indiens et 
Ko usités \ 

Ces royaumes [sont plus à l'intérieur 
que celui des] ' Himyarites situé en face 
les pays d'Egypte et de Thébaïde, en- 
deçà de l'Inde. 

Un certain Juif ayant commencé à ré- 
gner sur les pays des Himyarites et 
ayant tué les chrétiens, enleva encore 
les marchands qui se rendaient du pays 
des Romains dans les contrées des In- 
diens, et les massacra, «parce' que (di- 
sait-il), dans les pays des Romains les 
chrétiens maltraitent les .luifs. » — Pour 
ce motif, le commerce cessa dans les 
pays des Indiens et des Kousites. Alors 



[CHAPITRE XVIII.] — Des royau-^ 
mes des Indiens^ des Kousites et des 
Himyarites, qui rendirent témoignage 
à la vérité" en Van 835, du temps de 
Justinianus [Justin) le persécuteur des 
chrétiens^''. 

Il y a trois royaumes des Indiens, et 
quatre des Kousites, dans les régions 
du sud intérieur, sur le littoral de la 
mer australe et orientale qui entoure la 
terre habitée et qu'on appelle le grand 
Océan. — A l'époque où Justinianus 
excita une persécution contre les 
orthodoxes, les Juifs prévalurent et se 
donnèrent un roi. Cela arriva surtout 
parce que les rois de la grande Inde tom- 
bèrent en querelles : le roi de l'Inde ex- 
térieure, nommé Aksdôn **, contre le roi 



1. Ps.-Den., ad. ann. 837 ; cf, Jac. Edess., ad ann. 198, — 2. Ps.-Den., ad ann, 840. — 3. ^»oî 
(Ps.-D.).— 4. Ps.-D. : «ïia3;3ow |~.;ûli^ï \L^ ^apooi»; lire : asoo;^ow (?), Epiri Novi. — 5. Ps.- 
Den., ad ann, 841. Jac. Edess., ad ann. 196. — 6. Ps.-Dbn., ad ann. 842, 

7. Cf. Bibl. or., I, 361, — 8. Lire ainsi d'après Ps,-Den. : UV-ia».» i*oi ^ u<^ ^*'^«5^ l-^^a-'» |ioii>io. 

9. « Qui subirent le véritable martyre » ; litt. : testati sunt testimonia ver a. — 10. Pout" tout ce 
chapitre, cf. Bibl. or., I, 859-385, où Assemani donne le texte du Pseudo-Denys. — 11. Ps.-D. : 
^o,jaûa3|. II est possible qu'il y ait ici confusion entre le nom du roi et celui du pays ; peut-être 
avons-nous une transcription du grec l5 'IvSwv (?). 



184 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



le roi des Kousites manda à ce Juif, qui 
régnait sur les Himyarites : « Tuas mal 
fait en tuant les marchands, car tu as fait 
cesser les affaires de mon royaume ; 
mais, s'il te plaît, ouvre pacifiquement 
la route aux marchands. » —Le Juif ne 
le voulut point ; il répondit au roi des 
Kousites par des choses dures et des mer 
naces. Pour ce motif, ils se préparèrent 
à la guerre. Alors Anzoug ', roi des Kou- 
sites, seditenlui-même :« Si je triomphe 
de celui-ci, au nom du Christ, je me 
ferai chrétien.» Quand on livra bataille, 
Dieu donna la victoire [274] à An- 
zoug le Kousite, qui tua le Juif et sou- 
mit le pays. Après cette victoire, deux 
notables, accompagnés de deux cents 
Indiens, vinrent en ambassade près de 
l'empereur Justinianus, demandant qu'on 
leur donnât unévêque et des clercs pour 
leur enseigner les mystères des chrétiens. 
On leur donna comme évêque un homme 
nommé Jean, 'irapa[;.ovapioç, homme chaste 
et vertueux, qu'ils emmenèrent, avec 
des clercs, et s'en retournèrent dïins leur 
pays. Ils reçurent tous le baptême et se 
firent chrétiens. 

, Ce roi des Kousites ayant prévalu de 
nouveau, grâce au Seigneur*, fut em- 
brasé de zèle; il envahit les contrées 
des Himyarites et fit périr tous les Juifs ; 
car, une seconde fois, les Juifs avaient 
obtenu le pouvoir dans le pays des 
Himyarites^ s'étaient donné un roi, et 



de l'Inde intérieure nommé Anzoug ^ 
Quand ce Juif commença à régner, il 
massacra les chrétiens, dont le martyre et 
l'histoire sont racontés par l'évêque 
saint Siméon surnommé le disputateur. 
Ils furent mis à mort dans la ville de 
Nédjran, en l'an 835, qui est l'an 4 de 
Justinianus (Justin), ainsi qu'il écrit à 
l'archimandrite de Gaboula*, en ces 
termes* : 

« Nous faisons savoir à Ta Charité que 
le 20 de kanoun ii de la présente année 
835, nous sommes partis de Hîrta de 
Nou'man, avec le prêtre Abraham, fils 
[274] d'Euphr[asi]us, qui fut envoyé par 
l'empereur Justinianus près de Mondar 
pour faire la paix. Nous avons parlé de lui 
dans notre lettre précédente, et ici tous 
les fidèles lui rendent grâces parce 
qu'il a qidé notre parti. Il sait bien tout 
ce que nous avons écrit précédem- 
ment, et ce que nous écrivons encore 
maintenant. 

« Nous avons voyagé par le désert, vers 
le sud-est, pendant dix jours, et nous 
avons rejoint Mondar en face des monts 
appelés de Hîlê, (dans un autre ms. de 
^ala•), dans la langue arabe Ramleh. 
En entrant dans le camp de Mondar, 
nous rencontrâmes les Taiyayê païens, 
et les Ma'adayê, qui nous disaient : « Que 
ferez-vous, maintenant que votre Christ 
a été chassé parles Romains, les Perses, 
et les Himyarites? ». Et comme ils 



1. Ps.-D. : '^t*!. — 2. Bibl. or., I, 381. 

3. Ps.-D. : >^i*l. — 4. Nommé aussi Siméon. — 5. Pour la lettre et ses différentes recensions, cf. 
GuiDi, La lettera di Simeone vescovo di Bêth-Arèâm sopra i martyri Oineriti [Acad. dei Lincei, 
ann. 1881). Recension de Zacharie dans Land, III, 235 sqq., et dans Ma.1, Nov. coll., t. X, p. 3'i8 
sqq. — 6. Cette leçon est la bonne; Hala signiûe « sable », comme l'arabe ramleh. 



LIVRE IX. GHAP. XVLI, XVIII ET XIX 



185 



recommençaient à massacrer les chré- 
tiens. Il tua aussi ce roi dans le combat et 
détruisit leur royaume. Il établit un roi 
chrétien nommé Abraham; alors les 
chrétiens qui étaient dispersés se réu- 
nirent. Le roi Abraham leur envoya 
chercher un évêque à Alexandrie, près 
du pape * Timotheus, qui n'avait point 
été ébranlé et n'avait point accepté le 
synode de Chalcédoine. 

[CHAPITRE XIX.] — De ce qu'on 
avait à subir à cette époque; et com- 
ment les fidèles furent opprimés dans 
la persécution, pour la seconde fois, 
par Vimpie Éphrem d'Antioche et par 
Abraham Bar Kaili d'Amid*. 

Ephrem^ patriarche d'Antioche, étant 
descendu en Orient, se mita persécuter 
les fidèles orthodoxes. Il les fit chasser 
par Abraham Bar Kaili, (évêque) d'Amid. 
Beaucoup de moines se réunirent dans 
le couvent de Telia appelé de Tauta '. 
Comme ils commençaient à le rebâtir, 
on envoya contre eux une troupe de sol- 
dats pour les chasser. Quand les soldats 
virent les longues files d'hommes appli- 
qués à l'office, ils eurent peur et les lais- 
sèrent; ils se mirent h piller les villages 
des environs et dirent aux habitants de 
ces villages : « Allez chasser ces moi- 
nes ». Les moines s'en étant aperçus, et 
voyant les pleurs et les lamentations des 
gens* des villages, ils consentirent à par- 
tir et allèrent au lieu appelé Madbaha ^ ; 



nous injuriaient nous ressentîmes de la 
tristesse. — Bientôt la douleur s'em- 
para de nous, parce que des envoyés du 
roi des Himyarites arrivèrent près de 
Mondar et lui remirent une lettre pleine 
d'arrogance dans laquelle il écrivait 
ceci : 

« Le roi des Kousites est mort. L'hi- 
ver a surpris les chrétiens, et ils n'ont 
pu venir établir un (autre) roi comme 
ils en avaient la coutume. C'est pourquoi 
j'ai établi mon règne sur tout le pays 
des Himyarites. J'ai songé à faire périr 
tous les chrétiens, pour qu'il n'en reste 
plus. J'ai tué 280 hommes qui s'y sont 
trouvés, ainsi que les Kousites qui gar- 
daient l'église, et j'ai fait une synagogue 
de leur église. Ensuite, avec 120 mille 
hommes, je suis allé àNédjran, siège' de 
leur empire. Les notables vinrent me 
trouver à la suite de serments, mais j'ai 
résolu de ne pas observer mes serments 
à l'égard d'ennemis. Je me suis em- 
paré^ d'eux. Je leur ai demandé d'ap- 
porter leur or et tous leurs biens ; et ils 
les ont apportés. Je réclamai Paulus 
leur évêque, et ils me dirent : Il est mort. 
Je ne les crus point avant qu'ils ne 
m'eussent montré son tombeau ; et je fis 
brûler ses ossements. Je les ni tous 
pressés de renier le Christ, mais ils 
ne l'ont pas voulu. Pour cela, ils furent 
massacrés. Nous amenâmes leursfemnies 
pour qu'elles vissent le massacre de 
leurs maris, afin qu'elles fussent ef- 
frayées, mais elles n'ont point eu peur; 



1. Titre que les Orientaux donnent spécialement à l'évèque d'Alexandrie; cf. Nigeph. Call.,//. 
È., XIV, xxxiv. — 2. Land, II, 294. — 3. L : UoL. _ 4. Lire : w-lLs,. — 5. L : (ou UV^^!o) ]*•;.=>,•< i;û^x)». 
(). Restituer : .owLai^yj ^u,v^, d'après les autres recensions. — 7. O^av (Mai), 

I. 24 



186 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



ils se fixèrent dans le couvent des 
Hourounayatê % au nombre de mille 
hommes et plus. 

Quand l'impie Ephrem parvint à 
Edesse, il leur fit mander par son frère 
Jean de lui permettre de venir près d'eux, 
ou d'envoyer quelques-uns d'entre eux 
près de lui, comme pour s'expliquer. 

Ce monastère était situé entre [27S1 
Edesse, Amid et Samosate*. Ils n'ac- 
ceptèrent point de le voir. Alors il fut 
rempli de fureur et envoya des trou- 
pes pour les enchaîner * et les lui ame- 
ner. Quand les moines eurent connais- 
sance de cela, ils se divisèrent par 
groupes ; chaque groupe prit avec lui 
un prêtre et un diacre pour aller où il 
voudrait. « Ce qui fit, dit Jean d'Asie, 
en parlant de lui-même, qu'alors que 
nous étions encore au rang des diacres 
et dans la jeunesse^ dix hommes nous 
furent confiés * ». 

Le monastère resta rempli de provi- 
sions*^, de livres et de beaucoup de choses. 

Qui ne pleurerait en voyant ces 
hommes divins obligés de passer les ri- 
vières pendant l'hiver et par le froid ? 
D'autres, qui étaient malades, restèrent 
dans une grande misère. — Auparavant 
on avait écrit dans tous les districts : 
« Quiconque recevra l'un d'entre eux sera 
mis à mort. » — Les uns demeurèrent en- 
fermés dans les cavernes et les rochers. 
Les fidèles leur apportaient du pain, la 
nuit^ avec crainte. D'autres passèrent 
dans la région de Claudia et de Hanazît, 



au contraire, elles se précipitaient (à la 
mort) l'une devant l'autre, et toutes 
furent massacrées, à l'exception de 
RouHiê*, femme de celui qui devait être 
fait leur roi, qui est la seule femme que 
nous n'avons pas laissé mourir. Mais 
nous lui demandâmes : «Renie le Christ 
et tu vivras ! » et nous lui prescrivîmes : 
« Va-t-en régner. » Elle était suivie de 
gardes. Elle sortit et courut par les rues 
de la ville, tête nue, en disant : « Femmes 
de Nédjran, chrétiennes, juives [273] et 
payennes, écoutez! Vous connaissez ma 
race, ma tribu, et de qui je suis fille; 
j'ai de l'or et des champs; si je voulais 
me marier, j'aurais (comme dot) 4 mille 
dinars, sans compter mes bracelets, mes 
perles, et sans compter le trésor de mon 
mari mis à mort pour le Christ. Il n'y a 
pas pour la femme de plus grande joie 
qu'aux jours de son festin nuptial. De là 
viennent ensuite les douleurs : soit 
qu'elle enfante, soit qu'elle perde ses 
enfants. Aujourd'hui, je suis libre de 
tout; comme au jour de mon festin nup- 
tial, j'ai paré joyeusement pour le Christ 
mes cinq filles vierges. Regardez-moi, 
mes compagnes; vous aurez vu mon visage 
deux fois : lors de mes (premières) fian- 
çailles, et maintenant dans les secondes. 
Imitez-moi ainsi que mes filles. Je ne 
vous suis pas inférieure en beauté, et, 
resplendissante de son éclat, je m'en 
vais vers le Christ, sans être corrompue 
par l'apostasie judaïque. Que ma beauté 
soit témoin devant mon Seigneur qu'on 



1. L : |^»J^o^. — 2. Lire ainsi d'après L. — 3. Lire : 'AS,i (L). 
Land, II, 297, 5. — 5. àvaXwfjia. 
6. u»o9, Rouint (GviDÏ)i 



4, Sens préférable à celui de 



LIVRE IX. GHAP. XVIII ET XIX 



187 



et succombèrent * pendant le rude hiver 
de cette année. 

Abraham Bar Kaili envoya des persé- 
cuteurs dans la contrée des Ourtayê 
et à Hanazît.Il réunîtde nombreux clercs 
et moines fidèles pour les faire adhérer 
au Synode. Cette assemblée comprenait 
environ 1.400 hommes. Quand le satrape 
et Tévêque de l'endroit leur adressèrent 
la parole, afin qu'ils acceptassent le 
Synode, ils répondirent : « Nous n'ac- 
ceptons pas d'autre évangélisation, ainsi 
que Paul l'a prescrit*. » — Le satrape 
et l'évêque dirent : « Donc, le pa- 
triarche et l'empereur admettent une 
autre prédication ?» — Ils répondirent : 
« De même que nous n'avons pas dit que 
vous receviez ou que les Pères ont en- 
seigné une autre prédication^ de même 
ne nous inquiétez pas ». — Le satrape et 
l'évêque dirent : « Ces choses ont été 
prescrites pour la confirmation de la 
foi. » — Les moines répondirent : « La 
foi des chrétiensn'a pas besoin d'une nou- 
velle confirmation : elle n'a point été 
ruinée, pour être relevée, ni démolie, 
pour être rebâtie. » — Le satrape dit : 
« Qu'a donc fait de mal le synode que 
vous rejetez, lui qui a appelé Marie 
Mère de Dieu et a anathématisé Nesto- 
r[ius] et Eutychès?» — Les bienheureux 
répondirent : « Il est écrit* : Exami- 
nez tout; [276] approuvez ce qui est 
bien, et évitez tout ce qui est mal. 
Que Votre Grandeur nous instruise*, car 
nous sommes très peu versés dans la 



n'a pu m'entraîner au péché d'apostasie ; 
mon or_, mon argent, tout ce que je pos- 
sède : je ne l'ai point préféré à mon Dieu. 
Le roi rebelle m'a dernandé de renier le 
Christ. A Dieu ne plaise, à Dieu ne 
plaise ! que je renie le Christ dans lequel 
j'ai cru et j'ai été baptisée ainsi que 
mes filles. Voici que j'abandonne tout 
ce qui charme les yeux du corps sur la 
terre, pour aller recevoir® ce qui ne 
passe point. Bonheur à vous, mes com- 
pagnes! si vous écoutez mes paroles, et 
aimez le Christ. Priez pour moi, afin 
que je m'en aille et que je sois reçue ». 
Et aussitôt, elle prit ses filles, parées 
comme des fiancées, et elles vinrent de- 
vant moi. Elle délia le bandeau ^ de sa 
chevelure qu'elle enroula autour de sa 
main, et elle courba la tête en criant : 
« Je suis chrétienne. » Je lui demandai 
de dire seulement que le Christ était un 
homme; et elle n'y consentit point. Sa 
fille nous injuria parce que nous avions 
dit que le Christ était un homme. Sur 
mon ordre, ses filles furent immolées, 
et leur sang coula dans sa bouche ; 
ensuite elle eut la tête tranchée. Je 
n'ai pas tué les jeunes garçons ni les 
jeunes filles, espérant qu'en grandissant 
ils deviendront juifs. Je t'ai écrit ces 
choses afin que tu ne laisses subsister 
dans ton pays (aucun) de ces chrétiens ^. » 
Un enfant que sa mère emmenait^ 
avec elle, lorsqu'elle partit avec les 
femmes qui furent massacrées, voyant le 
roi revêtu de son vêtement royal, courut 



1. Ou : a ee cachèrent )\ — 2. Gai., i, 9. — 3. I Thess., v, 21. — 4. ua\t. 

5. ;3v U* >o,io la^U (Mai). — 6. Ici^i^. — 7. L'auteur laisse ici de côté une partie de la lettre de 
Siméon. — 8. ov^ Low ^a»:^. 



188 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



science. Comment le Synode appelle-t- 
il Marie Mère de Dieu, alors qu'Ibas 
d'Edesse, un de ses chefs, blasphéma 
contre celui qui est né de Marie en disant : 
« Je ne porte point envie au Christ parce 
qu'il est Dieu. S^il est Dieu, je le suis 
aussi : car il est simplement un homme 
comme moi », et encore : « J'adore la 
pourpre et celui qui en est revêtu ; j'ho- 
nore le temple et celui qui l'habite. » 
Comment le synode a-t-il anathématisé 
Nestor[iusJ, alors que leur profession de 
foi tient pour deux natures qui forment 
une seule personne*? Nestor[ius] con- 
fesse aussi deux natures et deux hy- 
postases. Le synode confesse deux na- 
tures et enseigne une personne : ce 
qui est digne de dérision. Comment 
donc une personne peut-elle être en 
deux natures? Comment une nature 
peut-elle exister sans la personne? 
Comment ne rirait-on pas de celui qui 
dirait : « Voici deux hommes qui n'ont 
qu'une tête, c'est-à-dire une personne?» 

— L'évêque dit : « Accomplissez-vous 
l'ordre de l'empereur et recevez-vous le 
Synode, ou non? » — Les bienheureux 
dirent : « Nous avons appris qu'il vaut 
mieux obéir à Dieu qu'aux hommes*. » 

— Le satrape dit : « D'après vos paroles, 
il ne faut pas obéir à l'empereur. » — 
Les bienheureux dirent : « Nous obéis- 
sons aussi à l'empereur en tout ce qu'il 
convient d'obéir ». — Le satrape dit : 
« Nous devons en partie obéir et en 
partie ne pas (obéir) ? ». 

II les chassa et ils passèrent l'Eu- 



embrasser ses genoux. Le roi [276] se 
mit à l'embrasser et lui dit : « Que pré- 
fères-tu? mourir avec ta mère ou rester 
près de moi? » — L'enfant répondit : 
« Je préfère mourir avec ma mère ; car 
elle m'a dit : Viens, allons mourir pour 
le Christ. Laisse-moi, laisse-moi, que 
j'aille près de ma mère, de peur qu'elle 
ne meure sans que je la voie; car ma 
mère m'a dit : Le roi des Juifs a com- 
mandé que quiconque ne renierait pas 
le Christ mourrait. Et moi, je ne renie- 
rai point le Christ. » — Le roi (lui) 
dit : « D'où connais-tu le Christ? » — 
L'enfant répondit : « Chaque jour je le 
vois dans l'église, lorsque je vais à 
l'église avec ma mère. » — Le roi lui 
dit : (c M'aimes-tu plus que le Christ? » 

— L'enfant reprit : « J'aime le Christ 
plus que toi. » — Le roi lui dit : « Renie 
le Christ ! » — L'enfant répondit : 
« Mais, mais % tu es donc juif, toi?»; 
et il mordit le roi à la cuisse, pour qu'il 
le laissât. — Le roi lui dit : « Com- 
ment donc es-tu venu embrasser mes 
genoux? » — L'enfant répondit : « Je 
pensais que tu étais un roi chrétien, 
comme celui que j'ai vu dans l'église. » 

— Le roi lui dit : « Je te donnerai des 
noix et des amandes. » — L'enfant dit : 
« Par le Christ, je ne mangerai point 
les noix des Juifs. » — Le roi dit : 
« Demeure près de moi et sois mon fils ». 

— L'enfant reprit : « Par le Christ, je ne 
demeurerai point près de toi; car ton 
odeur est fétide et puante, et n'est pas 
agréable comme (celle de) ma mère. » 



1, upÔCTWTïov. — 2, Act, Ap., V, 29. — 3. Je traduis ainsi le mot «^t d'après Bar Bahloul, bien 
que j'aie des doutes sur son véritable sens. 



LIVRE IX. CHAP. XVIII, XIX ET XX 189 

phrale (pour aller) dans le pays de — Le roi dit à ceux qui étaient pré- 

Claudia, en anathématisant le Synode. sents : « Voyez le mauvais rejeton que 

•--Fin de ce chapitre ainsi quede Vautre. le Christ a séduit dès son enfance pour 

le perdre. » — Un des grands dit à 
l'enfant : « Viens, je te conduirai vers 
la reine, et tu seras son fils. » — L'enfant répondit : « Que ta face' soit souffletée! 
Ma mère qui me conduit à l'église, est meilleure pour moi que la reine. » — Alors le 
roi le donna à un des grands, en lui disant : « Veille sur lui jusqu'à ce qu'il ait grandi : 
s'il apostasie, il vivra; sinon, il mourra. » — Comme un serviteur l'emportait, l'enfant 
(le) frappait de ses pieds et appelait sa mère : « Viens! prends-moi, que j^aille avec 
toi à l'église. » — Elle lui cria : « Va, mon fils, je t'ai confié au Christ; ne pleure 
pas! » — Or', plus tard, cet enfant vint à Constantinople, et Jean d'Asie l'y vit 
visitant très pieusement les églises et les monastères^. 



CHAPITRE [XX]. — De V époque de la fin de la vie de l'empereur Justinianus P^ 

l'ancien [Justin] . 

Justinianus l'ancien [277] s'associa dans l'empire Justinianus, fils de sa sœur. 
Après que celui-ci eut été proclamé César, il dirigea le gouvernement* de Tem- 
pire. 

Lorsqu'il descendit en Orient, contre l'empire des Perses, il vint à Mabboug, 
et prit là pour femme Theodora, fille d'un prêtre orthodoxe, qui, n'étant point 
satisfait de le voir se mêler aux Ghalcédoniens, ne voulut point lui donner sa 
fille sans qu'il eût fait serment de ne pas la contraindre à recevoir le Synode^ 

Il retourna à Constantinople, et, trois mois après, Justinianus l'ancien mourut 
après avoir régné 9 ans. 

Mâma de Mélitène et Socrates [277] Les évêques des Eglises du temps de 

de Césarée de Cappadoce, ayant appris Justinianus (Justin) [277] furent ceux- 

qu'on saisissait les évêques pour leur ci^ : 

faire accepter le Synode, convinrent A Rome, après Symmakos, Hôrmaz- 

entre eux de lutter jusqu'au sang. Ils dos, et après lui hvannis. 

avertirent les gens de leurs villes en A Jérusalem, après Elias, Jean, 

disant : « Quiconque adhère au Synode A Anlioche, après l'exil de saint Se- 

est un païen. » ■— Mais quand ils mon- verus, Paulus le Juif, pendant un an. Il 



1. Y^9. — 2. La suite de la lettre est omise par l'auteur. — 3, Cf. Bibl. or., I, 380. 
4, noXixeia, — 5. Ce récit paraît inventé par les Monophysites. Selon Evagrius et Niceph. Call., 
Theodora était originaire de Chypre. Cf. Hist. du Bas-Emp., 1. XLI, § v. 
6. Cf. Land, III, 232, 249. 



190 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



tèrent à la ville impériale, ces malheu- 
reux tremblèrent devant le glaive et 
adhérèrent. Ils disaient : « Quel visage 
terons-nous en revoyant nos villes? » 
Et ils demandèrent une troupe de sol- 
dats avec lesquels ils revinrent. — 
Quand ces choses furent connues dans 
leurs villes, on décrocha leurs images, 
on cracha dessus et on les mit en pièces. 
Lorsqu'ils arrivèrent à Césarée, on ferma 
les portes devant eux et on les anathé- 
matisa. On se disposait à combattre ; 
mais les notables, par crainte de l'empe- 
reur ouvrirent les portes, et les évoques 
entrèrent au milieu du tumulte. — Pa- 
reillement, à Mélitène (Mâma subit) des 
opprobres et des injures nombreuses. 



fut chassé, exilé, et mourut. — (Puis) 
Euphrosius, le persécuteur, qui fut 
étouffé dans le tremblement de terre. 
— Après lui, Ephrem, encore plus mé- 
chant, (originaire) d'Amid. 

A Alexandrie, après Dioscorus, Ti- 
raotheus^ pendant 12 ans. — Celui-ci, 
en mourant, confia le siège à un homme 
de cette église appelé Theodosius. 

A Constantinople, après Timotheus, 
vint Jean, qui fut le 20^ évêque ; il 
vécut deux ans et demi et mourut en la 
2" année de Justinianus. — Le 21® fut 
Epiphanius, pendant 7 ans. Il mourut, 
et alors ils firent passer à Constantinople 
le bienheureux Anthimus de Trébizon- 
de, à cause de sa vertu. Il y resta jusqu'à 
ce qu'il Tabandonnât volontairement. 



CHAPITRE [XXI]. — De V époque du commencement du règne de Justinianus IP. 

Justinianus P"" (Justin) mourut après avoir accompli 9 ans et 20 jours de règne. 

11 eut pour successeur Justinianus, fils de sa sœur, qui avait gouverné l'empire 
avec son oncle pendant trois mois, et que son oncle établit empereur au moment 
de sa mort. Il fut reconnu comme aùioxpaTwp à la fin du mois de tamouz (juillet) 
de l'an 840 des Grecs, en la CGGXXVIP Olympiade, Il régna 38 ans, 7 mois et 

12 jours ^. 

[278] A cette époque régnait sur les Perses, le roi Qawad. — Celui-ci confia 
son fils, pour apprendre à écrire, aux Manichéens de son pays». Or, les Mani- 
chéens flattèrent l'enfant et l'entraînèrent dans leur confession. L'enfant fît la 
promesse de favoriser la confession des Manichéens s'il obtenait le royaume. 
Ils lui assurèrent qu'il régnerait par leurs prières. C'est pourquoi l'enfant et sa 
mère allèrent trouver Qawad, et lui demandèrent de faire régner l'enfant de son 
vivant. Le roi comprit d'où venait cette affaire et fut fort irrité ; car il craignait 
que les Mages n'apprissent que le roi voulait détruire le Magisme. Il ordonna 
de tenir un conseil*, et que les Manichéens s'y trouvassent. Quand l'assemblée 
fut réunie, les Manichéens se réjouissaient, car ils pensaient que le fils du roi 



1. Justinien P^ Cf. ci-dessus, p. 169, n. 1. — 2. Cf. Land, III, 252. — 3. Cf. Malala, Patr. Gr., 
XCVII, 653; Theoph., ad ann. Chr. 516 ; Hist. du Bas-Empire, 1. XL, § xxrr. — 4. atXlvttov. 



LIVRE IX. CHAP. XXI 191 

allait régner. Alors le roi appela astucieusement l'évêque des Manichéens, et il 
leur dit : « Je sais maintenant que vous nous aimez beaucoup, moi et mon fils ; et 
que pour cela vous nous désirez ce bien. Maintenant mettez-vous tous à part d'un 
seul côté, afin que nous avisions avec vous à faire régner mon fils. » En enten- 
dant cela, les Manichéens se réjouirent vivement; ils se dévoilèrent et se mon- 
trèrent avec orgueil; ils se réunirent tous : clercs et peuple. Alors, le roi 
Qaw^ad ordonna qu'ils soient tous passés au fil de l'épée. Ensuite, sur son ordre, 
on les brûla tous. Ainsi moururent tous les Manichéens. — En outre [279] le roi 
ordonna que partout où on trouverait un Manichéen, il fût brûlé. Et il donna 
leurs églises aux chrétiens. 

A cette même époque se trouvait aussi à Gonstantinople une foule nombreuse 
qui partageait l'erreur de Mânî; et comme ils ne consentirent point à se conver- 
tir de leur erreur, on les brûla dans le feu*. 

A cette époque*, Belisarius fut envoyé combattre les Perses, dans la semaine 
de la Passion du Sauveur. Le général des Perses lui fit dire : « Respectons la fête, 
à cause des Nazaréens et des Juifs qui sont avec moi, et à cause de vous autres 
chrétiens». Belisarius y consentit; mais les généraux des Romains murmu- 
rèrent et n'acceptèrent point de respecterle jour de la fête. Ils se préparèrent au 
combat la veille du dimanche des Azymes : ce fut un jour froid, et le vent (souf- 
flait) contre les Romains. Ils se montrèrent faibles, et prirent la fuite. Beaucoup 
tombèrent dans l'Euphrate et se noyèrent ; le reste des Romains fut tué. 

Ensuite Kosrau, fils deQawad, régna sur les Perses^ 

La mère de ce Kosrau avait été possédée du démon du vivant de Qawad^Ne 
recevant aucun secours des Mages et des incantations, elle vint trouverle moine 
Moïse, qui habitait un couvent près de Dara, et fut guérie. II lui donna une partie 
des reliques du martyr Mar Gyriacus, et elle bâtit dans son pays un oratoire, 
celui qu'on appelle couvent de Moïse de Tarmel. 

Kosrau envoya des ambassadeurs à Justinianus, et ils firent la paix entre eux 
[280] pour sept ans*. 

Les Samaritains* de Palestine se créèrent un chef, envahirent Naplouse, tuè- 
rent l'évêque et beaucoup (de chrétiens); ils ramassèrent du butin, et brûlèrent 
plusieurs églises. Pour ce motif, les Romains montèrent là et engagèrent le 
combat avec les Samaritains. Ils s'emparèrent de la ville, tuèrent le chef des 
Samaritains et une multitude d'entre eux. — Fin. 

A cette époques, une croix lumineuse Au commencement du règne de ce 

parut dans le ciel, du côté du Nord. Peu Justinianus II, il prescrivit d'enlever les 

1. Ps.-Den., ad ann. 842. — 2. Land, III, 258. — 3. Land, III, 261. — 4. Ibid ; Jac. Edess., 
ad ann. 205. -- 5. Land, III, 262; cf. Jag. Edess., ad ann. 207. 
6. Jag. Edess., ad ann. 199, 



192 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



de temps après^ les Perses et les Taiyayê 
vinrent jusqu'à Antioche et Apamée*. Ils 
pillèrent les régions de ces villes et 
firent descendre leurs habitants en 
Perse. 

Il y eut une sédition* à Conslanti- 
nople. Hypat[i]us fut massacré, et la 
grande église fut brûlée'. 

En la 3" année de Justinianus II, les 
Perses et les Huns montèrent de nou- 
veau_, et mirent le siège contre Maipher- 
qat ; mais ils ne purent s'en emparer*. 
[278] Alors, la nouvelle de la mort de 
Qawad, leur roi, étant arrivée, ils pil- 
lèrent et brûlèrent toute la région des en- 
virons, et s'en allèrent dans leur pays. 

En la 1"^* année de Justinianus II, 
Agrîpâs", roi desHérules*, vint le trou- 
ver, avec sa famille et son sénat. Il se 
convertirent au Christianisme. Il fut 
baptisé à la fête de l'Epiphanie, L'em- 
pereur Justinianus lui-même fut le par- 
rain d'Agrîpâs, et lui donna de grandes 
richesses. 

A cette même époque, Gourdios', roi 
des Huns, vint aussi à la ville impériale 
avec une armée nombreuse. Il se fit in- 
struire et reçut le baptême. L'empereur 
fut aussi son parrain. — Etant retourné 
dans son pays, il se mit à briser les 
idoles d'or et d'argent qu'ils adoraient. 
Quand son frère et ses troupes virent 
cela, d'accord avec les prêtres, ils lui 
tendirent des embûches et le mirent à 
mort. Ensuite, craignant que l'empe- 



églises à toutes les hérésies, et de laisser 
entrer et de recevoir les hérétiques, 
quels qu'ils soient, dans les églises. En 
enlevant les églises aux fauteurs des 
hérésies, il en soumit un grand nombre 
et les fit entrer dans l'Eglise. 

Ensuite, il vit les maux causés par 
ceux qui, du temps de son oncle, s'étaient 
emparés des églises, avaient fait de 
l'Eglise une maison de négoce, et avaient 
excité la persécution contre les églises 
sous prétexte de religion , en forgeant des 
accusations contre(les fidèles), en ravis- 
sant et pillant leurs biens ; et qui tous, 
grands et petits, marchaient à leur 
guise. [278] Justinianus comprit tout 
cela, et il ordonna que la persécution 
cessât, et que les persécutés revinssent 
à leurs demeures. Beaucoup revinrent, 
à l'exception des évêques qui ne ren- 
trèrent pas dans leurs sièges. 

L'empereur se préoccupait de la paix 
des églises; cependant les péchés l'em- 
pêchèrent. — L'impéi'atrice fidèle, Theo- 
dora, se préoccupait encore davantage de 
la paix des églises et persuadait à l'em- 
pereur d'y travailler. Dans la charité et 
la foi, elle recevait et nourrissait les 
persécutés dans une grande cour du pa- 
lais de Hormizdas* ; elle nourrissait plus 
de cinq cents hommes, syriens et grecs, 
quiavaientété chassés deleurs demeures, 
et les visitait constamment. Quand le 
patriarche saint Severus monta à la ville 
impériale, elle le fit habiter et le nourrit 



1. Jac. Edess,, ad ann, 201. — 2. (Ttaffu;. — 3. Jac. Edess.; ad ann. 202 ; cf. Land, III, 260. — 4, 
Jac. Edess., ad ann. 203.— 5. Ps.-Den., ad ann. 844 : ^û<^a*^^|. —6. Ps.-D. : U^oyow. — 7. Ps.-D., 
ad ann. 845; texte, Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 474. 

8. Rebâti par Justinien, et ainsi appelé parce qu'il avait servi de résidence à Hormizdas, frère de 
Sapor, lors de sa fuite à Cple. 



LIVRE IX. GHAP. XXI 



193 



rear des Romains ne tirât d'eux ven- 
geance, ils s'enfuirent dans une autre 
région. 

L'empereur Justinianus établit comme 
loi^ que les évoques, les économes, les 
intendants ne pourraient rien donner en 
héritage^ excepté ce qu'ils avaient avant 
d'obtenir ces fonctions. On devait inven- 
torier tout ce qu'ils avaient, avant qu'ils 
ne reçussent une charge quelconque, 
afin que quand l'un d'eux mourrait, il ne 
pût léguer que ce qui était h lui. 

Il réunit aussi toutes les lois des em- 
pereurs et les renferma en abrégé en 
un [volumej dans lequel il exposa toute 
la portée des lois du monde. 

En la 2® année * [279] du règne de Jus- 
tinianus II, il y eut un violent tremble- 
ment de terre dans lequel Pompeiopo- 
lis* de Mysie' [fut détruite]. Tout le sol 
se fendit et s'ouvrit d'un côté à l'autre 
de la ville, avec les maisons les habitants 
descendirent vivants au sê'ôl. Le cri 
douloureux de leurs clameurs s'élevait, 
sans que personne pût les secourir en 
quelque chose. 

Antioche fut aussi renversée dans ce 
tremblement de terre* : ce fut pour la 
sixième fois, quatre ans après avoir été 
ruinéepour la cinquième fois. En même 
temps que le tremblement de terre, la 
voix d'un violent tonnerre retentit dans 
les airs, et de la terre s'élevait une voix 
d'effroi, comme celle d'un taureau qui 
mugit. Toutes les églises furent renver- 
sées ainsi que les maisons, neuves et 



plusieurs années dans le palais, ainsi que 
Theodosius, le patriarche Anthimus, et 
la plupart des évêques persécutés. Elle 
envoyait beaucoup d'or aux assemblées 
des persécutés pour leur subsistance. 
— Tandis que les évêques synodites 
écrivaient^ des mensonges (à l'empereur) 
et l'excitaient, elle l'apaisait par sa sa- 
gesse. Elle fit encore beaucoup d'autres 
choses en faveur des orthodoxes dans la 
ferveur de sa foi. 

Lors de la sédition du peuple, d'au- 
tres douleurs survinrent aux Bdèles, — 
Le siège d'Alexandrie, qui était seul 
en paix, (ut aussi atteint alors par la 
tempête •. Il y eut un schisme parmi 
les fidèles de cet endroit '. Deux partis 
se formèrent pour le motif que voici : 
[270] Quand Theodosius fut ordonné 
patriarche, selon la loi apostolique, un 
homme nommé Gayana, entraîné par la 
passion du désir de la primauté, donna 
de Tor aux citoyens pour qu'ils le de- 
mandassent comme patriarche et chas- 
sassent Theodosius. Theodosius s'en 
étant aperçu s'en alla, et un évêque avec 
des laïcs et des riches, installèrent 
Gayana sur le siège (épiscopal) illégiti- 
mement et toutàfait séditieusement. Ils 
recherchèrent même Theodosius pour 
le tuer, mais ils ne le trouvèrent point. 
Quand l'empereur apprit ces choses, il 
envoya un général avec 6.000 hommes 
pour rétablir l'ordre. Il fit cela dans l'es- 
poir qu'en rétablissant Theodosius sur 
son siège, celui-ci accepterait son édit et 



1. Ps-D., ad ann. 850; Land, II, 301. — 2. Ms. : Pamphilos. — 3. Lire : U«><»o»; Iv tyj Muata 
nofATtriioyTioX^ (Malala, Patr. Gr., XCVII, 644). — 4. Ps.-D., ad ann. 851. Land, II, 301. 

5. Lire : ^^^. - 6. y^l ov^ ''"^l. — 7. Cf. Theoi»h., ann. Ghr. 533 ; Cedren,, ann. 14 Justiniani. 
H. 25 



194 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



vieilles, et les villages des environs. 
Quand on découvrit les gens suffoqués, 
on en compta 4,770. Ceux qui échap- 
pèrent s'enfuirent dans les villes et les 
montagnes. La ville demeura abandon- 
née pendant cinq mois, puis quelques 
personnes y revinrent. 

Ensuite, la même année, l'hiver fut ri- 
goureux; et il y eut trois coudées de 
neige. Ceux qui faisaient des Rogations 
pendant cet hiver marchaient pieds nus 
et se prosternaient le visage sur la neige : 
aussi leur couleur se changea et se 
transforma. 

Tandis qu'ils faisaient ces Rogations, 
un homme fidèle eut une vision* pour 
dire à ceux qui avaient survécu, à An- 
tioche, qu'ils devaient écrire sur les 
portes de leurs maisons, pour qu'elles ne 
s'écroulassent pas : « Le Christ (est) avec 
vous. Tenez-vous debout. » Ils écrivirent 
ainsi sur les maisons et entrèrent dans 
la ville avec le patriache Ephrem. [280] 
Celui-ci informa l'empereur de ces 
choses. L'empereur demeura dans le 
deuil, et envoya de nouveau de l'or 
pour la reconstruction de la ville ; il 
ordonna de démolir le mur extérieur et 
de bâtir un mur au milieu de la ville. Le 
reste de son étendue demeura en dehors. 
L'empereur ordonna aussi de creuser 
en dehors du mur qui serait rebâti pour 
créer un lit au fleuve, car le fleuve était 
près du mur et passait d'un côté à 
l'autre (de la ville). Ainsi le fleuve fut 
encaissé* et passa dans le (nouveau) lit à 
côté du mur de la ville qui [avait été re- 



recevrait le Synode. Quand l'armée ar- 
riva, Gayana prit la fuite et Theodosius 
reparut. Ils le rétablirent sur le siège. 
Deux mille hommes armés le proté- 
geaient. Ensuite, Gayana fut pris, et l'em- 
pereur l'envoya en exil où il mourut. Il 
y eut un combat à Alexandrie et trois 
mille hommes périrent, parce qu'ils 
étaient divisés : une partie suivant Gayana 
et une autre partie, Theodosius. Comme 
le zèle des Alexandrins était véhément, 
ils disaient ; « Theodosius * partage le 
sentiment de l'empereur, tandis que 
celui qui est exilé est orthodoxe. » Au- 
cune de ces choses n'était vraie. 

Il y eut à Alexandrie une hérésie, 
sous le nom de Gayana, qui fut une 
grave erreur. Des laïcs offi^aient le pain 
au nom de Gayana, [280] et ils venaient 
le prendre comme une oblation qui avait 
été sanctifiée par lui. Au lieu du nom du 
Christ, ils se laissaient séduire par le nom 
de cet homme. On surprit* même des fem- 
mes qui baptisaient elles-mêmes leurs 
enfants dans la mer au nom de ce 
Gayana. 

Quand Theodosius fut renvoyé à son 
siège, l'empereur lui demanda de rece- 
voir le Synode. Il n'y consentit point, et 
pour cela l'empereur l'exila. 

Tandis que Theodosius était encore 
sur son siège, saint Severus ^'illustrait 
dans le désert. 

Le bienheureux Anthimus fut trans- 
féré malgré lui au siège de Constanti- 
nople. Auparavant, il était évèque de 
Trébizonde du Pont. C'était un moine 



1. Texte du Pseudo-Denys : Rev. de l'Or, chrétien, 1897, p. 477. — 2. P^*»! (Ps.-D.). 
3. Ms. : Theodoros. — 4. v'i^tl iS'. 



LIVRE IX. GHAP. XXI 



195 



bâli]. Ce qui se fît avec beaucoup de 
travail. 

Dans ce même tremblement de terre', 
le fleuve de l'Euphrate fut totalement 
obstrué au-dessus de la région de Clau- 
dia, par suite de la rupture de la mon- 
tagne qui tomba dedans ; il causa l'inon- 
dation et la destruction des campagnes, 
car il revint en arrière. Ensuite le fleuve 
s'ouvrit une issue en avant, dans son lit. 

Dans ce tremblement de terre ^, Lao- 
dicée fut aussi renversée. Sept mille 
cinq cents chrétiens et beaucoup de Juifs 
y périrent. La partie gauche, où était la 
grande église de la Mère de Dieu, ne fut 
pas renversée, ni les églises des autres 
parties. 

Ephrem d'Antioche ne réprima ni ne 
refréna sa malice; il ne redouta point le 
châtiment; au contraire, il excitait l'em- 
pereur contre les fidèles, et fit promul- 
guer un édit de colère contre ceux qui ne 
recevaient pas de lui la communion. Il en 
envoya beaucoup en exil, et excita sans 
pitié la persécution contre tout l'Orient. 

Extrait de Vhistoire de saint Seç>e- 
j'us^. — Tandis que saint Severus 
était dans la demeure de l'impératrice 
Theodora, Anthimus, patriarche de la 
ville, désirait le voir. L'impératrice y 
engageait le saint. Celui-ci attendit la 
décision d'en haut; puis il y consentit, 
et (Anthimus) vint. Quand il entra et 
s'inclina, (Severus) lui demanda de 
prier. Ceci est un signe de perspica- 
cité spirituelle ; [281] car ce gardien 



naziréen et ascète qui avait passé des an- 
nées dans une grande abstinence, sans 
goûter ni pain, ni vin, ni huile. Il avait 
converti beaucoup de païens, et chacun 
admirait sa mansuétude et son humilité. 
Lorsqu'il fut requis d'accepter le Sy- 
node, il abandonna son pallium et par- 
tit. L'impératrice Theodora le cacha 
dans son palais pendant 12 ans. 

Quand Theodosius quitta son siège, 
il vint aussi à la ville impériale et de- 
meura pendant 10 ans dans le palais de 
l'impératrice. 

Quand saint Severus fut appelé par 
l'empereur, pour l'affaire de l'union, il ré- 
sida aussi dans le palais de l'impératrice ; 
et ces trois patriarches se trouvèrent 
dans la familiarité les uns des autres. 

Saint Severus fut mandé par ordre de 
l'empereur et de l'impératrice, en vue 
de la paix des Eglises. Il y demeura 
pendant un an et demi, démontrant la 
vérité de la foi, et la transgression du 
synode de Chalcédoine. L'empereur 
réunit de nombreux controversistes pour 
le convaincre. Plusieurs fois il les con- 
fondit et montra qu'ils étaient schisma- 
tiques et se trompaient : mais il n'obtint 
aucun avantage, et ils ne se convertirent 
point de leur erreur. C'est pourquoi, 
il prit congé et s'en retourna avec 
les moines qui l'accompagnaient. — 
Fin. 



soigneux de l'orthodoxie ne priait point 



1. Ps.-D., ad ann. 841. — 2. Land, II, 303 ; Ps.-D., ad ann. 852. — 3. Une vie de Sévère, avant 
son épiscopat, par Zacharie le Rhéteur, a été publiée par Spanuth, Das Lehen des Severus, 
Gôttingen, 1893; trad. de Nau, Rev. de l'Or, chr., 1899-1900. Notre fragment vient probablement 
de la vie rédigée par Jean Bar Aphtonia; cf. Wright, Cat. of. syr. mss., p. 855. 



196 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



avec les hérétiqueSi Quand il eut prié, le saint répondit : « Amen! » — Lorsqu'il se 
fut assis, le saint causa avec lui et lui dit : « Je loue ta conduite, qui est, peu s'en 
faut, celle d'un être incorporel; et je prie pour qu'elle brille par la foi; car l'acquisi- 
tion de chacune des qualités qui marquentl'homme de Dieu, privée de cette compagne, 
est sans utilité. » ■ — Le saint vieillard lui répondit : « Je ne reçois point, ô notre 
Père, le synode de Chalcédoine quant à sa définition de la foi, mais seulement quant 
h la condamnation de Nestorius et d'Eutychès. » — Le docteur lui dit : « Si tu lui 
attribuesTexpulsion deshérétiques, tu dois nécessairement lui reconnaître la foi; car on 
ne peut réprimer les adversaires que par la foi saine, selon la loi proclamée par le 
grand Paul*. » Et un peu après : « Si quelqu'un n'a pas la foi orthodoxe, il ne peut 
ni reprendre, ni séparer'; celui qui pervertit la foi de Pierre, a perdu l'autorité de 
celui à qui notre Sauveur a dit, après qu'il l'eut confessé Dieu* : « Je te donnerai les 
clefs du royaume des cieux; ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et ce 
que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » Or, le synode qui a perverti la 
foi de Pierre, n'a pas le pouvoir de lier, de délier ou de séparer. » — Le saint (évêque) 
entendit ces choses et les écrivit soigneusement dans son esprit. Il sortit sur le 
champ et abandonna tout : le siège, la chaire, les honneurs, la gloire; il se mit au 
nombre des persécutés, bien mieux, devint leur patriarche et leur docteur. 



[CHAPITRE XXII.] — De la réu- 
nion des évêques et des moines qui eut 
lieu à cette époque dans la ville im- 
périale^ et ce qu'ils firent. 

Quand les évêques fidèles, qui avaient 
été rappelés de l'exil dans la ville impé- 
riale, en vue de la paix et de l'union, avec 
une foule de moines zélés pour la reli- 
gion, virent ce qui s'était passé, comme 
nous l'avons raconté plus haut, ils écri- 
virent à l'empereur une Stàôsaiç de sup- 
plique ainsi conçue* : 

« Autres et autres sont ceux qui cou- 
ronnent ta tête de couronnes de lou- 
anges, ô empereur victorieux! D^autres 
prendront d'ailleurs l'occasion d'écrire 



CHAPITRE [XXIII]. — De l'assem- 
blée des évêques et des moines qui 
montèrent à la ville impériale : les 
uns convoqués par l'empereur en vue 
de l'union^ comme saint Severus ; les 
autres, par un zèle divin, comme Mar 
Ze'ôra. 

Le pape Theodosius n'obéit point à 
l'empereur, n'accepta point le symbole 
impie de Chalcédoine, quitta Alexandrie, 
et se tint caché dans la ville impériale, 
dans le palais de l'impératrice Theodora. 
— Saint Anthimus abandonna aussi son 
siège, dans un zèle divin, se condamna 
à l'exil avec le pape% et se tint caché au 
même endroit. — Saint Severus fut 



1. Cf. Tit., I, 9, — 2. C'est-à-dire « excommunier ». — 3. Matth., xvi, 16 sqq. 
4. Land, III, 273 sqq. — 5. L'évêque d'Alexandrie; cf. p. 185, n. 1. 



LIVRE IX. CHAP. xxrr ET xxirr 



197 



un discours de remercîment à cause de 
tes bienfaits à leur égard. Pour nous, 
qui avons été jugés dignes de vénérer 
Ton Excellence, nous tressons une 
splendide couronne de glorification, en 
te rendant grâces. Alors que nous étions 
dans le désert, et pour ainsi dire aux 
confins de l'univers, ayant passé un 
long temps dans la solitude, priant le 
Dieu bon et miséricordieux pour Ta 
Majesté, et pour nos péchés. Ta Mansué- 
tude s'est inclinée vers notre bassesse, 
^t, par ses e'criùs Sdèles, nous a appelés 
près d^elle. Et, chose prodigieuse pour 
nous, sans attendre [d'avoir reçu] * notre 
présente pétition, mais par la philan- 
thropie qui réside en elle, elle a souffert 
avec nous qui souffrions, et elle a fait 
cela sans que personne ait intercédé 
pour nous. 

« Pour nous, comme il nous convient 
d'obéir lorsque nous recevons un ordre, 
nous avons promptement abandonné le 
désert', et nous nous sommes mis en 
route pacifiquement, sans faire en- 
tendre un mot; nous sommes arrivés à 
t^es pieds, et nous prions Dieu^ riche dans 
ses dons, de récompenser pour nous Ta 
Mansuétude et l'Impératrice ' aimant 
Dieu, par d'excellents dons d'en haut; 
de vous accorder la paix parfaite, de 
mettre comme un escabeau sous vos 
pieds tout peuple rebelle. Cependant, 
en arrivant ici, nous avons rédigé pour 
Votre Sérénité, un libelle de la vraie foi; 
ne Voulant pas adresser à quelqu'un une 



rappelé du désert, par un édit de l'em- 
pereur. Des évoques et des moines fu- 
rent aussi convoqués, et d'autres montè- 
rent de leur propre volonté, par zèle 
pour la religion ; par exemple : saint Mar 
Ze'ôra, qui, d'après son nom, était 
petit* par la taille du corps, mais était 
grand et en surpassait beaucoup d'autres 
par les sentiments. 

Ce saint se tenait sur une colonne, 
opérant [282] des prodiges et des mi- 
racles, à l'instar de son maître, Habib de 
Paitar*. Les Synodftes /'ayant fait des- 
cendre de sa colonne, parce qu'il ne 
voulait pas communiquer avec eux, il 
emmena avec lui dix de ses disciples, et 
se rendit à la ville impériale. Il blâmait 
l'empereur outre mesure, à cause de 
l'introduction du Synode et de la per- 
sécution de la foi. Il disait : [ « Le Sei- 
gneur]* te demandera compte de toutes 
ceschosesau grand jour (du jugement), » 
L'empereur fut irrité, mais il n'osa 
mettre la main sur le saint. Ayant perdu 
sa modération, il ferma le poing et frappa 
sur la poitrine du bienheureux en di- 
sant : « Le Synode est véridique, Gt je 
ne supporterai pas d'en entendre encore 
parler en ces termes. Si vous étiez dans 
la vérité, Dieu me montrerait un prodige 
par vos mains! » Quand le bienheureux 
entendit l'empereur dire ces choses et 
menacer de mort quiconque anathéma- 
tiserait le Synode, il fut enflammé de 
zèle, se dressa en face de lui, et dit : 
« Le Synode qui a divisé le Christ n'est 



1, Compl. : £iiiao Uo^ (L). — 2. Usjso. — 3. |ûv2Î;»oS. 

4. Ze'ôra signifie » petit », en syriaque. — 5. Voir la vie de Habîb, par Jean d'Asie (Land, II, 
p. i), et celle àeZe'âra {ihid., p. 5, i2 et smr.). — (?. Ainsi d'après /a note margiaah da ms. 



198 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



parole inutile, comme il est écrit*, pour 
ne pas fatiguer vos oreilles; car il est 
très difficile qu'un homme persuade la 
volonté [282] des autres, quand bien 
même il fait briller la vérité. Donc, 
comme dit TApôtre*, nous nous abste- 
nons de discuter avec ceux qui n'admet- 
tent point de discipline\ L'Apôtre dit, 
en effet* : « Nous n'avons pas une telle 
coutume, ni l'Eglise de Dieu. » Donc, 
victorieux empereur ! nous ferons con- 
naître la liberté de notre foi, mainte- 
nant aussi bien que dansledésert. Quand 
nous avons reçu ton ordre, par l'inter- 
médiaire du général' Theodotus, nous 
avons écrit et fait connaître ce que nous 
pensions. Et Votre Majesté nous a donné 
une véritable réponse, exempte de pas- 
sion, puisque vous avez été touché de 
pitié el que vous nous avez appelés près 
de vous. 

«Ayant été jugés dignes en cela de la 
miséricorde de Dieu, nous informons 
Votre Fidélité, que, par lagrâcede Dieu, 
nos ongles étaient encore très tendres 
quandnous avons reçu la foides Apôtres ; 
nous avons grandi en elle et avec elle. 
Nous pensons et nous croyons comme les 
318 Pères, inspirés de Dieu", qui ont 
écrit ' la foi vivante et salutaire^ que les 
150 Pères autrefois assemblés ici ont 
confirmée, et qu'ont scellée les véné- 
rables évêques d'Ephèse qui ont chassé 
l'impie Nestorius. Nous avons été bapti- 
sés et nous baptisons dans cette foi des 
Apôtres, et cette intelligence du salut 



pas seulement anathématisé par nous, 
mais aussi par les saints anges. Et puis- 
que tu demandes un prodige, sache 
qu'il est écrit* : «Les prodiges ne" sont 
pas nécessaires pour les fidèles. » Le 
Seigneur ne fera pas paraître de signe 
en dehors de toi. » — Le lendemain, le 
signe qu'il avait demandé parut en lui- 
même : frappé à la tête, il perdit l'esprit; 
une horrible inflammation couvrit son 
visage. — - Cela ne fut pas connu de la 
ville; mais l'impératrice manda au saint 
de venir prier pour lui, afin qu'il se 
relevât, et qu'aussitôt il ferait la paix 
dans les Eglises. Le saint y alla, le vit, 
[283] et lui dit : « Voilà le signe que tu 
as demandé! ». Le bienheureux fit une 
prière, et à l'instant l'empereur recouvra 
l'esprit, il reconnut le bienheureux et lui 
demanda de prier pour qu'il revînt à la 
santé. Il fit tout ce que le saint lui pres- 
crivit. Ayant été secouru et guéri (par 
ses prières), la crainte du bienheureux 
s'empara de lui, et il l'écoutait favora- 
blement en toute chose. Cependant, il 
ne rétablit pas les affaires de l'Eglise, 
peut-être « parce que les crimes des 
Amorrhéens n'étaient pas encore com- 
plets" »; mais il n'usa plus de violence, 
et les fidèles tenaient ouvertement leurs 
assemblées. 

La renommée de saint Ze'ôra étant 
parvenue jusqu'à Rome, à cause des pro- 
diges qu'il opérait, Agapitios, patriar- 
che de Rome, fut enflammé de jalousie. 

Quand Ephrem d'Antioche entendit 



1. Cf. Job, XV, 3 (?). — 2. II Tim., ii, 23. — 3. Lire : IIU (L). — 4. I Cor., xi, 16. — 5. ôoOt — 
6. Osocpopot. — i 7. Q^^3| (L). 

8. I Cor., XIV, 22. — 9. Rest. : v'^'^^^ ^ (^H). — 10. Cf. Gen.,'xy, 16. 



LIVRE IX. GHAP. XXII ET XXIII 



199 



est solidement fixée dans nos cœurs ; 
nous connaissons cette doctrine de la 
définition de la foi^ et nous n'acceptons 
rien de plus; car elle est parfaite en 
toute manière, ne vieillit pas, et n'a pas 
besoin d'être renouvelée. Nous confes- 
sons la Trinité adorable et sainte, égale 
en nature, une seule vertu et dignité, 
connue en trois personnes. Nous adorons 
le Père, et le Fils unique, Verbe-Dieu, 
engendre de lui éternellement avant les 
temps, et qui est avec lui en tout temps, 
sans changement, et le Saint-Esprit, 
qui procède du Père et est consubstan- 
tiel au Père et au Fils. Nous disons que 
par la volonté du Père^ l'une des per- 
sonnes de cette Trinité sainte. Dieu le 
Verbe, a pris un corps à la fin des temps 
pour le salut des hommes, par TEsprit- 
Saint, de la Vierge sainte Marie, Mère 
de Dieu : un corps animé d'une âme rai- 
sonnable et intelligente, passible, con- 
substantiel à nous; il s'est ainsi fait 
homme, sans changer en rien comme 
Dieu. C'est pourquoi, nous confessons 
qu'étant consubstantiel au Père par la 
divinité, il est consubstantiel à nous par 
l'humanité. Donc, celui qui est le Verbe 
parfait. Fils de Dieu, est devenu sans 
changement homme parfait. Il ne man- 
que rien à notre rédemption, comme l'a 
prétendu l'insensé Apollinaire, (d'après 
lequel le Christ)* était privé des choses 
principales pour notre rédemption. 
S'il ne s'est pas uni notre intelligence, 



parler du départ de Ze'ôra pour la ville 
impériale, et des prodiges qui s'accom- 
plissaient par ses mains; quand il apprit 
que le pape Theodosius, thaumaturge, 
dialecticien et saint, ami de saint Sever us, 
se trouvait aussi là ; quand il eut connais- 
sance de la réunion de moines qui s'y 
étaient rendus, il trembla et craignit, 
surtout parce que Petrus de Jérusalem 
n'était pas courageux, mais changeait 
selon les temps. 

Il arriva* qu'en ces jours, Sergius, le 
grand médecin* de Rês'ayna, monta à 
Antioche pour accuser Aschol[ius]*, évo- 
que de l'endroit, auprès d'Ephrem. 
Ephrem vit que Sergius était un homme 
éloquent, versé dans la lecture des livres 
grecs, [284] et dans la doctrine d'Ori- 
gène. Il avait lu les traités des Docteurs 
à Alexandrie ; il connaissait bien le sy- 
riaque ; il était habile dans la médecine 
corporelle , et fidèle par sa volonté , 
comme l'attestent le Prologue elle Com' 
mentaire de Denys^ et le Discours^ sur 
la Foi, qu'il composa du temps du 
fidèle Pierre. Cependant, dans ses 
mœurs, Sergius était très adonné au 
désir des femmes, débauch é et non pas 
chaste; il était avide d'argent. — Or, 
Ephrem lui promit d'accomplir tout 
ce qu'il demanderait, pourvu qu'il allât à 
Rome avec des lettres et en rapportât 
d'Agapitus. Sergius alla donc à Rome et 
porta à Agapitus les lettres d'Ephrem, 
qui l'excitaient contre les fidèles. Aga- 



1. La phrase est ici altérée ; sens d'après L. 

2. Land, III, 289. — 3. àpxcaxpo;. Cf. sur cet auteur et ses ouvrages, Wright, Syriac Litteratur, 
p. 88 sqq. ; Baumstark, Lucuhrationes syro'-grsecse ; Leipsig, 1874. — 4. L : ^aool, Asyl[osJ? leçou 
préférée par Kleynj Johannes van Telia, p. 59, — 5. X^yo?. 



2 00 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRlElN 



comme celui-ci le prétend, nous ne 
sommes pas rachetés et nous devons être 
privés, dans la rédemption, des princi- 
pales parties de nous-mêmes. Mais il 
n'en est pas ainsi qu'il dit. Dieu parfait 
est devenu pour nous homme parfait, 
sans changement, et Dieu le Verbe n'a 
rien laissé de côté dans son Incarnation, 
comme nous l'avons dit. Ce n'est pas un 
fantôme comme l'a prétendu l'impie 
Mânî, avec l'hérétiqueEutychès. En effet, 
le Christ, la vérité même, qui ne sait pas 
mentir et ne trompe pas, [283] puisqu'il 
est Dieu, (nous montre) que Dieu le 
Verbe s'est véritablement incarné, en 
réalité et non pas en imagination, par 
les passions naturelles et non coupables 
qu'il a pour nous subies volontaire- 
ment' dans la chair passible, consubs- 
tantielle à la notre; il a souffert notre 
mort volontairement, et nous a procuré, 
par sa résurrection divine, la vie incor- 
ruptible^ et immortelle dans laquelle il a 
restauré notre humanité. Et, de même 
que Dieu le Verbe n'a pas fait incomplète 
ou imaginaire l'incorporation, c'est-à- 
dire l'humanisation, de même il ne l'a 
pas partagée en deuxhypostaseset deux 
natures, selon la doctrine de l'anthro- 
polâtreNestorius et de ceux qui ontpensé 
et pensent eilcore aujourd'hui comme 
lui. Leur doctrine est détruite' par la 
foi de votre confession, en opposition 
avec elle; car dans vos écrits vous avez 
dit : « Dieu est apparu incarné; celui 
qui est en tout semblable au Père, à 
l'exception de la propriété de la pater- 



pitus en futd'autaut plus réjoui qu'il était 
déjà auparavant pris de jalousie contre 
saint Mar Ze'ôra. Il partit et vint avec 
SergiusàConstantinople, au moisd'adar 
(mars) de la 14« [indiction]*, alors que 
s'y trouvaient saint Severus , Anthimus, 
Theodosius, Ze'ôra, et une multitude 
d'autres saints moines. 

A l'entrée de l'orgueilleux et arrogant 
Agapitus, la ville fut saisie d'horreur; 
le soleil se mit à s'obscurcir pendant le 
jour, et la lune pendant la nuit, tandis 
que l'océan agitait ses flots. — Tout le 
sénat courut à sa rencontre. 

Quand [Agapitus] parut devant l'em- 
pereur, il fut très bien accueilli par lui, 
car ils parlaient la même langue. Or, il 
n'avait pas beaucoup lu les Ecritures, il 
n'était pas instruit, il n'appelait pas la 
Vierge « Mère de Dieu ». Il s'abstenait 
de communiquer avec les patriarches 
Severus, Anthimus [283] et Theodosius, 
comme aussi eux (de communiquer) avec 
lui. Il changea l'affection de l'empereur 
pour ceux-ci. Avec violence et insolence, 
il blâmait l'empereur de n'avoir pas fait 
tuer et périr quiconque ne confessait 
pas deux natures. En lui s'accomplit ce 
qui est écrit' : « L'insensé laisse tout 
de suite paraître sa colère. » — Justinia- 
nus montra ce qu'il convenait de faire 
à son égard comme prêtre. Il le reçut 
pacifiquement et humblement. 

Agapitus pressait l'empereur de faire 
contre quiconque n'accepterait pas le 
Synode un édit* (portant) : qu'on ne lui 
donnerait aucune charge, que s'il en avait 



1. Compléter : Cs^\i^, (?). — 2. Lire : \Lah.:i^c^ U, (L). — 3. Lire : ^ajasco ....U;*. (L), 
4. T£(iaap£(jxai3îxâTY); l^û,ûtt>;^i (L). — 5. Prov., xij, .10. — 6, Siaxa^t;. 



LIVRE IX. GHAP. XXII ET XXIII 



201 



nité, s'est fait consubstantiel h nous et 
a été appelé Fils de l'homme ; un seul et 
même était à la fois [Dieu et]* homme, 
qui nous est apparu, est né petit enfant 
à cause de nous, s'étant fait homme pour 
notre rédemption. » Si ceux qui luttent 
contre nous adhéraient réellement à ces 
(maximes) et ne les tenaient pas seule- 
ment en apparence, ils consentiraient* à 
professer la même foi que nous, que vous, 
etque nos saints Pères, inspirés de Dieu ; 
ils cesseraient cette lutte continuelle. 
« En effet, les Docteurs de l'Église, 
pleins de sagesse, ont dit clairement 
que le Christ est composé de Dieu [le 
Verbe]' uni à l'âme et au corps, dans 
une âme raisonnable et intelligente. 

« Denys VAréopagite^ qui fut amené et 
conduit, par Paul, des ténèbres de Per- 
reur à la lumière précieuse de la con- 
naissance de Dieu, dit dans le livre qu'il 
fit suj' les Noms de la Trinité sainte^ : 
«NousIa glorifionscommephilanthrope, 
et nous parlons convenablement de phi- 
lanthropie, car elle s'est complètement 
associée à tout ce qui est de nous, en réa- 
lité, dans une de ses personnes^, attirant 
à elle et élevant la bassesse de notre 
nature, de laquelle, ineffablement», 
Jésus, le simple, a élé composé' : et ce- 
lui qui est éternel, au-dessus des temps, 
a reçu une existence temporelle ; celui 
qui surpasse tous les ordres et les na- 
tures, s'est fait, sans changement ni con- 
fusion, à la ressemblance de notre na- 
ture. » 



une on l'en chasserait, qu'il ne serait pas 
admis à témoigner ni à faire un testa- 
ment. 

A propos de Mar Ze'ôra,il dit à l'em- 
pereur ; « Pourquoi laisses-tu ici ce sé- 
ducteur syrien, qui Ijouleverse le monde 
par ses incantations? » — L'empereur 
dit; « Que lui ferai-je; car c'est un vail- 
lant, qui ne tremble point devant 
les hommes. » — Agapitus dit : «Laisse- 
moi, et je ferai en sorte qu'il se soumette 
ou qu'il quitte tous les pays. » — L'em- 
pereur dit : « Fais comme tu pourras. » 

On était aux premiers jours du Jeûne. 
Le saint était parti au TirpoaaTStov de 
Sycae*, qui se trouve sur l'autre rive, 
où Pimpératrice lui avait donné une 
place, et où il résidait. — L'audacieux 
Agapitus lui manda : « L'empereur et le 
patriarcheont prescrit ou quetu viennes, 
ou que j'aille près de toi. Si tu n'obéis 
pas, tu ne resteras pas en ce lieu. » 

— Le bienheureux répondit : « Nous 
[286J avons pour règle de ne recevoir 
personne en ces jours et de ne pas faire 
de correspondance*. Aussi notre porte 
est-elle close. Attends donc jusqu'au 
Jeudi-Saint, où nous ouvrons la porte; 
Dieu fera ce qu'il sait [convenable]'". » 

— Quand Agap[it]us entendit cela, il fut 
rempli de colère et commanda au magis- 
tros de l'amener enchaîné. 

Celui-ci s'y rendit dans unebarque", 
avec une troupe; mais quand il arriva a 
l'autre rive, le vent souleva la barque et 
le bateau'*, qui revinrent à l'endroit d'où 



1. U'î^o lov^ ow P 001 .- (L), — 2, Lire : ^»^v> (L). — 3. Sic L. — 4, Patr. Gr., t. III, col. 
592. — 5. ^TtoiTTàa-ïwv. — 6, «ppriTCuj;. — 7, ô àirX")0; 'Iriffoùç (tuvïtIOy) , 

8. Lire : a^ftoofis • Suxaf, région au-delà de la Corne d'Or, auj. Galata. — 9. dcuôxpcffsiç. — 10, 
Ho» ^^^ (BH). — 11. 5p6[AMV. — 12. xapaêtov. 

II. 26 



202 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



« Athanase, dans son livre sur la Foi, 
appelle « composition » l'union du Verbe- 
Dieu avec la chair animée. Il parle ainsi ' : 
« Quel est donc l'attachement à l'infidé- 
lité de ceux qui parlent d'habitation au 
lieu d'incarnation ; et d'opération hu- 
maine au lieu d'unité* et de composi- 
tion ' ? » 

« Si donc, d'après nos saints Pères, 
auxquels adhère Votre Sérénité, ce- 
lui qui était simple et non composé^ 
Dieu le Verbe, a pris un corps de la 
Vierge Marie Mère de Dieu, et s'est uni 
hypostatiquement une chair animée et 
intelligente, l'a faite sienne, et s'est com- 
posé avec elle dans l'Incarnation, il est 
clair que d'après les ss. Pères, nous de- 
vons confesser une seule nature de Dieu 
le Verbe qui s'est incarné et s'est fait 
homme parfaitement. Or, celui qui aupa- 
ravant était simple, Dieu le Verbe, [284] 
n'est pas reconnu comme composé, si on 
le divise après l'union en parlant de deux 
natures. Car, de même que l'homme en 
général, qui est constitué par des na- 
tures différentes : l'âme, le corps et le 
reste, ne doit pas être partagé en deux na- 
tures, parce que l'âme entre en composi- 
tion avec le corps pour constituer l'uni- 
que nature et personne de l'homme ; de 
même, Dieu le Verbe, qui est uni hypo- 
statiquement et qui est composé avec la 
chair animée, ne peut pas être « deux 
natures » ou « en deux natures ». Il ne 
peut être divisé à cause de son union et 
de sa composition avec la chair. Il faut, 



ils étaient sortis. Cela arriva par trois 
fois. Le magistros s'irrita* contre les 
bateliers®. Dès qu'ils se furent un peu 
avancés, une sorte d'éclair sortit, tou- 
cha le bateau et lui enleva, d'une extré- 
mité à l'autre, une pièce de bois qui 
s'éleva dans les airs aussi haut que l'œil 
peut voir. 

Alors les malheureux comprirent que 
Dieu lui-même agissait par les prières 
du bienheureux. A peine purent-ils s'en- 
fuir» en hâte. Ils firent connaître toutes 
ces choses à celui qui les avait envoyés, 
— Cet impie continua à blasphémer. Il 
continua à tendre des embûches aux 
fidèles. II déposa, comme de sa propre 
autorité, saint Anthimus, et établit 
à sa place un homme d'Alexandrie 
nommé Maina'. Ils prononcèrent des 
anathèraes contre saint Severus, Theo- 
dosius, Anthimus et Ze'ôra, et pro- 
clamèrent que la Vierge Marie ne de- 
vait pas être appelée Mère de Dieu. 
Quand l'empereur l'apprit^ il le blâma. 
Le Seigneur le frappa cruellement dans 
sa langue, qui se gonfla, s'épaissit et 
sortit hors de sa bouche ; il ne pouvait 
la rentrer dans sa bouche. A cause de 
cela, elle fut coupée deux fois par le 
médecin ; elle se corrompit et se putréfia. 
Sontourment dura jusqu'au Jeudi-Saint, 
(jour) auquel le bienheureux avait fixé le 
rendez-vous, en disant : « Le Seigneur 
sait ce qu'il fera ». Ce jour-là, le misé- 
rable succomba. La crainte s'empara 
de ceux qui le virent; et ses partisans, 



1. Cf. Pair. Gr., XXVIII, 124. — 2. \^a.^. — 3. k^x\ Ivwffôtoç xat auvQéffew;. 
4. i^ùo-LI. — 5. l;j(wo»> dromonarii (L). — 6. Lire : a^SLl. — 7, Myjvàç. 



LIVRE IX. CHAP. XXII ET XXIII 203 

selon la parole de nos saints Pères, aux- couvertsdeconfusion, disaient : « Ze'ôra 

quels Votre Piété adhère, que Dieu le a fait des incantations à Agap[it]us et Ta 

Verbe, qui était auparavant simple, soit tué ! » — Que sa mémoire soit en malé- 

composé, à cause de nous, avec une chair diction ! -— Fin. 

animée et intelligente, et soit devenu 
homme sans changement. On doit donc 

proclamer une seule nature et hypostase de Dieu incarné, et reconnaître une seule 
opération du Verbe-Dieu, dans les choses sublimes et glorieuses qui conviennent h 
Dieu et dans les choses viles et humaines. Comment donc nos frères* peuvent-ils ne 
pas s'appliquer à annuler les choses que Léon a écrites dans son Tome? » 

Ils exposèrent les passages* de Léon^ de Nestorius, de Theodorus, deDiodorus, de 
Theoderelus et du synode de Chalcédoine, qui proclament deux natures après l'union 
et l'incarnation de Dieu le Verbe, et deux hypostases; et ils les réfutèrent par les 
témoignages des Pères, qui ont considéré et enseigné en divers temps dans l'Église 
une' nature et une personne du Verbe de Dieu incarné. J'omets de les écrire parce 
qu'ils se trouvent dans l'ouvrage contre les diophysites. 

A la fin, ils dirent : « Nous ne recevons ni le Tome, ni la définition de Chalcédoine! 
Car nous observons la définition que les Pères réunis à Éphèse ont portée (en ces 
termes)* : « Nous réprouvons et anathéraatisons ceux qui oseront faire une autre défi- 
nition de la foi, en dehors de celle de Nicée qui a été établie en l'Esprit-Saint ». 
— Ceux de Chalcédoine ont méprisé cette définition et les canons, comme le montrent 
les Actes s de cet endroit, et ils sont eux-mêmes tombés sous le blâme, pour avoir 
fait à nouveau une définition de la foi qui est contraire à renseignement des Doc- 
teurs, qui maintenant aussi croyons-nous, supplient avec nous Ta Mansuétude de 
venir en aide à la vérité de leur foi, puisque tu honores les combats* du sacerdoce de 
ceux dont l'Eglise se glorifie '. » 

L'empereur lut ces (paroles), et bien des choses furent dites pendant une année et 
plus, par les évêques fidèles. — L'archimandrite Jean Bar Aphthonia y était, et les 
mit par écrit. 

L'empereur ne mit point hors de l'Eglise le synode de Chalcédoine. Saint Se- 
verus écrivit une lettre à l'empereur, dans laquelle il expose pourquoi il s'est abstenu 
de se rendre près de lui; elle commence par les mots : « Le Verbe-Dieu ». 

Le patriarche Theodosius, les évêques qui l'accompagnaient et une foule de 
moines allèrent de nouveau trouver Tempereur. Il les reçut en paix et concorde, et 
ils se retirèrent contents. Lorsqu'ils retournèrent le lendemain, ils trouvèrent beau- 
coup [28S] d'adversaires préparés à la controverse, et après avoir conféré longue- 
ment, ils se retirèrent victorieux. Le troisième jour, quand ils eurent agité beaucoup 



1. L. : « des geas ». — 2. xpiio-eiç, — 3. Lire : ,- (L). — 4. Cf. ci-dessus, p. 57. — 5. Tteirpayiilva, 
— 6, àywvsç. — 7. ^**a^AI (L). 



204 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

de questions au sujet de la foi^ Tempereur comprit qu'ils tenaient la vérité; les ad- 
versaires furent tous consternés et craignirent que l'empereur ne se laissât convaincre 
par leur vérité. Les orthodoxes se retirèrent dans la joie. Alors, les partisans du 
Synode allèrent trouver l'empereur et lui dirent : « Que Votre Miséricorde ne se 
laisse pas entraîner après ces hommes peu nombreux; car dans leur parti, il n'y en a 
pas d'autres que ceux qu'elle voit. » 

Quand l'impératrice Theodora apprit cela, elle intima l'ordre aux fidèles de se 
réunir pour la confusion des hérétiques; et ainsi un clergé composé d'environ six 
cents hommes entra saluer l'empereur. Chacune des choses qui avaient été dites par 
les hérétiques fut examinée par eux. 

Le jour de la fête de Pierre et Paul*, le peuple de la ville, qui avait appris ce qu'a- 
vaient dit les hérétiques, se réunit et vint au (palais de) Horraizda, à l'Hippodrome. 
Beaucoup d'entre eux s'en retournèrent, car le moment était venu où on faisait des 
distributions et des largesses, par les mains d'Archelaus* (?) qui était sur le point 
d'être envoyé h la guerre. 

Quand ils virent les troupes armées de cuirasses', de boucliers et de glaives, ils 
crurent que l'empereur avait donné l'ordre de les massacrer. Hs furent saisis de crainte 
et s'enfuirent. Ceux qui étaient enflammés de zèle s'exposèrent d'eux-mêmes à la 
mort, en restant dans l'hippodrome, ce qui signifie « course de chevaux». — Ils étaient 
environ 18 ou 20 mille. Quand l'empereur descendit pour la prière, ils criaient et 
disaient : « Il n'y a qu'une foi pour les Chrétiens! »; et ils répétèrent cent fois cette 
parole. Lorsque l'empereur apprit qui ils étaient et ce qu'ils demandaient, il pleura 
ainsi que les sénateurs, et leur ordonna de se taire. Ils se mirent alors à crier : « Oui, 
seigneur! que sous ton règne, nous soyons tous rapprochés en une seule Eglise. » Puis 
ils crièrent encore : « Nous confessons que celui qui est né de la Vierge, et a été cru- 
cifié pour nous, est Dieu ». Et ils répétèrent cela cent fois. — Ils crièrent encore : 
« Dieu, qui as été crucifié, donne-leur l'intelligence pour qu'ils pacifient ton Église. » 
— Après plusieurs autres choses, pleurant et levant les yeux au ciel, ils crièrent : 
« Seigneur, aie pitié de nous ! » ; et, épuisés par les cris et les pleurs, ils tombèrent la 
face contre terre. L'empereur les fit relever et parla pacifiquement avec eux. 

Ils se réunirent encore une seconde fois, et dirent et entendirent les mêmes choses. 
Tout ceci en l'an 850. 

Les évêques, les moines et de nombreux solitaires montèrent de nouveau (à 
Constantinople) au sujet de l'union. Ils combattirent pour la vérité. 

Une réunion de moines égyptiens vint aussi : ils disputèrent, réfutèrent, et virent 
qu'il n'y avait aucun moyen d'arriver à la paix ; et ils s'en allèrent*. — Une impor- 
tante assemblée * de scholastiques, de moines,, (|e grammairiens, monta de nouveau. 



1. Le 29 juin. — 2. Le nom est incertain ; ms. : Aiditqlios. Cf. .eooUa;!, Land, III, 286, ^0 (?). — 
3. îaêa. — 4. Land, II, 390. — 5. Land, ibid.:, Ps.-Den. ad ann. 869, 



LIVRE IX. GHAP. XXIV 205 

avec les patrons des navires ' qui amenaient les blés du demosion, en vue d'un exa- 
men. L'empereur engagea la discussion sur la foi avec les patrons des navires. 
[286j Ceux-ci répondirent : «Nous sommes des hommes habitués à lutter avec la mer, 
et non h nous mêler aux discussions. » Quand les scholastiques et les moines apprirent 
cela, ils montèrent discuter. L'empereur fut étonné ; car il était habitué lui-même à la 
discussion et pensait que personne ne pouvait lui résister. Quand il vit qu'ils lui ré- 
sistaient, il se tut. Ils furent là environ un an, discutant victorieusement. Mais, 
voyant qu'ils n'avançaient à rien, que plusieurs saints avaient appris par révélation 
que cela ne servirait de rien, que saint Severus s'abstenait et était retourné au dé- 
sert, que les évêques fidèles allaient secrètement se cacher chacun de son côté : les 
moines retournèrent chacun à son pays. 

C'est ainsi que ces réunions prirent fin, sans avoir rien fait ; peut-être que dans les 
desseins secrets et insondables de Dieu, ces choses avaient pour but de préparer la 
victoire aux homrftes sincères, qui devaient être couronnés et triompher dans les 
combats de la patience. 

Je supplie donc tout lecteur intelligent qui se rencontrera avec le temps ^ de réciter 
pour moi : « Jésus notre Dieu (qui avez dit :) Pardonnez, et on vous pardonnera ; re- 
mettez, et on vous remettra »... avec le reste de ce qui suit ces paroles. Etparceque je 
sais que mes fautes* sont nombreuses, je supplie d'autant plus instamment. Ceci en 
l'an 1909". 



CHAPITRE [XXIV] DU LIVRE IX. — De l'époque de Justinianus II (I"); et 
des choses qui arrivèrent après V assemblée. 

Tandis que Justinianus II était dans la ville impériale, [287] Domnus* se ré- 
volta'^ contre lui à Carthage*. L'empereur envoya assiéger le tyran, et le fit ame- 
ner enchaîné'. 

En l'an 11 de Justinianus % qui est l'an 850 des Grecs, une grande et effrayante 
comète apparut, bien des jours, au moment du soir. Et en cette même année, 
la paix entre les empires fut rompue. Kosrau», roi des Perses, monta et pilla la 
ville de Soura, ainsi qu'Antioche, Alep, Apamée et leurs régions, très cruelle- 
ment. — Les Romains descendirent en Perse et pillèrent la région des Qar- 
dawayê, des Arzanéniens, des 'Arabayé. 

1. Lire : ip^oU ir vauxXïipot. — 2. Lire uàa--. — 3. 1598 de notre ère. Date du ms. d'Orfa. 

4. Domnos. Bar-Hebraeus a la même leçon. Land, III, 287,^7 '.lû^v»» (Prog., B. V., Il, 16 : 
Aofxvïxoç) ; c'est au contraire le nom d'un transfuge africain. Il s'agit de la révolte de Gélimer. Cf. 
Hlst. du Bas-Empire, 1. XLII, § iv et suiv. — 5. y'fa. — 6. Ms. : Qartagena. — 7. Jac. Edess., ad 
ann. 209; cf. Land, III, 287,'. — 8. Jac. Edess., ad ann, 215. — 9. Sur ces diverses expéditions 
de Chosroès, cf. Hist. du Bas-Emp., 1. XLVI, § i-xxr, xLvni-Lt. 



206 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



Kosrau monta de nouveau avec une grande armée*, fît des captifs à Callinice, 
ainsi que dans tout le pays de Mésopotamie, et s'en retourna. 

Kosrau monta de nouveau contre Edesse; n'ayant pu s'en emparer, il pilla 
Batnan et s'en alla*. 11 n'y eut personne pour élever la voix et pousser un cri, 
comme il est écrit. 

Kosrau monta de nouveau, et les armées des Perses mirent le siège contre 
Antioche', qu'ils prirent, incendièrent et pillèrent complètement. Ils enlevèrent 
jusqu'aux plaques' de marbre qui étaient incrustées dans les murs, et firent 
descendre (les captifs) dans leur pays, où ils bâtirent une ville qu'ils appelèrent 
Antioche. — Ephrem s'enfuit dans une grande terreur, et se cacha pour ne pas 
rencontrer quelqu'un de connu. Peu de temps après, il mourut, tandis qu'il 
était caché; il fut privé de la vie d'ici(-bas), mais là(-haut) il est réservé pour la 
justice. — L'empereur Justinianus pleura grandement sur Antioche. — Fin. 



Éphrem, en apprenant ces choses^, 
et que Severus et Anthimus n'avaient 
pas [287] été acceptés, accentua sa ty- 
rannie et demanda h l'empereur une 
armée pour l'emmener avec lui en 
Orient, « de sorte que, (disait-il,) quand 
nous exhorterons par la parole et enga- 
gerons les habitants des villes et des 
villages à recevoir le synode de Chalcé- 
doine, nous soumettions par la force 
ceux qui ne se laisseraient pas persuader 
par le discours, » Il circula, soumettant 
ceux-ci par les promesses, ceux-là par 
la crainte de l'exil, et chassant les autres 
d'un lieu à un autre. 

II enleva le bienheureux Jean de Telia, 
de la montagne de Singar, et l'enferma à 
Antioche, où il finit sa vie en prison». 

Paulus, qui succéda à Theodosius 
d'Alexandrie, pendant un an environ, 



Tandis que le pape Theodosius de- 
meurait caché dans la ville impériale, il 
faisait des ordinations pour toutes les 
églises de l'Egypte. — Jean, évêque de 
Telia de Mauzelat, [287] faisait les ordi- 
nations pour l'Orient. 

Les Chalcédoniens établirent à Alexan- 
drie un certain Paulus, surnommé Bar 
Cursus. Au bout d'un an ils le déposèrent 
et établirent Zoilus'. 

Quand Agapitus' de Rome mourut 
par le châtiment de Dieu, le 55^ (évêque) 
fut Silverius, pendant 6 ans; et ensuite 
Vigilus®. 

Dans l'année même, Zoilus d'Alexan- 
drie fut déposé, et Apollinarius lui 
succéda***. 

Du temps de Justinianus^', on découvrit 
le corps du martyr Marinus, en dehors 
de Gindaris, village de la région d'An- 



1. Jac. Edess., ad ann, 221, — 2. Jac. Edess,, ad ann. 227. — 3. Ps.-Den., ad ana. 850. — 
4. Ps.-D. : ^-.liJ^S. 

5. La disgrâce des monophysites ; cf. p. 204-205. — 6. Cf. Land, II, 175; III, 315. 

7. Land, III, 316 : Hli. — 8. Ms. : Agiptos . — 9. Ms. : Big{ï)los, cf. Joh. Ephes,, ad ann. 215, 
216. — 10. Joh. Ephes., ad ann. 215. — 11. Mai.ala, Pair, gr., XCVII, 664. 



LIVRE IX. GHAP. XXIV 



207 



blâmait son archidiacre, h cause de la foi 
orthodoxe; il l'étoufFa dans les bains, et 
emprisonna son fils, de peur qu'il ne 
parlât de la mort de son père. — 
Paulus ajouta encore à l'iniquité, en 
faisant jeter dans les bains, pour les 
chauffer, beaucoup de fidèles qui ne par- 
tageaient point son impiété et ne rece- 
vaient pas le Synode. Beaucoup mou- 
rurent ainsi dans un supplice inconnu 
même parmi les païens. 

Or, il arriva que le fils de l'archidiacre 
s'enfuit de prison, monta à la ville im- 
périale et fit connaître ces choses à l'im- 
pératrice qui en informa l'empereur'. 
L'empereur fut ému, ainsi que toutes ses 
armées, de la cruauté de ces actes. Il or- 
donna que Paulus soit chassé et jeté en 
exil. Il eut pour successeur Zoilius*, de 
Palestine. Celui-ci, voyant que son pré- 
décesseur avait été réprouvé et chassé à 
cause de sa cruauté, s'abstint de persé- 
cuter [288] les fidèles. Mais par la suite, 
il fut aussi trouvé coupable d'actions 
honteuses' et fut déposé. 

Ephrem d'Antioche* bâtit l'église 
Ronde et les quatre triclinia qui y sont 
annexés. Quand il en fit la dédicace, il 
réunit 132 évèques de sa juridiction, 
qui tous confirmèrent par écrit le synode 
de Chalcédoine et anathématisèrent, 
comme s'il en avaient eu le droit, saint 
Severus et quiconque n'adhérait pas au 
Synode. 

Dieu, qui juge les oppresseurs, fit 
passer sur lui et sur sa ville les Assy- 



tioche, et il fut déposé dans le temple 
de Mar Julianus, dans le pays d'Antioche. 
On trouva son corps fixé sur une plan- 
che, avec de grands clous par tout le 
corps ^ — Comme il opérait des mira- 
cles et des prodiges, il était honoré par 
toutes les confessions. 

A cette époque se trouvaient dans la 
ville impériale de nombreux païens^; 
ils furent malmenés : ils se convertirent 
au christianisme et reçurent le baptême. 
L'un d'eux, homme connu et notable, 
appelé Phocas, voyant la rigueur de Tin- 
quisition, prit pendant la nuit un poison 
mortel et mourut. L'empereur ordonna 
qu'il fut enseveli comme un âne. 

En l'an 15 de Justinianus ^, Dieu visita 
les régions d'Asie, de Carie, de Lydie, 
dePhrygie, par l'intermédiaire de l'évê- 
que Jean, surnommé d'Asie, chroniqueur 
diligent. Soixante dix mille âmes furent 
évangélisées par lui, sur les instances de 
Tempereur Justinianus, L'empereur 
fournissait en grande abondance les dé- 
penses, et les vêtements du baptême. A 
cause de cela, ils furent instruits selon 
l'opinion [288] de Chalcédoine, parce 
que le saint qui les convertissait jugeait 
qu'il valait mieux qu'ils quittassent l'er- 
reur du paganisme même pour le chalcé- 
donisme. — Que celui qui voudrait sa- 
voir exactement combien de labeurs, de 
sueurs, de miracles et de prodiges écla- 
tants causèrent leur conversion, lise le 
livre que le saint lui-même a écrit sur leur 
évangélisation. — C'est pourquoi Mar 



1. ^ii*àv. _ 2. Ms. : Euzolios. —3. Lire : Iwi*. — 4. Land, III, 323;cf. Jac. Euess., ad ann. 214. 
5. s'/wv xaxà Tiavibi; xoO o-wtxaxoç aCiToO y^Xqu; crtS/ipoOî, si; aavtSa rtapanXwOeî;. — 6. Ps.-Uek. ; « ea l'au 
19 de Justinien ». Texte Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 479. — 7. Ps.-Den,, ad auu. 833 ; cf. op. cit. 



208 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



Jean fut appelé « d'Asie », et surnommé 
« le convertisseur des païens ». Il a 
aussi écrit soigneusement et très lon- 
guement sur tous les événements qui 
survinrent de son temps parmi les rois 
de la terre, et dans les Eglises. 



riens, comme ilest dit dans le prophète* : 

« Assur est le fléau de ma colère; je 

l'ai envoyé contre un peuple trompeur, 

faire des captifs et piller le butin. » 

Kosrau, roi des Perses, monta contre 

eux, s'empara d'Antioche et la détruisit 

complètement. Il emmena en captivité 

tous ses habitants et les conduisit en 

Perse. — L^empereur Justinianus, en apprenant cela, se vêtit de noir, et le maudit 

Éphrem prit la fuite. 

[CHAPITRE XXV.] — Ici nous plaçons les lettres des trois saints patriarches, 
qui montrent clairement, pourquoi ils abandonnèrent leurs sièges, par zèle pour 
la religion et pour la conservation de la foi véritable*. 



Lettre de saint Anthimus, patriarche 
de Constantinople , à saint Severus, pa- 
triarche d'Antioche^. — « A notre véné- 
rable et saint frère et collègue le pa- 
triarche Severus : Anthimus. Salut en 
Notre-Seigneur. — Quand je remets 
dans mon esprit la parole de Notre- 
Seigneur^ qui dit* : « De celui à qui on 
a confié davantage, on redemandera 
davantage », et la parole du psaume^ : 
« Qui montera à la montagne du Sei- 
gneur? Qui se tiendra sur sa montagne 
sainte ? )),et comment doit être celui qui 
est consacré au Seigneur, selon le pré- 
cepte de l'Apôtre*, je ne suis pas dans 
une crainte médiocre. Car, si parmi les 
grands patriarches l'un se nomme 
« poussière et cendre ^ », et l'autre (se 
nomme) « ver de terre et [non pas] 
homme» », que dirais-je, moi, vil et mé- 
prisable? La perturbation des saintes 



Lettre de saint Secerus en réponse à 
s. Anthimus^. — « A notre très vénérable 
et saint frère et collègue, le patriarche 
Anthimus : Severus. Paix dans le Sei- 
gneur! — A cause des lettres que m'a 
adressées Ta Chasteté, l'apôtre Paul me 
fournira le début (de celle-ci) et je dirai 
très opportunément: « Grâce à Dieu pour 
son don inénarrable*"»; car prompte- 
ment, et en même temps que tu étais pro- 
mu au siège du trône patriarcal de la 
ville impériale, tu as jugé que tu devais 
mépriser, pour la vraie piété, la gran- 
deur de la primauté, qui est pour d'au- 
tres l'occasion de trahir leur foi. A ceux 
qui veulent s'attacher aux préceptes 
divins, et, comme il est écrit, suivre le 
Seigneur, des sentiments convenables 
sont inspirés : aux diacres, aux prêtres, 
aux patriarches, selon le rang de leur 
sacerdoce. 



1. Cf. Is., X, 5, 6. — 2. Cf. EvAGR., ff. E,, IV, xi ; Niceph. Call,, XVII, vin. 
3. Land, III, 292 sqq. — 4. Luc, xir, 48. — 5. Ps. xxir, 3. — 6. Cf. I Tim., m, 1,-7. Gen., 
xviit, 27. — 8. Lire : U»;» Wo (L) ; Ps. xxr, 7. 
9. Land, III, 297. — 10. II Cor., ix, 15. 



LIVRE IX. GHAP. XXV 



209 



Églises afflige mon âme. Des hommes 
attachés aux occasions du péché, a/ors 
même qu'ils ont Tair d'éviter le chan- 
gement et la confusion : ce qui n'est pas, 
séparent et divisent Dieu le Verbe, qui 
est un et indivisible, qui s'est incarné 
sans changement. Et pour cela, je suis 
dans une grande tristesse. Comme dit 
le psalmiste dans le psaume^ : « La 
tristesse s'est emparée de moi à cause 
des pécheurs qui ont abandonné ta loi ». 
L'espérance en Dieu [289] me donne de 
la joie; j'ai confiance qu'il tiendra ses 
promesses : qu'il nous donnera^ à nous 
pauvres, ce dont nous avons besoin, non 
parce que nous sommes ses amis, mais 
à cause de l'importunité', et qu'il ven- 
gera tous ses élus. C^est lui qui a gardé 
Ta Sainteté, par le moyen des combats, 
des sueurs apostoliques, des doctrines 
spirituelles dont la grâce l'a favorisée, 
comme une pierre inébranlable, pendant 
longtemps, pour nous et pour les saintes 
Eglises, en vue du fondement immuable 
de la foi. Dieu lui-même donne l'éléva- 
tion aux humbles, la grandeur aux pe- 
tits, la force aux faibles, et comme dit 
le divin Apôtre* : « Nous avons tous 
besoin de la grâce » ; et ces choses ont 
été accomplies dans la faiblesse par la 
vertu divine*. Dans ses desseins ineffa- 
bles, il a aussi conduit Notre faiblesse 
à devenir le chef de l'Église sainte de 
la ville impériale. Nous louons donc sa 
bonté, et nous vous demandons, o véné- 
rables, de prier le Christ-Dieu d'aider 
notre bassesse. Or, chacun a sa dési- 



« Ainsi, le patriarche Abraham, après 
s'éùre fixé en nombre d'endroits diffé- 
rents, vint en un lieu; et il buvait abon- 
damment au puits qui s'y trouvait et qui 
était nommé <> le Puits des serments ». 
Comme il fit avec les barbares voisins de 
cet endroit un serment et un pacte, et y 
planta une plantation superbe et fructi- 
fère, de peur que son esprit ne s'y at- 
tachât, il invoqua en cet endroit le nom 
du Seig^neur, Dieu éternel, qui lui avait 
dit : [289] Que ton esprit ne se laisse pas 
entraîner par l'éclat des choses visibles S 
et, dans le charme délectable de ce qui 
se voit, n'oublie pas Dieu qui est seul 
éternel. Les choses visibles réjouissent 
les yeux^ délectent le palais, et dispa- 
raissent. — L'Écriture raconte ceci» : 
« Abraham planta un champ auprès du 
Puits des serments, et invoqua en ce lieu 
le nom du Dieu éternel. » Quelques- 
uns ont interprété un champ planté 
d'arbres; d'autres un champ ensemencé. 
« De la même manière, après que Ta 
Sainteté eut siégé en d'autres endroits, 
tuas été amené, comme à un champ très 
productif, au « Sommet des serments », 
je veux dire au siège de la ville impériale, 
orné desapparences 'mondaines, t'abreu- 
vant de l'opulence qui y coule abondam- 
ment. Quand tu t'es aperçu que quel- 
ques-uns voulaient t'entraîner à un es- 
prit détestable, hors du symbole pur, 
irréprochable et excellent de la foi or- 
thodoxe, l'œil de ton intelligence n'a 
point été offusqué par Téclat de ce 
monde, ni par la gloire de ses vanités* 



1. Ps: Gxviii, 53. — 2. Cf. Luc, xi, 8. — 3. Cf. Ro?n., m, 24. — 4. Cf. II Cor., xir, 13. 
5. ^01» |La*|.9 »to i^CsA^L ^)\L |1^ (L). — 6. Gen., xxi, 33. — 7, çavrafft'ai. — - 8, uoio-^aoi (L). 
II. 27 



210 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



gnation*; (celle) des prêtres est de prê- 
cher l'Evangile. Parlez, prêtres ! [dirai- 
je]*, et puisque vous êtes montés sur la 
montagne, [annoncez]* la paix antique 
et spirituelle et l'efFusion de la charité! 
Je suis d'accord avec vous, ô saints! 
Me réjouissant de votre union et d'être 
attaché à vous par un lien spirituel, 
selon les lois ecclésiastiques, je confesse 
qu'il n'y a qu'une seule et unique pro- 
fession de foi. » 

Et après avoir écrit toute la définition 
il dit : « Avec ces trois saints Synodes 
je reçois en outre V Henoticon de Zenon, 
qui a été fait pour l'annulation du sy- 
node de Chalcédoine ». 

Et après avoir récité la foi au sujet de 
l'Incarnation et anathématisé les héré- 
sies, il dit à la fin ' : « Sur ces doc- 
trines apostoliques et divines, irré- 
prochables, ô notre frère saint, je te 
donne la main dans une union que je gar- 
derai jusqu'au dernier soupir ; car je ne 
consentirai pas à l'union avec ceux qui 
pensent autrement. Basilius dit, en 
effet : « Celui qui communique avec les 
hérétiques sera privé du paradis. » — 
Je sais, que vous aussi, vénérables, qui 
gardez ces (doctrines), vous avez depuis 
longtempsà (en) souffrir. Qui donc a ainsi 
de nos jours [290] supporté * des com- 
bats, a ainsi changé de place en place, 
pour ne pas laisser ébranler sa foi? En 
toi, je vois les Docteurs de l'Église : 
car tu as fort bien placé manifestement 
la lampe sur le candélabre,, en la faisant 
briller par l'action et par la parole. Il 



passagères; mais, imitant la foi du 
patriarche Abraham, tu as invoqué là le 
nom du Seigneur, Dieu éternel, auquel* 
nous devons rendre compte de nos ac- 
tions, et tu as dis, comme l'Apôtre*^ : 
« Les choses visibles appartiennent au 
temps et les invisibles à l'éternité ; » 
nous gommes appelés à celles-ci, nous 
avons cru et nous avons été baptisés en 
elles; si nous espérons seulement pour 
cette vie dans le Christ, nous sommes 
les plus malheureux de tous les hommes. 
Il appartenait à Ta Charité de nous an- 
noncer ces choses par tes écrits canoni- 
ques et ecclésiastiques : tu as fait ce qui 
était convenable. Nous nous sommes 
grandement réjoui, et nous nous réjouis- 
sons avec toi, comme disait Paul en écri- 
vant aux Philippiens'. Nous tenons la 
même foi que tu as écrite, et nous ne con- 
naissons qu'une seule définition de la 
foi : celle des 318 Pères de Nicée. 

« Le Verbe et le Fils de Dieu (engen- 
dré) du Père, splendeur et Fils de son 
essence, consubstantiel à lui et à FEs- 
pritSaint, s'est incarnépour notre salut, 
dans un corps consubstantiel à nous, 
animé d'une âme intelligente, sans 
changement, car il n'a pas changé ou 
mélangé dans sa propre nature la chair 
qu'il a prise. Des deux natures : la di- 
vinité du Verbe et l'humanité qu'il a 
formée par l'Esprit-Saint de la Mère de 
Dieu, [290] parfaite et non amoindrie, 
un seul Emmanuel est apparu, qui est 
le Christ, Fils et Seigneur. La per- 
sonne' unique et la nature du Verbe 



1. Litt. : aliorum alia significatio. — 2. Compléter : |.jc^ ^.i| ; et : |»c»3 o>«) (L). — 3. Lajnd, IIIj 
296, 22. — 4. L : j^. 

5. Ce qui suit n'est pas dans Lanc (III, 298, 1. 13). — 6. II Cor., iv, 18. — 7. Philipp.^ u, 17. -^ 

8. TïpÔlîWTlOV, 



LIVRE IX. GHAP. XXV 



211 



convient donc que Ta Sainteté, pour ces 
motifs, nous fasse jouir de ses doctrines 
en échange de nos lettres. 

« Prie pour moi', ô vénérable, afin 
que le Christ-Dieu, par tes saintes 
prières, me dirige en tout selon son 
bon plaisir, pendant les jours qui me 
restent à vivre, qu'il me délivre des 
épreuves qui me sont imposées, et me 
juge digne de sa miséricorde ; puisque 
je marche dans cette foi et que je com- 
battrai pour elle, selonla petite forcequi 
est en moi, afin qu'il me confesse, con- 
formément h sa parole évangélique% 
devant son Père qui est aux cieux. Je 
demande la paix de la fraternité qui est 
près de toi; celle qui est avec moi de- 
mande ta paix dans le Seigneur. Porte- 
toi bien dans le Seigneur, et souviens- 
toi de moi, ô très vénérable ! » 

Réponse du pape Theodosius à saint 
S ever us patriarche du siège apostolique 
d'Antioche* . — « Au vénérable et très 
saint patriarche, Mar Severus : Theodo- 
sius. Salut en Notre Seigneur. — Assu- 
rément, ô prince qui m'est cher par- 
dessus tout dans le nom du Christ* et 
gardien inébranlable de la foi pure ! 
c'est un bienfait de notre époque, d'avoir 
montré aux saintes Églises de Dieu 
votre constance. Aussi, sommes-nous 
dans une grande confiance, et espérons- 
nous conserver près de nous le modèle 
irréprochable que nous possédons en 
Votre Excellence'. Mais je ne sais ce 
qu'on doit tout d'abord admirer davan- 



incarné, ne se divise pas en deux natures 
après l'union. L'incarnation n'a pas fait 
disparaître non plus la diversité intelli- 
gible® des natures qui ont concouru à 
l'union ineffable ; mais l'Incarnation est, 
et doit être reconnue par ceux qui 
examinent dans la foi ce grand mystère, 
exempte de division et de confusion. Il 
est semblable à nous, en tout, excepté 
le seul péché. N'ayant pas réprouvé la 
ressemblance des passions commu- 
nes' (?) : il s'est incarné; et (cependant) 
il possède l'impassibilité, puisqu'il est 
demeuré le même Dieu qu'il était. Dans 
la chair, en effet, il a souffert volontai- 
rement les passions non répréhensibles : 
la faim, la soif, la fatigue de la route, et 
celles qui viennent de l'extérieur, je 
veux dire : les coups, le soufflet, le 
percement des mains et des pieds sur 
la croix par le fer ; mais non pas Dieu le 
Verbe qui existait avant les mondes, 
impassible et immortel. Comment pou- 
vait-il en venir à l'épreuve de nos pas- 
sions autrement qu'en s'unissant hypo- 
statiquementuncorps passible etmortel? 
L'effort des passions arrivait jusqu'à 
celui qui souffrait ; mais il était émoussé 
et impuissant contre rimp.assibilité de 
la divinité. Ainsi, nous nous glorifions 
que Dieu qui a souffert dans la chair 
était nôtre; et par sa soumission à la 
mort, il nous a délivrés et nous a procuré 
une captivité salutaire, mais il n'était 
pas privé de l'impassibilité divine. Nous 
ne disons pas non plus ceci : v il a 



1. Passage supprimé par Zacharie le Rhéteur. — 2. Cf. Ma.tth., x, 32. — 3. La.nd, III, 303, — 
4. !.»*.»»> |.vi*.3 ; L porte : l*»**»» lxa*.o « rocher du Christ »! — 5. v03Lo»^**x>» (L). 
6. La distinction logique. -^ 7. Lire : "^ '■^?> ou ''^<%»? (?) 



212 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



tage en Votre Excellence. Qu'il y a-t il 
en vous qui soit petit ou ait besoin d'être 
loué davantage? Si j'admire les belles 
actions de votre vie brillante, l'excel- 
lence de la piété m'attire vers elle, et la 
pureté glorieuse de la foi orthodoxe 
demande justement à précéder* toutes 
les autres (vertus), et votre application 
h un grand labeur temporel en vue de 
Dieu, et votre migration d'un lieu à un 
autre, et tout ce que vous avez préféré 
souffrir* pour que la foi orthodoxe ne 
soit pas changée. En cela même, bien 
des fois, avec Paul, par les [291J actions 
tu as crié' : « Qui me séparera de 
l'amour de Dieu? Les angoisses ? ou la 
calamité? ou la persécution ? ». Mais de 
quel côté* devons-nous placer l'exacti- 
tude de votre enseigement par lequel les 
erreurs sont réfutées, l'astuce radica- 
lement arrachée, ceux qui ont la vraie 
foi délivrés et transplantés dans l'ortho- 
doxie. Il me semble entendre le Christ- 
Dieu lui-même te dire ce qu'il disait au 
divin prophète Jérémie ^ : « Voici que j'ai 
placé mes paroles dans ta bouche; voici 
que je t'ai suscité aujourd'hui sur les 
peuples et les royaumes pour arracher, 
et pour démolir, et pour renverser, et 
pour épuiser, et pour bâtir, et pour 
planter » ; et ces autres paroles qu'il di- 
sait à propos de Paul* : « Il est pour 
moi un vase d'élection, qui portera mon 
nom devant les rois, les peuples et les 



souffert », selon l'apparence et l'imagi- 
nation. 

« J'emploie' très à propos, avec ceux- 
ci, les paroles* de l'Ecclésiaste ; et en 
conséquence, ceux qui'se sont écartés de 
cette voie royale pour s'en aller dans la 
voie tortueuse, et qui se réjouissent dans 
des détours mauvais, ainsi qu'il est dit 
dans l'Ecriture — je parle selon l'esprit 
des Proverbes % — nous les plaçons sous 
l'anathème, selon la loi donnée tout 
d'abord h l'Église par les Apôtres. Avec 
le manque d'expérience dans la recher- 
che'", on souffre d^une maladie persis- 
tante et indélébile comme la lèpre. 

« Si quelqu^un dit que les Chapitres de 
Cyrillus, qui ont frappé l'hétérodoxie 
de l'artifice de Nestor[ius] sont, selon la 
prophétie d'Habacuc'% des traitsrapides 
de lumière qui ont traversé l'univers et 
l'ont éclairé, [291] il ne se trompe pas. 
Il en est de même de tous ses ouvracfes, 
accompagnés de toute l'exactitude et la 
splendide sagesse des doctrines divines, 
qui procure la liberté, et, selon ce que 
dit le Seigneur à Job*' : « Qui nous sont 
réservés pour le moment delà lutte et le 
temps du combat contre les ennemis. » 

« La loi de l'Église exige non seule- 
ment que nous confessions la doctrine 
orthodoxe, maisaussi que nous condam- 
nions par l'anathème le blasphème qui 
lui est contraire, comme le montre le 
symbole des 318 (Pères). 



1. .>Oo,oL (L). — 2. ^:i£soL^. — 3. Cf. Rom.^ viii, 35. — 4. Peut-être Ua>s^? cependant L a aussi 
l»û^. — 5. Jekem., I, 9, 10. — 6. Act.y xi, 15. 

7. Land, III, 299, 1. 15. — 8. Ces paroles se trouvaient dans la phrase antérieure qui appartient 
à la partie de la lettre que l'auteur n'a pas transcrite : iï'abcV M^ ^-sriico aaaoas^ ^:i> ^ot^vo « Islis 
nihil addendum, ex eis nihil minuendum » (cf. EccL, ni, 14). — 9. Cf. Pros>., ii, 14. — 10. |.:iûoi3, 
— 11. Cf. Hab., ur, 11. — 12. Job, xxxvni, 23. 



LIVRE IX. GHAP. XXV 



213 



empires, et devant tout Israël. » Ces pa- 
roles s'appliquent h toi, ô Père divin! Il 
est peut-être facile d'admirer ces choses : 
il n'est pas facile de les accomplir 
justement. Ainsi donc, maintenant, par 
les labeurs vigilants de ta sainte âme, 
des bienfaits ont été procurés à l'Eglise 
de Dieu; car, par le Christ-Jésus, ceux 
qui étaient auparavant éloignés sont 
rapprochés. Le vénérable Anthimus, 
qui resplendit par ses œuvres et par sa 
foi', le souverain pontife, le pasteur de 
la ville impériale, est devenu volontai- 
rement notre compagnon, h vous et à 
nous, et il suit notre foi orthodoxe; car 
il s'est empressé de repousser le piège 
de l'adulation, il a foulé aux pieds la ri- 
chesse temporaire et instable, il a cru 
que la grandeur humaine n'était rien, et 
il a proclamé librement la foi ortho- 
doxe et infaillible. Combien nous nous 
sommes réjoui de ce qui était arrivé, 
combien nous avons loué Dieu, quelle 
fête spirituelle nous avons célébrée, ô 
Père honorable ! il est impossible de le 
dire par la parole. 

« II a fait des promesses dans des 
écrits canoniques, qu'il a envoyés à notre 
trône évangélique*. Ainsi que Ta Sain- 
teté nous lavait annoncé par ses lettres, 
en ce qu'il a écrit, il a fait connaître' 
l'exactitude de la foi saine et ortho- 
doxe*; il a réprouvé par ses anathèmes 
toute l'astuce hérétique. Il a promis 
[292] de confesser ces choses avec nous ; 



(( Je me réjouis de communiquer en ce- 
la avec Ta Sainteté, par une adhésion 
inséparable, et avec ceux-là seulement 
qui pensent ou disent ces choses; [ceux 
qui pensent ou disent autrement] ' je les 
repousse comme répudiés et étrangers 
à notre communion. Je fuis Pinsanité 
qui se trouve en eux, ainsi que dit 
Malachie % comme la chose qui nous 
rend étrangers à la familiarité du 
Christ et donne à plusieurs l'occasion de 
pécher, comme l'a dit un homme pé- 
nétré de la sagesse divine' : « A cause 
de leur manque de jugement, plusieurs 
ont péché. » Si nous nous en tenons à 
cette garde et à cette conservation, et 
si nous la prêchons à ceux qui dépen- 
dent de nous, nous leur entendrons dire : 
« De bonnes paroles sont comme un 
rayon de miel, leur douceur est la gué- 
rison de l'âme ^ », — Puisque tu as pré- 
féré combattre le bon combat, que tu as 
confessé une bonne confession, crie 
comme le divin Habacuc" : « Je me tien- 
drai à mon poste, et je marcherai sur la 
pierre. » Méprise ceux qui sont entraî- 
nés '" en bas; et s'ils te placent sous la 
malédiction et l'anathème, dis à Dieu 
avec David '^ dans la magnificence : 
« Ceux-ci maudiront : et toi tu béniras ! 
Ceux qui s'élèvent contre moi seront 
couverts de confusion : et ton serviteur 
se réjouira! » Car'*, ceux qui confessent 
la foi saine, selon la parole de l'Apôtre *% 
« sont parvenus h la montagne de Sion, 



1. ILouûsovao (L). — 2. C'est le titre du siège d'Alexandrie dans ces documents, en souvenir de 
l'évangéliste S. Marc. — 3, vn»oI o^^» ^«l-ao (L). — 4. |L.*^L (L). 

5. Une ligne a dû être omise par le copiste; ajouter d'après L : ^;so!o ^vi^v5 lus»)»*.]» ^*Uo. — 0. 
L : ;-bo| yaUvj .9|, ; cf. Mal., ii, 6 (?). — 7. Baruch, iif, 28 (?) — 8. Prov., xvr, 25, — 9. Cf. Hab., tr, 
1. — 10. L : ^?^^so. — 11. Ps. cvin, 28, — 12. ;*^âl (L). — 13. Hehr., xir, 22, 



214 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



il a déclaré qu'il était en communion 
avec ceux dans la communion desquels 
notre sainte Eglise se réjouit, et qu'il les 
proclamait avec nous. Il a promis de dé- 
tourner son visage de ceux dont nous 
détournons notre visage; il a anathéma- 
tisé nommément le concile de Chalcé- 
doine et la lettre de Léon. Et quand 
nous avons examiné diligemment, comme 
il convenait, les écrits que cet homme 
nous avait adressés, et que nous avons 
scruté minutieusement toutes choses, 
nous avons constaté qu'il ne s'éloignait 
en rien de la vraie foi, et nous nous 
sommes réjoui de ce que là aussi quicon- 
que est notre ennemi serait transpercé. 
(' Nous avons été très étonné de votre 
décision à ce sujet. Car nous avons 
trouvé que les choses qui ont été écrites 
canoniquement à Votre Sainteté par le 
vénérable Anthimus, au sujet des doc- 
trines divines, étaient d'accord avec 
celles qui nous ont été écrites. Quand 
nous avons reconnu que tels étaient les 
écrits d'adhésion et de communion de 
saint Anthimus, comme le prophète en 
son temps, je me suis écrié* : « Que les 
cieux se réjouissent en haut, et que les 
nuées fassent pleuvoir la justice; car le 
Seigneur a eu pitié de son peuple ' » . De 
tels bienfaits ont été envoyés à la sainte 
Eglise de Dieu, et nous avons reçu 
l'affaire les mains tendues, et nous avons 
couru vers ces pactes ; nous avons admis 
très joyeusement dans notre communion 
cet homme vénérable, et nous avons 



h la ville sainte du Dieu vivant, à la Jé- 
rusalem céleste, à l'assemblée des my- 
riades d'anges, à l'Eglise des premiers- 
nés qui sont inscrits dans les cieux. » 
Comment quelqu'un pourrait-il de la 
terre jeter et lancer un trait contre 
ceux qui font partie de l'Eglise du 
ciel? C'est en vain qu'il sue, et sans 
utilité qu'il tend son arc ; ets'il a l'audace 
de tirer contre le ciel, les traits qui sont 
lancés retomberont sur lui ; car nous 
avons aussi entendu un homme sage 
dire que « celui qui jette une pierre en 
haut, la jette sur sa tête' ». Seulement, 
attendons jusqu'à la fin, [292] revêtus 
de la cuirasse de la foi orthodoxe *, 
ceints de toute part du glaive de l'esprit" 
et de la ceinture de la paix% comme dit 
l'Apôtre. 

« J'informe notre collègue, Mar Theo- 
dosius, le saint pape et archevêque d'A- 
lexandrie, qui travaille apostolique- 
ment, qui soutient' la lutte, et court le 
danger^ à cause de la parole orthodoxe 
et des œuvres qui lui ont été confiées. 
Il multiplie continuellement le tra- 
vail en vue du mérite. Il se réjouira cer- 
tainement de la nouvelle. En lui écri- 
vant comme tu nous as écrit, étant d'ac- 
cord ^ sur ces choses, il écrira une ré- 
ponse dans des lettres de communion, 
selon les définitions et les lois des saintes 
Églises. C'est pourquoi, il convient à Ta 
divine Charité d'avoir soin d'accomplir 
d'elle-même, la même chose à son égard. 
Ce sera pour toi, selon la prophétie 



1. Lire ^û\|| (?); L : <ovi!. — 2. Is., xlv, 8. 

3. Sccli., xxvn, 28. — 4. I Thess., v, 8. — 5. Eph., vi, 17. — 6. Eph., iv, 3. — 7. .=>vo. 
xt'vSuvoç. — 9. Littér. : a manus unionis tenet ». 



LIVRE IX. GHAP. XXV 



215 



échangé avec lui des lettres dans les- 
quelles nous avons exposé la foi véritable 
et paternelle, et avons dévoilé la per- 
versité de foi et la faiblesse d'esprit des 
impies. — Afin de faire savoir à ceux 
qui viendront par la suite pourquoi nous 
avons communiqué avec lui, nous en- 
voyons à Votre Paternité des exem- 
plaires de ces (lettres), car nous ne vou- 
lons pas que vous ignoriez quelque chose 
de ce qui nous concerne, et surtout 
de ce qui regarde notre sainte église, 
et je le dirai forcément, de ce qui con- 
servera et procurera au siège évangé- 
lique l'honneur principal qui lui est dû. 
(( De même que dans les lettres qui 
nous ont été écrites vous avez manifesté 
votre âme sainte, vraiment digne, et sou- 
cieuse que tout [293] se fasse selon le ju- 
gement et la volonté de Dieu, je fe- 
rai connaître ouvertement mon opinion. 
Mon principal honneur, qui me réjouit 
beaucoup^ est l'honneur même qui vous 
est justement rendu par tout le monde. 
J'ai donc confiance, ô notre vénérable 
Père! que j'accomplis, sans divergence, 
les choses qui vous plaisent ajuste rai- 
son, à cause delà sainte Eglise, songeant 
combien les choses qui peuvent secourir 
l'Église sont agréables k Votre Paternité. 
Qu'elle ne cesse donc pas d'agir et de 
conseiller. Mais il en est ainsi. En ce 
qui nous concerne, ô notre Père saint et 
honoré I j'aurais voulu vous faire con- 
naître aussi par ces lettres dans quelles 
angoisses nous sommes présentement, 



d'Isaïe ', « un mur et un avant-mur >>. — 
Je salue la fraternité qui est près de toi ; 
celle qui est avec moite salue en Notre- 
Seigneur. » 

Du même saint Severus à Theodo- 
sius'\ — «A notre vénérable et très 
saint frère et collègue, l'archevêque Mar 
Theodosius : Severus. Paix en Notre- 
Seigneur ! — Dans le livre inspiré des 
Juges, c'est-à-dire des safté^, il est écrit 
que le juge Judas invitait à une asso- 
ciation de guerre * le juge appelé Siméon, 
son frère, et le pressait de faire une 
alliance fraternelle, en ces termes' : « Et 
Judas dit à son frère Siméon : Viens 
avec moi dans mon héritage. Et Siméon 
alla avec lui. » Pour moi, je n'invite pas 
ta tête fraternelle et sainte à une com- 
munion de guerre, ni à une communion 
de combat, ni à quelque alliance pour 
une portion d'héritage ; mais plutôt h une 
communion de paix et de concorde, pour 
la seule utilité" de l'Eglise, que le Christ- 
Dieu a acquise par son sang. 

« Comble du prodige ' Saint Anthi- 
mus, l'archevêque qui [a mérité] ' de gou- 
verner l'église de Constantinople qui lui 
est échue en partage *, a brisé les liens et 
les lacets de la rébellion hérétique. Il a 
réfuté tantôt les embûches de l'impiété, 
tantôt son arrogance ; il tient notre com- 
munion, professant la foi saine, dans la 
pureté et l'éloignement de la communion 
avec les adversaires. Il a fait un long 
discours, [293] et il a envoyé à ma fai- 
blesse, parécrit,unpacte de communion. 



1. Is., xxvr, 1. — » 2. Laud, III, 301. — 3, Sufètes\ nom sémitique signifiant «juges ». — 4. 
C'est le sens du contexte (Jod., i, 3 sqq.) ; littér. : « participatio sortis », — 5, Jud., r, 3. — 6. 
Vj>Lû> »»• (L). — 7. Chez Land, on lit simplement : v V^J»> v*o^»>| |Lck±>.-» li»i*j»> lLts\ï ow. — 8. Cor- 
riger : oiû»^. 



216 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



et la malice humaine, et les violentes 
calomnies qu'on forge contre nous, pour 
que nous partions volontairement en 
abandonnant la sainte Eglise, ou que 
nous soyons chassés de force par les 
autres, et que nous leur donnions encore 
ici l'occasion de tromper l'Eglise; car 
ainsi, vous qui souffrez beaucoup avec 
nous, nous vous aurions excité à prier 
pour nous. Mais il ne faut pas que nous 
ajoutions le fardeau au fardeau ni la 
charge h la charge. Je dis donc seu- 
lement, en exposant la grande nécessité : 
en vérité, nous avons grand besoin de 
vos saintes prières'; et si tu n'arrives 
par tes saintes supplications à nous 
rendreDieu propice, sache, ô notre Père, 
que nous avons déjà perdu tout espoir. 
Non pas que quelque chose de l'exacti- 
tude de la foi ait été amoindri, à Dieu ne 
plaise! ni que nous ayons perdu l'éner- 
gie de la lutte pour la vraie foi; mais 
parce que nous serons chassé de notre 
pays^ et [les églises]* seront livrées aux 
impiétés. 

« Les(choses') dont(j'ai parlé) dans ma 
réponse, à propos des exigences chalcé- 
doniennes, car je me sers maintenant de 
vos paroles prudentes, sont arrivées en- 
tièrement près de vous, sages serviteurs 
deDieu, J'ai fait savoir ouvertement etj'ai 
dit avec liberté que j'aimais mieux subir 
tous les maux que d'abandonner quel- 
que chose des doctrines ou des coutumes 
des Pères, que nous conservons dans 
notre conduite pour la solidité et le 



Il a établi la rectitude de la confession 
sans amoindrissement, et il a anathéma- 
tisé complètement quiconque est héré- 
tique ou schismatique. Son opinion ne 
s'éloigne pas des préceptes et des aver- 
tissements du Seigneur, que les saints 
Pères ont laissés comme de saintes lois 
que nous devons tous considérer soi- 
gneusement, en disant, à l'imitation de 
Job, éprouvé dans ses œuvres et sa 
vertu* : (( Considérant la justice, je ne 
serai pas négligent. » 

« C'est pourquoi j'ai accueilli avec 
bonne volonté et diligence, comme un 
don de Dieu, ce qui est arrivé,, etj'ai pro- 
noncé cette parole du Livre saint : « Au- 
jourd'hui nous connaissons que le Sei- 
gneur est avec nous; de sorte que tous 
les peuples de la terre sauront que la 
vertu de Dieu est puissante. » Ces choses 
sont écrites dans Josué% fils de Noun. » 

(( Il convenait, certes, que saint Anthi- 
mus courût tout d'abord à votre trône 
évangélique et vous offre les prémices 
de l'union. La nécessité du temps, l'é- 
loignemcnt du lieu, et aussi la crainte^ 
des événements, a changé l'ordre : car 
cela s'est fait mystérieusement. Tu 'con- 
nais, comme les docteurs des divines 
doctrines, ce qui est dans le récit écrit 
par Jean le Théologien, en plus des 
autres évangélistes* : « Alors que les 
portes étaient fermées par crainte des 
Juifs et que les disciples étaient réunis, 
Dieu, notre Sauveur Jésus, apparut mi- 
raculeusement à l'intérieur, les portes 



1. La suite manque chez Zacharie. — 2. Le plur. fém. semble exiger ce mot. — 3. Ou : « Les 
gens » (?). 

4. Job, xxvii, 6 (?) — 5. Cf. xxir, 31 ; iv, 25. — 6. Ou « la précipitation »? — 7. Lire : ^^1 (L). — 
8. JoH.. XX, 19. 



LIVRE IX. GHAP. XXV 



217 



maintien indéfectible de la foi véritable 
et apostolique, pour la réfutation et la 
destruction de toute maxime [294 1 vaine 
et profane, — Je demande la paix de la 
fraternité qui est près de toi ; celle qui 
est avec moi demande ta paix, en Notre- 
Seigneur. Je prie le Seigneur que tu sois 
en bonne santé et que tu te souviennes 
de moi, ô notre frère saint! » 

De la letti'e de Theodosius à Anthi- 
mus^. — « Et comment se fait-il, ô pon- 
tife sage et vigilant, que tu paraîtras avec 
l'assurance que donnent les œuvres, 
devant le Créateur de l'univers et le Dieu 
sauveur, en criant comme le divin pro- 
phète Jérémie* : « Je ne me suis pas 
fatigué, car j'ai marché après toi ; je n'ai 
pas désiré le jour de l'homme », sinon 
parce que tu as méprisé l'honneur des 
hommes, et qu'avant tout tu as conservé 
la religion? Ce qui a été fait par Ta 
Sainteté est incontestablement grand. 
Tous nos fidèles l'admiraient déjà; ils 
l'admireront encore par la suite lors- 
qu'elle sera proclamée ajuste titre dans 
toutes les saintes Églises, Aucune autre 
(vie) n'est plus sublime que votre vie 
apostolique, vraiment grande et sainte^. 
A toi, qui par l'effort incessant de l'as- 
cétisme as mortifié tes membres terres- 
tres, pour parler comme l'Écriture, et 
qui peux dire avec Paul * : « Je suis cru- 
cifié avec le Christ, ce n'est plus moi 
qui vit maintenant : mais le Christ vit 
en moi; » il appartenait vraiment de 



demeurant fermées, et se tint au milieu 
d'eux en disant : La paix soit avec vous ! 
— Je joins à cette lettre et j'envoie' 
maintenant h Ta Sainteté, sous l'empire 
de la crainte des juifs (c'est-à-dire) des 
hérétiques, un exemplaire de l'écrit 
d'union ° entre moi et le religieux ' pon- 
tife dont il a été parlé plus haut. Et d'ail- 
leurs ', le religieux prêtre et économe 
Theopemtos'' vous a [déjà]fait connaître "* 
l'histoire de cet événement ; il a parti- 
cipé lui aussi avec nous, à cette résolu- 
tion *' et à cette affaire, dont je crois que 
ta piété :e réjouira, surtout quand vous au- 
rez vu les écrits canoniques des pactes. 
« Sache, ô homme vénérable, qui m'est 
cher par dessus tous, que les exigences 
des Chalcédoniens ne diffèrent en rien 
de celles de Nahas l'Ammonite vis-à-vis 
des enfants d'Israël**. Ceux-ci disaient : 
[2941 « Fais un pacte avec nous, et nous 
serons tes serviteurs » ; et il répondit 
par cette parole barbare : « Je ferai un 
pacte avec vous pour vous arracher à 
tous l'œil droit et faire de vous l'oppro- 
bre d'Israël >). Nous avons donc besoin 
d'une grande vigilance et d'une foi im- 
muable, de prières etde supplications*'» 
pour que celui qui garde Israël ne s'en- 
dorme pas et ne sommeille pas, et qu'il 
fasse retomber l'opprobre sur ceux qui 
prospèrent et s'enorgueillissent; de 
sorte qu'il n'y ait ni dérision ni op- 
probre pour ceux qu'ils entourent; 
comme le chante David quelque part **. 



1. Land, m, 309. — 2. JÉR., XVII, 16, — 3. Je lis avec L : U*jOo W-». — 4. Gai., ii, 20, 

5. Vtyfk.. — 6. ILûvi!^, |^al*^a (L), -- 7. Lire : lov^ >i-»i (L), — 8. uâviTM;. — 9. L : ^&.ioû9|i ; 

rest. : ^o^^BoR (?) — 10. sj^jol >3»û (L). — 11. Lire : iaj>a«.3 (L). — 12. Cf. I Sam,, xi. — 13. 

Lire : \l'^^ (L). — 14. Ps. xxt, 13 (?). 

II. 28 



218 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



considérer, h l'exemple du grand Moïse, 
la grâce du Christ comme un bien plus 
précieux que les trésors de ce monde, et 
de préférer souffrir [avec]* le peuple de 
Dieu, plutôt que de posséder le plaisir 
passager du péché. 

« En effet, moi qui suis faible, je pense 
que je subis toutes les difficultés qui 
m'arrivent à cause de mes péchés, puis- 
que je suis condamné à voir TEglise 
qui est sous la juridiction du trône évan- 
gélique, qui maintenant subit tant et de 
si grands maux qu'il n'est pas facile de 
l'exprimer. Pour le moment, je dis, 
comme disait le divin PauP « Plus les 
souffrances du Christ croissent en nous, 
plus notre consolation augmente dans 
le Christ «. — J'ai pu éviter' à peu près 
toutes les calamités qui menaçaient. 
Quelles actions de grâces pouvons-nous 
rendre à Dieu , encore maintenant [li93] 
j'emploie les paroles apostoliques*, pour 
le grand secours qu'il a accordé à ses 
saintes Eglises, en te constituant leur 
soutien et le premier champion de la 
religion ? Tu as fais voir, ô vénérable ! 
que tu étais familiarisé avec cette sainte 
parole du Seigneur qui dit'' : « Ne crai- 
gnez pas ceux qui tuent le corps, mais 
ne peuvent tuer l'âme; craignez plutôt 
celui peut perdre l'âme et le corps dans 
l'enfer », et que tu juges que a les souf- 
frances temporelles ne sont pas compa- 
rables à la gloire future qui doit être 
manifestée en nous ^ «.Ainsi, quand votre 
lumière spirituelle brille de la sorte de- 



De plus en s'écartant des choses divines, 
ils feront périr aussi les choses humaines ; 
car rien n'est stable pour les infidèles 
et les ennemis de Dieu. — Toi qui pos- 
sèdes l'intelligence des choses divines, 
tu comprendras celles qu'on vient de 
dire. » 

Lettre d'Anthimu.s à Theodosius'' . — 
« A notre vénérable et très saint frère et 
collègue, le patriarche Mar Theodosius : 
Anthimus. Salut en Notre- Seigneur. — 
Le Christ Jésus, notre Dieu, qui a appelé 
des hommes- simples et des pêcheurs 
comme Apôtres et Docteurs; qui aupa- 
ravant, a pris les rois et les prophètes 
parmi les pasteurs de troupeaux; qui a 
choisi les faibles et les méprisables, com- 
me dit l'Apôtre divin* : m'a aussi appelé, 
moi vil, à l'œuvre de ce ministère spiri- 
tuel, par des desseins que lui seul con- 
naît, pour être le chef de cette Église de 
Constantinople. Et quandje mesouviens, 
moi pécheur, de la sentence que le Sei- 
gneur a prononcée par le prophète 
Ézéchiel, et qui dit ® : « Toi, homme, je 
t'ai établi sentinelle pour ceux de la 
maison d'Israël, et si tu entends une 
parole de ma bouche, tu la leur annon- 
ceras de ma part; lorsque je dirai : Dis" 
au pécheur : Situ pèches tu mourras de 
mort; si tu ne dis pas au pécheur de se 
garder de son impiété, afin qu'il se con- 
vertisse de sa voie et vive, l'impie 
mourra dans son iniquité, et je te récla- 
merai son sang! « ; et (lorsque je me 
rappelle) en outre le précepte de 



\. w^ >x-^>, (L). — 2. II Cor., I, 5, ^ 3. Land, III, 311, 2. — 4. Cf. I Thess., m, 9. — 5. 
Matth.,x, 28, — Q.Rom., virr, 18. 

7. Land, III, 306. — 8. Cf. I Cor., i, 28. — 9. Ezech., m, 17. ~ 10. b^\ ^\ >o\ ,s. 



LIVRE IX. GHAP. XXV 



219 



l'Apôtre h Tim5thée qui monti'e l'irré- 
prochabilité de l'épiscopat*, je suis saisi 
de crainte et de tremblement. Lorsque 
je considère en même temps le trouble 
qui s'accroît dans les saintes Eglises, par 
(le fait de) ceux qui ne veulent pas agir 
correctement, qui ont surtout considéré 
la religion comme un négoce et un mar- 
ché, qui attirent hautement ^'iniquité sur 
leurstêtes *, [293] qui partagent le Verbe 
qui s'est incarné, sans changement, et 
s'est parfaitement fait homme : je suis 
pris de pleurs et de gémissements, et 
je m'afflige de ne pas être digne; mais 
mon espoir en Dieu me console, ainsi 
qu'il ôst dit' : « Considérez les généra- 
tions précédentes et voyez : qui a cru 
dans le Seigneur, et a été confondu? Ou 
qui a persisté dans sa crainte, et a jamais 
été abandonné? Ou qui l'a invoqué, et 
a été méprisé par lai? Car le Seigneur 
est miséricordieux et compatissant; il 
pardonne les péchés, et il délivre dans le 
moment de la tribulation ». J'ai placé en 
lui tout mon espoir et tout mon souci. 
Celui qui a planté l'oreille et façonné 
l'œil voit nos affaires et entend celui qui 
blâme' l'agitation de ceux qui pervertissent les voies du Seigneur. Le pasteur vé- 
ritable qui a donné son âme pour ses brebis, qui appellera de sa voix ses serviteurs, 
celui qui ne trompe pas et a dit' : «Personne ne les ravira de mes mains », a lui-même 
conduit Votre Sainteté à la tête de la grande Eglise d'Alexandrie. Il vous a confié*" 
le gouvernail de l'Eglise non pendant le calme, niais dans Pagitation des tempêtes, 
parce que vous étiez bien capable d'arracher la barque à l'impétuosité des flots, de 
l'amener au calme et de la faire reposer au port joyeux du Christ notre Dieu, par la vertu 
de l'Esprit saint et adorable, vivificateur. Par les prières de vos saints Pères^ les di- 
recteurs qui vous ont précédé, parla grâce de Dieu, puissiez-vous vous tenir brillam- 



vant les hommes : Dieu en est glorifié, 
l'Eglise véritable de Dieu reçoit de l'ac- 
croissement par le nombre de ceux qui 
sont sauvés. 

« C'est pourquoi, très joyeusement, 
dans l'exultation* et l'allégresse, j'ai 
reçu les écrits canoniques d'adhésion et 
d'union de Ta Sainteté, qui m'ont été 
apportés maintenant. — De même ^ 
que l'enfant est un homme constitué par 
l'âme et le corps, et qu'il est un formé 
de ces deux (substances), qui toutes les 
deux ensembles sont appelées une na- 
ture, bien que l'âme n'aitpas été changée 
en chair, ni le corps transformé dans la 
substance de l'âme ; de même, le Christ 
qui est constitué de deux (choses) : de 
la divinité et de l'humanité, qui exis- 
tent parfaitement en elles mêmes", est 
un et indivisible, bien que soit inexpli- 
cable l'union sans confusion qui se voit 
ejî lui, — Je demeure dans son amour 
et sa fraternité. » 

Fin de ces lettres fidèles et de leurs 
réponses. 



1. loi. — 2. L\ND, III, 313. —3. Littéralement ; « quse perfecte suut in ratione sui ipsius. » 
4, Cf. I Tim., lu, 2. — 5. L : ).yso;5ûa. — 6. Littér. : « qui iniquitatem loquuntur in excelsis 
adversus caput suum ». — 7. Eccli., il, 10 sqq. — 8, »<»'^. — 9. Joh., x, 28, — 10. soii.. ^*w. 



220 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

ment à la tête du peuple aimant le Christ, qui vous a été confié et qui marche dans 
la foi véritable et inébranlable, après les doctrines divines, par les œuvres et la parole. 
Or, chérissant votre communion et les lois ecclésiastiques, nous (vous) faisons savoir 
par cette lettre synodale que nous tenons une seule définition de la foi. » — Et en- 
suite (viennent) les statuts, la confirmation, l'anathème des hérésies, et enfin le salut. 
— Ces ^lettres] sont aussi finies. 

Ces trois saints patriarches s'encourageaient mutuellement par de telles paroles 
saintes. Ils acceptèrent la persécution pour le maintien de l'orthodoxie; ils finirent 
joyeusement leur vie dans les oppressions, et acquirent la vie qui ne passe pas. Ils oc- 
cupent dans le ciel des sièges spirituels, et se réjouissent sans fin. Puissé-je mériter 
par leurs prières, moi, faible et pécheur, Michel, dernier des moines, le pardon de 
(mes) fautes et l'absolution de (mes) péchés, et la compagnie de ces saints dans le 
monde stable et éternellement durable. Oui! Amen! 

Que celui qui lit prie pour nous, par l'amour de celui qui a prié et sué pour tous les 
hommes, notre Père saint Mar Michel, patriarche^ qui a composé avec empressement 
et diligence le liseré que f ai éc?-it moi-même * d' après une copie faite sur V exemplaire de 
Mar Michel; c'est-à-dire que le vénérable Moïse de Tyr a transcrit l'exemplaire que 
Mar Michel écrivit de sa main, et moi j ai copié le sien. 



CHAPITRE XXVI. — [29G] Des choses qui arrivèrent dans l'Église du temps 
de Justinien second. 

En Tan 15 de Justinianus, qui est l'an 854 des Grecs, les Perses montèrent et 
pillèrent toute la région des frontières ^ Ils dévastèrent Callinice et BeitBalas'. 
Ils enlevèrent les reliques du martyr Mar Bacchus et l'or incrusté dans la 
châsse de Mar Sergius, 

Or, un peu auparavant, en l'an 848, il y eut un signe dans le soleil*. On n'en 
avait jamais vu et il n'est nulle part écrit qu'il en soit arrivé un pareil dans le 
monde. Si ce n'était que nous l'avons trouvé consigné dans la plupart des 
écrits éprouvés et croyables, et affirmé par des hommes dignes de foi, nous 
ne Paurions pas écrit; car il est difficile à concevoir. On dit donc que le soleil 
s'est obscurci, et que son éclipse dura un an et demi, c'est-à-dire dix-huit mois. 
Chaque jour, il éclairait environ quatre heures et encore cette lumière n'était- 
elle qu'une ombre débile. Chacun déclarait qu'il ne reviendrait pas dans l'état 



1. C'est le diacre Bar Çauma, auteur du ms. d'Édesse, qui parle. Voir le commentaire de cette 
note dans notre Introduction, 

2. XtV'.Tov, — 3. i^a (BH), — 4. Ps.-Den,, ad ann. 842 [Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 476). 



LIVRE IX. GHAP. XXVI 



221 



de sa lumière primitive. Les fruits ne mûrirent point; et le vin avait le goût 
de celui qui provient de raisins acides. — Fin. 



[296] A cette même époque (du règne) 
de Justinianus, on trouva h Constanti- 
nople des évêques chalcédoniens livrés 
à rimpureté sodomite. Pour eux s'ac- 
complit ce qui a été dit par le divin 
Paul à propos des païens plongés dans 
l'erreur' : « Parce qu'ils ont changé 
le culte de Dieu en celui de la créature, 
Dieu les a abandonnés, et ils ont changé 
l'usage des femmes, etc.. » De même 
ici, ayant changé la vraie foi, ils ont 
succombé; et parce qu'ils ont préféré la 
gloire du monde à Dieu, ils ont été 
abandonnés et sont tombés dans une 
grande corruption. Quand cela fut connu 
de l'empereur, il ordonna de leur cou- 
per les parties viriles. C'étaient Isaïe, 
évêque de Rhodes, (et) Alexandre, évê- 
que de Diospolis, qui étaient accourus 
de leur propre volonté à Constantinople ; 
ils étaient chalcédoniens et zélés pour 
l'hérésie. Quand ils furent découverts, 
l'empereur ordonna de les faire prome- 
ner par toute la ville, tandis que leurs 
membres amputés étaient portés au bout 
de lances* et qu'un héraut criait : « Voilà 
ce qui convient à l'évêque qui ne garde 
pas son vêtementMans la sainteté. » — A 
ce propos, on établit, au nom de Dieu, la 
loi que quiconque serait surpris couché 
avec un mâle, aurait les parties viriles 
coupées. La crainte régna par tout l'em- 
pire*. 

Encore à cette époque, Bar Kaili ex- 



[296] Lettre de saint Severus aux mo- 
nastères ofientaux pour leur faire con- 
naître son départ de Constantinople et 
celui de saint Anthimus ®. — « Aux amis 
de Dieu les prêtres, diacres, archiman- 
drites et directeurs, à tout l'ordre^ saint 
du monachisme chrétien : Severus. Paix 
dans le Seigneur ! — Etant hors de cette 
ville qui commande aux villes, et hors 
de cet hospice que quelques-uns d'entre 
vous, qui étaient présents, ô saints ! 
ont vu de leurs propres yeux, il m'a 
paru convenable de vous écrire briè- 
vement une lettre, pour vous exciter 
h des prières d'actions de grâces. Je 
songe à faire connaître ouvertement par 
celle-ci, ma libération; car les choses 
accomplies à notre égard par la Provi- 
dence divine nous affermissent dans la 
conservation de la foi orthodoxe et dans 
une nouvelle disposition de volonté, 
dont il faut, pour ainsi dire, nous revê- 
tir conime d'un vêtement' nouveau, et 
vers la fuite de tout sentiment hérétique 
ou schismatique. 

« Et en effet, le patriarche Jacob, 
dans des labeurs très ardus et des actions 
(accomplies) pour Dieu, en s'écartant du 
mélange des barbares de Sichem et des 
dangers qui l'environnaient en ce lieu, 
invitait ceux qui demeuraient avec lui 
aux choses mêmes auxquelles je vousin- 
vite, ainsi qu'il est dit dans l'Écriture' : 
« Jacob dit à sa maison et à tous ceux qui 



1. Rom., 1, 23-26. — 2. Lire : 1**V50^. — • 3. ayy\\i.a.. — 4. uoXiTeia. 
5. Land, III, 290. — 6, TâY[ji,a. — 7. axalri. — 8. Gen., xxxv, 2, 



222 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



cita la persécution h Amicl, par ordre de 
Tenipereur*. — L'ordre était ve^nu, par 
écrit, de proclamer le synode de Chal- 
cédoine, et cela fut connu du peuple 
zélé; ils s'assemblèrent à l'église, [297] 
et unanimement ilî? s'écrièrent : «Jamais 
nous n'accepteroîis le Synode ni le 
Tome. )) Et ils se mirent à jeter violem- 
ment des pierres. Les ij^aytaipiavoi et l'é- 
vêque eurent peur et se cachèrent. Pen- 
dant la nuit, l'évêque s'enfuit près du 
Goth Thomas, commandant' de Telia, 
pour (qu'il vînt) à son secours. Tous 
deux écrivirent à Fempereur, qui en- 
voya Bar Yohannan, homme cruel, qui 
regardait les corps des hommes comme 
moindre que ceux des animaux et n'avait 
pas pitié d'eux. Bar Kailî sortit à leur 
rencontre, comme pour les congédier. 
En arrivant, Thomas et Bar Yohannan 
emprisonnèrent environ cinquante per- 
sonnes, et les frappèrent à mort. Ils en 
firent crucifier quatre, et un grand nom- 
bre furent chassées de la ville. — Afin 
que l'iniquité de ces oppresseurs fût dé- 
voilée aux sages, un démon (qui possé- 
dait) une certaine Eusebia, jeûneuse, 
résista lorsqu^on le chassait, et, étant 
tourmenté et enchaîné, ilcriait en disant 
que les nouveaux martyrs et les opprimés 
de Fautre ' génération les empêchaient * 
de devenir sa maison de refuge ; afin 
aussi de faire entendre la vérité aux 
oreilles des hommes de la génération 
qui viendrait après eux, même malgré 



étaient avec lui : Enlevez du milieu de 
vous les dieux étrangers, et purifiez- 
vous ; [297] changez vos tuniques, et 
montons h Béthel ; nous y ferons un au- 
tel au Dieu qui m'a exaucé dans l'an- 
goisse et m'a délivré dans la voie que 
j'ai suivie. » Il m'a délivré, en vérité de 
toute l'attente des adversaires qui me 
détestaient sans motif et me tournaient 
en dérision, qui branlaient leur tête 
contre moi" en disant, comme à Job® : 
« Son pied est tombé dans le piège et a 
été pris dans le filet ; que les pièges lui 
soient tendus, que ceux qui sont ani- 
més' contre lui prévalent; que son piège 
soit caché dans la terre, et que le filet 
soit (tendu) sur ses sentiers. » Mais la 
malice de ces gens, qui était insatiable 
de sang, a été rendue vaine à mon égard 
par l'impératrice aimant le Christ, et par 
Dieu lui même, qui m'a conduit, par vos 
prières, vers ce qui lui est agréable; ainsi 
qu'il le déclare à Isaïe vis-à vis de ceux 
qui l'humiliaient * : « Ne crains pas, car 
je t'ai délivré. Je t'ai appelé par ton nom, 
parce que tu es à moi. Si tu passes les 
eaux, je serai avec toi, et les fleuves ne 
couvriront pas ta bouche ; tu ne seras 
pas consumé par le feu, et la flamme ne 
te brûlera pas ; car je suis le Seigneur 
ton Dieu, le saint dTsraël, qui te déli- 
vrera ». 

« Celui qui a dit ces choses a procuré 
non seulement à moi un salut admirable, 
mais encore un accroissement au parti 



1. Ce qui suit constituait très probablement le chap, n (auj. perdu) du livre X deZachariele Rhé- 
teur (cf, Land, III, 313), car dans le Pseudo-Denys ce récit précède immédiatement l'histoire du 
prêtre Cyrus (ci-dessus, p. 181) qui formait le chap. m de ce livre X. — 2. 8o\)%, — 3, Lire : U;-!, 
« dernière » (?). — 4. Lire ; ^f^s^t», 

5. Cf, Ps. XXXIV, 19; xxi, 8, — 6. Job, xvtri, 8-10. — 7. Littér. :« qui ont soif ». — 8. Is.; xliu, 1-3. 



LIVRE IX. GHAP. XXVI 



223 



eux, pour qu'ils se tiennent en dehors 
de la communion des hérétiques. — Les 
couvents de moines furent aussi ex- 
pulsés. 

Bar Kaili fut (évêque) pendant trente 
ans. — C'était un homme de bel aspect; 
il était très coquet et prenait soin de son 
corps ; à la fin, au lieu des poils blancs 
de sa tête et de sa barbe, sa chevelure 
parut noire. En observant ce fait nou- 
veau, les habitants d'Amid disaient : 
« Le mauvais temps est rajeuni ». Amid 
signifie « tristesse ». La coutume exis- 
tait dans cette ville que, les jours de la 
passion du Carême, on renvoyait ceux 
qui avaient été pris selon la loi, et on 
n'exerçait pas la justice; mais lui les* 
contraignait d'adhérer (au Synode) et 
les envoyait au jugement et à la prison; 
plusieurs furent blessés, d'autres furent 
enfermés; quelques-uns furent brûlés 
dans le tetrapylum. 

Le mercredi et le vendredi de toutes 
les semaines du carême on faisait des 
Rogations, et, vers le soir, on con- 
sacrait et on distribuait la commu- 
nion. Comme ce vieillard^ Abraham 

Bar Kaili, avait coutume de manger pendant le jour, et était pur devant les 
hommes mais non devant Dieu, il en vint* h commettre un grand péché, par 
la passion de la gourmandise; car il prenait des mets recherchés et du vin géné- 
reux; il nourrissait son corps pendant le jour, et le soir il offrait le sacrifice devant 
le peuple, avec ostentation, et te recevait. Je n'ai point écrit ceci par colère % mais 
parce que je l'ai appris, en vérité, de ses prêtres et de ses diacres, et, malgré moi, je 
l'ait écrit comme avertissement ; afin qu'en le dévoilant aux lecteurs et aux audi- 
teurs, on prie pour lui, pour que Dieu lui pardonne ; car le Seigneur est miséricor- 
dieux : il pardonne les péchés et ne détruit pas. En effet, un père égyptien, très ar- 
dent*, avertit et ordonna de retirer et d'humilier le cadavre d'un homme pécheur 



des fidèles; h vrai dire, il a accru la part 
du Seigneur et le champ de l'héritage 
d'Israël, de manière qu'il ne soit pas 
comme ceux que blâme l'Ecriture® : 
« Vous avez en vain semé vos semences » . 
En effet, le vénérable archevêque Anthi- 
mus, qui avait reçu le siège de la ville 
impériale et pouvait très facilement le 
garder, ne l'a pas voulu ; mais justement, 
avec un jugement solide et une science 
[éclairée] ; [298] il a réprouvé leur im- 
piété ; il a accepté notre communion et 
celle du pape Theodosius d'Alexandrie, 
et tous les pasteurs qui sont dans notre 
confession. 

« C'est en vain que cherchent à trom- 
per ceux qui disent :« Nous n'acceptons 
pas le synode de Chalcédoine quant à 
la définition de la foi, mais quant à la 
déposition d'Eutychèset de Nestorius, » 
Flavien se parait de ces choses, et il ne 
put tromper leur zèle. Vous pouvez dire 
comme Paul ® : « Ses pensées ne m'ont 
point trompé. » 

Et le reste de la lettre. — Fin. 



1. vcxo^.. — 2. Lire : Ul. -—3. l^^l.^. — 4. àywvtdTixoç (?). 
5, Lev., xxYT, 16. — 6. II Cor., n, 12. 



224 



GHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



qui avait été enseveli avec honneur, afin qu'ayant été l'objet du mépris, Dieu ait 
pitié de lui. ■ — Fin. 



CHAPITRE XXVIL — Sur V hérésie de Phantasiastes^ que Satan excita à cette 
époque par Julianus d' Halicarnasse ; et sur les impurs Messaliens, qui parurent 
à cette époque. 



Récit expositif à propos de ce Julianus. 
Or, saint Severus passait de désert en 
désert; afin de n'être pas reconnu des 
persécuteurs, il vivait tranquillement, 
vêtu d'un vêtement pauvre, coiffé d'un 
bonnet et chaussé de sandales. Alors 
la semence de zizanie (semée) par 
julianus d'Halicarnasse, de Césarée en 
Carie, commença à pousser. Il disait, 
comme Mànî, Marcion, Bar-Daiçan, que 
la passion du Christ avait été apparente' 
et non réelle; que, dès l'union dans le 
sein (de la Vierge), Notre-Seigneur avait 
fait son corps immortel et impassible. 
Il dit encore qu'il fit paraître en sa pas- 
sion seulement des apparences, selon sa 
volonté, tandis qu'il ne souffrait pas. 

Saint Severus écrivit contre lui; mais 
il ne céda point; il prétendait que la 
passion était apparente, et Severus di- 
sait, selonlaparolede l'Apôtre*, «qu'il fut 
en tout semblable à nous, à l'exception 
du péché », que le corps fut passible et 
mortel jusqu'à la résurrection, et que, 
dans ce corps, il souffrit et mourut vrai- 
ment pour nous. — Julianus, ayant été 
condamné, se forma un parti et répandit 
faussement que : « Severus attribuait la 
corruption au corps de Notre-Seigneur, 



Comme avertissement, pour que per- 
sonne ne se laisse aller à une semblable 
iniquité., Je consigne ici une partie de la 
lettre de Rabboula d'Edesse à Gemelia- 
nus dePerrhin^. — « J'ai appris que dans 
votre pays, gens de Perrhê! quelques 
frères, qui ne connaissent point leurs 
monastères, et même des archimandrites 
célèbres de l'endroit, ont résolu à tort 
de ne pas manger de pain ni boire 
d'eau, et ont décidé de s'abstenir de 
vin. J'ai appris qu'ils méprisent* le corps 
et le sang du Fils de Dieu. 

« Bien que je craigne de le rappeler, 
voulant épargner les oreilles des audi- 
teurs, la nécessité des convenances m'o- 
blige de prémunir contre un tel péché, 
et de dire ce qu'ils n'ont pas craint de 
faire, en offrant le corps et le sang de 
Notre-Seigneur d'une façon impie et 
sans discernement. Je ne sais com- 
ment les retenir. Ils satisfont inique- 
ment avec la communion, le continuel 
besoin naturel de la faim et de la soif; 
leur subsistance ne permet pas qu'ils 
soient volontairement, même un jour, 
sans oblation ; mais la communion leur 
fournit continuellement la matière de 
leur nourriture. Pour cela, ils font fer- 



1. cpavTaai'a. — 2. Hehr., iv, 15. 

3. Land, III, 316. Le texte est aussi dans Overbek, Ephrem syri, etc. opéra selecta, p, 331 sqq. 
Traduction de Bigkell : Ausgew. Schrift. der syr. Kirchenv., Aphraates, Rahulas, etc..., p. 250 
sqq, — 4. ^as.vs. 



LIVRE IX. GHAP. XXVI I 



225 



de sorte qu'il aurait été corrompu et 
pourri dans le tombeau ». Il excita et 
ébranla beaucoup de gens par ces (allé- 
gations). 

Ce Julianus' était un homme âgé, et 
auparavantzélé pour la foi. Il avait refusé 
de proclamer les deux natures, mais il 
tomba dans une telle hérésie. Il est né- 
cessaire de dire comment il parvint à 
une semblable aberration. 

Lorsque ce vieillard droit était avec 
les évêques fidèles, pendant la persécu- 
tion des Chalcédoniens, quelqu'un lui 
demanda quelle était la confession de la 
sainte Eglise, et il fit un discours* contre 
les diophysites. Il ne le composa pas 
d'une manière pure et irréprochable. 

Quand Severus l'apprit, il dissimula 
ce sentiment, car il comprit [299] qu'en 
le redressant, la maison serait peut-être 
divisée contre la maison', — Mais après 
que Julianus eut écrit au sage Severus, 
car il lui était connu, et que le saint lui 
eut répondu par deux fois, sans qu'il se 
laissât convaincre^ il devint nécessaire 
que l'affaire fût découverte et Terreur 
dévoilée, par l'éloquence et la foi de 
Severus, pour l'utilité des fidèles. 

Nous écrivons d'abord la lettre de Ju- 
lianus à Seçerus^. — « On a vu des gens 
qui disent que son corps est corruptible, 
en se servantdetémoignages des. Cyril- 
lus.Le premier est tiré de ce qu'il écrivit 
h Succensus% disant* : « Après la ré- 
surrection, c'était (bien) le corps qui 
avait souffert; mais alors il n'y avait plus 



menter à l'excès, salent avec précau- 
tion, et cuisent avec soin l'hostie qu'ils 
fabriquent, afin qu'elle devienne leur 
nourriture, et non pas pour devenir le 
mystère du corps du Christ. Quand ils 
sont pressés, ils offrent même de leurs 
propres mains du pain ordinaire, sans 
distinction, et le mangent ; parfois, étant 
en route, ils calment leur faim et leur 
soif avec la communion' deux ou trois 
fois, et lorsqu'ils arrivent le soir à l'as- 
semblée, ilsoffrentde nouveaul'oblation, 
et la reçoivent comme s'ils étaient à 
jeun. Ils font la même chose pendant le 
Carême. Des hommes qui prétendent 
s'abstenir [299] de pain et de vin toutes 
leur vie, mangent le pain sacré, boivent 
le vin consacré, même les jours où les 
misérables mêmes observent le jeûne. 
Je prends à témoin, ô notre frère, 
l'Esprit qui est en moi, que je redoute 
d'écrire h Ton Honneur tout ce que j'ai 
appris, car ma conscience ne peut le 
croire. — Ne pense donc pas, ou qu'ils 
ne croient pas, que je t'écris parce que 
j'ajoute foi à tous ces mauvais rapports; 
mais j'hésite, et je dis aux autres qu'il 
estimpossible qu'un si grand péché soit 
commis par ceux qui ont été baptisés 
dans le Christ. 

« On dit, en effet, que dès qu'ils ont 
fait la consécration dans la patène, ils en 
mangent autant qu'ils veulent; ils mé- 
langent dans le calice de l'eau chaude 
et en boivent : ils le remplissent de nou- 
veau et se le donnent l'un à l'autre. 



1. Cf. L\ND, III, 263. — 2. XoYo;. — 3. Cf. Luc, xi, 17. 
SOS. — 6. Patr. Gr., t. LXXVII, col. 236. 
7, Litlér, : « avec le corps ». 

II. 



4. Land, III, 263. — 5. Ms. : Suken- 



29 



226 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



en lui d'infirmité humaine, et il était 
impassible. » De là, il veulentdémontrer 
qu'avant la résurrection il était corrup- 
tiljle, puisqu'il nous était consubstanliel, 
et qu'après la résurrection il obtint l'in- 
corruptibilité. — Le second témoignage 
(est tiré) de ce qu'il écrivit à l'empereur 
Theodosius en disant * : « Est-il étonnant 
et prodigieux que le corps qui fut natu- 
rellement corruptible soit ressuscité sans 
corruption? » Ceux-ci parlaient d'après 
ces passages^. Moi, j'ai rétabli tout le 
chapitre et je me suis efforcé de montrer 
le sens d'après plusieurs Docteurs. — 
Ils m'ont aussi apporté son LXP Dis- 
cours', cju'il écrivit sur la Vierge Mère de 
Dieu, dans lequel on trouve que : « Le 
corps de Notre-Seigneur ne fut absolu- 
ment pas soumis à la corruption du 
péché; mais qu'il a cependant subi la 
mort et la sépulture, qu'il a détruites et 
anéanties en lui », Pour moi, je pense que 
c'est une erreur de l'écrivain. — C'est 
pourquoi, afin de résoudre la contro- 
verse, je t'ai envoyé les choses que j'ai 
écrites*, pour que tu les examines. Je 
suis aussi persuadé que nos Pères ont 
tenu ces opinions. Ecris-moi prompte- 
ment,que je sache quelle opinion on doit 
tenir en ces choses ; car je ne suppose 
pas qu'on puisse dire que celui qui n'a 
pas été corrompu était sujet h la corrup- 
tion. — Priez que notre vie réponde à 
la grâce de Dieu ». 

Sur la réponse' à la lettre de Julia- 



quelle iniquité! d'avoir fait des vases 
sacrés et honorés, qui devaient leur être 
redoutables*, les instruments du service 
de leur ventre I Ils ne se sont pas sou- 
venus du châtiment quia frappé Baltasar, 
parce qu'il se servit avec mépris des 
vases du service de Dieu : l'image d'une 
main^ fut envoyée d'en haut pour écrire 
sur la paroi* de sa maison la condamna- 
tion de son audace. En quoi les vases du 
temple de Jérusalem sont ils comparables 
aux vases du ministère du corps et du 
sang de Dieu? Le pain de proposition 
n^est pas digne non plus d'être comparé 
h la gloire du sublime sacrement. Et si 
quelqu'un compare" le pain de la table 
sacrée dont David mangea '", au corps du 
Christ, il mérite d'ètrecondamné comme 
un insensé^ « pour n'avoir pas discerné le 
corps et le sang du Seigneur". » Celui- 
là purifiait à peine des souillures corpo- 
relles, et était accompagné d'ablutions 
de divers genres et de certaines obser- 
vances; le corps et le sang vivifiant du 
Seigneur n'efface pas seulement les 
péchés de l'âme et du corps, mais fait en 
sorte que le Seigneur lui-même est en 
nous par son Esprit, comme nous en lui 
par son corps. « Quiconque mange ma 
chair et boit mon sang, dit le Fils de 
Dieu'*, je suis en lui et lui en moi, et je 
leressusciteraiau dernier jour. » — Nous 
pouvons encore comprendre autrement 
la grandeur de ce ministère qui nous a 
été confié par Dieu : par [300] le châli- 



1. Pair. Gr., LXXVI, col. 1165. — 2. L : k^. — 3. L : « son LXVIIe discours ». Ce Traité est 
perdu. — 4. Lire ; ^^^3| (L). — • 5. àvTsypaçvî. 

(). L : « que les esprits célestes rodouteut d'approcher ». — 7. Lire avec L : l»*l û»m3» Uû»o», — 
8. Compléter : |^«>l "^ oo^^L^ (L). — 9. Lire : kr» (L). — 10. Cf. I Reg., x.vi. — 11. I Cor., xr, 
29. — 12. JoH., vr, 54. 



LIVRE IX. CHAP. XXVll 



227 



nus, qui! écrivit^ à saint Severus''. — 
« D'abord, quand j'ai reçu la lettre do 
Ta Sainteté, je me suis réjoui, selon ma 
coutume, de ta salutation qui m'est très 
chère. Tu m'as pressé dans cette lettre 
de lire le volume» que tu m'as envoyé 
en même temps, composé par toi 
contre ceux qui, dis-tu, pensent et 
disent que le corps de Notre Seigneur 
était corruptible, [300] et tu m'as de- 
mandé d'en écrire la critique et de l'en- 
voyer h Ta Charité divine. Répondant à 
ton désir, j'ai fait cela volontiers. Je 
suis un homme qui change constamment 
de lieu; je n'ai pointle temps nécessaire 
ni les autres choses requises; cependant 
(je réunirai)* comme je pourrai dans un 
mémoire», la doctrine des Pères, d'après 
les quelques volumes» qui se trouvent 
ici. Je sais très bien qu'une telle ques- 
tion a été agitée dans la ville impériale, 
et que la question et la discussion ont 
été résolues par les exemples des Pères 
que javais recueillis. Or, comme il m'a 
semblé qu'il y avait quelque chose d'in- 
convenant dans ce que tu as écrit, car 
je trouve que les Docteurs de la sainte 
Eglise, en divers temps, nous ont ins- 
truits autrement de ces choses, j'ai tardé, 
comme il convenait, d'envoyer à Ta Sain- 
teté ce que j'ai écrit, de peur que quel- 
ques-uns ne pensent, par ignorance, 
que cette discussion' de mots, était une 
division entre nous ; et que l'examen qui, 
fait dans la charité, comme tu sais, 
peut être très utile, ne soit considéré 



ment dur et cruel que Paul a décrété 
contre ceux qui le méprisent, plus grand 
que celui que subissaient ceux qui mé- 
prisaient le ministère antique (établi) 
par Moïse. Il dit en effet* : « Si celui qui 
trangressait la loi de Moïse, devait 
mourir sans pitié, sur la parole de deux 
ou trois témoins, à combien plus forte 
raison celui qui foule aux pieds le Fils de 
Dieu, considère le sang de son alliance 
comme celui du premier venu et méprise 
l'Esprit de la grâce, en laquelle nous 
avons été sanctifiés? » Celui-ci est le 
pain de vie descendu du ciel, h cause de 
son union avec Dieu, et qui donne la vie 
au monde. Qui serait insensé au point de 
le comparer aux pains de proposition? 
« Le corps du Christ n'est donc pas 
seulement du pain, comme il leur semble, 
mais dans ce pain est le corps de Dieu 
invisible, comme nous le croyons. Et 
nous prenons ce corps, non pas pour la 
satiété de notre ventre, mais pour la 
guérison de notre âme ; car ceux qui 
mangent avec foi le pain consacré, 
mangent en lui et avec lui le corps de 
Dieu, et ceux qui* le mangent sans foi 
reçoivent une nourriture semblable aux 
autres choses. Si ce pain est ravi et 
mangé par les ennemis : ils mangent un 
pain ordinaire ; car la bouche de ceux 
qui le mangent n'a point la foi qui lui en 
fait goûter la vitalité ; le palais goûte le 
pain : mais c'est la foi qui goûte la vertu 
cachée dans ce pain. Ce n'est donc pas 
seulement le corps de notre Vivifica- 



1. L : wî.cvv, « que lui écrivit S. Sevei^us ». — 2, La.nd, III, 264, — 3. x6p.o;. — 4. W ^^^^>^ {h), 
- 5. Peut-être : « de mémoire ». — 6. Ttîvaxsç. — 7, Lire : U»»» (L). 
8, Cf. Hehr., x, 28. — 9. Ure : H,,. 



228 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



pai' quelques-uns comme une attaque. 
Donc, fais-moi connaître ce qui te plaît; 
je suis prêt en ces choses d'accomplir 
ce qui peut être agréable h Ta Sainteté, 
suivant le conseil de l'Apôtre qui a dit' : 
« Que tout ce que vous faites soit fait 
dans la charité. » 

Seconde lettre de Julianus à saint 
Severus^. — « Vous avez écrit que quel- 
que chose vous a paru inconvenant 
dans ce que j'ai écrit; vous deviez 
promptement nous le faire connaître par 
lettre, et nous tirer d'embarras, — Je 
pense que dans tout ce que j'ai écrit, j'ai 
confessé la vérité de l'Incarnation (faite) 
de notre race ; et je me suis efforcé de 
montrer que les Pères sont d'accord 
entre eux. Je ne suppose pas que nous 
devions croire et penser que le même 
soit à la fois corruptible et incorrup- 
tible. Nous confessons passible celui 
qui a guéri l'univers par ses plaies, mais 
nous savons qu'il est plus élevé et plus 
grand que les passions; que s'il fut 
mortel, il a cependant foulé aux pieds 
la mort ; et nous confessons qu'il a donné 
la vie aux mortels par sa mort. C'est 
donc simplement un souci que vous 
m'avez causé en disant que j'ai écrit 
quelque chose d'inconvenant, sans me 
faire connaître ce que c'était, de manière 
que j'en puisse faire l'apologie. Mais 
daignez 'm'écrire ce qu'ont dit les Pères : 
Athanasius, Cyrillus et les autres, [301] 
dont je désire connaître l'opinion, ainsi 
que la vôtre. 

« Pour moi, je pense* avoir suivi le 



teur qu'on mange, comme nous l'avons 
déjà dit, mais celui qui y est asso- 
cié, comme nous le croyons. Car au 
corps comestible est associé le corps 
qu'on ne mange pas, et qui ne fait qu'un 
pour ceux qui le reçoivent ; de même que 
sont associées des vertus secrètes aux 
eaux visibles, par lesquelles est engen- 
drée la renaissance; car l'Esprit caché 
couve les eaux apparentes, pour en faire 
naître véritablement la forme de 
l'homme' céleste. De même donc que 
dans les eaux visibles sont cachées les 
vertus invisibles, de sorte que quicon- 
que est baptisé en elles visiblement ob- 
tient la vie invisible : de même, dans le 
pain visible, est cachée une vertu, par 
laquelle quiconque le reçoit* convena- 
blement acquiert [301] la vie immortelle. 
Paul nous assure que ceux qui le re- 
çoivent avec mépris^ en retirent la ruine 
de leur âme et de leur corps, et non l'uti- 
lité, alors même qu'ils sont comptés 
parmi les fidèles, et s'ils ajoutent foi à 
la parole de l'Apôtre qui dit' : « Que 
l'homme s'examine lui-même, et ensuite 
qu'il mange de ce pain et boive à ce 
calice; celui qui en mange sans être 
digne, mange et boit sa propre condam- 
nation »). Et il fait connaître dans son 
discours qu'à cause de notre mépris pour 
le corps et le sang (du Christ), diverses 
maladies et des morts subites nous attei- 
gnent par un juste châtiment : « A 
cause de cela, plusieurs d'entre vous 
sont faibles et malades, et plusieurs 
sont endormis. Si nous nous jugeons 



1. I Cor., XVI, 14. — 2. LA.ND, 111, 265. — 3. vOOUI (L). — 4. Mai, Nov. coll., X, i, 356. 
5. Lire : >J»| /.ay>n — 6. Lire : amj. — 7. I Cor., xr, 28,. 29. 



LIVRE IX. GHAP. XXVIl 



229 



sentiment des Pères, qui ne peuvent être 
en opposition avec eux-mêmes, ni les uns 
avec les autres. Par exemple, Paul di- 
sant que « le salut ne vient pas des 
œuvres, mais de la foi' », avec Jacques 
qui dit que « la foi sans les œuvres est 
morte* ». Ils n'ont pas dit cela en oppo- 
sition l'un avec l'autre, mais bien d'ac- 
cord. Prions pour être éclairés par Dieu 
et ne laissons pas notre volonté se livrer 
h la passion. Eclaire-nous en peu de 
mots. 

« Voici que s. Gyrillus écrit' : « Il ne 
nous est pas possible de dire que la cor- 
ruption ait jamais atteint* le corps qui 
a été uni au Verbe. » Et un peu plus 
loin : « C'est un prodige que le corps 
naturellement corruptibleait été élevé. » 
— En quel sens peut-on montrer qu'il 
n'est pas en contradiction avec lui- 
même, s'il n'a pas eu en vue ici la cor- 
ruption de la nature universelle? Car 
il a subi notre infirmité volontairement 
et non par nécessité de la nature. Il a 
offert sur le bois, dans son corps, (une 
oblation pour) nos fautes, c'est-à-dire le 
péché '. » 

Réponse de saint Seçerus'^. — « Il sem- 
ble que Ta Charité ait dit quelque chose 
de bien étrange, « qu'elle a été dans une 
grande préoccupation, lorsqu'elle a 
reçu, dans un petit mémoire, ce que 
j'ai écrit. » En réalité, je n'ai pas fait 
autre chose, sur ta demande^ que de 
t'éviter toute anxiété et trouble. Si 
tu ne m'avais adressé que quelque 



nous-mêmes, nous ne serons pas ju- 
gés ; lorsque nous sommes jugés par 
Nôtre-Seigneur, nous sommes corrigés, 
afin de n'être pas condamnés avec le 
monde '''. » 

« Or, si vous jugez coupables du corps 
et du sang du Seigneur, « parce qu'ils 
n'ont point, comme dit Paul, discerné 
le corps du Seigneur », ceux qui com- 
munient aux jours désignés du minis- 
tère et prennent seulement une parcelle 
(du pain) de vie, lorsqu'ils ne la reçoi- 
vent pas fidèlement, avec un sentiment 
de pénitence et une crainte respec- 
tueuse, encore qu'ils ne fassent en réa- 
lité rien de contraire h leur foi, quel 
châtiment plus violent que celui dont 
l'Apôlre menace ceux-ci, ne s'ajoutera- 
t-il pas à la condamnation de ceux- 
là, qui offrent (le sacrement) sans res- 
pect et n'en usent pas selon la foi, 
mais pour rassasier leur faim? Malheur 
à une telle arrogance, que la crainte de 
Dieu ne suffit pas à réprimer ! Qui ne 
tremblerait rien qu'en apprenant [302] 
qu'avec cette parcelle de feu dévorant, 
ils satisfontaux nécessités de leur corps, 
comme avec du pain ordinaire ? Qui ne 
serait effrayé de raconter que ceux-ci 
mangent sans crainte la parcelle, source 
de notre vie, dont un Séraphin, pour en- 
seigner la sublimité de nos mystères, 
s\'\pproche avec attention et respect pour 
la prendre * avec une fourche de fer 
qu'il tient à la main.; qu'ils mangent 
pour le soutien de leur vie corporelle. 



1. nom., tu, 28 ; cf. Gai., u, 16. — 2. Jac, ir, 26. — 3. Patr. Gr., LXXVI, 1164, 1165. — 4. Lire : 
»o*.l»». — 5. L : ^» |û«^*vi. ^..io ,5 « en mourant pour notre péché ». — ' 6. Land, III, 266. 
7. I Cor., xr, 30, 31. — 8. Cf. Is., vi, 6. 



230 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



petite question ou investigation, peut- 
être aurnis-je pu y répondre par un 
petit discours. Mais comme tout l'é- 
crit que tu as rassemblé est un long* vo- 
lume* que tu m'as adressé pour l'exami- 
ner ; après avoir considéré, selon ma 
force, tout ce qui y est renfermé, je te 
ferai connaître mon sentiment. J'ai jugé 
opportun h cause de ce qui arrive à Ta 
Sainteté de le faire promptement. Et je 
ne ments pas. Ecoute ce que tu as écrit : 
« Pour l'examen de la question, j'ai en- 
voyé ce que j'ai écrit; examine si ces 
choses sont d'accord avec les saintes 
Écritures, car je suppose que les Pères 
sont d'accord avec elles; et écris moi 
en quel sens ils les ont employées. » — 
Tu m'as donné l'occasion d'en parler 
plus longuement, lorsque tu m'as de- 
mandé, dans ta seconde lettre, de faire 
en peu de lignes et d'un mot, comme tu 
dis, le commentaire de plusieurs choses, 
qui exigerait beaucoup de paroles et des 
démonstrations (tirées) des bienheureux 
Pères, qui ont parlé sous l'inspiration 
de Dieu. 

« Le Livre saint dit' : « Le Seigneur 
lui-même enseigne l'intelligence et la 
science », et dans un autre endroit* : « Le 
Seigneur donne la sagesse; de lui vien- 
nent la science et la prudence; il donne 
le salut h ceux qui sont droits ». — Si 
donc Ta Sainteté, et nous pareillement, 
devons nous efforcer de montrer que les 
Pères ne sont pas en contradiction les 



ce corps qui a été donné pour la vie 
future, sans f[ue leur cœur ressente de 
frayeur, sans que leurs mains soient 
débilitées, sans que leurs genoux trem- 
blent jusqu'à tomber ? 

« Sans doute, il faut dire que Notre- 
Seigneur, dans sa science qui atteint 
toutes les choses futures, a connu l'ac- 
tion de ces gens. Et pour cela, il bénit 
le pain et le donna à ses disciples après 
qu'il eut mangé et qu'ils furent rassasiés 
par la pâque légale ; de manière que 
ceux-ci ne puissent pas dire qu'ils se 
rassasièrent après qu'il eut consacré, 
mais il consacra après qu'ils eurent 
mangé ; et le Maître et ses disciples 
prirent (une part) d'une petite parcelle. 
Il dit en parlant du calice : « Prenez; 
buvez-en tous. » Douze hommes ont- 
ils pris de cette petite coupe, dont ils 
se servaient pour boire, pour s'en ras- 
sasier? 

« Il faut dire que si ces gens ont cru 
exciter l'admiration des sots ^ en s'abste- 
nant de pain et de vin, ils n'ont pas 
compris que le mépris des sages qui 
s'abat sur eux est mille fois plus grand 
que la louange qui leur vient des 
insensés comme eux. — Ceux qui, par 
une si grande iniquité impardonnable, 
se sont attiré la louange des mortels, 
encore qu'ils n'en jouissent point, ne 
doivent pas même être appelés des 
hommes ; mais il est juste de les 
nommer [303] des chiens enragés ; car 



1. Lire : iK^'îaoi» u^ ; cf. l»<J»a<«» "^^^j dix lignes plus bas. — 2. tÔ(j.o;. 
4. Proi>., tr, 6, 7. 

5, iSctoTai, 



3. Cf. Job, xii, 13. 



LIVRE IX. GHAP. XXVII 



231 



uns avec les autres, il n'y a rien qui s'op- 
pose à ce que nous examinions diligem- 
ment et comprenions en quel sens ils ne 
paraissent pas en contradiction ni les 
uns avec les autres, ni avec eux-mêmes, 

« Tu as' très justement dit que les 
[302] Docteurs ne sont pas en contradic- 
tion les uns avec les autres, pas plus que 
Paul avec Jacques, bien que celui-là dise 
que « par la foi l'homme est justifié sans 
les œuvres », et que celui-ci écrive que 
« la foi sans les œuvres est morte »; car 
Paul parle de la foi avant le baptême, 
qui a sa perfection* dans un cœur pur, et 
qui n'est pas précédée de bonnes œu- 
vres dans le monde : elle justifie l'homme 
lorsqu'il croit et reçoit le baptême; 
Jacques dit que la foi après le baptême 
est morte sans les œuvres, si l'homme 
ne la confirme par une conduite droite; 
car le baptême est le gage d'une bonne 
conduite. En effet, le Seigneur même, 
qui estnotre modèle, après avoir sanctifié 
les eaux, avoir reçu le baptême de Jean 
et nous avoir donné les prémices du 
baptême, en montant sur la montagne et 
en acceptant le combat du tentateur, dont 
il dissipa toute la puissance, nous ap- 
prend qu'après la divine ablution nous 
devons soutenir la lutte par les œuvres 
et combattre normalement avec l'en- 
nemi pour faire paraître notre vertu, 

« Mais quelqu'un objectera' peut-être 
en disant : Paul prend Abraham comme 
exemple, et dit que l'homme est justifié 



le signe que les chiens sont enragés est 
qu'ils s'attaquent au corps de leur maî- 
tre pour le dévorer. Il faut donc que 
celui qui se prive lui-même de pain, ne 
goûte absolument rien jusqu'au temps 
fixé. Cela est connu de ce que, quand 
Saiil décréta que personne ne mange- 
rait de pain*, le jour du combat, avant 
le soir, Jonathan ayant goûté du miel 
avec le bout de son bàlon, fut con- 
damné à mort, et ne fut délivré que 
par la violence du peuple. Comme le 
principe de la vie humaine est le pain et 
l'eau, dit Jésus fils de Siméon Asira '', 
sous le nom de pain, il étendait son pré- 
cepte à tous les comestibles. 

« On dit de ceux-ci : Après avoir pris 
l'oblation le jour, et encore le soir, ils 
mangent encore d'autres aliments* : des 
bettescuites et des légumes, du fromage, 
avec lequel ils se soutiennent au lieu de 
pain, des poissons, des fruits frais et 
secs, des rayons de miel, des jaunes (?) 
d'œufs'. A cause de la chaleur du vin 
qu'ils boivent sous l'apparence de la 
communion, la soif les enflamme; et 
pendant tout l'été, où on trouve du lait 
de chèvres, ils en boivent au lieu d'eau. 
Ils font cela avec astuce ; car ils ont ex- 
périmenté que l'humidité et la fraîcheur 
du lait pouvaient tempérer l'incendie du 
vin dans leur estomac. On peut leur 
adresser le reproche du Seigneur à Héli * : 
« Je vous ai donné tous les biens de la 
terre, dont vous pouvez user sans pé- 



1. Mai, X, I, 356 sqq. — 2. |û«»ol.» ILûiii^ (L, M). - 3. Lire l;«^>o (L, M). 

4. Lire : l-^a-A^, comme porte le texte biblique (I lieg., xiv, 24). — 5. Eccli,, xxix, 28. — 6. Landj 
III, 319. — 7. Litlér. : des sphères d'œufs. — 8. Cf. I Reg., ii, 28 sqq. 



232 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



par la foi sans les œuvres. Il dit' : « Ceux 
qui, [dans la foi]*, seront bénis avec le 
fidèle Abraham ». Celui qui n'avait pas 
accompli d'œuvres, et avait cependant 
cru en celui qui peut justifier les pé- 
cheurs, fut réputé juste à cause de sa 
foi. Jacques, au contraire, montre par le 
même Abraham que l'homme n'est pas 
justifié par la foi seule, mais par les œu- 
vres confirmées par 1 1 foi. — Comment 
ces choses ne sont-elles pas contradic- 
toires : le même Abraham est donné 
comme exemple de ceux qui n'ont pas 
agi, mais ont cru, et de ceux* qui ont 
manifesté leur foi par les œuvres? Je me 
dispose h le montrer par l'Écriture. 

Celui qui examine les temps d'Abra- 
ham (trouvera) qu'il est l'exemple des 
deux : de la foi avant le baptême, qui 
croyait au salut par le Christ, et de la 
foi postérieure au baptême, qui est jointe 
aux œuvres, dont l'image est l'ancienne 
circoncision de la chair qui éloigne l'in- 
fidélité du prépuce et procure l'adoption 
divine. C'est pourquoi Moïse reçut 
l'ordre de parler au Pharaon * : « Ainsi 
tu diras au Pharaon : Israël, mon fils 
premier-né. » C'est pourquoi Paul écrit 
aux Colossiens* : « En lui vous avez été 
circoncis, d'une circoncision qui n'est 
pas faite par la main, eu dépouillant la 
chair du péché, par la circoncision du 
Christ, et vous avez été ensevelis dans 
le baptême ». Et pour cela, il dit d'Abra- 
ham : qu'il a été justifié par la foi sans 
les œuvres, lorsqu'il avait encore lepré- 



ché_, de même que je vous ai partagé 
toutes les offrandes des enfants d'Israël 
pour que vous en jouissiez sans être blâ- 
mables : pourquoi donc avez vous com- 
mis l'impiété [804] sur mon corps, 
comme ceux qui ont prévariqué dans 
mes sacrifices? Et pour cela j'ai dit : 
Ta maison ® et la maison de ton père 
serviront en ma présence; maintepant 
le Seigneur dit : Loin de moi ! mais je 
glorifierai celui qui me glorifie et mes 
comtempteurs seront couverts d'oppro- 
bres\ » — Comment parle-t-il de ceux 
qui n'obéissent pas aux Prophètes et 
n'écoutent pas les Apôtres? Qu'on l'ap- 
prenne de Pierre. Quand Clément lui 
demanda d'être seul ministre de son 
office, il lui parla ainsi, louant son zèle 
et se moquant de sa nourriture * : « Qui 
est capable de tout ce ministère ? Nous 
mangeons habituellement non seulement 
du pain et des olives, mais parfois, s'il 
s'en trouve, des légumes. » 

« Paul aussi, à cause de sa grande 
indigence envoya vendre son manteau, 
et il est écrit qu'il acheta du pain avec 
le prix, et on lui apporta en même 
temps des légumes. Et Notre-Seigneur 
lui-même mangeait du pain, et même 
parfois du pain d'orge. Après sa résur- 
rection, il mangea du pain avec ses dis- 
ciples, afin de leur rendre croyable sa 
corporéité. — Mais ceux-ci, d'après ce 
que j'entends dire, n'imitent pas les héré- 
tiques dans leurs actions, et ne sont pas 
non plus d'accord avec les fidèles dans 



1. Gai., M, 9. — 2. Aj.:UûJia.ov3 (M. L). — 3, Lire : ^v(^o. —i. Ex., iv, 22.— 5. Col., ir, 11, 12. 
6. Rom., IV, 9, 10. — 7. Lire : <*û^o. — 8. Recogn., vu, 6. 



LIVRE IX. GHAP. XXVII 233 

puce, avant d'être circoncis, ayant en leur conduite; ce ne sont pas* des nazi- 

vue la confession antérieure au bap- réens comme les Marcionites, ni des 

tême sans les œuvres. Il dit, en effet, ascètes comme les chrétiens; car ils 

écrivant aux Romains' : « La foi n'imitent pas ces apostats qui mangent 

d'Abraham lui a été imputée à justice. seulement des légumes', ou du pain, 

Comment? Non pas dans la circoncision, mais n'osent falsifier leurs oblations, 

mais dans le prépuce. » Et il ne trompe et ils ne nous ressemblent aucunement, 

pas, comme l'atteste la parole de Moïse à nous fidèles. » — Le reste de la lettre 

qui dit de Dieu* : « Il dit à Abraham : est rempli par les exemples de l'Ecri- 

Regarde le ciel et compte les étoiles, si ture, — Ai^ec l'aide de Jésus, est aussi 

tu peux les compter. Et il ajouta : Ainsi fini ce chapitre, qui est un ai^ertissement 

[303] sera ta race. Et Abraham crut en que, dans la réception des oblations 

Dieu, et cela lui fut imputé à justice. » sacramentelles^ personne ne doit en 

— Jacques de son côté, prend Abraham user avidement, comme il est écrit ci- 

comme exemple delà foi qui sauve par les dessus '. 

œuvres^ alors qu'il était circoncis et non 
plusavec leprépuce. Nous l'apprenons de 

l'Ecriture même. Il écrit, en effet, ceci' : « Veux-tu savoir, ô homme, que la foi sans les 
œuvres est morte? Notre père Abraham fut justifié par les œuvres quand il fit monter 
son fils Isaac sur l'autel. Vois la foi qui soutient les œuvres, et qui est perfectionnée 
par les œuvres. Alors fut accomplie l'Ecriture qui dit : Abraham crut en Dieu, et 
cela lui fut imputé à justice, et il fut appelé son ami. » Il est facile à celui qui lit le 
livre de Moïse d'apprendre de la Genèse qu'Abraham fit monter Isaac sur l'autel 
après avoir été circoncis : il accomplit un précepte et il fut justifié par les œuvres. 
On nous propose l'image de la foi postérieure au baptême, lequel est une circonci- 
sion intellectuelle^ qui justifie l'homme par les œuvres. Il est écrit*, en effet, 
qu'Abraham fut circoncis avec Ismaël, son fils, ceux de sa maison, et ceux qui avaient 
été achetés à prix d'argent des peuples étrangers. Ensuite, Dieu voulant éprouver 
Abraham lui dit" : « Emmène ton fils chéri, Isaac; va dans la région élevée, et là, fais- 
le monter sur l'autel ». 

« Donc, ni ces paroles des Apôtres, ni celles qui sont écritesdans l'AncienTestament, 
ne paraissent se contredire mutuellement. Elles sont une même chose et ont été 
dites par un même Esprit : (l'une) de la foi antérieure au baptême, qui, par une 
courte confession, sans les œuvres, justifie celui qui la possède, le baptême étant 
pour lui la plénitude du salut s'il quitte aussitôt ce monde; l'autre, de la foi posté- 
rieure au baptême : qui demande l'accomplissement des bonnes œuvres et qui élève 

1. Rom., IV, 9, 10. — 2. Gen., xv, 5, 6. — 3. Jac, ii, 20-23, — 4. Gen., xvir, 26, 27. — 5. Gen., 
xxir, 2. 

6, ^>;5jjll (L). — 7. Lire; lu?», — 8. Le ms, arabe de Londres ajoute ; ^i^I lao"= >^v Uo \\a^ «que 
le lecteur prie pour moi dans la charité fraternelle ». 

II. 30 



234 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

au comble de la perfection et à l'ordre* le plus élevé. Jacques dit donc très conve- 
nablement de celle-ci : « que la foi est perfectionnée par les œuvres » ; et le sage 
Paul, lui-même, enseigne pareillement, dans un autre passa^^e, que la foi est perfec- 
tionnée par les œuvres. Les Galates, en effet, après avoir reçu le baptême et avoir 
été réputés enfants de Dieu par l'Esprit, retournèrent au judaïsme et se faisaient cir- 
concire, pensant vainement qu'ils auraient plus de mérite aux yeux du Christ par la 
circoncision de la chair qu'avec le prépuce. Il leur écrivit et les blâma en disant' : 
« Dans le Christ JésuSj la circoncision n'est rien, ni le prépuce non plus; mais seu- 
lement la foi qui opère dans la charité ». Il est donc évident d'après cela que la foi 
après le baptême est utile et sauve, si elle est pratiquée dans la charité, et si elle 
est suivie et accompagnée d'œuvres. Et quelles sont les œuvres de la charité? Paul 
lui-même les énumère en disant' : « La charité est longanime, elle est bienveillante; 
la charité n'est pas jalouse, elle n'est pas turbulente, ni orgueilleuse, ni honteuse, 
elle ne se recherche pas elle-même, elle ne s'irrite pas, elle ne pense pas le mal, elle 
ne se réjouit pas de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité; [304] elle espère tout, 
elle supporte tout ; la charité ne tombe pas subitement ». Ces choses tendent à diri- 
ger l'action, le labeur et les sueurs, afin que la plupart de ceux qui sont unis dans la 
foi en fassent leur profit et se sauvent. Et qui les oserait blâmer? puisque Notre Sei- 
gneur a dit* : u Si vous m'aimez, gardez mes commandements ». — Selon ce que 
l'Ecriture, et nos Pères pareillement, nous ont enseigné, sur cette question que nous 
traitons, et à propos de laquelle il est écrit" : « Tout est compréhensible pour les gens 
intelligents, et droit» pour ceux qui ont trouvé la science, » je me suis efforcé 
d'avertir Ta Charité prudemment, comme il convient à des chrétiens. 

« Comme j'ai appris de plusieurs endroits, d'après ce qu'on m'a écrit, que tu as ré- 
pandu le volume' de ta doctrine non seulement à Alexandrie mais en divers lieux, 
j'ai mandé* dans la charité, croyant me conformer en cela au Christ-Dieu, (notre) 
législateur, et j'ai écrit à notre frère le prêtre Thomas de ne pas divulguer mon ou- 
vrage, mais de le garder près de lui, parce que je pensais qu'après un second avis 
mes (sentiments) et ceux de Ta Sainteté paraîtraient venir d'une seule bouche et 
d'une seule âme. — En ce sens, j'ai examiné une fois et deux fois la doctrine des 
évêques Xenaias', digne de mémoire, et Éleusinus", et le traité spéculatif" qu'ils ont 
fait sur la foi, et je n'ai rien trouvé de répréhensible chez eux. Nous devons agir 
dans la charité l'un à l'égard de l'autre lorsque nous discutons; puisque nous profes- 
serons une même opinion, avec l'aide du Seigneur. Jamais, soit pour être considéré 
devant les hommes, soit pour flatter, hors de la mesure qui convient à ma faiblesse, 
je n'ai fait paraître un écrit ou une action, si ce n'est dans la rectitude de l'Evan- 



1. ti^iç. — 2. Gai., V, 6. — 3. I Cor., xm, 4-8. — 4. Joh., xrv, 15. — 5. Prov., viii, 9. — 6. |-U 
M). — 7. t6(jlo<;. — 8. i.»,A (L). — 9, Philoxène de Mabboug. — 10. Lire : ti-^ûi».! (L) ; év. de Sasi- 
mes (EvAGR., III, xxxi). — 11. èv ôewpia. 



LIVRE IX. GHAP. XXVIII 



235 



gile et selon la doctrine et la loi de l'Apôtre. Cependant, il ne faut pas que, même 
pour le moment, nous abandonnions la lutte contre les hérétiques pour nous com- 
battre mutuellement par des écrits, de peur que ne s'accomplisse à notre égard la 
parole de l'Apôtre qui dit* : a Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, 
prenez garde de vous détruire mutuellement. » Il convient à ceux qui aiment Notre- 
Seigneur d'éviter de toute leur force de telles querelles, de s'aimer les uns les autres, 
afin que la paix se répande et se dilate sur le peuple de Dieu^ Je demande la paix de 
la fraternité qui est avec toi; celle qui est avec moi te salue dans le Seigneur. » 

Quand Julianus reçut la lettre^ il frémit et fut en colère contre Severus. Il écrivit et 
dit qu'il avait été ajourné pendant une année et des mois par celui-ci, qui n'avait pas 
compris' sa dignité et s'était esquivé. — Alors Severus écrivit un grand Traité 
dans lequel se trouvent les démonstrations des Docteurs, disant que le corps pris par 
le Christ de notre race fut sujet aux passions non coupables, à l'exception du péché, 
jusqu'à la résurrection. Plusieurs ouvrages furent aussi composés par saint Severus 
contre Felicissimus* et Romanus®. — Fin. 



CHAPITRE [XXVIII]. — [30S] De la peste qui survint par toute la terre, et 

surtout dans les pays du Sud^. 



Dans le livre de Jean d'Asie' on parle 
amplement de la grande peste qui sur- 
vint en l'an 855, qui est l'an 16 de Jus- 
tinianus, (peste) qui depuis Torigine du 
monde n'avait eu, et n'aura jamais sa pa- 
reille. L'univers absolument entier fut 
frappé du cruel fléau. Elle commença 
d'abord par les peuples intérieurs des 
contrées dusud-est de l'Inde, c'est-à-dire 
de Kous, Himyariies et autres ; ensuite 
par les régions de l'Occident, qu'on ap- 
pelle « supérieures », les peuples des 



Quand le fléau s'abattit* sur la ville im- 
périale il sévit d^abord parmi les pauvres. 
Il y avait des jours où on en empor- 
tait cinq mille, d'autres, sept, d'autres, 
douze, et jusqu'à seize mille en un jour. 
Comme c'était au début, des hommes se 
tenaient sur les ports, aux portes, sur 
l'autre rive, et relevaient leur nombre. 
Et si on veut compter, en fait, on en 
compta plus de trois cent mille qui fu- 
rent emportés des places publiques ; 
quand ceux qui les comptaient furent 



1. Gai., V, 15. — 2. Littéc. : « super Israël Dei » ; cf. Gai., vi, 16. — 3. ^-ê"^, — 4. iaaa.viûa...îi:^^9 
(L) — 5. Cf. Wbight, Cat. syr. mss., p. 1005 b, 939 a. 

6. Cf. Hist. du Bas-Empire, liv. XLI, § Lvrr ; XL VI, § lu; XLIX, § xxxiii. 

7. Dans son iîisfoJre ecclésiastique; les passages relatifs à cette peste, sauf le premier concernant 
l'Egypte, se trouvent parmi les fragments qui nous restent de la seconde partie de cet ouvrage, et 
qui ont été édités par Land dans le t. Il de ses Anecdota syriaca. 

8. Lakd, II, 314. 



236 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



Romains, des Italiens, des Gaulois, des 
Espagnols, On apprit que les hommes 
devenaient enragés, comme des chi'ens, 
devenaient fous, s'attaquaient les uns 
les autres, s'en allaient dans les mon- 
tagnes et se suicidaient. Ces choses n'é- 
taient encore considérées que comme 
des échos de mauvais augure, mais le 
fléau progressa et gagna les contrées de 
Kous, sur les confins de l'Egypte, et de 
là il se répandit en Egypte même. — 
Comme la faux recourbée' du moisson- 
neur, il s'emparait successivement^ de la 
terre et progressait sans cesse. Quand 
la plus grande partie du peuple eut péri, 
au point que l'Egypte en arriva h être 
privée de ses habitants, ruinée et dé- 
serte, il s'abattit sur Alexandrie et con- 
suma une foule de gens. Ceux qui échap- 
pèrent à une mort prompte furent frap- 
pés d'une terrible maladie : celle des 
tumeurs des aines ; les uns d'un côté, 
les autres des deux côtés. Les aines se 
gonflaient, se tuméfiaient, s'emplissaient 
d'eau, puis survenaient des ulcères 
grands et profonds, qui laissaient cou- 
ler du sang, du pus" et de l'eau, nuit et 
jour. — Avec cette plaie fondit sur eux 
ce fléau par lequel ils étaient prompte- 
ment enlevés. 

La miséricorde de Dieu se montra 
partout à l'égard des pauvres, car ils 
moururent les premiers : d'une part, 
afin de faire paraître le zèle des habi- 
tants des villes et de leur procurer des 
avantages spirituels, par l'ensevelisse- 



parvenus à deux cent trente mille, ils 
s'arrêtèrent. Lorsque ceux qui étaient 
de basse condition furent morts, le dé- 
vastateur étendit la main sur les puis- 
sants du siècle et les grands de Fempire, 
et sur ceux qui avaient échappé à la 
mort momentanément, (en les frappant) 
du mal des aines et de la variole, qu'on 
appelle dans notre langue « tumeurs » 
et qu'ils nomment buhones*'. On vit que 
cette plaie ne montrait pas son action 
seulement sur les hommes, mais aussi 
sur les animaux, même sur les animaux 
sauvages, même sur les reptiles de la 
terre. On pouvait voir le bétail et les 
chiens, et jusqu'aux souris, dont les 
aines étaient tuméfiées, qui succom- 
baient et périssaient. 

On vit ensuite une autre (maladie) de 
ce genre : certains signes apparaissaient 
dans la paume de la main des hommes, 
comme des cavités noires qui n'exis- 
taient pas extérieurement, mais seule- 
ment dans la profondeur; comme trois 
gouttes de sang. Dès que ces signes ap- 
paraissaient_, la fin' arrivait. L'un mou- 
rait en travaillant à son métier, d'autres 
au bain®, d'autres par les rues. Il n'y 
avait plus ni vente ni achat; les bou- 
tiques pleines de richesses, les ban- 
ques' importantes, et même l'alimenta- 
tion de toute la ville avaient cessé ^ 

Hélas ! mes frères, quel cruel spec- 
tacle" ! ceux qui se tenaient sur le bord 
de la mer lançaient et jetaient dans des 
barques (les cadavres) accumulés en 



1. xâ(X7tToç. — 2. xaTa[j.époç. — 3. [jioû]()>a. 

4. PouêtovEç; L : laoojQ^ûs. — 5. Littér. : dissolutio. — 6. L : osûi^a. — 7. Cf. ci-après, p. 238 
n. 5. — 8. La phrase, un peu obscure, est mutilée dans L. — 9. lU-. 



LIVRE IX. CHAP, XXVIII 



237 



ment des pauvres; d'autre part, parce 
que siMa calamité les avait confondus 
avec les autres, comment aurait-on pu 
enlever du milieu des places publiques 
leurs cadavres en putréfaction et leurs 
ossements dénudés % puisqu'il n'y au- 
rait eu personne pour s'occuper d'eux? 
Ceux-ci moururent donc les premiers, 
alors que tout le monde était encore en 
bonne santé pour les enlever, les empor- 
ter et les ensevelir. On avait ce signe ^ 
que si le mal commençait par le plus 
jeune d'une maison, cette maison [306] 
en était réduite au désespoir d'après ce 
signe : car tous mouraient pareillement. 
Il arriva qu'on donnait jusqu'à 12 da- 
riques, et à peine trouvait-on quelqu'un 
pour les emporter et les jeter dehors 
comme des chiens. Il arriva qu'une ci- 
vière étant placée sur quatre porteurs, 
ceux-ci tombaient et périssaient. L'un 
succombait en parlant, l'autre en cou- 
rant; un autre mourait en mangeant; 
chacun avait perdu l'espoir de la vie, et 
craignait de sortir^ disant : « .Te périrai 
au milieu de la maison ». Quand ils 
étaient contraints de sortir, celui qui 
sortait, soit pour accompagner soit pour 
ensevelir (les morts), écrivait une ta- 
blette ainsi libellée qu'il suspendait à 
son bras : « Je suis un tel^ fils d'un tel, 
de tel quartier ; si je meurs, pour Dieu, 
et pour manifester sa miséricorde et sa 
bonté, qu'on aille le faire savoir dans 
ma maison, et que les miens viennent 
m'ensevelir ». — Cette grande ville ar- 



monceaux de trois, de cinq mille, ou 
même innombrables. Le nombre* des 
ensevelisseurs était trop petit, et cette 
grande ville devint un sépulcre lugubre 
pour ses habitants. Comme on ne trou- 
vait plus de tombeaux, on les accumu- 
lait dans des barques et on les jetait 
comme du fumier sur l'autre rive. L'em- 
pereur voyant ce qui arrivait, ordonna 
[306] de fabriquer environ six cents ci- 
vières, et désigna un de ses référen- 
daires*, auquel il prescrivit de prendre 
et de donner autant d'or qu'on en de- 
manderait et de louer des hommes, pour 
faire de grandes fosses dans lesquelles 
on amoncellerait les cadavres. On fit 
cela dans la montagne, et on déposa 
dans chacune de ces fosses soixante-dix 
mille (cadavres). Il plaça en cet endroit 
des hommes qui les amoncelaient par 
rangées, l'une au-dessus de l'autre, de la 
même manière qu'on foule le foin en 
meule. Par suite de cette sollicitude, la 
ville fut délivrée* des cadavres. Un de 
nos diacres' qui était occupé h cette be- 
sogne rencontra une maison fermée et 
puante. Il y entra et trouva environ 
vingt personnes en putréfaction et dé- 
vorées par les vers. II amena quelques 
hommes, et ils les emportèrent. Il y avait 
là des femmes qui avaient succombé et 
dont les petits enfants, encore vivants, 
tenaient les mamelles* en pleurant. La 
calamité fut plus grande en cette ville 
que partout ailleurs. Il n'y avait plus ni 
pleurs ni gémissements. 



1. o^. — 2. Ou « abandonnés ». — 3. CTTiiAeïov, 

4. Land, II, 319. — 5. U,i9; (L). Il s'appelait Theodorus (L). — 6. U;-î^ (L). — 7. Un diacre 
monophysite. C'est Jean d'Asie qui parle. — 8. ^oy^'yL, 



238 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



riva à l'épuisement et fut ruinée; les 
hommes craignaient d'aller dans les 
rues, à cause de la puanteur des cadavres 
et des corps qui étaient dévorés par les 
chiens. 

Lorsque* [Alexandrie] fut consumée 
le fléau passa sur le littoral de laPalestine 
et à Jérusalem (?). On voyait des spectres 
terrifiants dans la mer. Quand la peste 
passait d'un lieu à un autre, on voyait 
comme une barque d'airain dans laquelle 
siégeaient des hommes noirs et sans tête 
qui parcouraient précipitamment la mer. 
Ils couraient en face d'Ascalon et de 
Gaza, et c'est par leur apparition que le 
fléau commença en ces lieux. Il fut en- 
core plus terrible en Palestine qu'à 
Alexandrie. L'or, les richesses, les biens 
étaient abandonnés^ et quiconque avait 
le désir de prendre quelque chose était 
saisi par le châtiment. — Une certaine 
ville de la frontière d'Egypte périt en- 
tièrement. Il n'y resta que sept hommes 
avec un enfant de vingt ans*. Ils circu- 
lèrent pendant cinq jours par la ville et 
virent que tout le peuple avait péri. Ils 
résolurent d'entrer dans les maisons des 
0-rands, et recueillirent de l'or et de Tar- 
gent dont ils remplirent une maison. 
Aussitôt, ils succombèrent tous les sept, 
et l'enfant resta seul, pleurant. Il vou- 
lut sortir et vint à la porte de la ville : 
un homme lui apparut, [307] l'enveloppa 
et le replaça' à la porte de la maison où 
l'or avait été accumulé ; et cela à plu- 
sieurs reprises. — Un homme riche, 



Quand aux legs et aux héritages *, per- 
sonne n'en parlait, car maintes fois les 
héritiers avaient précédé (dans la mort) 
ceux qui les faisaient hériter. Quelqu'un 
voyait-il une boutique ou un trésor ou- 
vert, s'il y entrait et enlevait quelque 
chose, aussitôt la mort le saisissait. Les 
pauvres n'acceptaientpas deprésentsdes 
riches : ceux qui en acceptaient succom- 
baient. Quelques pauvres voulurent 
mendier, se disant: peut-être resterons- 
nous en vie en n'entrant pas dans les 
maisons des morts, mais en demandant 
aux vivants. Ils allèrent à une grande 
banque*; ils virent un vieillard qui était 
assis h la porte, el lui demandèrent 
(l'aumône). Celui-ci leur dit : « Voiciune 
boutique devant vous! » Ils y entrèrent 
et chargèrent autant d'or qu'ils en pou- 
vaient porter. Mais lorsqu'ils voulurent 
sortir, ils tombèrent et moururent sur le 
seuil. 

Deux jeunes hommes, vigoureux, de 
ceux qui portaient les morts, deman- 
daient avidement leur récompense. Le 
référendaire^ de l'empereur leur dit : 
(( Allez, prenez ce que vous aurez ras- 
semblé » ; ils mirent beaucoup d'empres- 
sement à faire leur somme, et quand ils 
emportèrent les cadavres des morts, 
étant parvenus à la fosse, ils défaillirent, 
tombèrent et moururent; ils furent joints 
au reste (des morts). En voyant cela, 
l'homme s'écria : « Malheur à toi, ava- 
rice humaine! que le moment' présent 
a seul refrénée. » Il ordonna de prendre 



1. Land, II, 306-307. ...',s^<^ .*;* xiii^^oN l^-^Uo U..^^^^ uSU \>a^ \^ J^^»,l p. _ 2. Land : a dix 
ans )) ; ce qui convient mieux au contexte. — 3, ov^tol (L). 

4. Land, II, 321. — 5. ^.^;9ia^';!, àpyupoirpaTSÏov (L) — 6. U»i3> (L). — 7. |5i.j>. 



LIVRE IX. GHAP. XXVIII 



239 



qui était sorti dans ses propriétés* avant 
la peste, ayant entendu dire que la peste 
sévissait, s'adonna à la prière pour ob- 
tenir de demeurer vivant. Au bout de 
quelque temps, il envoya ses serviteurs 
pour avoir des nouvelles de sa maison. 
Quand ceux-ci arrivèrent h la ville, ils 
n'y trouvèrent personne en vie, si ce 
n'est cet enfant qui pleurait, et qui leur 
raconta tout ce qui s'était passé. Alors 
l'intendant' fut pris de cupidité, et 
dit aux serviteurs de son maître d'em- 
porter de l'or; mais ils ne le voulurent 
pas. Il entra donc lui-nlême et en char- 
gea sur sa monture autant qu'il put. 
Quand il arriva à la porte du mur, une 
forme humaine courutaprèslui, l'arrêta, 
ainsi que l'enfant, et les fit revenir avec 
Tor, Alors les autres lui crièrent : « Re- 
tourne et abandonne l'or! Peut-être se- 
ras-tu délivré ! » En arrivant à la maison, 
cet homme et l'enfant succombèrent ; 
les autres furent sauvés. 

Dans une autre ville ' de Palestine, les 
démons apparurent sous l'aspect d'anges. 
Ils disaient aux hommes d'adorer une 
certaine idole d'airain, qui se trouvait 
dans la ville, et qu'on y adorait autrefois, 
afin que la peste ne les atteignît pas. 
Les malheureux se laissèrent séduire et 
attirèrent sur eux une seconde mort par 
leur idolâtrie. Tandis qu'ils étaient réu- 
nis devant la statue, une sorte de tem- 
pête fondit sur elle, l'enleva en l'air à 
environ mille pas, et la laissa retomber 
violemment sur la terre : la statue se 



[307] l'or qu'ils portaient et de le don- 
ner aux autres qui viendraient apporter 
des cadavres. — D'autres réunirent 
450 dinars, et sortirent de la ville pour 
se les partager. Quand les lots* furent 
faits, chacun voulut en prendre sa part. 
Ilstombèrentet moururent tousles trois, 
et l'or resta (là). 

L'ange qui préside aux fléaux prenait 
soin* de poursuivre les hommes jusqu'à 
ce qu'ils méprisassent toutes les choses 
de ce monde. 

Le chroniqueur, qui est Jean d'Asie, 
dit^ : « Est-ce que je n'imite pas, en vou- 
lant raconter ces choses, celui qui tombe 
dans l'immensité de la mer', qui ne 
peut ni en palper la profondeur, ni s'ap- 
procher du bord pour en sortir, et qui 
est sur le point d'être submergé? » 

Les démons voulurent induire les 
hommes en erreur dans la ville (impé- 
riale)'. Un individu quelconque laissa 
échapper cette parole : « Si on jette les 
vases'dans les rues par les fenêtres des 
habitations, la peste s'en ira de la ville. » 
Des femmes en étant venues à cette in- 
sanité, tout le monde se laissa entraîner 
à cette aberration, de sorte qu'on ne 
pouvait plus paraître dans les rues, tan- 
dis que, dans l'intérieur des maisons, 
on était occupé, pour chasser la mort, à 
briser les vases. Cela ne servit à rien, et 
chaque jour la mort faisait des victimes. 
Alors les démons les trompèrent de nou- 
veau, voulant leur faire mépriser le saint 
habit des hommes de Dieu. Dès que pa- 



1. oûfft'a. — 2. lirtxpoTtoç. — 3. Land, II, 309. 

4. (xépoç — 5. àxpiêeia. — 6. Land, II, 325. — 7. ulXayo;. — 8. Ce qui suit ne se trouve pas 
dans les parties conservées de Jean d'Asie; mais la citation se rencontre dans le Pseudo-Denys. 
— 9. y.lpaiAoi; ; Ps.-D. : ^oo-o. 



240 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



raissait un moine ou un clerc, ils hur- 
laient et s'enfuyaient, pensant que c'était 
la mort. Et pour cela on ne voyait aucun 
religieux' dans les rues ; car dès qu'il en 
paraissait un, ceux qui le voyaient hur- 
laient et s'enfuyaient en criant : « Où 
viens-tu? Nous sommes à la Mère de 
Dieu! Nous sommes à tel martyr! » — 
Chez quelques-uns cette aberration per- 
sévéra jusqu'à deux années après que le 
fléau eut cessé. 

Or, de myriades innombrables, un 
petit nombre de gens seulement resta 
dans cette grande ville. — Ce fléau de 
la peste dura Tespace de trois ans. 

Zacharie le Rhéteur écrivit aussi au 
sujet de ce fléau, en ces termes* : « Dans 
la version grecque, dans la prophétie 
d'Ezéchiel^, au sujet de la peste des bu- 
bons, au lieu de ce que dit le syriaque : 
« Tous les genoux laisseront couler 
l'eau », il est écrit : « Tous les flancs 
seront souillés de pus. » — Cette peste 
des pustules, qui se manifestait par des 
bubons aux flancs et aux aines des 
hommes, se répandit de Kous, en Egypte, à Alexandrie, en Libye, en Palestine, en 
Phénicie, en Arabie, h Byzance, en Italie, en Afrique, en Sicile, [308] en Gaule; elle 
parvint jusqu'en Galatie, en Cappadoce, en Arménie, à Antioche, dans TOsrhoëne, 
la Mésopotamie, et peu à peu chez les Perses*, et jusque chez les peuples du Nord- 
Est. S'il arriva que ceux qui furent frappés par ce fléau échappèrent et ne moururent 
pas, ils demeurèrent chancelants et titubants. 

Il est notoire que ce fléau venait de Satan, qui avait reçu de Dieu la permission 
de châtier les hommes. 

Dans la ville d'Émèse se trouvait la tête de Jean-Baptiste : plusieurs mirent en 
lui leur espoir et furent sauvés. Les démons hurlaient par la bouche de certains 
hommes et se plaignaient du saint. — Fin. 



brisa et se répandit comme de l'eau. Le 
glaive de la mort lés atteignit, de sorte 
qu'au soir il ne restait pas âme qui vive 
dans la ville. 

Cette peste ' passa sur tout le pays de 
Palestine, et toute la contrée du Nord, 
du Midi, de l'Orient, jusqu'aux régions 
de Cilicie, de Syrie, dTconie, de Mysie, 
d'Asie, de Bithynie, de Galatie, et de 
Cappadoce. Les stations*, sur les routes 
étaient remplies [308] de morts et dé- 
sertes; le bétail abandonné, délaissé, 
errait sur les montagnes, et il n'y avait 
personne pour le rassembler ! les champs 
étaient remplis de récoltes et de fruits, 
et il n'y avait personne pour les mois- 
sonner! le temps de la vendange des 
vignes était passé^ etil n'y avait personne 
pour vendanger ! car tout le monde avait 
succombé sur toute la terre habitée. A 
peineun sur milleavait-ilsurvécu, quand, 
après trois années entières, le fléau se 
calma. — Ce [récit) est aussi fini. 



1. Land, II, 310. — 2. (TxaTtwvsç. Jean d'Asie, quo l'auteur résume, parle ici de son voyage de 
Mésopotamie à Cple. 

3. Litt. : « fils de l'habit ». — 4. Dans le ch. ix du X« livre ; ce chapitre est perdu; cf. Mai X, 387 
n. 1. — 5. EzECH., vil, 17. — 6. Lire : ^«1^9 û^^. 



LIVRE IX. GHAP. XXIX 241 



CHAPITRE XXIX. ~ Sur l époque de V empereur Justinianus second; sur la 
dévastation de Rome; sur la mort de V impératrice fidèle Theodora ; et sur La 
mort du grand patriarche Severus. 

En l'an 18 de Justinianus, qui est l'an 857 des Grecs', les Huns* s'emparèrent 
de Rome, grande ville de l'Italie ; et comme ils ne pouvaient pas la garder, ils 
se fixèrent dans le camp ' qui est à côté d'elle. — Ils la laissèrent déserte et vide 
de ses habitants. 

Afin que tu saches quel détriment sa prise causa à l'empire des Romains, 
j'écris maintenant sa description, en abrégé toutefois, faite par un homme ins- 
truit et qui avait vu ses édifices *. 

Trois ans après la destruction de la ville d'Uion, qui fut détruite du temps 
des (grands ) prêtres Samson et Héli, les rois commencèrent à exister dans la 
ville de Rome, qui s'appelait auparavant Italia, et les rois qui y régnaient 
(étaient appelés rois) des Latins. Du temps de Jo[a]tham et d'Ahaz, rois de Juda, 
régna en ce lieu Romulus" qui bâtit la ville [309] avec de grands édifices; elle 
fut appelée Rome, de son nom, et leur royaume fut appelé (royaume) des Ro- 
mains, depuis le temps du roi Ezéchias^ 

Il y a dans cette ville les saintes églises des saints Apôtres, catholiques, 
au nombre de 24. — H y a aussi 2 grandes basiliques, où siège' l'empereur*, 
et où s'assemble devant lui le sénat'. — H y a 324 rues, grandes et spacieuses. 
— H y a 2 grands capitolia, — Il y a 80 idoles*" d'or, et 64 idoles*' d'ivoire. — 
Il y a 46 mille 63" maisons d'habitation, et 1797*' maisons des grands**. — Il y 
a 1352 canaux'" qui projettent les eaux. — Ily a 274 boulangers qui fonctionnent 



1. Jac. Edess., ad ann. 227. La prise de Rome par Totila eut lieu en décembre 546. — 2. Lire : 
).-V-)ooi. — 3. xdcCTTpa. Proc. : èv x«»'P''p 'AXYr)56v( {B. G., III, 21). — 4. Ce texte de la description 
de Rome a été édité par Guidi, Bulletino délia Comm. arch. di Roma, 1891, p. 61 sqq. Dans le 
même recueil (ann. 1885, p. 218 sqq.) le même savant avait édité et commenté le texte du ms. syr. 
145 du Vatican (Mai, Nov. coll., t. X, p. 359; cf. p. xij), collatioané avec celui de Londres, add. 
12154 (Land, III, 323). Nous avons déjà rencontré plus haut (texte, p. 49 ; trad., t. I, p. 81) une 
troisième recension de cette description. Dans les notes qui suivent ici nous désignons par L, V, 
M, les textes de Londres, du Vatican et de Michel. Pour un commentaire plus développé, voir les 
deux opuscules cités de Guidi. Je leur emprunte les conjectures et restitutions proposées ci- 
après. — 5. Ms. Rôm[e)laos. — 6. Cf. tome I, p. 56, 81. -^ 7. Ou bien : « où habite ». — 8, Lit- 
tér. : rex, — 9. M : « le peuple ». — 10. V : « dieux » ; M, L : « statues ». Le Breviarium latin 
porte : dei aurei. — 11. V : « dieux », M : « statues », L omet. - 12. V : 46t}03 ; L : 46793 ; M : 
46063. Ce sont les « insulae ». — 13. M : 797. — 14. M,: « des princes » (dans la Notitia : domus 
Mdcgxc). — 15. V : vûboT-jU); L : «ao'îtjlo ; M : lao^U-^O (xavâXYjç). 

II. 31 



242 GHROINJIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

et donnent la nourriture* aux habitants de la ville, en dehors de ceux qui tra- 
vaillent pour eux-mêmes et vendent dans la ville. — Il y a aussi 5 mille sépulcres, 
où ils rassemblent* et ensevelissent (les morts). — Il y a 31 grandes bases 
de marbre. — H y a 3785 statues d'airain des rois et des préfets ^ — H y a aussi 
125* statues d'airain de la famille d'Abraham, de Sara, de Hagar, et des rois de 
la famille de David, qu'y avait transportées Vespasianus lorsqu'il détruisit 
Jérusalem^ et enleva ses portes d'airain et les autres choses ^ — H y a aussi 
2 très grandes® statues de héros'. — [3*0] Il y a deux colonnes en colimaçon'*. 
— Il y a deux cirques® et trois théâtres, — Il y a 2 'wdry^^^ et 4 'wldC^^. — Il 
y a 11 'wlmphy'' **. — Il y a 22 chevaux d'airain, grands et puissants. — Il y a 56 *' 
bains. — Il y a 4 ^rbiliqwri. — Il y a i^tinwn 'nphtwr^\ — Il y a 2 r.xptii^olœ. des 
chevaux d'airain*' spéciaux. — Il y a 45 sistra**. — Il y a 2 mille 3 cents dépo- 
sitaires*' d'huile publics. — II y a 291 prisons*^ 'sphwq"\ — H y a dans le voi- 
sinage *" 254 latrines publiques. — Il y a 673** éparques^* pour garder la ville, et 
7^' qui ont l'autorité sur tous les autres. — Les portes de la ville [sont au 
nombre de 37; et son pourtour] " est de 26 myriades 6 mille et 36 pieds ^'\ qui 



1. ày/^cûva. Distinction entre les fours publics qui donnaient gratuitement le pain à ceux qui étaient 
munis de la tessera annonse et les boulangeries privées. — 2. « rassemblent », ou bien a se rassem- 
blent », Il s'agit peut-être des réunions, si fréquentes, aux tombeaux. — ■ 3. V et L de même. M 
paraît altéré en ce passage. — 4. V et L : 25 ; M : 29. — 5. V aj. : « d'airain ». — 6, V omet les 
mots « très grandes », qui peuvent traduire « colosses ». — 7. V ; ov»i;Lai>.çj^i « des héros de cette 
(ville) ». L et M omettent. — 8. L om. ; M : ^^Saaû, lire : .a^sao, cochlides, ou un autre dérivé 
de xo)(Xîaç Les colonnes de Trajan et d'Antonin. — 9. M : Uvso»^ û*^^^^so. (nâSia ôpojjn'wv (ou un 
autre dérivé de ôpa[A£Îv ; et non pas « des Romains », comme j'ai traduit plus haut). — 10. V, M ; 
U*>ol ; ce mot répondrait facilement à wSeîa ; mais c'est plutôt une corruption de U^oU = -rà Ostopta, 
amphitheatra duo. L : >^ ^cu^aû = xuviiYtov, qui a le même sens à la basse époque, — 11. M : 
\*\A îixol, par suite de l'omission d'une ligne. I ;-^ol est une corruption de XoûSo;. L omet. — 12. 
V : ^*aso| ; L omet; probablement une corruption de UQ^^o»! ou Ua^soj z=. njmphsea. -^ 13. V, L : 
926, Le nombre donné par la Notitia est 856 (var. : 956). L omet la suite jusqu'aux « portes », — 
14. Le traducteur primitif a coupé en deux un texte qu'il ne comprenait pas, et qui était apparem- 
ment : [xoopJêtxtXwv wvxivwv IxxouêiTopca ; M : ^»?a^).3tûl. — 15. « d'airain » est une interpolation 
(aussi dans V) qui n'est pas dans M. La phrase traduit : Castra equitum singulariorum duo, du 
Breviarium. — 16. Lupanaria ; grec : (reïa-rpa. Cf. Fr^nkel, Z. D. M. G., t. LVI, p. 99. — 17. Apo- 
thecarii. — 18. Sic V, M. Corriger : i-ilûû| ^»3 « magasins », correspondant aux horrea du Brevia- 
rium. — 19. M : l-ûaaûol ; ce mot corrompu est resté inexpliqué (spaciosa ?). — 20. M omet quelques 
mots, et joint le nombre 254 aux « prisons » (Supprimer la note 3, t, I, p. 82,). Le texte avait 
probablement ; àçeSpwvsç 3Y)iJ.6(Hot, que le traducteur aura lu : èç' â'ôpa. — 21. Sic V, M, et 
notre texte lui-même d'après la copie de Guidi. — 22, suapxot, vicomagistri, — 23. M : 707 
(ou 77?) — 24. Sic V, L; restituer; |^»»àls oii-» ôi^ «mo- ^*» low .'• |.s.a*o ,^I^L IM.,»^ ov\»L <;^*ooi, — 
25. V : 216036 ; notre chiffre 266036 se rapproche davantage de l'exactitude. 



LIVRE IX. GHAP. XXIX 



243 



forment 40 milles. L'étendue de la ville à l'intérieur, entre l'Orient et TOc- 
cident, est de 12 milles'. 

Par suite de la destruction de cette grande ville, qui fut brûlée tout entière 
à cette époque, par les Barbares, l'empereur Justinianus fut profondément 
affligé; lui et tout le sénat revêtirent des vêtements noirs. 

En ces jours-là, la douleur de l'empereur fut encore augmentée par la mort 
de feu l'impératrice Theodora ; elle arriva en l'an 20 de Justinianus, qui est 
l'an 859 (des Grecs)*. Il distribua beaucoup d'or pour (le repos de) son âme. 

Saint Anthimus et Theodosius [311] se présentèrent devant l'empereur; et 
ils étaient dans la paix et la joie parce qu'il leur permit de demeurer en paix 
dans leur opinion. — Fin. 



A cette époque, le couvent de Mar Si- 
méon le Stylite, dans la région d'An- 
tioche, brûla et fut totalement détruit. 

A cette époque^ il y eut de la pertur- 
bation et de la confusion dans les 
églises à propos du commencement du 
jeûne et delà Pàque, surtout à Constan- 
tinople*. 

En l'an 23 de Justinianus, Tarse de 
Cilicie, fut inondée par le fleuve qui la 
traverse*. 

A cette époque, il y eut un autre 
tremblement déterre et la ville de Lao- 
dicée fut renversée, Environ sept mille 
hommes y périrent\ — Dans la contrée 
de Mysie_, la moitié de la ville de 
Pompéiopolis^fut engloutie et ses habi- 
tants descendirent vivants dans la terre 
avec leurs demeures'. Le cri de leur gé- 



Le bienheureux patriarche Mar Seve- 
rus sortit de la vie temporelle et mourut 
à Alexandrie, dans le lieu appelé Ksouta ', 
le 8 de sébat (févr.) de l'an 850 des 
Grecs®. Les Orthodoxes établirent à sa 
place, comme patriarche pour le siège 
d'Antioche, l'excellent Sergius. — • Il 
vécut peu de temps, et après lui vint 
Paulus de Beit Oukamîn"*. 

Après saint Anthimus, qui avait aban- 
donné le siège de Constantinople**, vint 
dans cette ville Mennas*% vase de co- 
lère '*; — et ensuite Eutychus**. 

A Rome, après Agapit *% vint Vigi- 
lius*'. 

Les évêques de toutes les villes de 
l'empire des Romains se montrèrent 
pusillanimes, à l'exception (de ceux) du 
siège d'Alexandrie, qui fut cependantjeté 



1. V, L, M, ajoutent .* « et du nord au sud de 12 milles ». — 2. Jac. Edess., ad ann. 227, 
3. Ps.-D., ad ann, 856. — -i. Ps.-Den,, ad ann. 861. — 5, Land, II, 303 (ann. 852). Cf. ci-des- 
sus, p. 195. Malala, i>aïr. Gr., XCVII, 652, — 6. Lire ainsi. Cf. Malala, Pair. Gr., XCVII, 644; 
voir ci-dessus, p. 193. Répétition du même fait. — 7. ^w«î-^ûi>. 

8. Cette leçon est à corriger en ilams (Land, II, 248); transcription régulière du grec S6Vç. — 
9. Land, II, 248 ; Ps.-D., ad ann. 849 {B. O., II, 54). Jac. Edess., ad ann. 215. —10. Cf. Land, II, 
249; Jac. Edess., ad ann. 229. — 11. Ms. : Constantinos . — 12, Jac. Edess., ad ann, 213. — 13. 
Rapprochement entre le nom du patriarche et le mot syriaque mana « vase ». — 14. Jac. Edess,, 
ad ann. 225. — 15. Ms. : Agiptos. — 16. Ms, : Big{i)lios. Cf. Jac. Edess., ad ann. 215. 



244 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



missement s'éleva du milieu de la terre 
pendant longtemps sans que personne 
pût leur porter secours. — D'autres 
villes furent aussi renversées dans le 
même pays. 

A la même époque', sur le littoral de la 
Phénicie, la ville de Tripoli fut englou- 
tie, [309] ainsi que Beirout, Biblos, Bo- 
trys' et les villes de Galilée. La mer se 
retira à deux milles sur elle-même, et 
des navires gisaient sur le sol. 

A cette époque florissait à Alexan- 
drie Jean Philoponos '. 

A cette époque, les Romains enva- 
hirent le pays des Qardevs^ayê, des Ar- 
zanéniens, et des 'Arabayê*. — De son 
côté, Kosrau, roi des Perses, monta et 
s'avança jusqu'à Pétra', où il établit une 
garnison*. 

Les Romains luttèrent contre cette 
(ville) pendant sept ans ; enfin les 
Perses furent vaincus, et les Romains 
s'en emparèrent\ 

A celte époque, il y eut une disette 
de récoltes et un manque de fruits; 
elle eut lieu en la neuvième^ (indiction). 

Il y eut aussi une faim qui agissait 
sur l'âme et sur le corps : elle fut sui- 
vie de la peste. — Un homme mangeait 
en un instant dix litre de pain^ avec des 
fruits, gloutonnement et avidement; et 
alors qu'il était chargé et gonflé de 
nourriture, il n'était pas rassasié, mais 



dans l'hérésie des diophysites, au bout 
de vingt ans, par Paulus. 

Xenaias de Mabboug mourut h Gan- 
gres. Philoxenus, fils de sa sœur, pour 
un motif queje m'abstiens d'écrire, adhé- 
ra au [Synode] et devint [309] évêque 
en Cypre". — Thomas de Germanicia, 
Thomas de Damas, et d'autres dépen- 
dant d'Alexandrie, quittèrent ce monde ; 
et (aussi) Mara '" d'Amid. — Severus, 
alors patriarche, et quelques-uns du 
petit nombre de ceux qui faisaient la 
volonté de Dieu, dont la constance 
n'avait pas faibli et qui soutenaient la 
lutte, demeuraient dans la ville impé- 
riale, apaisaient l'empereur et exci- 
taient la sollicitude de l'impératrice en- 
vers les fidèles ; je veux parler de Con- 
stantinus de Laodicée et de Jean TÉgyp- 
tien; Petrus, Theddosius, Anthimus 
et quelques évoques, étaient confinés 
dans une forteresse et y étaient gardés. 

Thomas de Dara, Jean de Telia, An- 
toninus d'Alep, Sergius de Soura, Pe- 
trus de Res-'ayna étaient tous morts, 
et l'Orient était dépourvu de pontifes'*. 
Par nécessité et h cause du manque de 
pasteurs, dans la région des Perses, un 
certain Qîrôs ^*, évêque fidèle *% se trou- 
vait (seul) à consacrer et à établir des 
prêtres^ depuis la 1'"*' jusqu'à cette 8** 
(indiction). Afin que les chefs des cor- 
porations des fidèles ne soient pas 



1. Ps.-D., ad ann. 864. — 2. Rest. : .û»©!;^. — 3. Jao. Edess., ad ann. 215. — 4. Cf. ci- 
dessus, p. 205. — 5. Daas la Lazique. — 6. Jac. Edess., ad ann. 226. — 7. Jag. Edess., ad ann. 
227. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. XLVI § xxxii ; 1. XL VII, § Lxxir. — 8 èvatY) ; cf. Jac. Edess., ad 
ann. 227; Theoph., ann. Chr. 538. 

9. Cf. Bar Hebr., Chr. eccL, I, 215. — 10. Restituer : lU^o; ms. : Mnra. — 11. Ce passage et 
les suivants paraissent empruntés au eh. xit (perdu) du livre X de Zacharie. — 12. BH : -^olo, 
var. : ^^!>[^ {Chr. eccl, I, 218, n. 1). — 13. Év. de Singar (BH). 



LIVRE IX. GHAP. XXIX 



245 



avait faim, désirait et demandait du 
pain tandis que son ventre était rempli. 
Il mourait ainsi. 

Ensuite survint la peste des bœufs', 
dans tous les pays, mais principale- 
ment en Orient, pendant deux ans; de 
sorte que les champs étaient incultes, 
faute de bœufs *. 

Il y eut un nouveau tremblement de 
terre très violent dans la ville impériale, 
au mois de 'ab (août)' : beaucoup de 
maisons furent renversées et devinrent 
le sépulcre de leurs habitants. Des 
églises, des bains, et le mur qu'on ap- 
pelait « Porte dorée », s'écroulèrent 
aussi, — Dans ce tremblement de terre 
Nicomédie fut entièrement détruite. — 
Ces tremblements terribles eurent lieu 
pendant vingt [310] jours, comme 
pour inviter les hommes à la pénitence. 
On fait leur mémoire chaque année, 
par des rogations, dans une grande 
plaine* à sept milles de la ville impé- 
riale. 

De nouveau, en l'an 31 de Justinia- 
nus ' il y eut un violent tremblement 
de terre, et les deux murs de la ville 
impériale s'effondrèrent : l'ancien mur 
intérieur de Constantin, et lé mur ex- 
térieur de Théodose, Beaucoup de mai- 
sons s'écroulèrent. Les autres étaient 



blâmés, et que ceux qui avaient été or- 
donnés prêtres chez les Perses ne soient 
pas calomniés par les adversaires et 
ne courent aucun danger, les (évo- 
ques qui se trouvaient à Constantinople)" 
se montrèrent justement zélés et em- 
pressés ; ils méditèrent ce qui convenait 
et ils consacrèrent et établirent en Ara- 
bie, comme pontifes ', le moine Theodo- 
rus, homme diligent, qui se trouvait 
dans la ville impériale, et Jacques*, 
actif et laborieux, qui se montra par- 
tout très courageusement, visitant et 
encourageant (les fidèles). C'était [310J 
un homme austère et pauvre, très rapide, 
qui marchait comme Asaël". 11 était 
prêtre dans le monastère de Pesilta, et 
originaire du village de Gamoua, dans 
le mont Izala, Grâce au dépôt*" qui lui 
fut confié, il délivra plusieurs (fidèles) 
du pays des Perses **. 

En cette année *' mourut Mar Jean, fils 
de Cyriacus, qui était emprisonné à An- 
tioche, et aussi l'archimandrite Mar Jean 
Bar Aphtonia. 

En cette année "eut lieu l'ordination 
de deux évêques : les saints Jacques de 
Pesilta, pour Edesse, et Theodorus pour 
Hirta de Na'man, dans la ville impériale 
même, par les soins et les instances de 
Héret'*, et par la sollicitude de l'impé- 



1, Ja.g. Edess., ad aaa. 227. — 2. IîoL u'^a ^ (J. Ed.). — 3, Theoph., ann. Chr. 546; Cedren., 
ann, 27 Justiniani. — 4. xti[ATto;. — 5. Malala, Pair. Gr., XCVII, 707 ; cf. Cedren,, anno 31 ; Theoph,, 
ann, Chr. 550. Cf. Hist. du Bas-Emp., 1. XLIX, § xxxir. 

6. Sens indiqué parle contexte. — 7. Sic ms., mais de fait Jacques fut créé év. d'Edesse; cf. 
ci-api'ès, ligne 28, — 8. Jacques Baradée, de qui les monophysites de Syrie, ont reçu le nom de 
Jacohites. Cf. sa Vie dans Land, II, 249-257 ; 364-383 ; et Kleyn, Jacohus Baradseiis, etc., Leide, 
1882. — 9. Cf. II Reg., n, 18. — 10. uapaOrjxï). — 11. Le sens est : « Grâce au don des miracles 
qu'il avait reçu, il guérit, etc. » ; cf. Land, II, 366. — 12. Ps.-Den., ad ann. 849. — 13. Jac, Edess,, 
ad ann. 220. — 14. Le nom est ainsi vocalisé dans le ms, à différentes reprises. Le roi Ghassa- 



pide Arétas V, jj- 



o ^X^. 



246 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



lézardées, crevassées et chancelantes. 
Il ne resta pas un édifice qui ne portât 
la marque du tremblement de terre. 

Dans cetremblement de terre, la ville 
de Rhegion^ fut renversée de fond en 
comble; au point qu'on ne reconnaissait 
pas qu'il y avait eu une ville. La grande 
colonne impériale de porphyre qui 
se dressait devant le palais de l'Hebdo- 
mon*, et sur laquelle se trouvait la 
statue de l'empereur, tomba aussi après 
avoir été arrachée et projetée en l'air par 
la violence de la secousse ; elle retomba 
le haut en bas et s'enfonça dans la terre, 
à la profondeur de huit pieds. — Beau- 
coup de villes et de villages furent ainsi 
détruits. — On n^avait jamais entendu 
dire qu'il y eût eu dans les tremble- 
ments antérieurs un pareil à celui-ci, 
par lequel la terre fut secouée et agitée 
de côté et d'autre, comme les arbres 
par le vent^ pendant dix jours et (dix) 
nuits. 

Botrys, ville de Phénicie', située sur 
le bord de la mer, s'écroula dans ce vio- 
lent tremblement; la grande montagne 
qui dominait la ville, et qu'on appelle 
« Masque de pierre * », fut ébranlée, 
soulevée subitement par la violence de 
la secousse, et une grosse fraction tomba 
dans la mer ; [311] elle fut projetée au 
loin dans la mer par le tremblement de 
terre; elle s'y enfonça et forma un bar- 
rage en face de la ville sur une grande 
longueur ; la mer se trouva à l'intérieur ; 



ratrice Theodora. Le pape Theodosius 
les ordonna. 

A Edesse, les Chalcédoniens avaient 
comme évêqut, le 38", Amazon^ qui re- 
bâtit et orna la grande église de cette 
ville. 

Jacques de Pesilta, qui avait été or- 
donné pour Edesse, circulait par tous 
les pays d'Orient et donnait l'ordination 
aux Orthodoxes. Il se montrait sous l'ha- 
bit d'un mendiant, surtout en route, par 
crainte des persécuteurs. 

Héret, fils de Gabala, foi des Taiya- 
yê chrétiens, et ses familiers étaient fort 
scandalisés du Synode, et ne mangeaient 
pas même le pain avec les Chalcédo- 
niens. Éphrem le Juif, d'Antioche, fut 
envoyé près d'eux, avant sa mort, par 
Tempereur. Il dit à Héret ; « Pourquoi 
êtes-vous scandalisés à notre sujet et au 
sujet de l'Église? Héret répondit : 
« Nous ne sommes pas scandalisés au 
sujet de l'Eglise de Dieu, [311J mais 
par le mal que vous avez causé à la foi. 
Nous nous éloignons (de vous) parce 
que vous introduisez une quaternité au 
lieu de la Trinité, et que vous obligez 
les hommes à renier la vraie foi. » — 
Éphrem ajouta encore : « Il te paraît 
donc juste, ô roi, qu'une assemblée de 
630 personnes, à moins que ce ne soient 
des comédiens*, soit anathématisée; et, 
étant donné que tous étaient évoques, com- 
ment pourrait-on mépriser tous ceux-ci 
et accepter le petit nombre de ceux qui 



l. Sic ms. Il s'agit du faubourg de Byzance appelé Tiiytov. — 2, ^«iv)©»^!. — 3. Ps.-Denys., ad 
ann, 868. Malala., Pair. Gr., XCVII, 704. — 4. Ateoitpoawitov. 
5. Jac, Edess., ad ann. 227. — 6. [t-iiLot;. 



LIVRE IX. GHAP. XXIX 



247 



[il resta une entrée]* du côté de la mer, 
de sorte qu'il y eut un vaste et mer- 
veilleux port, capable de contenir les 
grands navires. 

Quand eut lieu ce terrible tremble- 
ment de terre% à Beirout, et dans les 
autres villes du littoral de la Phénicie, 
la mer se retira, par l'ordre de Dieu, 
l'espace d'environ deux milles. Le fond 
de la mer fut à découvert, et on y vit 
beaucoup de choses, et des navires qui 
avaient fait naufrage, pleins de marchan- 
dises. Et au lieu [d'être effrayés]' par 
ces horreurs, ceux qui [étaient sur le 
bord de la mer] coururent [avec empres- 
sement] pour s'emparer de ces trésors 
cachés [dans les profondeurs] ; ils y en- 
trèrent et les chargèrent pour les retirer. 
D'autres se précipitèrent pour y entrer 
[à leur tour] ; la puissance terrible de la 
mer revint et les engloutit dans ses 
profondeurs, par le secret dessein de 
Dieu. Ceux qui n'étaient encore que sur 
le bord, voyant que la m.er revenait, 
s'enfuirent pour échapper, mais le trem- 
blement de terre renversa les édifices 
sur eux, et ils furent ensevelis. — Cela 
arriva dans toutes les villes du littoral, 
et surtout à Beirout, où le feu prit après 
la destruction de la ville ; Pincendie 
dura deux mois ; les pierres même 
furent consumées et transformées en 
chaux. — L'empereur Justinianus en- 
voya beaucoup d'or : on rechercha les 
cadavres des victimes pour les enseve- 
lir, et on rebâtit une partie de la ville. 



sont hérétiques ? » - — Héret lui répondit 
en disant : « Je suis un barbare et un 
soldat; je ne sais pas lire les Ecritures, 
cependant, je te proposerai un exemple : 
quand je commande à mes serviteurs de 
préparer un festin à mes troupes, de 
remplir les chaudières de viande pure 
de mouton et de bœuf, et de la cuire, 
s'il se trouve dans les chaudières un rat 
nain, par ta vie, patriarche ! toute cette 
viande pure est-elle souillée par ce rat, 
oui ou non? » — Celui-ci répondit : 
« Oui ! » — Alors Héret reprit : « Si 
une grande masse de chair est corrom- 
pue par un petit rat infect, comment 
toute l'assemblée de ceux qui ont adhéré 
à cette hérésie impure ne* serait-elle 
pas souillée*? Car tous ont donné par 
écrit leur adhésion au Tome de Léon, 
qui est ce rat infect. » — Ephrem ne 
pouvant faire changer Héret d'avis, 
commença à le tourmenter pour qu'il 
participât à la communion que lui 
Ephrem, lui donnerait. Le roi Héret" 
lui dit : « Aujourd'hui, prends place avec 
nous au festin. » Et il commanda, en 
langue arabe, à ses gens, de n'apporter 
h la table que de la viande de chameau. 
Quand ils l'eurent apportée, Héret dit 
à Ephrem : « Bénis notre table ». Il fut 
troublé et ne la bénit pas. Héret man- 
gea selon sa coutume. Ephrem dit : 
« Vous avez souillé la table, car vous 
avez apporté devant nous de la viande de 
chameau. » Héret répondit : « Pourquoi 
veux-tu me contraindre de prendre ton 



1. Compléter : li:>^vv> ©v^ ^■^o (Ps.-D,). — 2. Ps.-Den., ad aaa. 870; cf. L and, II, 326. — 3. Com- 
plété d'après le Pseudo-Denys que l'auteur abrège ici. 
4. cL.û>is<»|. — 5. Ms. : Hirta. 



248 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



A cette époque * surgit l'hérésie des 
Agnoètes, ce qui signifie « ignorants ». 
Elle surgit à Alexandrie. Ils interpré- 
tèrent stupidement cette maxime * : 
« Personne ne connaît le jour ni 
l'heure », et ils prétendirent que « le 
Fils ne connaît pas ce jour »; ils pri- 
vaient le Fils de Dieu de cette connais- 
sance qui a été communiquée par la 
grâce même aux prophètes. — r Ils re- 
cueillirent des témoignages des Ecri- 
tures pour le prouver. 

L'évéque Euseb[ius] (?) devint leur chef 
l'Eglise, — Fin de ce récit. 



oblation, puisque tu te crois souillé par 
ma nourriture ? Sache donc que ton 
oblation est plus méprisable pour nous 
que ne l'est pour toi cette viande de 
chameau que nous mangeons; car en elle 
se trouvent cachés l'apostasie et l'aban- 
don de la foi orthodoxe. <) Ephrem rou- 
git ' et s'en alla, sans avoir pu séduire 
Hère t. — Fin. 



et fut aussi anathématisé avec eux par 



CHAPITRE [XXX]. — [312] Bu synode que Justinianus rassembla à Cons- 
tantinople et quon appelle Cinquième synode; de la persécution qu'il fit 
subir aux Orthodoxes ; et des hérésies qui surgirent de son temps. 



Les hérésies qui surgirent du temps 
de Justinianus 11 (P"") sont celles-ci : 

I. Les Borboriens*, qui sont appe- 
lés dans notre langue Maliounê ". C'est 
une secte des Marcionites. Quand les 
Manichéens furent chassés du pays des 
Perses, ils vinrent dans le pays des Ar- 
méniens. Ils étaient revêtus de l'habit 
du monachisme et leurs femmes (por- 
taient) pareillement des vêtements noirs, 
afin de passer pour saints. Ils passèrent 
en Syrie et s'emparèrent des couvents 
des persécutés, où ils s'assemblaient et 
se multipliaient *. Leur impudicité ayant 



Après la mort' de la fidèle Theodora, 
d'aucuns pressaient l'empereur de réu- 
nir ceux qui n'avaient pas accepté le Sy- 
node, dans l'espoir que, voyant l'impé- 
ratrice morte, ils auraient peur et l'ac- 
cepteraient. — L'empereur appela tout 
d'abord Jean d'Asie, et se mit à l'exhor- 
ter à réunir tous ceux de Syrie, pro- 
mettant les honneurs. Il ordonna aussi 
de pourvoir aux dépenses. Jean refusa, 
et l'empereur en envoya un autre. 

Il vint environ quatre cents évêques, 
qui passèrent toute une année en dis- 
cussions. L'empereur, voyant qu'ils ne 



1. Jag. Edess., ad ann. 228. Cf. Léon. Byzant., de Sectis, Act. x; Niceph. Cal., H. E., XVIII, 
xxxvr. — 2. Marc, xur, 32. 

3. Lire : ^^L\ (?). 

4. Bopêoptavot; Borhoritse. — - 5. BH ; Ua_.~i,yj, maliounayê. — 6. Peut-être : « y faisaient leurs of- 
fices ». 

7. Pseudo-Den., ad ann. 874. 



LIVRE IX. GHAP. XXX 



249 



été découverte, les gens commencèrent 
à les prendre en horreur. A la fête de 
leur impiété, ils prennent un petit en- 
fant d'un an qu'ils piquent avec des ai- 
guilles, comme font aussi les Mani- 
chéens, et avec le sang qui en découle 
sur de la farine, ils fabriquent leur im- 
pure oblation. Ils mélangent aussi avec 
le sang d'un homme, celui d'une poule 
blanche. S'il arrive qu'un chrétien en 
mange, il perd l'esprit et s'attache à eux 
jusqu'à la mort. — Ensuite, étant réu- 
nis dans une maison, ils éteignent les 
lumières, les hommes saisissent les 
femmes, sans rien dire; chacun prend 
celle qui se rencontre, et, que [ce soit sa 
mère] ' ou sa sœur, il se souille avec 
elle jusqu'au matin. — Cette hérésie se 
distinguede cellede Mânîpar cesommeil 
impudique. — Au matin ils sortent, 
ayant revêtu leurs habits noirs, et ils cir- 
culent en se proclamant des chrétiens ! 
II. A cette époque parut à Edesse un 
écrivain appelé Stephanus bar Çoud- 
yahh-li^. Il se mit à faire de lui même 
des commentaires. Il paraissait pieux, et 
en sortant de son monastère, il alla trou- 
ver Xenaias de Mabboug pour le séduire 
et lui faire dire, comme lui, qu'il y au- 
rait un terme au châtiment ; que, selon 
le péché qu'on aurait commis, on serait 



faiblissaient point, les congédia, et ils 
s'en allèrent chacun dans son pays. 

Mennas de Constantinople mourut; 
il eut pour successeur Eutychus' d'A- 
masia*. L'empereur ayant découvert et 
reconnu qu'il professait l'hérésie des 
Sabbatiens le chassa. — On mit à sa 
place Jean*, qui anathématisa Euty- 
chus, Eutychus anathématisa Jean : et 
Dieu (les anathématisa) tous les deux. 

Constantinus, de Laodicée de Syrie, 
soutenait la lutte de la persécution. 11 
était accoutumé à une grande absti- 
nence : depuis la fête de l'Epiphanie 
jusqu'à la Résurrection, en quelque lieu 
qu'il se trouvât, il vivait en reclus. 
Quand il eut été appelé à la ville impé- 
riale, les grands et les femmes nobles 
s'assemblaient pour entendre sa doc- 
trine et recevaient de lui la communion. 
Quelques-uns lui dirent : « Il faut que 
tudonnes unedirection, et que vous vous 
unissiez à l'empereur. » Il leur répon- 
dit : « Quelle direction peut conduire à 
la vérité mieux que la vérité même? Si 
nous voulons une direction, attachons- 
nous à la vérité : elle nous dirigera, et 
ce n'est pas à nous de la diriger. Car 
pour moi, je n'ai point appris, ni pra- 
tiqué d'autre direction en dehors de la 
vérité. » — Quand il se rendit près de 



1. Compléter ainsi d'après BH. — 2. Cette orthographe est particulière à notre ms. Sur les diffé- 
rentes formes du nom, voir Thesaur. syriac, col. 3377. Sur le personnage et sur l'influence dans 
la littérature syriaque de son ouvrage panthéiste intitulé Le Livre de Hiérothée, cf. Wright, Sy- 
riac Literature, p. 76; Duval, La Littérature syriaque, t^. 359 ; Frothingham, Stephen bar Sudaili ; 
Leide, 1886. 

3. Jac. Edess., ad ann. 225, — 4. Rest. : Umvsl. Eutychius était apocrisiaire de l'évêque 
d'Amasia (Evagr,, H. E., IV, xxxviii). — 5. Jean de Sirminou Sirimis ; o èx toO Stpc^toî (Evagr,, IV, 
xxxvni); Jac, Edess., ad ann. 238; Ps.-D., ad ann. 853. 

n. 32 



250 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



châtié pendant un an ou plus ou moins ; 
que si l'on était justifié, on jouirait de 
même, et qu'ensuite aurait lieu le mé- 
lange des justes et des impies. Il s'appuya 
sur cette parole de Paul ' : « que Dieu soit 
tout en tous », et il supprima les expres- 
sions de « vie éternelle » et « supplice 
éternel. » — Mar Xenaias lui ayant fait 
connaître que telle était l'hérésie d'Ori- 
gène, pour laquelle celui-ci avait été 
anathénîatisé_, il prit ses livres pendant 
la nuit et s'enfuit en Palestine. [313J 
Plusieurs lui adressèrent des remon- 
trances qu'il n'accepta pas. Il fut ana- 
thématisé. 

III. A cette époque, une autre er- 
reur se répandit par un moine nommé 
Jean, originaire d'Apamée*. — Celui-ci 
alla à Alexandrie et se joignit à ceux 
qui étudient les doctrines profanes et 
la médecine. S'étant laissé induire en 
erreur, il disait « que Dieu est un être 
sans commencement; après un certain 
temps, il engendra sept fils ; de ceux-ci 
sortit une foule innombrable d'autres 
(fils). Chaque pensée conçue par Dieu 
ou par ceux qui naquirent de lui, en- 
gendre des hypostases vivantes. » — 
Lorsqu'il revint, il se retira au désert ; 
il fit des livres sur la perfection, dans 
lesquels est cachée son hérésie. On les 
appelle « de Jean le Moine ». 

Xenaias de Mabboug combattit aussi 
cet (hérétique) ; il détruisit son couvent, 
et brûla publiquement ses livres à An- 



l'empereur et combattit les hérétiques, 
toute la lutte reposa sur lui'. L'empe- 
reur irrité lui dit : « C'est aujourd'hui 
samedi; mais lundi tu ne sortiras pas 
avant d'avoir souscrit. » Il fut indigné 
et dit : « Si Dieu m'exauce*, il ne me 
ramènera pas lundi, et je ne verrai plus 
votre face, » Il s'en alla à sa demeure, 
entra devant l'autel, et pria en disant : 
« Seigneur, prends mon âme*. » Aussi- 
tôt il tomba malade. A la veille du lundi 
il entra de nouveau devant l'autel, se 
mit à genoux en prière, répéta la même 
parole, et mourut en cet endroit. — 
Comme il tardait, son diacre entra [313] 
et crut qu'il était à genoux en prière. 
Ayant dit : « Bénis-moi, seigneur! » 
sans qu'il répondît, il s'approcha de lui 
et le trouva inanimé. Il sortit en pous- 
sant des cris etinforma ses compagnons. 
Des foules s'assemblèrent; l'empereur 
vint lui-même avec ses grands et assista 
avec crainte et tremblement h ses funé- 
railles; et le bienheureux fut enseveli 
avec honneur. Que par ses prières, la 
divine providence conduise son Eglise 
et son peuple pour toujours ! 

A cette époque, Theosebius, arche- 
vêque d'Ephèse, fut requis de monter à 
la ville impériale pour recevoir le sy- 
node de Chalcédoine^ Il demanda un 
délai de trois jours et alla se prosterner 
devant l'autel, priant, veillant et jeû- 
nant. Au bout des trois jours, il convo- 
qua les clercs et leur dit : « Maintenant, 



1. I Cor., XV, 28, — 2. Cf, Bibl. or., I, 430 ; III, r, 50. R, Duval, La Littér. syriaque, p. 240, et 
spécialement l'exposé de Théodore Bar Kounî (H. Pognon, Inscriptions mandaites des Coupes de 
Khouabir, p. 142, 207), 

3. Cf, Pseudo-Denys, ad ann. 855, — 4. Litt. : « me connaît ». — 5. Ou simplement : « prends- 
moi >;. — 6, U^oi^'i^». 



LIVRE IX. CHAP. XXX 



251 



tioche; et bientôt après cette hérésie 
s'éteignit. 

(IV). A cette même époque^ Jiilia- 
nus évêque d'Halicarnasse, en Carie, fit 
naître une hérésie en enseignant que, 
dès le sein de la Vierge, Notre-Seigneur 
avait fait son corps impassible, immor- 
tel, incorruptible. De sorte que, d'après 
lui, la passion et la mort qu'on trouve 
qui ont suivi sa naissance sont des ap- 
parences [,des.. ]' et des fictions. 

— Alors saint Severus le réfuta par des 
exemples tirés des Livres saints. Mais 
son hérésie pervertit l'esprit des gens 
simples, en certains lieux, dans les pays 
des Romains, des Perses, des Indiens, 
des Kousites, des Himyarites, des Ar- 
méniens. Les partisans de l'opinion de 
Julianus prétendaient que Severus at- 
tribuait la corruption au Verbe et disait 
« que le corps de Notre-Seigneur fut cor- 
rompu et se putréfia dans le tombeau. » 
(V), A cette même époque surgit 
rhérésie des Trithéites, (suscitée) par 
Jean Asquçnâgès, ce qui veut dire : 
« fond d'outre* ». — Ceux-ci comptent 
dans la Trinité des natures, des essences, 
des dieux. 

Un certain Samuel, surnommé Petrus_, 
originaire de Res 'ayna de Mésopotamie^ 
était versé dans les écrits des Syriens ; il 
était interprète, et menait une conduite 
excellente. Pendant l'espace de vingt 
ans, il avait étudié les livres grecs et les 
doctrines profanes. Jean Fond-d'outre 



pourvoyez-vous d'un évêque, car je 
m'en vais vers le Maître de tous les rois, 
pour ne pas m'associer à ceux qui divi- 
sent le Christ en deux natures. » — La 
nuit même il mourut, et chacun admira 
la vertu de sa prière. — Il eut pour suc- 
cesseur Hypat[ius], qui fut reconnu ma- 
nichéen et fut déposé. — Andréas lui 
succéda. 

A cette époque vivait Mar Ahoudem- 
meh, évêque dans le pays des Perses, 
homme instruit et saint'. Les Nestoriens 
de Nisibe et des environs s'élevèrent 
contre lui, et le bienheureux fut con- 
traint de paraître devant Kosrau, roi 
des Perses. Ils amenèrent le catholicos 
des Nestoriens : et par des démonstra- 
tions empruntées à l'Ecriture et h la 
nature, le saint vainquit le catholicos. — 
Kosrau et ceux qui étaient avec lui ad- 
mirèrent la science et la sagesse d'Ahou- 
demmeh et le louèrent. — Sur l'ordre 
du roi les deux partis s'assemblèrent. 
Les Orthodoxes se trouvèrent être cinq 
fois plus nombreux que les Nestoriens. 
Kosrau leur donna la liberté de bâtir 
une église et de se montrer ouvertement ; 
les Nestoriens furent humiliés*. 

Du synode que Justinianus j'éunitdans 
la ville impériale de Constanlinople . — 
En l'an 26 de Justinianus, qui est l'an 
864 des Grecs", un synode s'assembla 
dans la ville impériale ; et, pour qu'on 
sache bien qu'il ne s'agit pas de l'autre®, 
il fut appelé Cinquième Synode. 



1. Lacune d'un mot. — 2. Selon l'interprétation vulgarisée par Assemani. « Potius cujus calcei 
ex utre facti sunt ». Payne-Smith, Thés, syriacus, col. 2046. 

3. Sa biographie inédite se trouve au British Muséum (Add. ms., 14645). Cf. Wkight, Cat., 
p. 1113. — 4. Littér. : « souffletés ». — 5. Jag. Edess,, ad ann. 227. Ps.-D., ad ann, 872 ; il est 
cité ici à peu près textuellement, — 6. Pour le distinguer du synode de l'an 381. 



252 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



s'attacha à lui ; et après s'être légère- 
ment instruit dans les doctrines profanes, 
il tomba dans l'hérésie des Ariens. — 
Ayant été réfuté par Samuel, il garda le 
silence. Or, Samuel [314! étant mort 
dans la ville impériale, ce Jean préten- 
dit occuper sa place et se montrer phi- 
losophe, 11 se présenta devant l'empe- 
reur. Et quand celui-ci l'interrogea sur 
sa croyance, il dit : « Je confesse des na- 
tures, des essences, des divinités, selon 
le nombre des personnes. » — L'em- 
pereur s'irrita et dit : « Par le Christ, 
cet homme est un païen ; faites-le sor- 
tir de ma présence et chassez-le 1 » — 
Jean d'Asie dit : « Nous mêmes nous 
fûmes méprisés à cause de lui*, et nous 
le blâmâmes. » — Aussitôt, à cause de 
sa hontCj il alla composer un livre 
d'Extraits* : « Les Pères, disait-il, 
comptent des natures et des divinités 
dans la Trinité ». — Comme chacun le 
réprimandait et lui disait : « S'il en est 
comme tu dis, le Fils n'est plus consub- 
stantiel au Père, mais chacun des dieux 
que tu proclames est indépendant des 
autres ; » cet impie répondait : « Oui, 
certes; et je ne fais point une Trinité 
restreinte et misérable, ayant le désir 
de s'étendre et de se dilater. » — Le 
patriarche Theodosius fut informé à 
son sujet; il l'excommunia et l'anathé- 
matisa. — Lorsqu'il était blâmé et ré- 
primandé, il montrait les apparences 
de l'humilité, (disant) qu'il était ca- 
lomnié. 



Il y avait à ce synode trois patriar- 
ches : Eutychus de Constantinople 
même; Apollinarius d^ Alexandrie, et 
Domnus d'Antioche. Vigilus * de Rome 
se trouvait bien dans la ville impériale, 
parce que Rome était dévastée; mais il 
ne vint point a l'assemblée, sous pré- 
texte de ne pas [314] être méprisé en 
étant compté avec ces trois; ce qui est 
le comble de l'arrogance et de l'insanité. 
Mais, comme ils se trouvaient tous les 
quatre dans la ville, on dit que ce fut 
le plus glorieux de tous les synodes. Il 
y avait aussi beaucoup de métropolitains 
etd'évêques. — Parmi eux, il y avait des 
Chalcédoniens, qui vinrent pour faire 
l'apologie du synode de Chalcédoine, 
(prétendant) : « qu'il n'avait point pro- 
fessé l'opinion de Theodoretus, ni celle 
de Theodorus; que la lettre d'Ibas au 
persan Marî n'avait pas été lue et accep- 
tée. » 

Or*, le synode confirma l'anathème 
d'Origène, qu'avait porté Justinianus 
lui-même, de Theodorus et de sa doc- 
trine, de Theodoretus et de tout ce qu'il 
écrivit, et aussi de la lettre d'Ibas. A 
cause de cela tout le pays d'Italie, 
c'est-à-dire de Rome, fut troublé. Vigi- 
lus demandait pourquoi anathématiser 
Theodoretus 130 ans après sa mort. 

Ensuite, Vigilus accepta lui-même le 
synode ; mais il y eut de nombreux schis • 
mes et divisions, et il ne fut pas admis 
partout le monde. 

Le synode établit xiv chapitres % 



1. Parce qu'il se donna comme appartenant à la secte des monophysites (BH). — 2. ki.ei-', Ex- 
cerpta, ou Recueil de passages des Pères. 

3. Bigilos. — 4. Cf. Land, II, 385. — 5. •xe^aXata, 



LIVRE IX. CHAP. XXX 



- 253 



{VI). Photinus*, prêtre d'Antioche, 
composa aussi des livres dans la ville im- 
périale et proclama des essences et des 
divinités. Ayant été condamné par le 
pape Theodosius, il cessa momentané- 
ment; puis il retourna, comme le chien, 
à son vomissement. 

(VII). Theodosius, moine^ du pays de 
Cappadoce, erra aussi et blasphéma en 
disant que la divinité du Fils n'est pas la 
divinité du Père. Et h cause de cela, il 
fut méprisé de tout le monde et anathé- 
matisé. 

(VIII). lien fut de même d'Athanasius, 
fils de la fille de l'impératrice Theodora . 
Amonites'*, moine édessenien, l'avait 
élevé, et quand celui-ci mourut, il eut 
pour précepteur Sergius, prêtre de 
Telia, qui devint ensuite patriarche 
d'Antioche, Il embrassa aussi l'hérésie 
des Trithéites, et regardait Jean Fond- 
d'outre comme un saint. — Athanasius 
ébranla' même le patriarche Sergius. 
L'empereur voulut persuader à Theo- 
dosius de faire Athanasius prêtre pour 
Alexandrie ; Theodosius jura qu'il ne fe- 
rait point d'ordination hors de son siège. 
Quand Theodosius mourut, l'empereur 
voulut faire établir Athanasius à sa 
place. Dieu ne permit pas que cela se 
fît. Car l'empereur, ne jugeant pas que 
cela se pouvait faire sans la participation 
des Alexandrins et leur assentiment, 
[31S] envoya (consulter) à Alexandrie. 
On répondit : « Renvoie Apollinarius, 
qu'il prenne sa place. » L'empereur n'y 
consentit point. Quand Apollinarius 



dont il doit être blâmé, parce qu'il s'y 
montre en contradiction avec lui-même, 
attendu que les uns sont contre le synode 
de Chalcédoine et que les autres le 
louent. 

Chapitres du V^ Synode'' . — (I). Si 
quelqu'un ne confesse pas que la nature 
et substance' du Père, du Fils et l'Es- 
prit-Saint est une Trinité égale en na- 
ture, et adorable dans ses trois hypos- 
tases : qu'il soit anathème! Un, en effet, 
est Dieu, qui est au-dessus de tout ; un, 
est le Seigneur Jésus-Christ, par qui 
tout existe; un est l'Esprit-Saint, vivifi- 
cateur, et Seigneur de tout. 

(II). Si quelqu'un ne confesse pas qu'il 
y a deux naissances du Verbe-Dieu : 
l'une spirituelle et incorporelle, de Dieu 
le Père, éternelle, et antérieure aux 
mondes et aux temps; et l'autre qui eut 
lieu aux derniers jours, quand il des- 
cendit du ciel et s'incarna, par l'Esprit- 
Saint, de Marie toujours vierge : — 
qu'il soit anathème ! 

(III)*. Si quelqu'un dit qu'autre est 
Dieu le Verbe qui fit des miracles et 
autre le Christ qui a souffert; ou dit que 
Dieu le Verbe est avec le Christ qui na- 
quit de la femme, ou qu'il est en lui 
comme un autre dans un autre; ou si 
(quelqu'un) ne confesse pas qu'il est un 
seul et même [31dj Seigneur Jésus, c'est- 
à-dire le Verbe-Dieu incarné et fait 
homme, auquel appartiennent les mi- 
racles et les souffrances ^qu'il a subies 
volontairement pour nous dans la chair : 
— qu'il soit anathème! 



1. Ou : Photianus. — 2. BH : «fla^^o»!. Amantius? — 3. Lire : Lj]o. 

4. Texte grec dans Mans), IX, 375 sqq, — 5. oûdta, — 6. Cf. ci-dessus, p. 117. 



254 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



mourut, un autre fut établi, et Athana- 
sius resta. Se voyant déçu dans son es- 
poir, celui-ci propagea l'hérésie des Tri- 
théites. C'était un simple frère auquel 
se joignirent Conon, de Tarse en Cili- 
cie,. et Eugène, de Séleucie d'Isaurie', 

Theodosius* fit avant sa mort un 
Traité contre les polythéistes. Il convo- 
qua tous les fidèles et les avertit de ces- 
ser toute dispute. Or, les adversaires se 
mirent à répandre le bruit que le pa- 
triarche pensait comme eux. Alors 
Theodosius fut obligé de faire un Traité 
contre ces nouveaux Ariens qui confes- 
saient trois dieux, et contre les Sabel- 
liens, qui professaient une seule per- 
sonne sous trois noms, et disaient que 
la Trinité entière s'était incarnée. 

Ensuite Fond-d'outre fut convoqué, 
mais il ne rétracta point ses blasphèmes, 
et il fut excommunié de l'Eglise, Il ne 
survécut pas longtemps, et mourut. 
Theodosius permit h grand'peine de 
l'enterrer. 

(IX). Aprèscelui-ci vinrent Amphîkos * 
et d'autres qui disaient que quiconque 
n'attribue pas à chaque personne la 
substance, la nature et la divinité, fausse 
la notion des personnes de la divinité; 
que quiconque confesse un seul Dieu et 
n'en confesse pas trois, tient la foi des 
Juifs, Ils colligèrent* des témoignages 
des Pères, — A la fin, Amphîkos et le 
fils de Fond-d'outre acceptèrent le 
synode de Chalcédoine et roulèrent de 
fosse en fosse. 



(IV) ^ Si quelqu'un dit que l'union de 
Dieu le Verbe avec l'homme a été faite 
selon la grâce, ou l'opération, ou la di- 
gnité, ou l'égalité d'honneur, ou l'auto- 
rité, ou l'affinité, ou l'élévation, ou la 
puissance ; — ou en ce sens que Dieu le 
Verbe s'est complu en Fhomme et a 
voulu du bien à cet homme, comme l'a 
dit Theodorus, dans son insanité; — ou 
selon la synonymie, d'après laquelle les 
Nestoriens, dans leur ineptie, appelant 
Dieu : Verbe, Fils et Christ, et l'homme 
séparément : Christ et Fils, disent ma- 
nifestement qu'il y a deux personnes^, 
prétendant qu'il n'y a qu'une personne ', 
un Fils, un Christ seulementpar le nom, 
l'honneur, la dignité, l'adoration, ne 
confessant pas que l'union de Dieu le 
Verbe et de la chair animée d'une âme 
raisonnable et intelligente a eu lieu se- 
lon la composition, c'est-à-dire a été 
hypostatique^, comme nos saints Pères 
l'ont enseigné, de manière à former une 
seule hypostase composée qui est Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, un de la Trinité : 
— qu'il soit anathèmeî Comme Funion 
peut être entendue en plusieurs sens', 
ceux qui suivent iniquement Apolli- 
narius et Eutychès, comprenant une 
union qui altère ceux qui sont unis et 
entrent en composition, introduisent la 
confusion; d'autres, partisans de Theo- 
dorus et de Nestorius, tout en confes- 
sant la dualité, divisent l'union et la 
considèrent seulement comme une union 
d'affection. Or, la sainte Eglise de Dieu 



1. Deux évêques ordonnés par Jacques Baradée. Comp, sur toute cette histoire des Trithéites, 
Jean d'Asie, Hist. eccL, 3<' part. Livre V, ch. 1-12. — 2. Ms. : Theodoros. — 3. Sic ras. ; version 
arménienne : Ampigos. Restituer ; Aniphi[ld\chus (?) — 4. Lire : ûJl^J. 

5. Cf. ci-dessus, p. 117. — 6, TtpôtTWTCa. — 7. yit6<yTa(Tt?. — 8. xa6' yTtôo-xaffiv. — 9, |.*...i3. 



LIVRE IX. CHAP. XXX 



255 



Les démonstrations réunies par 
Fond-d^outre, tombèrent aux mains 
d'Athanasius, qui les envoya à Alexan- 
drie, à Jean Grammaticus. Celui-ci fit 
un livre sur cette opinion et l'envoya à 
Athanasius, dans la ville impériale. Les 
Alexandrins en eurent connaissance, et 
ilsl'anathématisèrentainsi que ses livres, 
parce qu'il enseignait trois dieux, tels 
que trois hommes ou natures, étrangères 
les unes aux autres. — Bien des fois il 
y eut des réunions pour discuter; mais 
(les hérétiques) après avoir accepté la 
vérité, retournaient à leur vomissement. 
— Pendant 13 ans ils furent les commen- 
saux d'Athanasius,etaveceux Aboui* 

et Conon, et Eugène. 

Athanasius alla trouver Tempereur et 
accusa les évêques Alexandrins de vou- 
loir s'enfuir. Le mensonge fut découvert. 
Il accusa même faussement [31G] Jean 
d'Asie d'avoir pris du demosion 70 xsv- 
Tigvapta d'or. 

Theodosius dit, dans son Traité, que 
chacune des personnes de la Trinité, con- 
sidérée (en elle-même), est une certaine 
nature de l'essence". Plusieurs [le blâ- 
mèrent], et il y eut deux partis. Les uns 
disaient : « Ilconfeses des natures et des 
essences. » D'autres réprouvaient le 



détruit l'impiété de ces deux hérésies, 
en confessant l'union hypostatique de 
Dieu le Verbe, qui s'est fait chair et a 
été composé, qui maintient sans chan- 
gement ni confusion ceux qui ont été 
unis dans une composition indivisible. 

(V)'. Si quelqu'un entend l'hypostase 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ en ce 
sens qu'elle peut être l'équivalent de 
plusieurs hypostases diverses, et s'ef~ 
force ainsi d'introduire dans le mystère 
du Christ deux hypostases ou personnes, 
prétendant qu'il n'y a en cela qu'une 
seule personne des deux hypostases par 
la dignité^ l'honneur ou l'adoration, 
comme l'ont écrit, dans leur insanité, 
Theodorus et son compagnon ; [316] ca- 
lomniant et altérant le saint * synode de 
Chalcédoine, en disant qu'il a employé 
en ce sens blasphématoire l'expression : 
« une hypostase »; — ou si (quelqu'un) 
ne confesse pas que Dieu le Verbe est 
uni hypostatiquement à la chair, et que 
le saint synode de Chalcédoine l'a con- 
fessé ainsi : — que celui-là soit ana- 
thème! Caria Trinité sainte n'a pas reçu 
d'accroissement de personne ou d'hy- 
postase quand l'un de cette Trinité^ Dieu 
le Verbe, s'est incarné. 

(VI). Celui qui appelle sainte Marie 



*Note marginale ; Je suis stupéfait, mes frères, de cette phrase qui appelle « saint » le synode 
de Chalcédoine que tous nos Pères orthodoxes ont réprouvé. Toutefois, je pense que quand on le 
compare avec des opinions plus mauvaises que les siennes, par la diversité des sentiments particu- 
liers, et non selon les Pères, on peut l'appeler saint ; mais quand on le compare isolément avec les 
trois synodes œcuméniques qui l'ont précédé {on doit l'appeler) mauvais et exécrable. On y trouve 
quelque chose de conforme à la règle des Pères, qu'on peut invoquer pour fermer la bouche de ses 
adhérents qui le disent « saint ». 

1. Cf. ci-dessous, p, 286 et 288. J'ignore le sens du mot qui suit ce nom propre, et qui paraît en 
être un qualificatif; peut-être à corriger l^ai-, « embaumeur » (?). — 2. Cf. ci-après, p. 260, col. 1. 

3. Cf. ci-dessus, p. 118. 



256 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



Traité, mais acceptaient le patriarche. 
Et comme les Chalcédoniens formaient 
deux partis, avec les deux nôtres, il y 
avait quatre sectes. A cause de cette dis- 
pute, des milliers parmi les nôtres re- 
tournèrent en arrière et acceptèrent le 
synode de Chalcédoine, disant : « Il vaut 
mieux suivre ceux qui admettent deux 
natures dans l'incarnation que ceux qui 
en admettent quatre (dans la Trinité) ». 

Héret_, roi des Taiyayê, monta vers 
l'empereur' avec deslettres de Jacques et 
des Orientaux (disant) : « La Trinité est 
une divinité, une nature, une essence; 
celui qui ne signera pas' cette lettre 
doit être anathématisé » . — Sept évêques 
et le patriarche signèrent. Conon et Eu- 
gène dirent : « Nous ne signerons pas, 
nous combattrons ces (lettres)'. » — 
Alors Héret dit : « Je sais maintenant 
que vous êtes hérétiques. Nous et nos 
armées, nous acceptons ces choses, ainsi 
que Jacques et les Orientaux. » 

Ensuite, Jacques rencontra Eugène 
à 'Arbadis* (?), village du district de 
Mar'as. 11 l'avertit bien des fois de se 
détourner, lui et ses partisans, de cette 
hérésie pernicieuse; comme il n'y con- 
sentit point, Jacques le retrancha de 
l'Eglise ainsi que ses partisans. 

Le bienheureux Theodorus, compa- 
gnon de Jacques, étant monté h la 
ville impériale, Conon se rendit près 
de lui avec ses partisans. Theodorus 
l'interrogea sur cette opinion. Comme 
Conon ne répondit pas, Theodorus lui 
dit : (( Si vous n'anathématisez pas qui- 



toujours vierge « Mère de Dieu » mé- 
taphoriquement, selon l'apparence et 
non pas en réalité, comme si un homme 
ordinaire était né d'elle ; ou qui pense_, 
selon la doctrine des hérétiques, qu'elle 
doit être appelée <( Mère de Dieu » parce 
que Dieu le Verbe était uni à l'homme 
né d'elle; — (celui) qui calomnie le sy- 
node de Chalcédoine (prétendant) qu'il a 
lui-même pensé que la Vierge devait en 
ce sens être appelée « Mère », comme 
Theodorus; — ou si quelqu'un l'appelle 
« Mère de l'homme » ou « Mère du 
Christ », comme si le Christ n'était pas 
Dieu; ne confessant pas qu'elle est vrai- 
ment et proprement « Mère de Dieu », 
puisque celui qui a été engendré éter- 
nellement du Père a pris chair et est né 
d'elle à la fin des temps ; ni que le sy- 
node de Chalcédoine a ainsi lui-même 
proclamé la Vierge Marie « Mère de 
Dieu»; [ — que celui-là soit anathème!] 
(VII) '. Si quelqu'un dit que notre 
unique Seigneur Jésus-Christ est connu 
eu deux natures, non pas comme dans 
la divinité et l'humanité, pour signifier 
par là la différence des natures, des- 
quelles une ineffable union s'est faite 
sans confusion; car le Verbe n'a pas été 
changé en la nature de la chair, ni la 
chair n'a pas été convertie en la nature 
du Verbe, mais les deux substances^ 
sont demeurées ce qu'elles étaient selon 
la nature, même après l'union hyposta- 
tique du Verbe; — mais, si (quelqu'un) 
prend cette expression, dans le mystère 
du Christ, dans le sens d'une division par 



1. En oct. 563 (Theoph., ann. Chr. 55fi). — 2. Lire : l»» U* owi. — 3. Ou : « ces (choses). » — 
4. Kleyn, Jac. Baradseus, p. 191, donne : a/sa* ,3 ;-..^ , leçon qui est peut-être préférable. Cf. »*=>J<^ 
(Bar Hebr., Chr. syr,, p. 370. — 5. Cf. ci-dessus, p. 119. — 6. oûatat. 



LIVRE IX. GtîAP. XXX 



257 



conque parle d'un nombre de natures 
et d'essences dans la Trinité, qui n'ad- 
met de nombre que dans les personnes, 
dans les noms, et dans les propriétés, 
l'essence et la nature restant en dehors 
de tout nombre : vous êtes étrangers 
à rÉtrlise. » — Et ainsi celui-ci les ana- 
thématisa également. 

Tous les deux furent donc destitués 
du sacerdoce : l'un h 'Arbadis', l'autre 
dans la ville impériale, par les deux pon- 
tifes. 

Un certain Polycarpus, moine, parti- 
san de leur erreur, sema aussi la confes- 
sion du polythéisme, grâce à l'or qu'il 
distribua, dans les contrées d'Asie et de 
Carie. 

Après [317] la mort de Theodosius % 
le soin des Orthodoxes de la ville impé- 
riale fut confié, par l'évêque Jacques, à 
saint Jean d'Amid, (évêque) d'Asie. — 
A cause de cette charge, celui-ci fut ca- 
lomnié par Gonon et Eugène. Ils com- 
posèrent contre lui de honteuses accu- 
sations' qu'ils envoyèrent en Orient. 
Plus tard leur mensonge fut réfuté, et 
le Seigneur fit retomber leur rétribution 
sur leur tête. — Ils enlevèrent même 
de leurs diptyques le nom de Jacques, 
qui les avait ordonnés évêques, en di- 
sant qu'il délirait, était fou, et avait 
perdu l'esprit. A la fin, dans leur au- 
dace, ils prononcèrent même sa déposi- 
tion et celle de ses compagnons, alors 
qu'eux-mêmes étaient excommuniés et 
déposés. 

Les Trithéites voyant que tout le 



parties; — ou si, confessant le nombre 
des natures dans noire unique et même 
Seigneur Jésus-Christ, Dieu le Verbe 
incarné, il n'entend pas seulement 
spéculativement la distinction des (na- 
tures) dont il est composé, et qui n'ont 
pas été détruites ni changées par l'union, 
car il est « unus ex utroque et per 
unum utraque » ; mais s'il emploie le 
nombre en ce sens que les natures 
existent séparément [317] avec une sub- 
sistance propre : — que celui-là soit 
anathèmel 

(VIII). Si quelqu'un ne confesse pas 
que l'union a été faite de deux natures, 
c'est-à-dire de la divinité et de l'huma- 
nité, — ou si (quelqu'un) disant qu'il 
n'y a qu'une nature de Dieu le Verbe 
incarnée, ne l'entend pas dans le sens 
que nos saints Pères ont enseigné, à 
savoir qu'un seul Christ parfait a été 
constitué par l'union hypostatique de la 
nature de la divinité et de l'humanité; 
mais ose introduire cette formule : 
une nature », dans le sens d'une 
unique substance* de la divinité et de 
l'humanité : — qu'il soit anathème! 
Quand nous disons que Dieu le Verbe 
a été uni hypostatiquement à la chair, 
nous ne disons pas que les natures ont 
été mélangées ou confondues l'une 
avec l'autre, car toutes les deux sont 
demeurées ce qu'elles étaient ; mais nous 
comprenons que le Verbe s'est uni la 
chair, qu'ainsi un seul et même Christ 
est Dieu et homme, le même étant con- 
substantiel au Père dans sa divinité et 



1. Cf, p. 25;3, n. 4. — 2. Cf. cl-dcssous, p. 2G8. 
4, o'jma. 
II. 



3. xEiâXxia. 



33 



258 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEiN 



monde les avait en horreur, allèrent 
trouver l'empereur et lui demandèrent 
à être jugés sur les accusations portées 
contre eux par leurs adversaires. Ils 
disaient : « Severus et Theodosius pro- 
fessent aussi des natures, des essences, 
des divinités; de même que les plus 
grands Pères. » — 11 leur fut interdit 
par l'empereur et par le patriarche de 
la ville impériale*, de citer le nom d'au- 
cun des Pères que reçoit l'Eglise des 
diophysites, mais seulement ceux de Se- 
verus et de Theodosius ; pour cela ils se 
servirent seulement de ceux-ci*. 

Ensuite, en Fannée881% le patriarche 
des Chalcédoniens invita les â'.ay.p'.vc- 
[ji,£Vot, c^est-à-dire les Orthodoxes, à se 
réunir mutuellement. Des foules s'as- 
semblèrent; on répandit sur nous des 
blâmes et des injures. Les évêques dio- 
physites, avec Jean leur patriarche, 
étaient nos juges*. AprèlTavoir longue- 
ment conféré ensemble, notre parti fit 
l'apologie de la foi et triompha, et ceux 
du parti de Conon [furent couverts] de 
confusion ce jour-là. — Le jour suivant 
eut lieu la seconde réunion. Nos parti- 
sans ne voulurent pas discuter à moins 
de pouvoir apporter des témoignages 
de tous les Pères; (déclarant) que si on 
s'en tenait seulement h l'examen de ceux 
de Severus et de Theodosius, devant 
les adversaires, ils ne répondraient 
pas. On apporta un cahier® de Conon 



consubstantiel à nous dans son huma- 
nité. La sainte Eglise, en effet, détourne 
également sa face et de ceux qui sépa- 
rent et divisent le mystère de l'écono- 
mie et de la divinité du Christ, et de 
ceux qui le confondent; et elle les ana- 
thématise. 

(IX)^. Si quelqu'un dit que le Christ 
doit être adoré en deux natures, en ce 
sens qu'il introduit deux adorations^ 
pour Dieu le Verbe séparément, et pour 
l'homme séparément; — ousiquelqu'un, 
pour la destruction de la chair ou pour 
la confusion des (natures) qui ont 
concouru à Punion, c'est-à-dire de la 
divinité et de l'humanité, adore le Christ 
comme une seule nature impossible, au 
lieu d'adorer d'une même adoration 
Dieu le Verbe incarné avec sa chair, 
comme l'Eglise de Dieu l'a admis depuis 
l'origine : — que celui-là soit ana- 
thème ' 

(XI)'. Que quiconque n'anathématise 
pas les impies Arius et Eunomius, avec 
Macedonius et Apollinarius, et Nes- 
tor[iusJ, et Eutychès, et Origène, ainsi 
que leurs écrits impies, de même que tous 
les hérétiques qui ont été condamnés et 
analhématisés par la sainte Eglise ca- 
tholique et par les quatre synodes men- 
tionnés, et tous ceux qui ont parlé, ont 
pensé ou pensent encore comme ces hé- 
rétiques, et sont demeurés jusqu'au- 
jourd'hui ou demeurent encore dans 



1. Littéralement : Urbis Grsecise ('EXXaç). — 2. jCf. Bar Hebr., Chr. eccl., I, 227. — 3. Par con- 
séquent sous le règne de Justin II. Cf. Joh. Ephes., III, v, 3. — 4. Photius parle des Actes de 
cette dispute [Bibl., cod. 24). — 5. x^P'^lî- 

6. Cf. ci-dessus, p. 119. — 7. Le chap. X omis par notre auteur est ainsi conçu : Ei tc; oy/ 

ôjAîXoycî Tov £<TTaupuù[x£vov (7apx\ Kuptov ri[iwv I. X. eïvat ®£Ôv àXY)6(vbv xa\ Kûpiov Triç 86$-oç vta't eva Triç àyta; 
TptaSoçj 6 toioOtoç avtxOï](Aa scttw. 



LIVRE IX. GUAP. XXX 



259 



qui contenait, outre les témoignages de 
Mar Severus et de Theodosius, cette ci- 
tation des 318 (Pères) : « Lumière de 
lumière, Dieu vrai de Dieu vrai » ; et 
celle-ci* : « Le Seigneur a fait descendre 
le feu de devant le Seigneur » ; et celle- 
ci » : (( Le Seigneur a dit à mon Seigneur : 
Siège à ma droite. » Ensuite, ils écri- 
virent des anathèmes contre quiconque 
admet trois dieux; mais ils s'abstinrent 
de parler d'essences et de natures, — 
Le troisième jour, [318] ils s'assemblè- 
rent de nouveau en grand nombre et de- 
mandèrent à Jean d'Asie et à Paulus' : 
« Si toute la Trinité s'est incarnée? » Là- 
dessus ils répondirent très bien. On 
produisit un cahier de Theodorus, leur 
docteur, dans lequel il est écrit que « la 
divinité du Fils n'est pas la divinité du 
Père » ; et le libelle de Theodosius qui 
anathématise cette locution. Et l'assem- 
blée fut congédiée. — Le quatrième 
jour, ils y amenèrent des gens qui accu- 
saient faussement Severus et Theodo- 
sius de confesser des natures et des es- 
sences. Ensuite, notre parti produisit 
un cahier rempli de démonstrations des 
Pères. En le lisant, on arriva à la parole 
écrite par Paulus, disant : « Est-ce parce 
qu'il n'y a pas de Dieu en Israël, que tu 
vas vers Ba'aizeboub, le dieu de 'Eq- 
rôn '" ? » Le patriarche des Chalcédoniens 
pensa qu'on avait écrit ceci à cause de 
lui. Il reprit le lecteur et fit en sorte 
qu'on ne se réunît plus de nouveau, et 
l'assemblée fut dissoute. — Les Syno- 



leur impiété : — (que celui-là) soit ana- 
thème ! 

(XII)*. [318] Siquelqu'un prend la dé- 
fense de l'impie Theodorus de Mop- 
sueste disant qu'autre est Dieu le Verbe 
et autre le Christ qui fut molesté par les 
passions de l'âme et les désirs de la 
chair ; qui, se dépouillant peu à peu de 
ces choses, se perfectionna dans la ver- 
tu par les œuvres et devint parfait par 
sa vie, comme un homme ordinaire; qui 
fut baptisé au nom du Père et du Fils et 
du Saint-Esprit, reçut par le baptême la 
grâce de l'Esprit-Saint et mérita l'adop- 
tion filiale; qui, à Pinstar d'une image 
royale, est adoré dans la personne® de 
Dieu le Verbe ; qui, après sa résurrec- 
tion devint totalement parfait et immua- 
ble dans l'impeccabilité : — Que celui- 
là soit anathème ! 

L'impie Theodorus a dit encore que 
l'union de Dieu le Verbe avec le Christ 
fut comme celle dont parle l'Apôtre ' en 
disant de l'homme et de la femme ; « Ils 
seront tous les deux une seule chair » ; 
en plus debeaucoupd'autresblasphèmes, 
il osa avancer que quand le Seigneur 
souffla sur ses disciples, après la résur- 
rection^ en disant : « Recevez le Saint- 
Esprit », il ne leur donna pas le Saint- 
Esprit, mais il souffla seulement comme 
symbole ; de même, (à propos de) la con- 
fession de Thomas, qui, ayant palpé les 
mains et le côté du Seigneur, après la 
résurrection, s'écria : « Mon Seigneur et 
mon Dieu! » il prétend que Thomas n'a 



1. Cf. Ps. xcvi, 3. — 2. Ps., cix, 1. — 3. Patriarche monophysite d'Antioche. — 4. II Beg. 
I, 3. 

5. Cf. ci-dessus, p. 119. — 6. •JtpôawTtov. — 7. Cf. ci-dessus, p. 120, n. 1. 



260 



CHRONIOUE DE MICHEL LE SYRIEN 



dites favorisaient ceux-là', dans l'espoir 
qu'ils se laisseraient entraîner de leur 
côté. Et ainsi s'éteignit cette hérésie. 

Jean le Stylite^ dit : (v Ces Trithéites, 
en lisant les écrits des saints Pères, y 
trouvèrent que chacune des personnes 
de la sainte Trinité doit être confessée 
Dieu, c esl-à-dvre nature et substance, 
lorsqu'on la considère en elle-même sé- 
parément par une distinction logique ; et 
(comme) parfois elle estaussiappeléepar 
eux « une nature », « une substance' », 
ils imaginèrent et décrétèrent de dire 
trois dieux, et aussi trois substances 
et trois natures, « parce que cette addi- 
tion : une* substance, ou bien : une na- 
ture, signifiant une nature particulière 
ou une substance particulière, selon la 
définition des philosophes profanes^ il 
faut nécessairement confesser trois na- 
tures ou substances, » Lorsqu'on em- 
ploie le nom de substance ou de nature 
sans y ajouter ce prédicat : une*, il si- 
gnifie, disent-ils, la substance univer- 
selle ou la nature universelle, qui n'est pas 
quelque chose (de réel) mais seulement 
une notion abstraite de Fintelligence ; 
le nom abstrait est seul employé des 
trois personnes de la Trinité générique ■ 
ment, de la même manière qu'il est em- 
ployé de tous les hommes; il n'existe 
que par les personnes et non par lui- 
même. Ils définirent en ce sens l'essence 
divine, et, selon leur opinion, considé- 
rèrent" simplement comme un nom 
abstrait, cette essence que les Docteurs 



pas voulu dire que le Christ était Dieu, 
mais que Thomas, plongé dans l'admi- 
ration de la résurrection, loua Dieu qui 
avait ressuscité le Christ ; ce qui est 
encore pire, dans le Commentaire des 
Actes des Apôtres, que fît l'impie Theo- 
dorus, il compara le Christ à Platon, à 
Mâni, àMarcion, à Hypocvate" : « de 
même dit-il, que chacun de ceux ci, ayant 
inventé une doctrine, fut cause qu'on ap- 
pela ses disciples de son nom : Platoni- 
ciens, Manichéens, Hypocratiens, Mar- 
cionites ; de même, le Christ ayant trouvé 
une doctrine, les Chrétiensfurent appelés 
ainsi de son nom. » — Donc, que celui qui 
prend la défense de ses écrits, que tous 
ceux [319] qui le reçoivent ou pensent 
comme lui soient anathèmes! 

(XIII) '. Que celui qui parle en faveur 
de l'impie Theodoretus ou des écrits 
impies qu'il fit contre le premier saint 
synode d'Ephèse, contre saint Cyrillus 
et les XII Chapitres que celui ci écrivit 
contre Theodorus et contre quiconque 
pense comme lui ; — que ceux qui ap- 
pellent « impies » les Docteurs de l'Égli- 
se qui ont confessé l'union hyposta- 
tique de Dieu le Verbe avec la chair ; — 
que ceux qui refusent d'analhématiser 
les dits écrits de Theodorus, de Theo- 
doretus, de Nestorius et du reste do 
leurs semblables, qui ont écrit et pensé 
en blâmant les XII Chapitres de saint 
Cyrillus, et sont morts ainsi : — que 
ceux-là soient anathèmes! 

(XIV) ^ Si quelqu'un parle en faveur 



1. Les partisans de Conon, — 2. Moine du couvent de Litarba, contemporain de Jacques d'E- 
desse, — 3. Natura quœdam, substanlia qiisedani. — 4. quxdcim. — 5. \àvq : cai.*., 

G. Sic ms. ; Mansi : « Épicure ». — 7. Cf. ci-dessus, p. 120. — 8, Cf. ci-dessus, p. 121, 



LIVRE IX. GHAP. XXX 



261 



de l'inepte Ibas et de sa lettre à l'héré- 
tique Mari, le persan, qui est pleine 
d'impiétés ; n'anathémalise pas cette 
lettre^ ou dit qu'elle est orthodoxe, du 
moins en partie; — ou (si quelqu'un) 
écrit en sa faveur au nom des saints 
Pères du synode de Chalcédoine, et 
persiste obstinément dans ce sentiment : 
— qu'il soit anathème ! 

(( Ces choses ayant été ainsi procla- 
mées et définies, si quelqu'un ose s'éle- 
ver contre ce qui a été régulièrement 
défini ici par nous ; qu'il devienne 
étranger à l'épiscopat ou au clergé; s'il 
est moine ou séculier : qu'il soit anathé- 
matisé ! » — Ces choses sont finies. 



confessent véritable et réelle, c'est-à- 
dire manifestée véritablement et réelle- 
ment dans les personnes; ils la consi- 
dérèrent [319] comme trois dieux indivi- 
duels, trois natures individuelles, trois 
substances individuelles, à la manière des 
païens et non des chrétiens. Ils ajoutè- 
rent, pour tromper : <( de même genre 
et de mêmes natures; et non pas d'un 
autre genre ou d'autres natures, selon 
l'opinion d"Ariur> et d'Eunoraius.' » 

(X). A cette époque surgit un cer- 
tain séculier (nommé) Zakai, maître d'é- 
cole, à Edesse. Deux prêtres^ Jean et 
Zénob, osèrent ordonner Zakai évêque, 
et lui-même ordonna évêques les prê- 
tres qui. l'avaient ordonné. — Ceux-ci 
enseignèrent « qu'il fallait rebaptiser* 

et réordonner ceux qui abandonnaient le synode de Chalcédoine », sous l'apparence 
du zèle de la foi. Ils furent blâmés par les Orthodoxes. Zakai, chef de cette erreur, 
fut déposé par l'évêque de Dara, qui ensuite le fit sous-diacre. 

(XI). A cette époque naquit l'hérésie des Catacéphalites^, c'est-à-dire « suspendus 
la tête en bas ». — Un certain Egyptien, qui fut accueilli par un autre Egyptien dans la 
ville impériale, se mit à enseigner à son hôte que celui qui reste suspendu la tête en bas, 
chaque jour durant trois heures de jour et trois heures de nuit, pendant vingt jours, 
est purifié du mal, surmonte toutes les passions et devient impassible. Ensuite, s'il 
mange, ou s'il commet la fornication, ou s'il accomplit tous les désirs de son cœur, 
« il agit comme un être spirituel, et ces choses ne lui sont point imputées à péché ». — 
11 séduisit beaucoup de gens; mais pour lui, il mangeait, buvait et dormait. Il disait : 
« L'Anté Christ est proche; mangeons et buvons, avant que l'or ne soit jeté comme 
du fumier' ». Et sous ce prétexte, il se livrait aux plaisirs lascifs. — Après un festin, 
il faisait suspendre deux ou trois personnes la tête en bas, et plaçait les autres au- 
tour, afin qu'elles priassent pour que ceux qui étaient suspendus obtinssent la perfec- 
tion mystérieuse et l'impassibilité. Et ceux-ci affirmaient qu'ils étaient parvenus à 
l'impassibilité, et que leur âme était purifiée. — Une nombreuse assemblée se réunit. 
Ils lui apportaient leur or. Celui ci choisit et créa parmi eux des apôtres qu'il envoya 
pour répandre l'erreur. — Son affaire ayant été connue de feu l'impératrice Theo- 
dora, qui vivait encore h cette époque, elle le fit saisir et jeter en prison. Ayant con- 



1. — ^o,v,i;. 2. Ka-raxstpâXtirat. — 3. Cf. Ezech., vu, 19. 



262 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

fessé son aberration, il fut chassé de la ville et ne fut pas accepté dans un autre en- 
droit. — Fin de toutes ces liistoires. 



CHAPITRE [XXXI]. — De C époque du temps de Justinianus second; et du pro- 
grès des Phantasiastes. 

En l'an 28 de Justinianus second *, les Juifs et les Samaritains de Césarée de 
Palestine se révoltèrent de nouveau, [320] sous le nom de Pharisiens et d'[E]bio- 
nites. Ils massacrèrent les chrétiens, démolirent les églises*, et profanèrent le 
Saint-sacrement. L'empereur envoya des troupes avec le général ' Amantius, 
qui prit et fit crucifier quelques révoltés, en fit torturer et même brûler (d'au- 
tres) *. 

Il y eut aussi en cette année des violents tremblements de terre en plusieurs 
endroits^ 

Dans la ville impériale*, il y eut un tremblement de terre, à la troisième heure. 
On lisait l'Évangile dans la grande église et celui qui le lisait tomba et mourut. 
Le sommet s'écroula, et il fut très difficile de démolir les parties qui subsistè- 
rent; car il y avait une grande voûte qui demeurait suspendue et se maintenait 
d'un côté. On ne pouvait ni monter dessus ni passer dessous. Peu de temps 
après il y eut une nouvelle secousse : la voûte tomba, frappa et broya les co- 
lonnes et les parties supérieures, et réduisit en poussière tout le magnifique 
ciborium avec l'autel. 

Dans ce même tremblement de terre, la moitié de Cyzique' s'écroula \ ainsi 
que d'autres villes. 

Sur l'ordre de l'empereur® ce qui restait*" fut démoli, avec beaucoup de 
travail, et il la fit rebâtir tout entière. Il la fit de vingt pieds plus élevée que 
n'était la première, et en certaines parties de trente. Il dépensa beaucoup d'or, 
et la construction fut si admirable qu'on ne pensait pas qu'il y en eût au monde 
de plus solide. 

A l'époque de Justinianus*' [321] il y avait à Ba'albek, ville de Phénicie, entre 
le Liban et Sanîr, une grande et fameuse idole ; et, à ce qu'on disait, une des so- 
lides maisons qu'avait bâties Salomon, Sa longueur était de 150 coudées, et sa 

1. Ps.-Den., ad ann 863. — 2. \l'i^o. — 3. (7-rpaTri>vâT/)c, — 4. Cf. Ilist. du Bas-Emp., 1. XLIX, 
§ XXX. — 5. Ps.-Den., ad ann. 864. — 6, Ps -D., ad ann, 867 et ad anu. 875. L'auteur confond en un 
même les deux récits du Pseudo-Denys. Il y a d'ailleurs plusieurs confusions dans l'ordre chrono- 
logique des différents tremblements de terre qui ont éprouvé Cple sous le règne de Justinien. Cf. 
IJist. du Bas-Emp., 1. XLIX, § xxxii et 1. XLYIII, § lxii. — 7. ii«saû*|ao. — 8. Ps. Den,, ad. ann. 
875. — 9. Ps.-Den., ad. ann, 867. Cf. Theoph., ad ann. Chr. 550, 551. — 10. De la grande église de 
Cple. — 11. Ps.-Den., ad ann. 866; cf. Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 490. 



LIVRE IX. CHAP. XXXI 



263 



largeur de 75. Elle était bâtie avec des pierres entièrement polies dont chacune 
avait vingt coudées de long et dix de large, et [quatre] ' d'épaisseur. [On admi- 
rait], outre la solidité de l'édifice, ses colonnes, et sa charpente faite de gros 
cèdres du Liban et recouverte de plomb par dessus ; les portes étaient d'airain. 
En haut, des têtes de béliers d'airain, de trois coudées, paraissaient à l'intérieur 
de l'édifice, au-dessous de chacune des solives de la charpente. Tout le reste 
de l'œuvre était admirable. Les païens, séduits par la grandeur de l'édifice, y 
offraient des sacrifices aux démons ; et personne n'avait pu le détruire. Dieu, 
pour leur confusion, y fit tomber le feu du ciel, qui le dévora et consuma le bois, 
l'airain, le plomb, et les idoles qui s'y trouvaient. Il n'y resta bientôt plus que 
les pierres calcinées par l'incendie. Une grande douleur saisit^ tout le parti des 
païens. Maintenant, disaient-ils, le paganisme est ruiné sur toute la face de la 
terre. 



En l'an 860 des Grecs, les partisansde 
Julianus le Phantasiaste, à Ephèse, re- 
çurent chez eux un évêque nommé Pro- 
copius, qui était aussi attaché à la doc- 
trine phantasiaste de Julianus'. Comme 
il était blâmé par beaucoup de [320] 
fidèles, il fit pénitence, mais ensuite il 
retourna à son vomissement. Il parvint 
à une profon(?e vieillesse. Ses partisans 
lui demandèrent d'ordonner un évêque 
à sa place. Bien qu'il fût dans l'erreur, 
il observa les canons et s'y refusa en di- 
sant : « Les canons ne me permettent 
pas de créer seul un évêque. » Quand il 
mourut, sept prêtres s'assemblèrent et 
amenèrent le moine Eutropius. Ils le 
firent prosterner près de ce cadavre 
dont ils soulevèrent la main et la pla- 
cèrent sur sa tète, tandis qu'eux-mêmes 
récitèrent les prières de l'ordination 
épiscopale *. Ils pensaient l'avoir ainsi 



A cette époque ^ il y eut parmi les 
fidèles orthodoxes une controverse au 
sujet des Chalcédoniens qui se conver- 
tissaient, [320] et deux partis s'élevèrent 
l'un contre l'autre. Les uns disaient : 
« Tordination faite par les Synodites ne 
peut aucunement être acceptée »; les 
autres disaient : « il ne convient pas 
qu'ils soient de nouveau (ordonnés) ». 
Lorsque cette affaire fut examinée con- 
venablement par ceux qui occupent les 
administrations ecclésiastiques, ils en- 
seignèrent : « Nous n'acceptons pas 
l'ordination du Synode ; car, selon 
nous, les Synodites n'ont jamais reçu 
l'ordination. En eff^et, si les 630 (évo- 
ques) qui étaient réunis dans le Sy- 
node étaient évêques avant le Synode, 
ils ne furent plus évêques dans le Sy- 
node ; car à cause de la défection qui 
eut lieu dans le Synode, ils furent re- 



1. Compléter ainsi d'après le Ps.-Denys. — 2. Lire : ,*.|. 
3. Pseudo-Denys, adann. 860 ; cf. Bibl. Or., II, 87. — 4. iSooAuâh. 

5. Tout cet alinéa me paraît emprunté à l'Histoire de Jean d'Asie; probablement aux premiers 
chapitres, aujourd'hui perdus, du IV^ Livre de la 3* partie. 



264 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



ordonné évéque, en transgressant la 
règle ! 

Le malheureux Eutropius, vase inu- 
tile*, ajouta h sa malice et ordonna dix 
évoques qu'il envoya de tous côtés, 
pour être les avocats de l'hérésie des 
Phantasiastes. 

L'un d'eux descendit à Illrta de Reit 
Na'man, et dans le pays des Himya- 
rites. Il s'appelait Sergius. Il avait été 
un ascète et avait reçu la tonsure : il 
devint un vase inutile; il induisit en 
erreur et pervertit ces contrées. Il 
ordonna des prêtres, et après avoir 
passé trois ans dans le pays des Himya- 
rites, il établit à sa place comme évé- 
que un certain Moïse; lui-même mou- 
rut, dans le pays des Himyarites. 

D'autres, parmi (ces évêques) s'en 
allèrent dans des pays éloignés, et 
trompèrent beaucoup de gens. Par des 
récits mensongers et de fausses accu- 
sations, ils calomniaient saint Severus 
en disant : « Il affirme que le corps de 
Notre-Seigneur s'est décomposé et s'est 
corrompu dans le tombeau ; qu'il s'est 
pourri et a fourmillé [321] de vers. » Or, 
chacun sait que saint Severus a écrit 
dans ses ouvrages qu'il réprouve cette 
opinion, et anathématise quiconque dit 
oralement ou pense dans son cœur que 
le corps de Notre-Seigneur ait jamais 
éprouvé la corruption, qu'il ait jamais 
subi la décomposition dans le tombeau ; 
il réprouve également celui qui nie l'in- 
carnation du Seigneur; ou qui dit que 
par l'union, il a rendu son corps impas- 



jetés du sacerdoce, déchus du rang des 
pontifes orthodoxes, et furent tous ana- 
thématisés. Quant à ceux d'entre eux 
qui se convertissent, lorsque quelques- 
uns, réfléchissant à cette trangression 
et à cet abandon delà vérité, se conver- 
tiront, pour se réfugier dans la vérité, 
et anathématiseront l'illégalité qu'ils 
ont commise, la prière (de l'ordination) 
sera récitée sur eux par les orthodoxes, 
afin qu'ils reçoivent l'ordre véritable du 
sacerdoce dont ils étaient déchus, et ils 
exerceront l'ordre du sacerdoce véri- 
table de l'orthodoxie. Ils n'ont pas reçu 
le sacerdoce du Synode; car le sacer- 
doce est un don du ciel qui fut donné 
aux saints Apôtres, et qui découle et 
descend de ceux-ci jusqu'à nous, jusqu'à 
la fin et la consommation. Pour nons, 
nous avons reçu et recevrons cela* ; quant 
à ceux qui ont été créés par les héré- 
tiques, dans l'illégalité, nous les régu- 
lariserons' et nous les recevrons. » — 
Cette doctrine était bonne. [321] Elle 
fut envoyée par écrit de la ville impériale 
à ceux qui étaient enOrient. Les bienheu- 
reux Jacques et Theodorus en étaient les 
porteurs : plusieurs excitèrent contre 
eux, pendant longtemps, une vive résis- 
tance. Peu à peu, ils comprirent le con- 
seil et acceptèrent cette discipline. Ils 
apprirent que ni le sacerdoce ni le bap- 
tême des Synodites n'étaient accepta- 
bles; et que ce qu on prescrivait à leur 
égard, ce n'était pas qu'ils fussent bap- 
tisés de nouveau, ce qui constitue les 
hérésies, mais qu'ils reçussent (le bap- 



1. Ps.-D. : W^*»J \']^ « vase de perdition ». 

2. Ce [don], ou ce [jugement]? — 3. Litt. : « sanamus ». 



LIVRE IX. GHAP. XXXI 



265 



sible et immortel, comme l'enseigne 
Julianus. Sevenis a écrit dans son livre 
contre ce Julianus : « Si dès le sein • (de 
la Vierge) le corps de Notre-Seigneur 
était impassible et immortel, lui qui 
s'est abaissé et s'est fait homme pour 
soulFrir et mourir pour nous^ et, comme 
dit l'Apôtre, « s'est fait semblable à nous 
en tout, excepté le péché », la passion et 
la mort qui l'a suivie seraient une appa- 
rence et une fiction manichéenne. » — 
Mais nous informons ceux qui sont tom- 
bés dans cette erreur des Phantasiastes 
et ont reçu d'eux le baptême ou l'ordi- 
nation qu'ils ne participent absolument 
à aucun des ordres du sacerdoce ni au 
baptême, car ceux-ci étaient, par la 
force des choses, morts dans l'erreur 
de Thérésie. 

Ensuite, les Phantasiastes s'unirent 
aux Gayanites d'Alexandrie, etils se firent 
ordonner par un des évoques (de ces der- 
niers) un patriarche illégitime. Celui-ci 
créa aussi de nombreux évêques qu'il en- 
voya dans toute la contrée d'Egypte et de 
Kous et en des pays éloignés, de sorte 
qu'ils firent tomber beaucoup de gens 
dans leur erreur. [322] Ensuite, ils se di- 
visèrent entre eux et ils constituèrent des 
factions. Les uns (suivaient) un certain 
Ammonius qui disait que « le corps de 
Notre-Seigneur n'a été ni créé, ni li- 
mité*, ni perceptible; de sorte que lors- 
qu'il était dans le sein de la Vierge, 
c'était quelque chose d'incréé, d'indé- 
fini, d'insaisissable; ce qui était dans le 
sein (de la Vierge), se trouvait dan s le 



tême) canoniquement. — D'ailleurs les 
Synodites, excepté les plus fougueux et 
les insensés, n'ont point entrepris d'or- 
donner de nouveau les prêtres qui 
l'avaient été par les (évêques) fidèles ; ex- 
cepté seulement (dis-je), ceux qui étaient 
remplis de colère, de stupidité et d'une 
férocité diabolique. Le décret porté par 
les Orthodoxes au sujet de ceux qui se 
convertissent de l'hérésie des diophysites 
était ainsi conçu : « Ils passeront deux 
années dans la pénitence, qu'ils soient 
évêques, prêtres ou diacres; à la fin de 
la pénitence, la prière (de l'ordination) 
sera récitée sur eux par l'évêque, et leur 
sacerdoce sera reconnu valide. » 

Dans l'entourage' du pape Theodo- 
sius se trouva un prêtre nommé Julia- 
nus. Il se montra zélé pour le peuple 
qui était sur la frontière supérieure de 
la Thébaïde, à l'est, et à l'intérieur de 
l'Egypte. — Ce peuple recevait un tri- 
but des Romains, pour ne pas entrer 
piller. Julianus voulant s'occuper de ce 
peuple, le fit savoir à feu notre impéra- 
trice Theodora, [322] qui prenait soin 
alors de protéger la foi ; elle fit connaître 
avec joie, la chose h l'empereur, afin 
qu'il contribuât avec elle à ce que Julia- 
nus fût envoyé. Mais l'empereur voulut 
envoyer un évêque chalcédonien. Il 
écrivit en hâte au préfet* de la Thébaïde 
d'envoyer un des évêques de cet endroit. 
L'impératrice ayant appris cela, écrivit 
au préfet une lettre ainsi (conçue) : 
« Moi et l'empereur, nous avons songé 
à envoyer une (mission) chez le [peuple 



1. |.^3;-5o. — 2. Lire : la^sa»; cf. même col., 1. 7, 11. 

3. (jyvoôo;, Le récit est abrégé de Jean d'Asie ou d'ÉpHÈsE, H. E., IIP part., iv, 6. — 4. âou$. 
II. 34 



266 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



sein de toutes les femmes, d'une ma- 
nière imperceptible et indéfinie; en 
même temps qu'il était dans le sein, le 
corps était aussi dans les cieux; tandis 
qu'il était suspendu à la croix, il était 
au ciel » et d^autres inepties *, paroles 
vaines et fables sans fin. 

Deux de leurs évêques étaient empri- 
sonnés à Nisibe. Quand l'ambassadeur 
des Romains arriva, il demanda à Kosrau 
de les mettre en liberté; et ils sortirent au 
bout de sept années (de captivité). L'un 
s'appelait Joseph. Lorsqu'il fut libéré, 
iî s'en alla habiter dans le désert, louant 
le Seigneur qui l'avait délivré. L'autre 
nommé Dada, qui était captivé davan- 
tage par l'erreur de Julianus le Phan- 
tasiaste, à l'instar d'une bête féroce qui 
sort de ses verrous, se dirigea aussitôt 
vers le Nord et l^gagna l'Arzanène et 
l'Arménie. Il demandait aux évêques 
d'anathématiser Severus, comme ayant 
attribué la corruption au corps de Notre- 
Seigneur. 

Comme les évêques étaient gravement 
molestés par lui, ils envoyèrent des 
lettres dans la ville impériale au pa- 
triarche Theodosius, pour qu'il leur fît 
savoir si Dada pensait juste ou non. 
Comme les réponses tardèrent* et que le 
temps normal' était écoulé, il pervertit 
ces pays, et soixante-douze évêques se 
laissèrent entraîner dans l'erreur. Ces 
lettres étant arrivées après la mort du 
pape Theodosius, il y eut un doute à 



des Nobadites *. Voici que j'envoie Ju- 
lianus, et je veux qu'il y entre le pre- 
mier. » En conséquence, le préfet arrêta 
l'envoyé' de l'empereur, jusqu'à ce que 
Julianus fût arrivé pour y aller. Quand 
l'envoyé de l'empereur comprit (l'af- 
faire), il déchira ses vêtements; mais il 
n'entra que plus tard. 

Julianus*, parvenu près du roi des 
Nobadites, futaccueilli avecjoie.On lut la 
lettre do l'impératrice; le roi et tout son 
peuple se convertirent et furent bapti- 
sés '. Julianus les informa du schisme 
de Chalcédoine. Quand les envoyés de 
l'empereur arrivèrent et leur dirent de 
ne pas s'attacher à ceux qui étaient schis- 
matiques, ils répondirent : « Nous re- 
cevons le présent de l'empereur, et nous 
lui renverrons un présent; mais nous ne 
recevrons pas sa foi corrompue. Nous 
avons été jugés dignes d'être chrétiens ; 
nous suivons Theodosius, qui a aban- 
donné son siège pour la foi orthodoxe. 
A Dieu ne plaise, que nous ayons aban- 
donné le paganisme pour tomber dans 
l'hétérodoxie! » Et ils congédièrent en 
ces termes les envoyés de l'empereur. 

Julianus demeura là l'espace de deux 
ans. On racontait que depuis la troi- 
sième jusqu'à la dixième heure, nu et 
ceint d'un linge, il se tenait dans des 
grottes pleines d'eau, n'ayant que la 
partie supérieure du corps hors de l'eau . 
Il baptisa le roi et tout son peuple. 11 
avait emmené avec lui un évêque de la 



1. Littér. : vomitus. — 2. Lire : i*»-*»ol. — 3. •rtpoÔ£o-|xca . 

4, Lire : iiia*,_3tj) 1»^ tdi. (J. Eph.). NoêaTaî (Proc, B. P., I, xix) ; les Nubiens. Cf. Payne-Smith, 
Vpon the Geography of Nubia^ dans son Ecclesiastical History ofJohnofEphesus, p. 338, et p. 250, 
n. a. — 5. Sic d'après Jean d'Asie ; ms. : « les entoyés ». — 6. Joh. Eph., III, iv, 7. — 7. o»«i.o. 



LIVRE IX. CHAP. XXXII 



267 



leur sujet, et elles ne servirent à rien. 
— Fin du chapitre concernant la doc- 
trine phantasiaste du maudit Julianus. 



Thébaïde. Après les avoir instruits et 
organisés, il les abandonna à cet 
évêque * et retourna h la ville impériale. 
Il y mourut. 

Le patriarche Theodosius*, au mo- 
ment de sa mort se souvint de ce peuple, et il ordonna que Longinus fût leur 
évêque. L'empereur, en ayant eu connaissance, empêcha Longinus d'aller en ce lieu. 
Au bout de trois ans, celui-ci s'enfuit, gagna ce pays et y bâtit des églises. Il leur 
enseigna aussi la discipline ' et les saints mystères du christianisme. Longinus avait 
déjà passé là six ans, quand les fidèles l'envoyèrent chercher pour qu'il vînt ordonner 
le pape d'Alexandrie. Il partit et vint à Mareotis*. — Ce peuple était soumis au siège 
d'Alexandrie, et ils tenaient la foi orthodoxe. — Fin. 



CHAPITRE [XXXII]. — Du fléau dont Amidfut châtiée, à l époque de 
Justinianus; et d'autres choses. 



Amid, ville de Mésopotamie, après 
les nombreuses calamités qui avaient 
fondu sur elle, (après) quarante années 
de persécution de la part des héré- 
tiques, [323] (après) le pillage de ses 
richesses et la ruine de son sacerdoce % 
fut atteinte du fléau de la famine pendant 
environ huit ans. Après la famine, le 
Seigneur eut pitié d'elle, et il y eut de 
la fertilité : les semences se mirent à 
très bien pousser. 

En l'an 871 des Grecs*, elle fut at- 
teinte par un violent fléau, qui est la 
rage, la démence et le diabolisme. La 
fausse nouvelle se répandit que le roi 



A Antioche, après Éphrem, les Chal- 
cédoniens eurent pour (évêque) Dom- 
nus', [323] qui s'occupait uniquement 
de la nourriture de son corps, montait 
un cheval, et persécutait pour satisfaire 
son estomac; — après lui, ils eurent 
Anastas[ius]' ; celui-ci fut chassé et s'en 
alla; — puis, (vint) l'hérétique Grego- 
rins", qui fut aussi chassé ; et alors 
Anastas[ius] revint. 

A Rome, après Vigilius ", dont il a été 
parlé, vint Silvestros'^ 

A Constantinople, après Eutychus, 
vint Jean Sirimaya**. 

A Jérusalem'*, après Jean, vint'* Pe- 



1. Nommé ïheodorus (Jean d'Asie). — 2. Joh. Eph., III, iv, 8. — 3, xàÇeis. — 4. Cf. Joh. Eph., 
III, IV, 9. 

5. Peut-être ; « de sa prospérité ». — 6. Ps.-Den., ad ann. 871 ; texte : Rev. de VOr, chrét,, 1897, 
p. 486. 

7. Troisième du nom. Jac. Edess., ad ann. 217. — 8. Jac. Edess., ad ann. 236. — 9, Ibid., ann. 
229. — 10. Ms. : Bigalios — 11. L'ordre véritable de succession des papes est le suivant : Agapetus, 
Silverius, Vigilius, Pelagius. — 12. Jac. Edess., ad ann. 238, a la même leçon. Jean de Sarmin ou 
Sirimin, |x toO Stpî|iioç (Evagr., IV, xxxviir). — 13. Cf. Jac, Edess,, ad ann. 199, 218.— 14. |o«. 



268 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



trus ; — et après celui-ci, Macarius, le 
58°. Celui-ci n'accepta jamais le concile 
de Chalcédoine. 

A Edesse, le 40'' évêque fut Epipha- 
nius*. 

Les Orthodoxes avaient comme pape 
d'Alexandrie, du temps de Justinianus, 
Theodosius qui mourut en même temps 
que Justinianus, en l'an 877. 

Dans la ville impériale, Jean d'Asie 
dirigeait les fidèles. 

En Syrie, étaient Jacques, du monas- 
tère de Pesilta, et Theodorus, qui avaient 
été envoyés par le pape Theodosius^ — 
Fin. 



des Perses entrait dans la ville; et les 
habitants s'enfuirent tous, se disper- 
sant de tous côtés, et disant : « Amid a 
été prise par les Perses. Quittez le 
pays. » — On connut qu'ils avaient été 
atteints par une épreuve diabolique. 
Ils se mirent à aboyer comme des chiens, 
à bêler comme des moutons, à glousser 
comme des poules, et à imiter toute es- 
pèce d'animaux. Les jeunes gens et les 
jeunes filles se jettaient les uns sur les 
autres; ils couraient aux tombeaux, ils 
chantaient; ils se mordaient les uns les 
autres, et prononçaient des paroles ob- 
scènes. Ils montaient sur les murs et se 
suspendaient la tête en bas, et criaient 
comme dans des trompettes ^ Ils ne re- 
connaissaient pas leurs maisons. Ceux qui étaient demeurés sains d'esprit les con- 
duisaient aux églises ; mais même dans les églises, ils écumaient, étaient furibonds 
et disaient : a Nous sommes tant de myriades. Si l'apôtre Thomas n'était pas sorti 
au devant de nous, nous aurions pillé et massacré toute la ville; mais les Apôtres et 
les Martyrs qui sont dans cette ville nous ont empêchés de la détruire. » — Quand les 
uns fléchissaient les genoux pour prier, d'autres sautaient et montaient sur eux, 
trois ou quatre les uns sur les autres. Bien des gens furent empêchés de se rendre 
à l'église pour ne pas entendre des paroles obscènes. Cette démence dura l'espace 
d'un an. 

A Edesse et à Telia, l'abandon de Dieu se fit ainsi sentir; les gens furent possédés 
des démons, à ce point qu'ils se souillaient impudiquement les uns les autres au 
milieu des églises. Quand on connut cela, on les priva de nourriture : on leur 
donna seulement du pain sec et de 1 eau. Le temps du fléau passé, quand ils revinrent 
h eux-mêmes, ils se vêtirent de noir, à cause de ce qui leur était arrivé^ et ils s'en 
allèrent par troupes à Jérusalem. 

Ensuite, la ville d'Amid fut châtiée par le fléau de la peste»; il y mourut plus de 
trente mille personnes, et elle demeura déserte ^ 



1. Lire : >ûii.jlûûa3^ puxâvatç. — 2. l»l.ûy). — 3. Ps.-Den., ad ann. 869. 
4. Jac. Edess,, ad. ann. 240. — 5. Cf. ci-dessus, p. 245. 



LIVRE IX. CHAP. XXXIII 



269 



CHAPITRE [XXXIII]. — Sur Vépoque de la fin de la vie de Justinianus ; sur 
V église qu' il bâtit ; sur les ossements des martyrs^ qui furent découverts de son 
temps; et sur les autres hérétiques qui parurent à cette époque. 

En l'an 27 de Justinianus, Mondar (fils) de Saqiqa', monta dans le pays des 
Romains et ravagea beaucoup de régions. — Héret, fils de Gabala, le rejoignit, 
lui livra bataille, le vainquit et le tua, à la source [324] de 'Oudayê* (?), dansla ré- 
gion' de Qennésrîn. — Le fils de Héret, nommé Gabala, mourut, ayant été tué 
dans le combat. Son père l'ensevelit dans un martyrion de ce village*. 

Ensuite vinrent les armées des Huns et des Esclavons, qui assiégèrent la 
ville impériale. Ils percèrent le mur extérieur; ils pillèrent et brûlèrent tous 
les faux-bourgs % firent captifs tous ceux qu'ils y trouvèrent, et s'en allèrent. 
— Ils revinrent une seconde et une troisième fois. Alors, les Romains préva- 
lurent contre eux; ils les détruisirent et les tuèrent tous dans le combat. On ne 
vit plus nulle part le petit nombre de ceux qui s'étaient enfuis. — Et ainsi ils 
furent délivrés d'eux*. — Fin. 



Dans le pays de Phrygie, il y a un 
lieu appelé Pépouza^ où les Monta- 
nistes avaient un évêque et des clercs ; 
ils l'appelaient .lérusalem , et ils y tuaient 
les chrétiens. Jean d'Asie s'y rendit et 
fit brûler [324] leur synagogue, sur Tor- 
dre de l'empereur*. On trouva dans 
cette maison un grand reliquaire" de 
marbre "^ scellé avec du plomb et lié 
par des garnitures de fer. Sur le dessus 
était écrit : « De Montanus et de ses 
femmes ». On l'ouvrit et on y trouva 
Montanus et ses deux femmes, M^ximilla 



En * l'an 29 de son règne, Justinianus 
acheva le tombeau des empereurs *', qu'il 
bâtit dans le temple des Apôtres. 

Il rebâtit aussi l'église dans laquelle 
les empereurs de la famille de Constan- 
tin étaient ensevelis. Quand on se mit h 
l'agrandir, on creusa pour consolider 
l'emplacement de l'autel, et on trouva 
dans les fondements trois qhâsses'* de 
plomb placées l'une contre l'autre. [324] 
Sur l'une était écrit : Andréas.^ sur 
l'autre : Loukas, et sur la troisième : Ti- 
motheos. La ville fut remplie de joie de 



*NoTE MARGINALE : Je devdis écrire cette histoire dans la colonne supérieure ; je me suis trompé 
en la plaçant ici ; mais priez pour moi. 

I. 'AXajAouvSapo; o Savctxâç (Prog., B. P., I, vu), — 2. Les auteurs arabes appellent le lieu de 
cette bataille ''Aïn Ouhâgh, f ê(j| jju:j. Cf. Nœldeke, Gesck. der Perser und Araher, p. 170, n. 1. — 
3. I»a3. — 4. viâcTTpov. — 5. TrpoCTxâSa. — 6. Cf. Hist. du Bas-Empire, liv, XLIX, § xliii sqq. 

7. Lire : Iiû^Q^ IlîiioyCa; cf. Epiph., Hxres. 48. — 8. Cf. Ps,-Den., ad ann. 861. — 9, yXwcraoxofxov. 
10. làre : U-*-*». 

II. Sur le tombeau des empereurs ('Hpùov), cf. Ducange, Constantinopolis christiana, II, 108. — 
12. YXw(Tffôxo(xa , 



270 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



et Priscilla, qui avaient des lames d'or 
sur la bouche. Ils furent couverts de 
confusion en voyant les ossements fé- 
tides qu'ils appelaient « l'Esprit ». On 
leur dit : « N'avez-vous pas honte de 
vous être laissé séduire par cet impu- 
dique, et de l'appeler « Esprit »? \3n 
esprit n'a ni chair ni os. » Et on brûla 
les ossements. — Les Montanistes firent 
entendre desgémissements etdespleurs. 
« Maintenant, disaient-ils, le monde est 
ruiné et va périr. » — On trouva aussi 
leurs livres honteux et on les brûla. La 
maison fut purifiée et devint une église. 
Auparavant, du temps de Justinia- 
nus P"" (Justin), quelques personnes 
avaient informé l'empereur que Monta- 
nus, au moment de sa mort avait ordon- 
né à ses ensevelisseurs de le placer à 
cinquante coudées sous terre « parce 
que, disait-il, le feu doit * me découvrir^ 
et dévorer toute la face de la terre ». 
Ses partisans, par l'opération perni- 
cieuse des démons, répandaient fausse- 
ment le bruit que ses ossements chas- 
saient les démons ; ils avaient suborné 
quelques individus qui, moyennant le 
pain de leur bouche, affirmaient qu'il les 
avait guéris. — L'empereur écrivit à 
l'évêque de l'endroit. Celui-ci fit creuser 
profondément et retirer les ossements 
de Montanus et ceux de ses femmes, pour 
les brûler. Alors, les Montanistes vinrent 
trouver l'évêque pendant la nuit, et lui 
donnèrent cinq cents dariques d'or; ils 
emportèrent les ossements et en appor- 



ce que les corps avaient été retrouvés 
entiers, avec la croix placé© sur chacun 
d'eux. Alors tout le monde connut que 
cette église avait été appelée dès l'ori- 
gine V des Apôtres », à cause des corps 
des apôtres qui y étalent déposés. Ils 
furent replacés^ dans le même lieu avec 
honneur*. 

Ensuite, une main humaine fut en- 
voyée de Sébaste, dans le pays des Sa- 
maritains, comme étant celle de Jean- 
Baptiste. Elle inspira du doute h plu- 
sieurs, parce qu'elle avait été envoyée 
par Marinus de Harran, un homme 
païen de nom et de fait. Cependant, 
l'empereur, avec toute la ville, la reçut 
en grande pompe et la vénéra. Elle 
fut placée dans un reliquaire d'or. 

L'empereur Justinianus bâtit de nom- 
breuses églises et des monastères, corn me 
l'atteste Jean d'Amid, qui dit* : « Nous 
l'avons vu de nos yeux ; car pendant 
trente ans, nous fûmes proche, depuis 
le temps de notre jeunesse, et de la 
sienne^ jusqu'à la vieillesse. Il ne cessa 
de bâtir des églises, des couvents, des 
hospices. Par notre entremise, il bâtit 
quatre-vingt-seize églises, douze mo- 
nastères et quatre hospices'", en divers 
lieux d'Asie, de Carie, de Phrygie, de 
Lydie, Il donna les livres, les objets d'ar- 
gent, les vases du ministère; 70 mille "^ 
hommes se convertirent et reçurent le 
baptême. » — Dans les diocèses d'E- 
plièse, deMagnésle,de Nysse,deTralles, 
des milliers de personnes se converti- 



1, Lire : »»û^. 

2. oyi.a>L|. — 3. Cf. Theoph., aaa. 542 ; Ma.la.la, Pair. Gr., XCVII, 701. —4. Cf. Pseudo-Dents, 
ad ann, 853 ; Rei'. de l'Or. ch\, 1897, p, 481. — 5. Isvoôo/eïa. — 6. Ainsi d'après le Ps.-D. ; ms, : 
7 mille. 



LIVRE IX. GHAP. XXXIII 



271 



tèrent d'autres; et au matin, sans que 
personne s'aperçût du mystère, Tévêque 
brûla ces ossements comme étant ceux de 
Montanus et de Crites ' (?) son associé. 
Mais ensuite, l'archidiacre dénonça l'évê- 
que qui fut envoyé en exil. 

Apollon, le compagnon de Paul, écrit 
que ce Montanus était fils de Simon 
[323] le mage ; que quand son père périt, 
par la prière de Pierre, il s'enfuit de 
Rome, et se mit à troubler l'univers. 
Alors Apollon, (poussé)par l'Esprit, alla 
oii il était, et le vit assis et prêchant 
l'erreur. Il commença h l'invectiver en 
disant : « O ennemi de Dieu, que le Sei- 
gneur te châtie ! » Montanus se mit à le 
reprendre, et dit :« Qu'y a t-il entre toi 
et moi, Apollon? Si tu prophétises : moi 
aussi ; si tu es apôtre : moi aussi ; si tu 
es docteur : moi aussi. » Apollon lui dit : 
« Que ta bouche soit fermée, au nom du 
Seigneur ! » Aussitôt il se tut et ne put 
jamais plus parler. Le peuple crut en 
Notre-Seigneur et reçut le baptême. 
Ils renversèrent le siège de Montanus 
qui prit la fuite et s'échappa. — Ce ré- 
cit est fini, ainsi que Vautre. 



rent et reçurent le baptême par les soins 
de Justinianus, et par l'entremise de 
Jean d'Amid, qui fut appelé « d'Asie », 
parce qu'il avait baptisé plus tard en 
Asie, vingt-trois mille (païens). 

En l'an 35 de Justinianus^ on vit dans 
la ville impériale le paganisme, l'idolâ- 
trie, des livres de magie. Cinq de leurs 
prêtres furent saisis : un d'Athènes en 
Hellade, deux d'Antioche, et deux de 
Ba'albek. [32o] On apporta leurs idoles 
et leurs livres de paganisme, qui furent 
brûlés^. — Jean en fit brûler environ 
deux mille en Asie. 

En l'an 857 des Grecs», il y eut des 
troubles au sujet du commencement du 
Carême. Les uns avaient commencé le 
jeûne deux semaines auparavant, les 
autres une semaine après. Dans la ville 
impériale, l'empereur et les grands étant 
revenus une semaine après qu on avait 
commencé le jeûne, jugèrent qu'il ne 
devait commencer que la semaine sui- 
vante. L'empereur ordonna aux bou- 
chers de vendre de la viande; mais ils 
ne voulaient pas tuer les moutons et les 
bœufs, et les habitants, excepté quel- 
ques gourmands intempérants, regar- 
daient cette (viande) comme de la chair 

morte*. Quelques-uns répandaient dessus de la chaux et de la poussière, et la gâ» 

taient pour qu'elle ne pût être vendue. L'empereur força les (bouchers) de tuer d'autres 

(animaux), et leur en donna le prix sur le trésor public. 

En l'an 39 de Justinianus', apparut pendant trois mois une comète^ comme une 

lance de feu ; lorsque l'empereur mourut, elle [disparut] et n'apparut plus de nouveau". 



1. Ps.-Den. : « de Montanus, et de Qratis (aa^^lwi) et de Maximilla et de Priscilla ses prophé- 
tesses ». 

2. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. XLIX, § liv. — 3. Ps.-Denys, ad ann. 857. Cf. Malala, P. Gr., 
XCVII, 700; Cedr., adann.18 Justiniani ; Theoph., ann. Chr. 538. — 4. Ps.-D. : U^-ap'o |lN-vi3, y*|. 
Cf. Act. Ap., XV, 29. — 5. Ps.-Den., ad ann. 885. Texte : Rev. de VOr. chr., 18)7, p. 492. 1 6. 
V.U.L1 ooL Uo uSuLI (Ps.-D.). 



272 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



CHAPITRE [XXXIV]. — De Vhérésie des Phantasiastes ; et comment 
Juslinianus s y laissa entraîner avant sa mort. 



Justinianus, tout le temps de sa vie, 
pressait et obligeait tout le monde de 
recevoir le concile de Chalcédoine ; ce- 
pendant, il anathématisaitla lettre d'Ibas 
et ne croyait pas qu'elle avait été accep- 
tée par le concile de Chalcédoine, Quand 
Vigilius de Rome vint le trouver et lui 
dit que la lettre d'Ibns avait été acceptée 
à Chalcédoine, l'empereur devint fu- 
rieux et dit : « Trois fois maudit soit le 
synode qui a admis la lettre d'Ibas ! » 
mais quoique son sentiment s'écartât en- 
tièrement du synode de Chalcédoine, il 
n'affermit pas bien l'orthodoxie. Un 
évêque stupide, de la ville de Joppé en 
Palestine, s'attacha à lui et pervertit 
son esprit par l'hérésie des Phanta- 
siastes. Il se mit h dire que le corps de 
Notre-Seigneur n'était pas passible et 
corruptible. Il écrivit de nombreux 
livres qu'il envoya aux patriarches et 
aux évêques, en tous lieux, et les pres- 
sa de recevoir cette doctrine*. 

Mais Apollinarius d'Alexandrie et 
les évêques de sa juridiction n'accep- 
tèrent point son livre : il les menaça de 
l'exil. De même, ni celui de Jérusalem, 
ni Eutychus de la ville impériale ne l'ac- 
ceptèrent. Anastas[iusj* d^Antioche et 



Démonstrations des Docteurs de l'E- 
glise contre les Phantasiastes ' : 

Ignatius, dans sa Lettre aux Ephè- 
siens^ écrit ceci* : « Un seul médecin 
corporel et spirituel, créé et incréé, 
Dieu en l'homme, auparavant impassible 
et ensuite passible, Jésus-Christ Notre- 
Seigneur ». 

Gregorius de Nysse distingue pareil- 
lement les temps par les faits, dans le 
IIP livre Contre Eunomius^ : « La vie ^ 
véritable placée dans la chair revint à 
elle-même après la passion, et la chair 
en laquelle elle se trouve a été exaltée 
avec elle, puisque par l'immortalité di- 
vine elle a été transportée de la corrup- 
tion à l'incorruptibilité' ». 

Epi[)hanius des Cypriotes, interchange 
et emploie pareillement les mots ; il 
dit^ ; « Pourquoi est-il entré, les portes 
étant fermées? Pour montrer que ce qui 
était grossier était devenu subtiP, le 
mortel immortel, le corruptible incor- 
ruptible ». 

Ces mêmes oppositions, qui se rencon- 
trant dans de fréquentes locutions, où il 
est question du « corruptible », impli- 
quent seulement « l'incorruptible » ; 
mais les Docteurs de PÉglise n'oppo- 



1. Litt, : « cette composition ». — 2. Évêque orthodoxe ; cf. Nfceph. Call., H. E., XVII, xxx, 
3, Ces citations, comme on le voit clairement par le contexte, appartiennent à la lettre adressée à 
Justinien par Anastase et les évêques du synode d'Anlioche. — 4. Ad Ephes., cap. vu (Cureton, 
Corpus Ignatianuniy p. 24). — 5. Patr. Gr., t. XLV, col. 708 (lifar. V). — 6. Lire : l-ll-, — 7. outw 
xal TÎ); à)^ï]8(vî)C i^w^ç TÎ)ç lyxetixévY); t^ dapxt Tipo; êauTTiv [xerà to tkxOo; àva8pa(JioûcrY)i; • xat r\ •jiep'i a\)xr\v aàpl 
«Tuv£Tc:^p6yj ÛTîb T^ç ©£1x9^5 âôavacfîaç, oltCo vf\ç çôopà; ovvavoxïôstca Itt'i to atpôapTov. — 8. Patr, Gr., t. XLIII 
col. 184. — 9. TO 7iaxu(iepè; X£UTO|X£pé;. 



LIVRE IX. GHAP. XXXIV 



273 



les évêques qui étaient avec lui, ayant 
lu l'écrit de l'empereur, furent émus et 
quelques-uns faiblirent. Sur l'ordre de 
l'empereur, 195 évêques se réunirent a 
Anlioche, près d'Anastasius. On hit 
[326] l'édit*. Leonti[us] de Haiçarta et 
Abraham deReçapha dirent :« Si cetédit 
est accepté, TEglise périt. Il anathéma- 
tise ceux qui disent que lecorpsdu Christ 
était corruptible et passible, et il n'ex- 
prime pas en quel sens il réprouve le 
mot corruption ». — Ensuite, comme on 
lui demanda de quelle corruption parlent 
les Pères lorsqu'ils disent que le corps 
du Christ fut corruptible, il leur répon- 
dit : u Nous trouvons le mot « corrup- 
tion » employé en douze sens » ; car il 
lisait les extraits, insérés dans la lettre 
faite par Daniel, archimandrite du mo- 
nastère de Beit Çeliha, pour les moines 
de Mar Bas[sus]. Ils apportèrent en- 
suite les livres du grand Severus contre 
Julianus, écrits en grec et en syriaque. 
Comme on discutait, Anastas[i]us et tous 
les évêques s'écrièrent : « Nous sommes 
prêts à abandonner nos sièges pour ne 
pas suivre l'opinion des Phantasiastes, » 

[Le synode adressa à l'empereur une 
relation] * qui est ainsi conçue : 

« Lacouronne de justice, ô le plus chré- 
tien des empereurs! est la récompense 
du cours accompli de la piété, et de la 
foi orthodoxe conservée intégralement. 
Le témoin autorisé de ces choses, Paul 
le théologien^ après avoir combattu le 
bon combat^ étendant déjà la main pour 



sent pas seulement l'incorruptible à la 
corruption, mais ils opposent l'incor- 
ruptible à la passion et a la mort, con- 
naissant leur affinité naturelle. De sorte 
que nous ne nous exposons pas seule- 
ment à une contradiction mais à tous les 
dangers, [326] en faisant disparaître le 
mot de corruption. Nous allons le mon- 
trer brièvement à Votre Piété, 

Jean Chrysostôme, dans l'homélie 
Lxxxii" du Commentaire sur V Evangile de 
Matthieu, à propos de celte parole' : « Je 
ne boirai plus de ce jus de la vigne, jus- 
qu'au jour où je le boirai nouveau avec 
vous », s'exprime ainsi* : « Que signifie 
« nouveau? » Nouvellement, c'est-à-dire 
étrangement*^; lorsque j'aurai un corps 
non plus passible, mais désormais im- 
mortel et incorruptible », — Ici, au 
passible sont opposés l'incorruptible et 
l'immortel, 

Le sage Cyrillus, dans VEpUreà Suc- 
census, met pareillement en opposition 
le corruptible, en disant® : « Après la 
résurrection c'était le même corps qui 
avait souffert; cependant il n'avait plus 
en lui les infirmités humaines, mais (il 
était) désormais incorruptible ». 

Comme ceux-ci, Gregorius le Théolo- 
gien oppose l'immortel au corruptible, 
dans l'homélie Sur les Lumières, lors- 
qu'il s'exprime ainsi ' : « A cause de cela 
des choses qui étaient distinctes sont 
mélangées ; non seulement Dieu à la 
naissance, l'esprit* à la chair, l'éternel 
au temps, l'infini à la mesure'; mais eu- 



1, Lire : ^a^ûâ,»!, y)8cxtov, — 2. Il y a probablement une ligne de perdue dans le texte Cf, 
EvAGR,, H. E., IV, XL. La rédaction de ce document est attribuée à Anastasius, 

3. Matth., xxvr, 29. — 4, Pair. Gr., LVIII, 789. — 5. Katvw?, TOuxIaTi Slvw;. — 6. Pair. Gr., 
LXXVII, 236, — 7, Pair. Gr., t. XXXVI, col. 349, — 8. Lire : \>aw (voOç). — 9. Lire : l^-û*iû3, 
II. 35 



274 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



la récompense de la victoire, et incli- 
nant sa tête sous la couronne, prépare * 
manifestement les autres par ses pieuses 
paroles à lutter avec lui. II écrit, en eflFet, 
à Timothée ' : « J'ai achevé la course ; 
j'ai gardé ma foi; déjà la couronne de 
la justice m'est réservée, que me rendra 
le Seigneur, juste juge, en ce jour-là ; et 
non seulement à moi, mais à tous ceux qui 
ont recherché son apparition. » — Nous 
sommes bien convaincus que cette cou- 
ronne de justice sera placée au-dessus de 
la couronne honorable de votre pieu.se 
tête, en jugeant des choses futures par 
celles qui ont précédé. Tu as parcouru 
comme un géant la voie des commande- 
ments d'une extrémité du ciel h l'autre ; 
tu as prêché le précepte de celui par qui 
tu fus empereur; tu as ramené à l'union 
les enfants de Dieu qui étaient disper- 
sés ; tu as procuré la paix h ceux qui 
étaient au loin et à ceux qui étaient 
proches; tu as conservé intègres les 
sceaux de la foi marqués des empreintes 
apostoliques; et dès lors, ô pieux empe- 
reur'! [327] par dessus la couronne du 
temps présent, vous aurez celle du temps 
futur pour l'éternité, ainsi que la ré- 
compense promise à la course accomplie 
de la foi inébranlable. 

« Qu'il en soit encore ainsi, par la grâce 
du Christ, pour vous ami de Dieu, par la 
continuité des labeurs, pour vous ami du 
Christ, surtout maintenant, ô le plus 
fidèle de tous les hommes I à propos de 



core l'enfantement à la Vierge, le mépris 
à celui qui est plus élevé que tout hon- 
neur^ l'impassible au passible, et l'im- 
mortel au corruptible ». 

Jean de Constantinople, dans le Corri' 
mentaire sur le psaume xlvi, à propos de 
cette parole* : « Dieu est monté dans un 
cri (de joie) », dit* : « Mais, si avant la 
croix il marchait sur les eaux, alors 
qu'il était encore enveloppé d'un corps 
passible et pesant, que personne ne 
s'étonne si après [l'avoir rendu incor- 
ruptible, il fendit les airsj». » 

Les Pères placent donc indifférem- 
ment « incorruptible », en opposition 
avec « mortel » et « passible » ; de 
sorte que le même doit être regardé 
comme immortel en même temps qu'in- 
corruptible ou impassible'. 

Nous sommes persuadés, à cause de 
l'opinion des Phantasiastes, qui fait dis- 
paraître avec l'incorruptible ce qui est 
passible et mortel, que nous retombe- 
rons dans l'inefficacité première; mais, 
préférant nous en tenir aux paroles apos- 
toliques : « Si le Christ est passible, s'il 
est le premier de la résurrection des 
morts' », et : « le Christ a souffert dans 
la chair' », nous avons fait tout ce traité. 
Si quelqu'un entend le mot de « pas- 
sion » dans le sens de corruption, [327] 
qu'a-t-il à rougir de ceux qui l'ont dit? 
Car ce sont les saints Pères ; et telle est la 
coutume du Livre inspire de Dieu. « Pas- 
sible » et « mortel » ne doivent pas être 



1. Litt. : « ungit ». — 2. II Tim., iv, 8. — 3. Ms. : « Vos timentes Deum », au pluriel. 

4, Ps. xi,vi, 5. — 5. Patr. Gr., LV, 214. — 6. Le texte a évidemmeat omis cette phrase qui paraît 
indispensable à l'argumentation : ■ti Oaut^aTiràv eî xat [izrà. ih àçôapTov aùtô Xa6ïîv, xov àépa £T£[jiv£ ; — 7. 
Lire : t*Q«.- U, d'après le contexte. — 8. Act. Ap., xxvr, 23. — ^ 9. I Petr., iv, 1, 



LIVRE IX. GHAP. XXXIV 



275 



la constitution* ecclésiastique établie 
par nous, que nous déclarons être ainsi 
(conçue) : 

« Un traité, qu'on appelle en langue 
italique edictum, a été apporté h vos 
sujets et nous a été lu lorsque nous 
étions tous assemblés. Certes, beaucoup 
des choses qui ont été lues étaient la 
condamnation des anciennes hérésies; 
car VotrePiété acoutume non seulement 
d'observer siquelque racineamère germe 
et pousse pour empoisonner plusieurs, 
mais aussi de travailler, par la parole, à 
ce que les hérésies déjà supprimées n'é- 
mettent pas quelque rejeton qui pourrait 
croître avec le temps. Mais, nous avons 
aussi entendu des choses nouvelles, 
inaccoutumées et très étranges. Par la 
grâce du Christ, le troupeau du Dieu de 
l'Univers était dirigé dans la simplicité 
du cœur, et grâce à vous, il paissait 
tranquillement* dans un lieu de pâturage 
et de joie spirituelle, avec des eaux 
suaves, incapablesd'abreuver d'aversion. 
Or, nous avons appris, comme Votre 
Piété nous l'a fait connaître, que des 
loups féroces se sont jetés sur le trou- 
peau, et ont enlevé non pas quelque 
chose de peu d'importance, mais l'âme 
même et le corps de Notre-Seigneur 
Jésus, voulant mettre en pièces le mys- 
tère de l'Incarnation divine; ils s'atta- 
quent ensemble très audacieusement et 
criminellement à ces choses précieuses 
que s'est unies hypostatiquement', dès 
le sein virginal de Notre-Dame la Mère 



employés ainsi abstraitement. Pour que 
ce dont on parle existe, cela doit se 
trouver dans la nature des choses dont 
on parle*. Il en est ainsi des passions 
volontaires, naturelles et non blâmables. 
Si elles n'existent pas dans la nature, 
elles existent(seulement) dansl'opinion; 
et si elles existent (seulement) dans l'o- 
pinion, elles sont une fiction. 

Telle est manifestement la préoccu- 
pation particulière à' Athanasius ^ dans 
sa Lettre à Epictete^ vis-à-vis de ceux 
qui disent que la divinité même du Fils 
a souffert, et non le corps. Il allègue le 
contraire et repousse la fiction des 
Phantasiastes lorsqu'il s'exprime ainsi * : 
« Ces choses n'ont point eu lieu en 
fiction, comme certains l'ont pensé ; loin 
de la ! mais notre Sauveur s'est fait 
réellement homme, et le salut en est 
résulté pour l'homme tout entier. Si le 
Verbe était seulement en fiction dans la 
chair, comme ils le prétendent, et si 
« en fiction » signifie « en apparence » *, 
il faut dire comme Mânî, le pire des scé- 
lérats, '\^^ la résurrection et la rédem- 
ption des hommes étaient une fiction. 
Mais notre rédemption n'est pas une fic- 
tion ; elle ne doit pas être attribuée au 
corps seul; mais à l'homme tout entier : 
h l'âme et au corps. En réalité, la ré- 
demption fut « humaine », par consé- 
quent dans cette nature (qui vient) de 
Marie, selon les Livres divins; et le 
corps de notre Sauveur était réel ; il était 
réel parce qu'il était le même que le 



1. xaT(i(7Ta(Ti;. — 2. Litt. : « per mansuetudinem ovium ». — 3. Ms. : « dans les hypostases ». 
4. Passage très obscur dont le sens n'est pas absolument certain. — 5. Pair. Gr., XXVI, 1061. 

— 6. TO ôà Ôéffct Xeyofievov çavTacffa I(jt!. 



276 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



de Dieu, le (Fils) unique, Verbe de 
Dieu, l'un delà Trinité égale en essence 
et en nature. Par (les expressions de) 
« science » et « ignorance » ils boule- 
versent ce qui concerne l'âme divine ; par 
(celles de) « corruption » et « incorrup- 
tion », ils s'en prennent au corps pré- 
cieux. Ces choses nous inquiètent, nous, 
vos [328] sujets; elles troublent beau- 
coup le peuple fidèle, qui croit qu'on in- 
troduit une nouvelle doctrine et qu'on 
qu'on détruit l'ancienne. De sorte que 

plusieurs courent vers* 

Certes, Notre-Seigneur et notre Dieu ! 
« sait » ; lui, en qui sont cachés les tré- 
sors de la sagesse*! mais il disposait 
judicieusement ses paroles et répartis- 
sait l'ignorance selon les capacités hu- 
maines, parce qu'il ne nous appartient 
pas, à nous hommes, de rechercher les 
temps et les moments que le Père a 
fixés dans sa puissance '. 

«Nous disons le corps de Notre-Sei- 
gneur « incorruptible », non dans le 
sens d'impassible ou d'immortel, mais 
dans celui d'impeccable et d'imputresci- 
ble. En effet_, « corruption » s'emploie en 
des sens différents : en celui de « péché » , 
d'après ce qui est dit * : « Ils furent cor- 
rompus et abominables dans leurs agis- 
sements'»; et en celui de « dissolution 
totale de tout l'être », d'après ce qui est 
dit ' : « Tu (les) feras descendre dans le 
puits de la corruption ». — Or, nous ne 



nôtre : Marie, en effet, est notre sœur; 
car tous nous venons d'Adam. » 

Que Pélévation de ton esprit, très 
fidèle empereur, considère ce qui vient 
d'être dit, et applique son attention sur 
la fin du chapitre; il dit, en effet : Or, 
notre rédemption n'est pas une fiction, 
ni (l'œuvre) du corps seul, mais de 
l'homme entier : du corps et de l'âme. 
En réalité la rédemption, ajoute-il, ap- 
partient au tout, par conséquent, à la 
nature (prise) de Marie, selon les Livres 
saints. Puis, contre la doctrine des 
Phantasiastes, il établit que le corps de 
notre Rédempteur était naturel et véri- 
table'. On trouve ici l'excès de bonté 
et le soin de cet Esprit « qui scrute tout, 
même les profondeurs divines* ». En 
effet, il ne s'en est pas tenu à cette ex- 
pression : « véritable », qui peut par- 
fois [328] être entendue en un autre 
sens, selon les Phantasiastes; mais il 
ajoute expressément : « Il était vérita- 
ble, parce qu'il était le même que le 
nôtre » ; il n'était pas seulement appa- 
rent, mais il existait dans la nature, 
« puisque Marie est notre sœur ». 

Le grand Basilius, qui parle comme 
par l'Esprit lui-même et par la grâce 
elle-même, oppose les passions natu- 
relles, à celles qui ne sont qu'appa- 
rence. Dans une homélie aux gens de 
Sozopolis, il s'exprime ainsi® : « De là, 
il est évident que Notre-Seigneur a subi 



1. La suite de phrase me paraît inintelligible sans une modification quelconque du texte. — 2, 
Cf. Coloss., 11, 3. — 3. Cf. Act. Ap., i, 7. — 4. Ps. xiii, 1. — 5. U'-vj^a. — 6. Ps. liv, 24. 

7. 'AvÔptÔTttvov cpyffEt... àXY)9ivbv Se y)v tô awjia. — 8. Cf. I Cor., ir, 10. — 9. Patr, Gr., XXXII, col. 
972. "O0ev cpaîvsxat ô Kypto; -rà (làv cpuacxà Tidcôy] uapaSeÇa[jievo; el; peêat'watv ttiç à).YiOivyif, xa\ où xarà 
çavxacrîav ÈvavOptoTtrIcrewi;. 



LIVRE IX. CHAP. XXXIV 



277 



proclamons pas que le corps de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ est « corrupti- 
ble » dans l'un des sens qu'on vient de 
dire. En effet, « il n'a point commis le 
péché* », et « son corps n'a point connu 
la putréfation ^ ». Dans le premier (sens) 
nous estimons ' que le Verbe [avait ac- 
cordé] à sa chair la résurrection dans 
l'impassibilité, et r[in]corruptibilité du 
péché dès (sa) conception. Cette autre 
(acception), qui signifie l'indissolubilité 
complète, nous la reconnaissons dans la 
résurrection. Mais ce n'est pas parce que 
le corps a été préservé de la dissolution 
par le Verbe, que nous ne le devons pas 
dire auparavant corruptible, en ce sens 
quele Verbe ne lui avait accordé ni d'être 
impassible ni d'être immortel, dans la 
manière qu'il apparut incorruptible après 
la résurrection avec laquelle il reçut en 
même temps l'impassibilité et l'immorta- 
lité. Mais s'il lui avait accordé cela, com- 
ment donc auraient pu exister les pas- 
sions irrépréhensibles? comment aurait 
eu lieu la mort de la croix? Les choses de 
la foi disparaissaient pour nous. Car s'il 
n'y a pas eu de mort, il n'y a pas non 
plus de résurrection; si le Christ n'est 
pas ressuscité : vaine est notre prédica- 
tion *, vaine est notre foi. Mais le Christ 
est ressuscité des morts : il a été le com- 
pagnon de ceux qui dorment. Le corps 
était donc passible et mortel avant la ré- 
surrection; il était capable de corrup- 
tion, comme on peut le connaître [329] 



les passions naturelles [pour montrer] la 
réalité etlanon-fiction de l'incarnation. » 
Or, la « non-fiction » est diamétrale- 
ment opposée à la « fiction ». On parle 
de « passion naturelle », et on ne se 
contente pas de la dire « réelle »; car 
tout ce qui est naturel, doit être consi- 
déré comme réel; mais tout ce qui est 
réel n'est pas nécessairement naturel. 
Saint Cyrilliis confirme aussi le sens 
de ce qui vient d'être dit, dans le Corri' 
mentaire sur V Evangile de Jean^, au 
livre VHP, lorsqu'il s'exprime ainsi * : 
« Il fallait, pour ces (deux motifs) 
mêmes, qu'on vît que le Christ était, 
non pas selon l'opinion ou l'apparence, 
mais bien selon la nature, un homme 
né de la femme et subissant tout ce qui 
est humain, excepté seulement le péché. 
Ainsi la crainte et la terreur sont chez 
nous des passions naturelles, qui sont 
loin d'être comptées parmi les péchés. » 
Procliis\ qui (fut) avec le saint évê- 
que de la ville de Constantinople', se 
rapproche de la même opinion. Dans 
sa Lettre aux Arméniens , il s'exprime 
ainsi " : « Qu'ils choisissent de deux 
choses l'une : ou rougir des passions et 
nier la nature; et ils seront comptés 
parmi les impies, puisque c'est là l'opi- 
nion des Manichéens ; ou bien accep- 
ter le bienfait'" de l'incarnation, en con- 
fessant la nature, sans rougir des pas- 
sions qui conviennent à la nature ». 
Et qu'avons-nous besoin, nous vos 



1. II Cor., V, 21. — 2. Act. Ap., xiir, 35. — 3. ^^ûavs (?j, ^*q*»n3 (?). Le texte paraît un peu al- 
téré dans ce passage; nous en rétablissons le sens incontestable d'après le contexte. — 4. sLoioP. 
Cf. I Cor., XV, 14. 

5. In cap. xn, 27.-6, Patr. Gr., t. LXXIV, col. 88. — 7. Lire : >a>ii^o;9. — 8. Avec S. Jean 
Chrysostôme. — 9. Patr. Gr., LXV, 864. — 10. xb xépôoç. 



278 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



par ces choses, afin qu'on ne le supposât 
pas une fiction ou une apparence'. En 
effet, la passion naturelle est double : 
l'une est le corruptible, l'autre le cons- 
tituant; le corruptible subit la corrup- 
tion ; le constituant maintient l'essence; 
c'est ainsi qu'il est dit* : « Ils se multi- 
plieront encore dans une vieillesse abon- 
dante et ils supporteront bien les pas- 
sions. » Nécessairement d'après cela, 
l'être animé est constitué pour la pas- 
sion corruptible, la mortalité du corps. 
S'il n'en était pas ainsi, la mort ne pour- 
rait avoir lieu ; ou plutôt, la mort n'est 
que cela, étant la séparation de l'âme et 
du corps, et comme la dissolution de 
tout l'être ^ qui s'effondre (?). Dès lors, 
l'apôtre divin, Paul, joignant* la mort à 
la passion, dit " ; « A cause de la passion 
de la mort » ; et le grand Synode des 318 
(Pères), voulant faire profession de foi 
de la mort, dit : « Il est descendu, s'est 
incarné, s'est fait homme, a souffert, est 
ressuscité le troisième jour. » Comme 
si l'expression de la passion suffisait 
pour indiquer la mort. De là, nous 
croyons que les saints* Pères, la plu- 
part du temps, joignent ensemble le 
mortel et le corruptible lorsqu'ils consi- 
dèrent la passion qui surtout peut pro- 
duire la corruption. 

« Cyrillus, dans le second Livre ap- 
pelé Trésor, dit ceci' : « Puisqu'il a pris 
un corps mortel et corruptible et qu'il 
s'est ainsi soumis à la passion ; néces- 
sairement il a fait siennes, avec la chair, 



sujets, de parler longuement à un sage 
empereur, capable non seulement de 
s'instruire, mais même d'enseigner? 

Vous-même, instruit par Dieu, dans 
l'éditque vous avez maintenant envoyé, 
vous avez proclamé très bien et sage- 
ment qu'autre chose est ceci : « par la 
nature » et autre chose ceci : « par la 
grâce ». A côté de l'expression « na- 
ture », [329] vous avez placé « réelle- 
ment' », mais non pas à côté de l'expres- 
sion a par la grâce » ; car l'idée « d'adop- 
tion » vient aussitôt h l'esprit. C'est ainsi 
que Grégoire le Théologien prouve' 
que Dieu est « réellement » père, par 
l'exemple du Christ qui a la nature du 
Père, mais non pas par notre (exemple), 
car nous sommes appelés (ses) fils seu- 
lement par l'adoption et la grâce. » Il est 
donc rigoureusement vrai que « réelle- 
ment » ne peut s'employer que selon 
la nature. Nous avons appris à dire que 
les passions de Notre-Seigneur, notre 
Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, 
sont « naturelles », en présupposant 
nécessairement l'expression « volontai- 
rement », car le Verbe permettait que 
les passions naturelles et non répré- 
hensibles fussent dans son très saint 
corps. 

Le témoin exact de ces choses, Am- 
brosius , éi>êqve de Milan, s'exprime 
ainsi dans le V* livre Sur la Foi^'^ : « La 
chair a souffert; la divinité exempte de 
la mort a permis que le corps souffrît 
selon la loi de la nature ». 



1. cpavTafft'a. — 2. Ps. xci, 15. — 3. ILoAqo (?). — 4. Lire : >^x>, — 5. Hehr., n, 9. — 6. Oeôçopoi. 
- 7. Patr. Gr,, LXXV, 3%, 

8. xuplwç. — 9. Patr. Gr., XXXVI, 80. — 10. Patr. Lat., XVI, 594 (in libr. II, c. 7). 



LIVRE IX. GHAP. XXXIV 



279 



les passions de celle-ci. Quand celle ci 
les subit, on dit que lui les subit. Car 
nous disons qu'il a été crucifié et qu'il 
est mort, bien que le Verbe n'ait pas 
souffert en réalité*, ni proprement. » 

«Semblablement, le grand Athanasius, 
dans le IIP livre swr la Trinité^ contre 
les Ariens, s'exprime ainsi* : « Ce qui 
est du corps ne pourrait être attribué à 
l'incorporel, s'il n'avait pris un corps 
corruptible et mortel. En effet, Marie, 
de qui vient le corps, était mortelle. 
Pour cela, il faut, lorsqu'il souffre, 
qu'il pleure, qu'il se fatigue dans le 
corps, que ces (actions) lui soient attri- 
buées en même temps que le corps et 
tout ce qui est le propre de la chair. » 
On voit, par tout ce qui a été dit, la 
synonymie de : incorruptible [330], im- 
passible, et immortel; puisque passible 
et mortel, implique nécessairement cor- 
ruptible, on voit que la théorie des 
Phantasiastes rejette la réalité naturelle 
dans le sens du (mot) passion. 

« Prosternés aux pieds de Votre pieuse 
Sérénité, nous cherchons à ne rien dire 
sans discrétion. Nous avons appris, et 
de l'Écriture Sainte, et des Saints Pères, 
à regarder le corps de Notre-Seigneur 
comme passible et mortel avant la ré- 
surrection ; mais comme impassible et 
immortel après la résurrection. Corrup- 
tion et incorruptibilité s'appliquent à 
chacundes termes, et marquent en même 
temps la séparation entre le temps de 



Basilius, dans son homélie Sur U action 
de grâces* ^ suit ceux-ci et dit* ; « De 
sorte que Notre-Seigneur supporta la 
faim, quand les aliments solides étaient 
digérés; il supporta la soif, quand l'hu- 
meur du corps était épuisée ; il était 
fatigué, quand les muscles et les nerfs 
étaient trop distendus par la route. 
Certes, la divinité ne fut pas sujette 
à la fatigue ; mais le corps a subi les ac- 
cidents inhérents à la nature. De même, 
il a subi les larmes^, permettant qu'un 
accident naturel se produise dans la 
chair ». 

A l'exemple de Basilius, son frère 
Gregorius^ évêque de Nysse^ s'exprime 
ainsi dans la IV* homélie Sur les Béati- 
tudes'^ : « Celui qui a participé à tout ce 
qui est de notre nature, excepté le péché, 
a eu aussi avec nous les mêmes [pas- 
sions] '. Il n'a pas jugé que la faim fût un 
péché, et ne s'est pas refusé à la subir; 
mais il a supporté l'acuité du désir na- 
turel de la nourriture^. Après être resté 
quarante jours sans nourriture, ensuite 
il eut faim; car il permettait, quand il 
le voulait, à la nature d'accomplir son 
office ». 

A ceux-ci nous ajouterons encore, 
attendu qu'il emploie Texpression même 
de «passion volontaire » et «naturelle », 
le bienheureux ^fAartas/a5, qui, dans le 
Traité qu'il écrivit en faveur de la Foi, 
contre Apollinarius , dit ceci^ : « Telle 
fut (sa) mort : le corps la subissait na- 



1-. oùx l5la xai xaô' lauTOy. — 2. Patr . Gr., XXVI, 440. 

3. UepX t\ixa.piai:i(X(;, — 4. Patr. Gr., XXXI, col. 228. — 5, Lire : l^vxi», gr. : tô Sâxpyov. — 6. Patr. 
Gr., t.XLIV,1236. — 7. xat ffujxfJiSTaaxwv t|(xTv twv aù-rwv 7ra6Yi(JiaTwv. — 8. ttjv ôpsxTtxYjv opiXYiv tÎ]; çuctsws 
TYlv £7c\ Tî) Tpocpî) vivopiévYiv. — 9. Pcit'r , Gr., XXVI, 1104, 



280 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



turellement; le Verbe l'acceptait volon- 
tairement et livrait spontanément* le 
corps h la mort, pour qu'il souffrît natu- 
rellement pour nous, et ressuscitât divi- 
nement ». 

Nous vous avons présenté ces (témoi- 
gnages), en en laissant beaucoup de 
côté, ô très [330] fidèle (empereur!), 
afin que jamais la doctrine des Phanta- 
siastes ne puisse se développer et (in- 
troduire) sous le nom d incorruptibilité, 
la fiction des passions. En effet, si nous 
reconnaissons comme absolument saint, 
auteur de la vic^, et incorruptible en ce 
sens qu'il n'a pas péché, dès le sein (de 
la Vierge), le corps uni hypostatique- 
ment au Verbe par le moyen d'une âme 
raisonnable et intelligente ; cependant, 
nous le savons aussi passible et mortel 
de sa nature. Car le motif pour lequel 
la chair a été prise fut que, dans une 
chair capable de souffrir, le Verbe im- 
passible, supportât notre condition, payât 
pour nous la dette de la mort, nous 
fît exempts de dette, afin que, grâce à sa 
chair^ nous arrivions à l incorruptibilité. 
Jean de Constantinople confirme également ce qui a été dit, lorsqu'il s'exprime 
ainsi dans le Commentaire sur VEpîtreaux Romains^ : « Le Christ n'avait point une 
chair pécheresse, mais qui ressemblait à notre chair pécheresse, sans péché; la même 
que la nôtre par la nature. De sorte que par là, il est évident que la nature de la chair 
n'est pas mauvaise : carie Christ n'en a pas pris une autre que cette première, .il n'a 
point changé la substance de celle ci pour la préparer à combattre^ de nouveau^ 
mais il l'a laissée subsister dans sa (propre) nature et lui a obtenu de ceindre la cou- 
ronne contre le péché, et, après la victoire, l'a ressuscitée et l'a rendue immortelle ». 
Suivant les traces des saints Pères, nous avons rappelé ces choses à Votre' Piété. 
D'un commun accord, pour ainsi dire, tous déclarent (le Christ) passible et mortel 



la passion et celui de la résurrection. 
C'est ainsi que Paul l'emploie en par- 
lant de la passion et de la mort* : « Il 
l'a ressuscité des morts, et il ne retour- 
nera pas à la corruption. » En vue de la 
résurrection, sa chair n'a pas subi la 
corruption. Pareillement, Paul compare 
les termes de passion et d'impassibilité 
lorsqu'il dit* : « Si nous avons connu le 
Christ selon la chair, maintenant nous 
ne le connaissons plus. » Et JeandeCons- 
tantinople dans la xn'' homélie du Com- 
mentaire sur la 11^ Epitre aux Corin- 
thiens^ explique' : « selon la chair », 
c'est-à-dire subissant les passions natu- 
relles. Et comment cela ?En ce qu'il eut 
faim, en ce qu'il eut soif, en ce qu'il se 
fatigua, en ce qu'il dormit. Et « non 
selon la chair », c'est-à-dire qu'il est 
désormais délivré de ces passions; mais 
non pas qu'il est séparé de la chair, car 
il viendra avec elle, désormais impas- 
sible et immortelle, juger l'Univers. » — 
Fin. 



1. Act. Ap., xtir, 37. — 2. II Cor,, v, 16. — 3. Patr. Gr., LXI, 475. 

4. £|oy(Tta(TTtxwç. — 5. iS/c ms. Probablement à corriger : U*-*. ;avso, « supérieur aux passions ». — 
6. Patr. Gr., LX, 515. — 7. Lire : v^^sû»». — 8. oûtwç aÙTYjv àvafjiaxi^aadTî» Ttapsaxeûags. — 9. Lire : 



LIVRE IX. GHAP. XXXIV 281 

avant la résurrection, impassible et immortel après la résurrection. En même temps, 
ils désignent la passion et la mort par le mot corruption; l'immortalité et l'impassi- 
bilité par le mot incorruptibilité. Nous pensons qu'en apportant leurs témoignages, 
nous fatiguerions l'attention de Votre Piété; mais en vous présentant ces Pères les 
plus illustres*, pour toute pétition, prosternés en larmes aux pieds de Votre Piété, 
nous vous demandons des choses honorables devant Dieu : que vous sévissiez contre 
ceux qui suscitent des difficultés étranges et inaccoutumées à l'Église de Dieu ; 
que vous empêchiez les discussions de paroles vaines, qui ne sont utiles à rien et sont 
prononcées pour la subversion de ceux qui les entendent*; de sorte que, dans un 
cœur parfait, la foi admirable, que jusqu^à présent vous avez gardée en paix, soit 
votre glorification, et que vous puissiez dire avec Ézéchias à Notre-Seigneur, en toute 
liberté' : « Souviens-toi, Seigneur, que j'ai marché devant toi dans la vérité et la foi, 
et que j'ai fait le bien en ta présence, avec un cœur parfait ». Le chef des Pasteurs vous 
donnera, à cause de son troupeau, la couronne des amis, dans la justice, après vous 
avoir auparavant mesuré le temps de la vie selon la justice. Et toute rassemblée des 
pasteurs dit : Amen, et AmenI ô empereur, pardessus tout chrétien et pieux! 

Quelques-uns disent que quand l'empereur reçut cette relation*, [331] il fut trans- 
porté de colère " contre les évêques, et voulut les chasser tous en exil ; d'autres disent 
qu'il fut touché de repentir, se détourna des deux hérésies*^, et fut affermi dans l'or- 
thodoxie. Mais sa fin approcha, et, par la permission de Dieu, il mourut après avoir 
régné 38 ans. 

A l'époque de la mort de Justinianus, un homme pieux et digne de foi eut la vision 
que voici : Il y avait une grande plaine et au milieu une fournaise de feu dont les 
flammes s'élevaient jusqu'au ciel. Saisi de crainte, il interrogea, et on lui répondit : 
« Elle a été allumée pour que Justianus y soit jeté, parce qu'il a introduit la « cor- 
ruption » dans la foi, par son ignorance; mais il y a échappé à cause de son abon- 
dante miséricorde pour les pauvres, et à cause des églises qu'il a bâties. » 

Fin du Livre neuvième, qui renferme V espace de 108 ans^ pendant lesquels 
six empereurs ont régné sur les Romains, et cinq rois sur les Perses. — Cette 
année est Van 6013 depuis Adam, Van 567 depuis Notre-Seigneur et, selon les 
années des Grecs, (Van) 811. 



1. Ceux qu'on vient de citer. — 2. Cf. II Tim,, rr, 14. — 3. IV R<ig., xx, 3. — 4. àvacpopâ. — 
5. Lire : I'iûa4».3_ — g^ ]3es phantasiastes et des diophysites. 

II. 36 



LIVRE X 

J'appelle a mon aide Notre-Seigneur Jésus, Dieu, qui a voulu être dé- 
signé DANS la chair PAR LA LETTRE J, QUI EST LA DIXIÈME EN NOMRRE % EN 
COMMENÇANT CE DiXiÈME LIVRE, QUI PART DE l'aN 568 DE LA NAISSANCE DE 

NOTRE Sauveur de la Vierge Marie, (qui est) l'an 6073 depuis Adam, et, se- 
lon LE COMPUT appelé DES GrEGS, l'AN 878. 



CHAPITRE PREMIER. — [Du commencement du règne de Justinus IL] 

En l'an 878 des Grecs, Justinianus, étant mort, le fils, de sa sœur, qui s'appelait 
aussi Justinus* commença à régner. — Il commença à régner avec Sophia, sa 
femme, au mois de tesrîn (octobre). — Il n'y eut plus aucune vexation dans 
l'empire des Romains, et les malfaisants disparurent grâce à sa fermeté. Il était 
Thrace d'origine. Il était podagre. 

A cette époque le roi des Perses était Kosrau. Au commencement% ils jouis- 
saient d'une paix véritable. Pour ce motif, en la 2° année de Justinus, selon 
l'usage des rois de s'envoyer * mutuellement des présents lorsqu'ils commencent 
à régner, le patrice Jean de Gallinicefut envoyé porter des présents d'honneur 
au roi des Perses^, et faire la paix et Tunion des Eglises. 

Après [332] cela, les Perses se mirent de nouveau à opprimer le peuple des 
Arméniens, afin qu'ils adorassent le feu, comme les Mages; car les Arméniens 
étaient soumis aux Perses à cette époque. Pour ce motif, les Arméniens se 
révoltèrent contre contre les Perses et cherchèrent du secours près des Ro- 
mains®. Les Romains aidèrent les Arméniens, et les Perses furent vaincus. 

Kosrau nianda à Justinus de lui restituer ' les Arméniens, disant : « Il n'est 
pas bien que tu donnes la main au peuple qui s'est révolté contre son roi. Et si 
tu ne me rends pas ce peuple, rends-moi le pays tributaire. » — Justinus 
répondit : «Je ne livrerai pas entre tes mains un peuple chrétien qui a aban- 
donné le culte des démons et m'a demandé protection. » — Kosrau revint à la 
charge et écrivit une seconde fois à Justinus, en disant : « Si tu ne donnes pas 



1. Selon le système de numération des Syriens, Eu d'autres termes : « En commençant le 
X^ livre, j'invoque Jésus dont le nom commence par la lO" lettre de l'alphabet. » — 2. Cf. ci-dessus, 
p. 169, n. 1. Par suite de cette confusion entre les noms de Justin et Justinien, Justin II est appelé 
parles écrivains syriens Justin ou Justinien III. — 3 : U»Q*3. — 4. Lire : vp»»*»». — 5. Cf. Hist, du 
Bas-Empire, 1. L, § vr. — 6. Cf. lbid.,% xxxv; Joh. Ephes., III, ii, 18 sqq. ; vi passim. — 7. Lire : 



LIVRE X. GHAP, I 



283 



le peuple et si tu ne nous rends pas le pays, donne l'or que vos rois donnaient 
en tribut pour l'Arménie*, et que la paix soit maintenue entre nous. » — Justi- 
nus répondit encore de dures paroles, en disant : « Je vous réclame même le 
tribut que vous avez reçu autrefois. C'est à celui qui demande la paix de don- 
ner le tribut; et puisque vous nous demandez la contrée du Nord^, de notre côté 
nous vous demandons Nisibe; car elle appartenait aux Romains, et elle a été 
donnée aux Perses sous condition, comme il est écrit dans les archives. » ~ Ce 
récit du milieu^ est fini. 



En la l"^" année de Justinianus (Jus- 
tin II), qui est l'an 878, au mois de ta- 
mouz (juillet), on vit une grande lumière 
dans la région du Nord. Elle était placée 
au sommet des airs, comme une flamme 
terrible. — La même année, une sorte 
'de lance de feu, parut dans le ciel pen- 
dant longtemps. 

L'empereur fit venir de Smyrne une 
grande machine de bois solides, sur la- 
quelle quelques hommes portant du feu 
volaient, montaient et descendaient avec 
adresse : c'est ce qu'on appelle un 
xaTa§po|j.cç. Des multitudes de gens se 
préparaient h ce spectacle diabolique : 
Mais pendant la nuit le feu embrasa le 
ciel dans la région du nord et de l'est. 
Par crainte, cet amusement fut supprimé 
ce jour-là et le lendemain. Le jour sui- 
vant les foules s'assemblèrent de nou- 
veau et plusieurs moururent pendant 
ce spectacle de morts lamentables et 
très cruelles. [332J En effet, les cor- 
des s'étant rompues sous le poids de 
grosses pierres, ils tombèrent en bas et 
leur cervelle se répandit sur leurs osse- 
ments. 



Quand Justinus commença à régner, il 
voulut faire la paix dans les Eglises. Il 
s'en préoccupait beaucoup dès le temps 
de son oncle*. 

C'est pourquoi, quand le pape Theodo- 
sius se disposa h venir le trouver, il or- 
donna qu'il entrât avec les honneurs dus 
au patriarche. Lorsqu'il vint, l'empereur 
le reçut avec joie*. Il lui promit de faire 
la paix, et le renvoya à son siège. Mais 
saint Theodosius mourut la même année. 

L'empereur, ayant appris sa mort, or- 
donna qu'il fût enseveli avec pompe ; 
et le moine Athanasius, de la famille im- 
périale, prononça à sa sépulture une ho- 
mélie dans laquelle il anathématisa ou- 
vertement le synode de Chalcédoine. 

L'empereur ayant entendu parler des 
évêques qui étaient retenus h Antioche 
les fit relâcher en paix. 

Ayant appris que Theodosius avait 
été accueilli honorablement par l'empe- 
reur et que celui-ci avait promis la paix 
et l'union, plusieurs archimandrites et 
des hommes notables se réunirent dans 
la ville impériale. De son côté, [332] 
l'empereur rassembla les évêques qui se 



1. Sic BH ; ms, : « pour les Arméniens ». — 2. I^k^^ï IUI (BH). — 3. C'est-à-dire : Écrit dans 
la colonne du milieu. 

4. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, § m. — 5. û-Uh-, 



284 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



Le même feu apparut de nouveau dans 
le ciel aux mois d'éloul et de tesi î (sept.- 
oct.) ; il semblait encore plus terrible- 
ment embrasé. — Le 5 de tesrî i®'" (oct.), 
il y eut un tremblement de terre qui 
secoua la terre comme des arbres. Il en 
fut encore de même quelques jours plus 
tard. 

Encore au mois de tesrîn, des char- 
bons embrasés, comme par un incendie 
des airs, tombèrent du ciel; ils ressem- 
blaient à des débris de roseaux qui 
brûlent où à du papier embrasé. Ils 
étaient longs d'environ trois doigts ; de 
sorte qu'on en recueillit pour remplir 
des corbeilles ' qu'on conserva dans les 
maisons. Beaucoup de gens se conver- 
tirent de leur malice à cause de ce pro- 
dige. 

L'empereur, qui se rendait^ aux 
Thermes *, quitta la ville à cause du 
tremblement de terre et entra dans 
l'église de la Mère de Dieu appelée des 
[B]lachernes * ; on fit des rogations dans 
toutes les églises ; même les enfants, 
les écoles les femmes libres : tous 
pleuraient amèrement et priaient avec 
ferveur. Quand la procession arriva à 
cette grande église, à l'aurore du ven- 
dredi, on aperçut tout à coup à la neu- 
vième heure, une grande croix dans le 
ciel, sous l'aspect d'un nuage lumineux 
dans lequel se trouvait un feu très bril- 
lant. Alors, l'empereur, le patriarche 
et tous les assistants se mirent à crier : 
Kyj^ie eleison *. Et tout le peuple fut 



trouvaient à Constantinople ; il ordonna 
aux deux partis de rechercher la vérité 
et leur demanda de s'unir. Ils s'assem- 
blèrent pendant toute une année dans le 
palais patriarcal, parlant et écoutant; 
mais à cause des péchés, l'Eglise ne fut 
pas pacifiée. 

Les fidèles, c'est-à-dire le parti des 
Orthodoxes, présentèrent de nouveau 
une supplique à l'empereur en vue de la 
paix. Il répondit : « Nous sommes sur le 
point d'envoyer en Orient le patrice % et 
nous lui avons donné ' des instructions en 
vue de la paix de l'Eglise. Donc, allez- 
vous en tous en paix, et quand il descen- 
dra en Orient, assemblez-vous tous au- 
près de lui ». Ayant entendu ces paroles, 
tous gagnèrent l'Orient, avant l'ambas- 
sadeur, attendant la venue de cet envoyé. 
L^évêque Jacques ^ se trouvait aussi 
dans la ville impériale avec les moines 
qui y étaient réunis. — Or, Jacques alla 
trouver en secret l'impératrice, et lui 
persuada qu'il désirait ardemment la 
paix des Eglises. L'impératrice Sophia 
accueillit le vénérable avec honneur. 
Elle appela Jean, et, en présence du vé- 
nérable, lui ordonna de s'appliquer à 
pacifier l'Eglise. Elle demanda à Jacques 
de se présenter à l'empereur et d'écouter 
sa parole; mais le vénérable s'y refusa. 
L'empereur voulut envoyer Jean 
d'Asie avec Jean le patrice; mais, comme 
il était occupé à baptiser les païens, il 
n'y alla point. 

Il y eut à cette époque un autre 



1. aTTuptôs;. — 2. Ms. : « qui se rendaient » (l'empereur et la cour?). — 3. Cf. Joh. Eph., III, i, 26. 

— 4, Restituer : p;is^i, BXa^^epvwv. Voir la description de Nigeph. Call., H. E., XV, xxv, xxvr, 

— 5. Ms. : kourilos, 

6. Jean de Callinice ; cf. ci-après, ch. ii. — 7. ^*>ûav). — 8. Jacques Baradée. 



LIVRE X. GHAP. II 



285 



dans une grande angoisse jusqu'à ce 
qu'elle eût disparu. — Le [333] lende- 
main, le patriarche se rendit près de 
l'empereur et lui dit : « De même que 
la croix est apparue dans le ciel à Cons- 
tantin, de même elle s'est montrée à 
toi. Il faut donc que tu fasses venir la 
parcelle du bois de la crucifixion qui 
est à Apamée de Syrie. » — Sur l'heure, 
l'empereur écrivit, et envoya un de ses 
généraux, qui se rendit à Apamée. Avec 
beaucoup de violence, malgré celui chez 
qui elle était cachée, et malgré l'évêque 
de l'endroit, il s'en empara de force, et 
l'amena h Antioche. Là, on la scia dans 
sa longueur. La moitié fut mise sous 
scellé et resta à Antioche pour être 
renvoyée à Apamée, et l'autre moitié 
fut envoyée à la ville impériale*. L'em- 
pereur et toute la ville sortirent pour la 
recevoir avec honneur le 10 de ka- 
noun i""" (déc). Pendant dix jours on 
l'exposa dans les églises à la vénéra- 
tion des peuples. L'empereur lui fit 
faire un reliquaire d'or qu'il orna de 
pierreries de toute sorte. Il fut rançré 
dans la grande église de la ville. — Fin. 



schisme. Paulus, qui demeurait près du 
pape Theodosius, reçut [333] l'ordination 
de Jacques et d'Eugène, pour le siège 
d'Antioche; ensuite il désira celui d'A- 
lexandrie. Mais les Alexandrins deman- 
daient Athanasius, fils de la fille de l'im- 
pératrice Theodora. Paulus écrivit aux 
Alexandrins des reproches contre 
Athanasius. Athanasius en ayant eu con- 
naissance se mit à examiner la conduite 
de Paulus; ensuite les Alexandrins ré- 
digèrent un acte* d'accusations très 
odieuses, contre Paulus ; et ils les affir- 
maient en disant qu'il était leur conci- 
toyen. Athanasius les montra lui-même 
à l'empereur. Paulus chercha à corrom- 
pre les Alexandrins par de grands pré- 
sents, à l'aide des richesses de Theodo- 
sius dont il avait hérité. Voyant qu'il 
n'avançait à rien, il descendit près de 
Héret, fils de Gabala; et celui-ci or- 
donna que son nom fût proclamé dans 
les églises des Auxp'.vojxévoi^ c'est-à-dire 
des Orthodoxes. — Or, les Alexandrins 
étaient scandalisés non seulement à 
cause de Paulus, mais aussi à cause du 
vénérable Mar Jacques qui l'avait or- 
donné sans le consentement de toutes 
les provinces'. 



CHAPITRE [II], qui expose ce qui eut lieu lors de la descente du patrice Jean 

dans la contrée orientale. 



Lorsque le patrice Jean fut envoyé 
par l'empereur Justinus près de Kosrau, 
il reçut l'ordre de procurer la paix des 
Eglises. 



Les é<^êques, ayant pris connaissance 
de Védit^ rédigèrent une pétition ainsi 
conçue : « Nous avons confiance, car 
nous sommes tous assurés que Votre 



1. Cf. Cedren., ad ann. 5 Justini. 

2. upaliç. — 3. Cf. JoH. Ephes., III, II, 3 ; Ps.-Den. ad ann. 889 {B. O., II, 69). 



286 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



Il pavint à Callinice^ et là, une foule 
de persécutés se réunit. Il leur annonça 
que l'empereur était disposé à (leur) 
procurer la paix; et de leur côté, ils lui 
firent connaître avec des pleurs et des 
gémissement lamentables, la persécu- 
tion et les angoisses qu'ils avaient su- 
bies de la part des Synodites, 

L'évêque Jacques vint aussi en ce lieu. 
Le patrice dit à Jacques : « Quand nous 
reviendrons de chez les Perses^ une as- 
semblée aura lieu dans la ville de Dara ». 
Alors Jacques prit soin de faire assem- 
bler les évêques, les archimandrites et 
les moines ; et quand Jean revint, Jacques 
et ceux qui raccompagnaient allèrent h 
sa rencontre à Dara. Tandis qu'ils par- 
laient de la paix, arrivèrent de nouveau 
des lettres de l'empereur qui pressaient 
Jean de faire la paix des Eglises, de 
l'achever par tous les moyens possi- 
bles, et de remonter ensuite. Il exhorta 
donc Jacques et ceux qui l'accompa- 
gnaient h le précéder à Callinice, tandis 
qu'il terminerait les affaires de l'empe- 
reur. 

Sur l'ordre de l'empereur, Eugène, 
évêque de Cilicie, et Aboui, prêtre et 
moine, furent aussi envoyés de la ville 
impériale. La nouvelle de la paix se ré- 
pandit entons lieux : des gens de toutes 
les classes s'assemblèrent à Callinice. 

C'était en vue de la paix [334] qu'ils 
étaient assemblés; mais une autre ques- 
tion fut agitée parmi eux. Quelques-uns 
étaient opposés à Eugène et exigeaient 
qu'il anathématisàt quiconque emploie 
l'expression de « substances* ». Celui-ci 



Altesse,© âmidu Christ Notre-Seigneur! 
poursuivant le bien de la religion, place 
la sollicitude suprême de l'union des 
Eglises et les choses spirituelles avant 
toutes les autres affaires; nous avons 
aussi bon espoir que Dieu vous secon- 
dera, et dirigera cette affaire glorieuse. 
Nous vous prions, puisque les questions 
agitées concernent la foi, de laquelle 
dépend le salut de toutes les âmes, 
d'accueillir* nos paroles avec longani- 
mité et mansuétude; car toute chose 
doit être examinée', et celle-ci avant 
tout. 

« Nous vous faisons savoir que ledit 
rédigé par Votre Altesse est parfait en 
y ajoutant deux mots. Nous voulons 
dire : « de deux natures ou hypostases 
a été constituée une seule nature ou 
hypostase de Dieu le Verbe incarnée » ; 
et là où on dit : « et non pas deux fils, 
ni deux personnes, ni deux hypostases », 
qu'on ajoute : « ni deux natures ». — 
Et puisqu'on confirme dans l'édit les 
XII Chapitres de Cyrillus, (il faut) qu'on 
anathématise à la fin de l'édit ceux qui 
pensent des choses contraires à celles 
qu'il renferme, ainsi que les personnes 
qui sont anathématisées par les deux 
[334] partis. 

« Il est évident qu'en replaçant saint 
Severus dans les diptyques, l'ordon- 
nance* portée contre lui, contre Anthi- 
mus, contre Petrus et contre Ze'ôra, 
se trouve annulée, en tant que portée 
illégalement. 

« S'il est difficile d'ajouter ces deux 
mots à l'édit, nous accepterons Vffeno- 



1. oôffta;. 

2, Lire : «^Q^acL,. — 3. Cf. I Thess., v, 21. — 4. ôiâta^tç. 



LIVRE X. GHAP. II 



287 



répondit ; « Ce n'est pas le moment ». 
Mais ils ne cessaient point. Ce qu'ils 
agitaient depuis longtemps en secret se 
produisit alors au grand jour, et devint 
une cause de dissentiment pour les fidè- 
les. Il y eut deux partis. D'un côté : Co- 
non, Eugène, Theonas, évêques; Atha- 
nasius, Aboui et Phocas, moines; de 
l'autre : Jacques, Theodorus d'Arabie, 
Paulus, Jean d'Asie, Stephanus, Lon- 
ginus, Elisée et Ptolomaeus*. Il y eut 
donc un schisme parmi les fidèles. Ils 
se vilipendaient les uns les autres. Les 
partisans de Jacques accusaient ceux de 
Conon de polythéisme; et les partisans 
de Conon appelaient ceux de Jacques 
« sabelliens ». 

Quand le patrice Jean arriva, il réunit 
Pallad[ius], archimandrite de Mar Bas- 
sus], Antiochius d'Arabie, JeandeQàrta- 
mîn, et d'autres hommes et clercs célè- 
bres. Il leur dit afFableme.nt : « Notre 
empereur ami de la paix, veut que nous 
fassions la paix dans les Eglises *; je suis 
persuadé que vous y mettrez vous-mêmes 
de la bonne volonté. Nous savons par 
les histoires écrites que non seulement 
les Pères se sont écartés en plusieurs 
choses de la rigueur d'une exactitude' 
absolue et ont avisé à de semblables 
moyens de faire la paix pour l'utilité du 
grand nombre; mais les Apôtres eux- 
mêmes, comme l'attestent les Livres 
saints. Paul voulant instruire Timothée 
commença par le perfectionner dans la 
pratique du judaïsme, c'est-à-dire la 
circoncision*; ensuite ii l'amena au 



ticon de Zenon, puisqu'on y trouve : 
« que ceux qui [feront] une autre défi- 
nition, ou doctrine, ou symbole de la 
foi, en quelque synode, lieu, temps ou 
manière que ce soit, en dehors de la 
définition des 318 Pères, sont anathé- 
matisés, avec les personnes qui sont 
anathématisées par les deux partis \ — 
Ici encore, quand Severus sera replacé 
dans les diptyques, quand l'ordonnance 
précitée aura été rapportée en tant 
qu'injuste et illégale, quand l'union sera 
rétablie, les vénérables (évêques) morts 
dans la persécution devront tous être 
rétablis dans les diptyques. Et si Anas- 
tas[ius] accepte l'union, il occupera « son 
siège; sinon un autre l'occupera". » 

Quand cet écrit fut donné, du con- 
sentement de toute l'assemblée réunie 
dans le couvent de Mar Zakai, pour être 
envoyé au patrice Jean, beaucoup de 
moines vociféraient, disant : « Montrez- 
nous ce que vous avez écrit ; car si c'est 
orthodoxe nous l'acceptons, sinon, 
nous ne l'acceptons pas ». Alors, sur 
l'ordre des évêques, on commença à lire 
l'écrit. Aussitôt les moines excitèrent 
du tumulte. Un moine appelé Cosmas, 
et surnommé Bar-Hraniata, du monas- 
tère de Mar Cyrus de Callinice, osa 
déchirer le libelle' au milieu de l'assem- 
blée, et il y eut une confusion générale 
dans cette affaire. Quand le patrice 
apprit ce qui s'était passé, il bouillonna 
de colère, et passa aussitôt de l'autre 
côté de l'Euphrate, sans goûter la nour- 
riture qui lui avait été préparée. 



1. Ms. : Pâtôlâinos . — 2. Lire : lI.'t-^=. — 3. àxptgsca — 4, Act. Apost., xvi, 3. 
5. h'henoticon anathématise nommément (outre ceux qui feront une nouvelle définition) Nesto- 
rius et Eutychès. Cf. ci-dessus, p. 152. — 6. Lire : oCm, — 7. xaP'^i'lî. 



288 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



Nouveau-Testament. Il fit cela parce que 
le judaïsme se maintenait encore et que 
le christianisme n'avait pas atteint son 
développement. Mais plus tard, quand 
il vit que le christianisme s'était dilaté, 
et que la circoncision était abolie, il dé- 
clara que Titus, qui était un païen, n'avait 
pas besoin d'être circoncis*. Et quand il 
vit que la Prédication du Christ avait pris 
une grande extension, il écrivit aux Ca- 
lâtes*: «Voici que moi, Paul, je vousdis: 
Il ne vous sert de rien pour le Chrit d'ê 
tre circoncis. » Celui qui autrefois avait 
circoncis Timothée par crainte, prêchait 
ensuite aux hommes que la circoncision 
était inutile. De même, saint Cyrillus 
accepta Jean [336] d'Antioche qui par- 
tageait' l'opinion de Neslorius, unique- 
ment parce que Jean confessa Marie 
(( Mère de Dieu », et il lui envoya une 
lettre de concorde et de communion*. 
Il fit cela non pas en maintenant une 
exacte rigueur, mais en usant de con- 
descendance^ pour l'utilité d'un grand 
nombre. Il n'est pas possible, tandis 
que vous êtes hors de vos sièges, que 
tout ce que vous désirez se fasse dans 
les Eglises. Mais dès que Notre-Seigneur 
en donnera la possibilité à notre empe- 
reur victorieux, il ordonnera que cela 
s'accomplisse. Tous, vous êtes acceptés, 
vous devenez ses familiers ; avec le temps 
le reste sera redressé; car je sais quelle 
est la volonté de Tempereur, et qu'il n'y 
a pas d'autre moyen plus efficace de 
faire la paix dans les Eglises, que celui 
qui lui convient. Je vous conseille d'ac- 
cepter, de peur qu'en persévérant dans 



Or^ cette affaire avait eu lieu par l'o- 
pération du démon. Plusieurs furent af- 
fligés de ce que les Églises n'étaient 
point unies; et aussitôt, les notables 
passèrent trouver Jean et le prièrent de 
recevoir les évêques qui rédigeraient 
un autre libelle à la place de celui qui 
avait été déchiré. Il y consentit, et 
Jacques, Theodorus, Eugène, Aboui, 
Phocas et les autres se rendirent près 
de lui. Ils le supplièrent en disant : 
« Que la paix de l'Eglise ne soit pas 
anéantie à cause de la dispute de quel- 
ques ignorants ennemis de la paix ! » 
Ils calmèrent son ressentiment [33i>] et 
firent un écrit semblable à celui qui 
avait été déchiré. 

Quand Jacques et ceux qui raccompa- 
gnaient revinrent vers les moines, ceux- 
ci, ayant appris qu'ils avaient fait et donné 
à Jean un écrit, s'insurgèrent en disant: 
« Si tu n'annules pas cet écrit par Fana- 
thème, si tu ne jures pas sur ta tête que 
tu ne l'acceptes pas, nous t'anathémati- 
sons tous, et nous n^accepterons jamais 
que tu sois notre évêque ». En voyant 
cela, il anathématisa aussitôt par écrit le 
libelle. 

Quand le patrice Jean l'apprit, il re- 
tourna en grande colère près de l'empe- 
reur et lui fit savoir ce qui s'était passé. 
Celui-ci cessa de s'occuper de la paix et 
se remit à persécuter les fidèles. 

Les persécutés s'assemblèrent, firent 
une prière, maudirent le patrice Jean, 
et un jour où il se tenait devant Pempe- 
reur, un démon s'empara de lui; il 
tomba, et se mit à bêler comme une 



1. GaL, ir, 3. — 2. Gai, v, 2. -- 3. Lire : looi ,-1. — 4. Cf. ci-dessus, p. 110-112. 



LIVRE X. GHAP. II 



289 



une trop grande rigueur vous n'em- 
pêchiez ainsi la paix des Eglises, et 
que vous ne vous en repentiez ensuite ; 
que vous n'en veniez aux extrémités, et 
que vous ne désiriez plus tard ce que 
nous vous proposons maintenant d'ac- 
cepter, alors qu'on ne vous l'accordera 
plus ». — Quand il eut ainsi parlé lon- 
guement aux archimandrites et au peu- 
ple, on lui demanda de faire connaître 
ce que l'empereur avait prescrit comme 
moyen, et il leur envoya ledit de l'em- 
pereur, par Zacharias, l'archidiacre, 
médecin en chef*. 

Edicium : « Nous n'admettons qu'une 
seule définition de foi : celle qui fut 
établie par les 318 Pères, et qu'ont con- 
firmée les Pères réunis à Constantinople 
et à Ephèse. Nous ne connaissons pas 
d'autre détinition que (celle-ci) : Nous 
croyons en un seul Dieu, le Père... Et 
le reste de la définition. — Nous admet- 
tons les deux naissances de Dieu le 
Verbe : sa naissance du Père, avant les 
mondes, et sa naissance à la fin (des 
temps) de la vierge Marie. Nous confes- 
sons que Dieu le Verbe est véritablement 
le Fils unique, demeuré immuable dans 
sa divinité, qui a souffert dans la chair, 
et a fait des miracles divinement. Ce ne 
sont point deux : le Christ n'est pas 
autre, et Dieu autre, mais un seul et 
même (composé) de deux natures divine 
et humaine : hypostase unique et per- 
sonne unique, et non pas deuxhyposta- 
ses,ni deux personnes, ni deux fils, mais 
une seule hypostase de Dieu le Verbe 
[336] incarnée. — Nous anathématisons 



chèvre, et mourut. La crainte s'empara 
de tout le monde. 

L'empereur, ayant appris que l'affaire 
avait été troublée par l'hostilité des 
moines, s'occupa de nouveau de la paix 
et écrivit une lettre ainsi conçue : 

« Ordre de Notre Majesté : à Jacques 
et à Theodorus, de venir ici pour l'af- 
faire de l'Eglise. 

« Toi, Sergona, commandant en chef ^ 
de Dara, conseille-leur, autant que tu 
le pourras, de faire cela; car nous vou- 
lons, Dieu en est témoin, qu'il n'y ait 
qu'une Eglise. C'est pourquoi, n'ap- 
porte aucune négligence à cette affaire, 
pour le salut des âmes. Nous ne serons 
point le persécuteur des Ataxptvo[JLévot, et 
nous voulons que rien de semblable 
n'ait lieu de nos jours, mais nous vou- 
lons établir la concorde. 

« A cause de nos péchés quelques 
hommes méchants se trouvèrent prêts à 
s'interposer et empêchèrent la paix. 

« A propos de Paulus le bègue, ap- 
prends ses œuvres perverses : Dès qu'il 
eut pris les biens de feu le pape Theo- 
dosius, il s'en alla à Alexandrie et 
se proclama évêque, mais il ne fut pas 
accepté ; il revint à Antioche, et ne fut 
pas accepté. Et qui accepterait ce dé- 
mon? Car, si tout ce qu'on dit de lui est 
vrai, il est l'Antéchrist que le Seigneur 
doit bientôt faire disparaître. — Nous 
défendons que son nom soit nommé dans 
les Églises, et nous enjoignons à chacun 
d'effacer son nom des diptyques. 

« Nous avons maintenant emprisonné 
Stephanus etLonginus, qui sont les apo- 



1. àpx'aTpoç. Il est qualifié ailleurs de « sophiste ». Cf. JoH. Ephes., III, i, 19 ; vi, 12, 26. 

2. (rrpar/)>.aTyiç. 

II. 37 



290 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

toutes les hérésies, principalement : crisiaires* de Paulus; parce qu'ils l'ont 

Arius, Eunomius, Macedonius, Nesto- empêché de venir et qu'il n'est pas venu, 

rius qui fut déposé et anathématisé par A cause de cela, nous nous sommes em- 

les Pères. Nous anathématisons pareil- paré d'eux. De peur que, selon leur cou- 

lement Celestinus et Cyrillus, et Théo- tume, [336] les partisans de Paulus ne 

dorus, et la lettre d'Ibas, ainsi que les disent qu'ils ont été saisis à cause de la 

écrits de Theodoretus, et tous ceux qui foi, il était nécessaire de vous faire savoir 

pensent comme eux et imitent leur im- queNotre-SeigneuretnotreDieunenous 

piété. Nous recevons le bienheureux permet pas de saisir ou d'emprisonner 

Severus, patriarche; nous abolissons quelqu'une cause de la foi. Prends donc 

l'anathème porté contre lui iniquement soin d'engager Jacques et Theodorus à 

et sans motif. Nous abolissons les ana- monter près de nous. Nous écrivons à 

thèmes portés depuis le temps de saint Stephanus de leur donner les frais (du 

Cyrillus jusqu'à présent. » voyage) ». 

Ensuite, Sergouna envoya diligem- 
ment un exemplaire de la lettre en tous 
lieux. Tout le monde fut dans la joie. Theodorus monta, et fut reçu en grand hon- 
neur. Jacques suivit le conseil des moines; il ne monta pas. L'empereur fut fort 
irrité* et se laissa aller à la colère. 



CHAPITRE [III]. — De la dispute qui s'éleva parmi les évêques Sévériens ; et de 
la confusion qui survint à propos du Carême. 

En l'année 881, qui est l'année 4 de Justinus, dernière d'une période de 19 ans 
de la Chronique d'Eusèbe, selon le comput de 532 ans', il y eut de la confusion 
à propos du Jeûne. On écrivit d'Orient à ce sujet à Jean, patriarche de Con- 
stantinople. D'après le comput que nous avons cité, on avait fixé soigneusement 



1. Littér. : d qui font les réponses «, aTtôxpKTSK. — 2. Lire : ûaa-L'. 

3. Le cycle de 532 ans (— 19 X 28), dont il est ici question, est'généralement appelé cycle pascal, 
dans le comput ecclésiastique, parce qu'au bout de ce temps la fête de Pâques revient exactement 
dans le même ordre de dates. La période de 19 ans {cycle lunaire ou nombre d'or) est celle après 
laquelle la lune est supposée revenir au même point; la période de 28 ans (cycle solaire [ainsi ap- 
pelé du dimanche : dies salis] ou des lettres dominicales), est celle après laquelle les lettres do- 
minicales reviennent les mêmes et dans le même ordre. Le plus petit commun multiple de ces deux 
nombres donne le cycle de 532 ans. Son point de départ varie avec les différentes chronologies, qui 
le font commencer, les unes à la création du monde, les autres à la naissance de J.-C., ou en l*an 
30, de manière que le premier cycle finit en l'an 562 ; Denys le Petit, dont le comput fut adopté dans 
les Églises occidentales, le fait partir de l'an 1 avant J.-C, de sorte que l'an 532 de notre ère cor- 



LIVRE X. CHAP. III 



291 



toutes les fêtes : celle de la Nativité et celle de l'Epiphanie furent célébrées régu- 
lièrement, mais les autres dans la confusion. 

Il fallait commencer le Jeûne de cette année le 23 de sebat (février) ; quelques 
uns le commencèrent le 16 de ce mois ; d'autres le 9 *. A la fin, tout le monde 
reçut l'ordre de célébrer la (fête de) Pâques en même temps. Les Juifs, faisant la 
Pâque, à la fin de la période de 19 ans, le 6 de nisan (avril), de sorte que la 
période suivante de 19 ans commence le 25 d'adar (mars), et en cette année ter- 
minale de la 5* période* de 19 ans, le 6 de nisan (avril) étant un dimanche, 
notre fête de Pâques devait être reportée au 13. 

[337] Une confusion du même genre eut lieu de nouveau en l'année 976, c'est- 
à-dire 95 ans plus tard, en la 209* année du cycle de 532 ans. — Après 190 ans, 



respond à Tan 1 d'un nouveau cycle (cf. Chron. Paschale, Pair. Gr., t. XCVII, col. 1035, 952, et 
§ xxxii, xxxiii de la Préface de Ducange). Selon la chronologie indiquée par notre auteur, le cycle 
commençait en l'an 768 des Séleucides, comme on peut s'en rendre compte par le tableau que nous 
plaçons ici et qui marque la date à laquelle devait régulièrement être célébrée la fête de Pâques, aux 
trois années indiquées par l'auteur dans ce chapitre, et à d'autres années à propos desquelles les 
chroniqueurs syriens mentionnent la même confusion : 



Cycle de 


Ère des 


Ère 


Date 


Auteurs qui parlent de la confusion au sujet de 


532 ans. 


Séleucides. 


cbrétienne. 


de Pâques. 


cette date. 


1 


768 


457 


31 mars 




90 


857 


546 


8 avril 


Michel, liv. IX, ch. xxx ; cf. B. 0., II, 88. 


114 


881 


570 


6 avril 


Michel, livre X, ch. ni. 


209 


976 


665 


6 avril 


Michel, livre X, ch. m. 


304 


1071 


760 


6 avril 


Ps.-Denys, ad ann. 1070 ; éd. Chabot, p. 63. 


399 


1166 


855 


7 avril 


Michel, liv. X, ch. m. 


532 


1299 


988 


8 avril 




1 


1300 


989 


31 mars 




19 


1318 


1007 


6 avril 


Matthieu d'Édesse, trad. Dulaurier, p. 37. 


114 


1413 


1102 


6 avril 


Matthieu d'Edesse, trad. Dulaurier, p. 245. 


209 


1508 


1197 


6 avril 


Bar Hebk., Chr. eccl., I, 602 ; B. 0., II, 369. 



Pâques étant le 6 avril, le lundi de la Quinquagésime, jour auquel les Orientaux commencent le 
jeûne, se trouve le 17 février (le 18 dans les années bissextiles). 

1. Ms. : le 29. — 2. L'auteur indique ici la cause de ces controverses. Le concile de Nicée avait 
décrété que la fête de Pâques serait célébrée le dimanche qui suit le 14^ jour de la lune de mars 
(celle qui commence du 8 mars au 5 avril), pour éviter la coïncidence de la fête chrétienne avec la 
Pâque juive qui est toujours célébrée le 14" jour. Ainsi, quand la lune commence le 17 mars, le 
14e jour se trouvant le 30, si ce jour est un dimanche, la fête de Pâques doit être reportée au 
6 avril; si le 14* jour se trouve être le dimanche 6 avril, elle est reportée au 13. Une semblable 
coïncidence se reproduisait au bout de 95 ans (5 périodes de 19 ans, comme on peut s'en rendre 
compte par les dates indiquées dans le tableau de la note précédente), après lesquels la lune pas- 
cale revenait au même jour du mois selon le comput alexandrin. Mais pour faire concorder 



292 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



il y eut de nouveau une semblable confusion, à propos du commencement du 
Carême, en l'an 1166 des Grecs, qui était l'an 399 de ce cycle de 532 ans. 

A cette époque, il y eut un violent et terrible tremblement de terre entre 
Samosate et Edesse *. Beaucoup de gens moururent, et il y eut de grandes cala- 
mités. — Fin. 



Au commencement du troisième Livre 
de son Histoire ecclésiastique , Jean d'Asie 
dit* : « Au début de l'histoire (renfermée) 
dans ce volume, il convient d'employer 
les paroles plaintives et les lamentations 
de Jérémie, concernant Jérusalem, pour 
pleurer nous aussi pareillement sur ce 
qui arriva dans l'Eglise de Dieu, et sur 
les calamités qui s'abattirent tout à coup 
sur tous les fidèles ». 

En l'an 6 de Justinus IIl (II)', alors 
que les Orthodoxes étaient depuis 40 ans 
dans le repos, même dans la ville im- 
périale, et que leurs assemblées se réu- 
nissaient librement, Jean de Sirimin, 
aux jours du Carême, excita contre eux 
par sa malice la colère de l'empereur, 
qui ordonna que leurs églises fussent 
fermées et leurs autels renversés, que 
leurs prêtres et leurs évêques fussent 
pris et jetés dans les liens. Dès lors, 
pour ainsi dire, comme une violente et 
noire tempête [337] produite par l'a- 



A cette époque, Anastas[ius] qui était 
patriarche d'Antioche pour les Chalcé- 
doniens, fut chassé par eux; et ils 
eurent un certain Gregorius, ascète pa- 
cifique et humble, qui visitait les ma- 
lades et les étrangers, rendait soigneu- 
sement les jugements et accueillait bien 
les moines. Il agissait même charitable- 
ment avec nous. Orthodoxes, et se préoc- 
cupait de faire la paix avec tout le monde. 

Paulus et Eugène étaient en dispute, 
et s'injuriaient mutuellement sans pu- 
deur ; ils ne communiquaient point l'un 
avec l'autre dans les mystères. 

En certains lieux circulaient les par- 
tisans de Conon, qui proclamaient l'ex- 
pression de « substances », et recueil- 
laient dans les écrits des Pères des 
démonstrations en faveur' de leur 
dogme. 

Jacques circulait en Syrie, passant 
d'un lieu à un autre, par crainte de l'em- 
pereur. Il accomplissait en secret les 



l'année solaire avec l'année lunaire, il fallait ajouter un jour au nombre des épactes de l'une des 
années du cycle de 19 ans. Les Alexandrins et les Orientaux ne faisant pas cette addition à la même 
époque, il s'ensuivait que le 14^ jour de la lune, à la dernière année de la 5° période, se trouvait 
être pour les uns le samedi, pour les autres le dimanche : et de là la confusion. Il nous paraît hors 
de propos d'entrer ici dans l'exposé scientifique de ces divers computs. La chose est amplement 
expliquée par Dul^urier, Recherches sur la chronologie arménienne, t. I,p. 90-92. (Cf. Bar. Hebr., 
Chr. eccl., I, p. 602, n. 4.) 

1. Je ne trouve pas ailleurs mention de ce fait, probablement emprunté à la Chronique de Jacques 
d'Edesse. La construction est un peu obscure ; littéralement : « Fuit motus vehemens et terribilis 
inter Samosatenos et Edessenos; mortui sunt in eo populi, et calamitates magnae fuerunt ». 

2. Part. III, livre i, ch. 4. — 3. Cf. page 282, n. 2. 
4. Lire : 1«-j^. 



LIVRE X. GHAP. III 



293 



moncellement des nuages obscurs qui 
laissent pleuvoir la grêle, ainsi s'éleva 
la tempête contre la barque pacifique 
de la sainte Eglise des Orthodoxes, Ils 
furent jetés en diverses prisons. Les 
uns dans la prison avec les assassins, 
d'autres dans le prétoire', d'autres dans 
le diaconicon; d'autres dans les cellules' 
placées sous le palais épiscopal, d'au- 
tres dans d'autres dépendances' (?) des 
églises. Beaucoup s'enfuirent et se sau- 
vèrent en tous lieux. 

Ce qui est plus fort, c'est qu'ils or- 
donnaient de nouveau les pieux ponti- 
fes, et exigeaient que ceux-ci leur don- 
nassent un libelle (d'adhésioa). 

La parole ne peut suffire à raconter 
ce que les chrétiens ont souffert dans les 
prisons. Ce qui est plus cruel : ils ne 
laissaient aucun des familiers des évê- 
ques emprisonnés entrer près d'eux ni 
même parler avec eux. On leur donnait 
de la nourriture pour conserver leur vie. 
Quant à ceux qui étaient enfermés dans 
les monastères, si toutefois on peut les 
appeler monastères, ils leur infligeaient 
les plus cruelles afflictions. Ils les re- 
gardaient avec colère; ils leurs jetaient 
les rinçures de leurs plats*, et, au lieu 
de vin, ils leur donnaient à boire du vi- 
naigre ou un jus infect provenant d'une 
lie troublée, de manière qu'ils ne pus- 
sent vivre. 

Le vieillard Stephanus, prêtre, homme 
transporté du zèle divin, les maudit en 
face lorsqu'on l'emprisonna. Dans leur 
colère, ils le livrèrent au préfet' . Il dit 



ordinations. Ayant appris par lettres ce 
que disaient les partisans d'Eugène, et 
qu'ils ne cessaient pas de se disputer, 
[3371 il leur écrivit deux fois ; mais ils 
ne se laissèrent pas persuader. A la fin, 
il rassembla les évêques de la Syrie, qui 
souscrivirent aux anathèmes contre Co- 
non, Eugène et quiconque admet des 
« essences » dans la Trinité. Il leur fixa 
un délai de trois jours. 

Quand les partisans d'Eugène et de 
Conon apprirent ces choses, de leur côté, 
ils envoyèrent par écrit en Orient, des 
anathèmes contre Jacques et ses parti- 
sans. Les évêques du parti de Jacques 
étaient plus nombreux que ceux du parti 
de Conon. Ils s'anathématisèrent ainsi 
mutuellement. Ensuite, les partisans 
d'Eugène et de Conon présentèrent une 
pétition à l'empereur. Ils lui deman- 
daient de faire examiner pour quel mo- 
tif ils avaient été anathématisés par 
Jacques, ajoutant que celui-ci, comme 
Sabellius*, n'admettait qu'une hypostase 
(dans la Trinité). L'empereur les ren- 
voya au patriarche Jean pour l'examen 
de leurs affaires. 

Quand ils se présentèrent devant Jean 
pour discuter, il se laissèrent emporter 
à des calomnies et des injures les uns 
contre les autres, et Jean ne put aucu- 
nement les pacifier '. Et ainsi, ils s'en 
allèrent couverts de mépris. Comme 
Jean n'accorda la victoire à aucun des 
partis, et comme les partisans de Paulus 
et de Jacques appelaient ceux d'Eugène 
et de Conon « trithéites », tandis que 



1. upaiTciptov. — 2. Cellules de prisoQ plutôt que cellules de reclus. — 3. C'est ainsi que l'auteur 
paraît avoir compris le mot i^opia. {!). Cf. Joh. Eph., III, i, H. — 4. Xsxavï). — 5, enap^o;. 

6. Lire : i^a^aW. — 7. On a déjà parlé plus haut de cette discussion. Cf. ci-dessus, p. 258. 



294 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



au préfet : « Impie scélérat, comme ceux 
qui m'ont envoyé près de toi', pourquoi 
observes-tu le christianisme *, alors que 
tu juges les chrétiens comme un païen? 
Tu [338] n'es pas un homme vivant, si tu 
ne me fais pas sur le champ brûler, moi 
vieillard chrétien, et si tu ne me manges 
pas quand je serai rôti. » — En enten- 
dant cela, le préfet fut ému et le ren- 
voya à l'évêque. Celui-ci, dans sa colère, 
l'envoya en prison, à Hcraclée' de 
Thrace. Il demeura emprisonné pendant 
deux ans. Ils ne permettaient jamais à 
quelqu'un de sa connaissance de le 
voir ; on ne lui donnait aucune tunique 
de rechange; il était maintenu par des 
entraves aux pieds; et il tomba mortel- 
lement malade. Il défendit que les 
Synodites l'ensevelissent, et qu'aucun 
d'entre eux fît une prière sur lui. Dieu 
avait disposé quelques soldats qui étaient 
orthodoxes, et ceux-ci l'ensevelirent. 

La tempête* atteignit aussi les mo- 
nastères d'hommes et de femmes de cet 
endroit'. — Ils se jetaient, comme des 
loups, sur les couvents de femmes, et 
maltraitaient les brebis du Christ. 
Ils portaient avec eux leurs oblations, 
pour les leur donner. Mais celles-ci 
s'enfuyaient devant eux, comme des 
oiseaux. Quelques-unes furent prises, et 
on leur mettait de force la communion 
dans la bouche*; d'autres tombaient la 
face contre terre, et maudissaient en 
pleurant ceux qui voulaient les faire 
communier de force. Ils en livraient 



les partisans d'Eugène et de Conon 
appelaient ceux de Jacques « sabel- 
liens », tous furent méprisés par l'empe- 
reur. Lorsqu'ils s'adressaient à lui pour 
la paix, il leur disait ; « Comment voulez- 
vous que je vous procure la paix, lorsque 
vous-mêmes vous n'êtes pas en paix 
entre vous? » — Et pour ce motif l'empe- 
reur se mit à nous persécuter davantage. 

Enfin, les partisans de Conon et d'Eu- 
gène vinrent à résipiscence et deman- 
dèrent dans une supplique : a Puisque 
tout ce scandale a eu lieu à cause de 
l'expression « essences », nous nous 
en abstiendrons, pourvu que les ana- 
thèmes portés soient levés. » — Jacques 
[338] et ses partisans disaient : « Si ces 
anathèmes sont enlevés, ce sera l'occa- 
sion pour plusieurs de faire ce qu'ils 
voudront dans la confession de la Tri- 
nité. » — Les'deux partis restèrent ainsi 
en opposition. 

L'empereur voyant que, d'une part : 
Paulus, Stephanus, Jean d'Asie, Ptolo- 
mseus, Longinus et Elisée, et d'autre 
part : Eugène, Conon et Theonas, se 
combattaient les uns les autres avec 
une certaine passion, crut qu'ils étaient 
en lutte à cause du désir de certains 
sièges et des honneurs temporels; et 
il fut transporté de colère. Il en força 
quelques-uns et amena les autres, en 
leur promettant de faire la paix dans les 
Églises, par Tintermédiaire du pa- 
triarche Jean, h accepter le Synode et 
ledit que lui-même avait rédigé. En 



1, JoH. Eph., III, I, 9. Ce qui précède se trouvait dans la partie mutilée de cet historien. — 2. 
J. E. : « pourquoi sièges-tu comme chrétien... ». — 3, Lire : l^vo»!; J. E. ; ^i^^o^, — 4. |iS.aoir. 
JoH. Eph., III, 1, 10. — 5. De Cple (J. E.). — 6. Lire <wJ.'-»oûa3, 



LIVRE X. GHAP. IV ET V 



295 



d'autres aux mains des soldats, leur di- 
sant de faire des choses que nous pas- 
sons sous silence. 



présence de tout le peuple, dans la 
grande église, ils reçurent la commu- 
nion. Et l'empereur écrivit dans toutes 
les villes que les Orthodoxes devaient 
être méprisés. - — Fin. 



CHAPITRES [IV ET V]. — Sur ledit que fît P empereur Justinus. — Sur la per- 
sécution des fidèles par les hérétiques , et sur ce que les Orthodoxes eurent à 
souffrir dans la ville impériale. 



Edit* de V empereur Justinus * : (c Je 
vous donne ma paix », a dit Notre- Sei- 
gneur Jésus, le Christ Dieu; « je vous 
laisse ma paix* », a-t-il annoncé lui- 
même aux hommes. Cela ne signifie pas 
autre chose si ce n'est que tous ceux qui 
croient en lui, c'est-à-dire nous, se ras- 
sembleront dans une seule et même 
Eglise, faisant tous profession de la 
même foi chrétienne et méprisant ceux 
qui parlent à l'encontre. Le premier sa- 
lut pour les hommes consiste dans la 
confession de la vraie foi. C'est pour- 
quoi, nous aussi, suivant les saints com- 
mandements et les définitions des Pères, 
nous exhortons chacun à se réunir dans 
l'unique Eglise. — Nous croyons en 
un seul Dieu, [339] Père, Fils et Esprit- 
Saint : Trinité qui est une seule nature, 
une seule divinité, une seule essence, 
nominalement et réellement. Nous con- 
fessons une seule vertu, une seule 
puissance, une seule opération, en trois 
hypostases ' et trois personnes*. En elles 



Ainsi que nous l'avons dit, pendant 
l'espace de quarante ans^ les Ortho- 
doxes, appelés AtaxptvotAsvoj, furent en 
paix et en tranquillité dans la ville im- 
périale. Maintenant, une tempête de co- 
lère se leva. Le principe » et l'auteur 
de ce mal fut Jean de Sirimin, qui avait 
été établi patriarche dans la ville impé- 
riale par les Synodites. Quand il vit que 
l'empereur Justinus, se préoccupant de 
la paix, voulait envoyer à Rome pour 
ce motif, et que Paulus, auparavant pa- 
triarche d'Antioche, Jean d'Asie, Theo- 
dorus, Longinus, Stephanus, Elisée et 
Ptolomœus^ étaient sur le point de par- 
tir, il fut frappé du trait de la jalousie, 
parce que lui et ses partisans n'avaient 
pas été chargés de cette affaire. Il ras- 
sembla ceux de sa secte, et ils allèrent 
trouver [339] l'empereur et lui dirent : 
« Si le pape de Rome n'adhère pas à ces 
(envoyés), ils le déposeront et en met- 
tront un autre à sa place. Et de même à 
Alexandrie ; car le patrice Narsès tient 



*Note marginale : Que la lettre soit écrite dans la colonne supérieure ; car c'est là sa place. 
1. Texte grec dans Eva.gr., H. E.y V, iv; et Niceph. Call., H. E., XVII, xxxv. — 2. Cf. Joh., 
XIV, 27. — 3. ÛTTÔffTatTâtî. — 4. îtpôffwita, 

5. Joh. Eph., III, i, 11, 12, — 6. Ms. : Pawtwlwmaws. 



296 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEiN 



nous avons été baptisés : nous croyons 
en elles. Nous adorons l'unité dans la 
trinité et la trinité dans l'unité* : sa dis- 
tinction et son union étant au-dessus de 
l'intelligence; l'unité est dans l'essence 
et la divinité ; la trinité dans les pro- 
priétés des hypostases ou personnes. Car 
elle est distinguée indistinctement et 
unie distinctement : attendu que la di- 
vinité est dans les trois (personnes) et 
que ces trois (personnes) dans lesquelles 
est la divinité ne sont qu'un, ou pour 
parler avec exactitude, elles sont la di- 
vinité même : le Père est Dieu, le Fils est 
Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, quand 
l'une de ces personnes est considérée sé- 
parément; car l'intelligence distingue 
même les choses inséparables. Ils ne sont 
touslestrois qu'un seulDieu, par l'unique 
mouvement de sa nature*. Ainsi, on doit 
confesser un seul Dieu, et proclamer trois 
hypostases ou propriétés. — Nous con- 
fessons que le Verbe, Fils unique, est 
antérieur aux mondes et supérieur aux 
temps; (qu'il est) « engendré «du Père 
et non pas « fait » ; qu'à la fin des temps, 
pour notre salut, il est descendu du ciel ; 
qu'il s'est incarné pour notre salut de 
Marie toujours Vierge, qu'il est né d'elle : 
(étant) un seul et même Jésus-Christ 
Notre-Seigneur, l'un de la Trinité, qui 
doit être glorifié avec le Père et l'Esprit- 
Saint. En effet, la Trinité n'a pas été 
augmentée d'une quatrième personne 
par l'incarnation de l'une (de ses per- 
sonnes). Mais notre unique et même Sei- 
gneur Jésus-Christ est consubstantiel 



la même confession qu'eux, » — L'em- 
pereur ajouta foi à leur méchanceté,, et 
supprima le voyage. Il en vint même à 
les violenter pour les contraindre (d'ac- 
cepter le Synode); comme ils n'y con- 
sentirent pas, il fut rempli de colère 
contre eux. Il les livra aux mains de 
Jean, leur ennemi. Dès lors, Jean de Si- 
rimin, lui-même circulait par les églises 
et les couvents; il fit en sorte que l'em- 
pereur lui-même les visitât, et par la 
violence il entraînait de force tout le 
monde dans la fosse. Ainsi donc, cet 
évêque était rempli de l'esprit d'émula- 
tion et d'opposition ; il se laissait con- 
duire par l'ardeur de la colère. Etcomme 
celui dont les yeux sont aveuglés, ainsi 
celui-ci s'aveuglait lui-même par la pas- 
sion de l'inimitié de nos prêtres. Plu- 
sieurs embrassèrent son parti, et chacun 
d'eux exerça son office, h son rang, plu- 
sieurs fois. Ensuite, il lui vint une autre 
idée de méchanceté, attendu qu'il était 
un jeune séculier qui s'enorgueillissait 
superbement dans l'ostentation, et était 
enivré par l'autorité et l'élévation. Il 
prescrivit que ceux qui avaient accepté 
sa communion, fussent ordonnés prêtres 
de nouveau. Ainsi, il les destitua tous, 
après qu'ils eurent exercé le ministère 
sacerdotal avec lui et en sa présence, 
trente-six fois, dans leur sacerdoce pre- 
mier ! — Il écrivit qu'on fît la même 
chose en d'autres lieux, afin de ne pas 
tomber seul sous le blâme et la répri- 
mande. 

En ces jours-là, un bienheureux eut 



1. Lire : Kû*ûvXû^ |l.a«fa*k3o. — 2. Grec : ©éov ta tpta jxet' àXXiqXwv vou|X£va • tm TauTw ty)ç xivi^dew; xa\ 

TÎ)Ç (puffEWÇ. 



LIVRE X. GHAP. IV ET V 



297 



au Père, dans la divinité, et consubstan- 
tiel à nous, dans son humanité, passible 
dans la chair, et en même temps impas- 
sible dans la divinité. Nous ne disons 
pas qu'autre est le Verbe qui fit les 
miracles et autre celui qui a souffert; 
mais nous confessons que c'est un seul 
et même : Notre-Seigneur Jésus Christ, 
le Verbe de Dieu incarné et fait homme 
parfaitement ; qu'à ce seul et unique 
appartiennent les prodiges et les pas- 
sions qu'il a subies volontairement dans 
la chair pour notre salut. Ce n'est pas 
un homme quelconque qui s'est livré 
lui-même pour nous ; mais le Verbe, 
[340] fait homme sans changement, a 
subi volontairement pour nous, dans la 
chair, les passions et la mort. En con- 
fessant qu'il est Dieu, nous ne nions pas 
qu'il soit homme ; et en confessant que 
le même est homme nous ne nions pas 
qu'il soit Dieu. Par conséquent, quand 
nous confessons qu'un seul et même Sei- 
gneur Jésus-Christ est composé de deux 
natures : divine et humaine, nous n'in- 
troduisons pas la confusion dans l'union. 
Car, en se faisant homme semblable à 
nous, il n'a point cessé d'être Dieu 
parce qu'il est devenu homme. De même 
que Dieu persiste dans l'humanité, de 
même aussi l'homme persiste dans la 
sublimité de la divinité. Elles existent 
toutes les deux ensemble : un seul Dieu 
6t homme, Emmanuel. Nous (le) confes- 
sons un seul et même, parfait dans la 
divinité et l'humanité, desquelles il est 
composé. Nous n'introduisons pas de di- 



une révélation ' : il vit une grande mon- 
tagne, sur le côté sud de laquelle étaient 
les fondations de très belles églises. 
Tout à coup Jean de Sirimin arriva, les 
arracha et les détruisit toutes. 

Jean fit amener un évêque, vieillard 
simple, du nom de Paulus^, et le fit jeter 
dans les fers. L'ayant soumis par la vio- 
lence, il prescrivit de le réordonner pour 
Antioche de Carie. Ils le dépouillèrent, 
pensaient-ils, de son premier sacerdoce 
et le réordonnèrent comme un laïc ! 
Cela parut honteux même aux siens et 
ils l'appelaient « retrempé » '. Il en 
mourut de douleur. 

Jean opprimait Elisée*. Celui-ci lui 
dit : « Alors que j'en étais digne, j'ai été 
fait évêque et toi, tu ne m'as absolument 
rien fait. Si tu penses qu'il est régulier 
que tu me dépouilles du sacerdoce et 
que tu m'ordonnes de nouveau, [340] 
alors prive-moi aussi du baptême! » — 
Jean lui dit avec astuce : « Je placerai 
seulement sur toi le pallium »> ; et comme 
Elisée n'y consentit pas, il l'envoya en 
exil. 

II fit aussi amener de sa prison Ste- 
phanus qui avait eu à supporter de sa 
part de nombreuses afflictions^. Celui-ci 
le blâma fortement à cause des réordi- 
nations. Pour Ce motif, il le fit remettre 
eu prison et envoya un bourreau* qui le 
frappa violemment, au point qu'il vomit 
le sang. Après cela, il le fit ramener et 
le pressa de recevoir de nouveau l'ordi- 
nation. Celui-ci s'écria et dit : « Malheur 
à moi! Jamais je ne consentirai à 



1. JoH. Eph., III, 1, 13. — 2. Év. d'Aphrodisias ; op. cit., III, r, 14. — 3. Littér, : « Tinctus ite^ 
rum ». — 4, JoH. Eph, i, 15. •— 5. Ibid., r, 16. ~ 6. Qusestonarius. 

II. 38 



298 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



vision ou de séparation dans son unique 
hypostase composée ; mais nous admet- 
tons la différence des natures qui n'est 
pas enlevée à cause de l'union. En effet, 
sa nature divine n'a pas été convertie en 
sa nature humaine, ni sa nature hu- 
maine confondue avec la divinité. Cha- 
cune d'elles est considérée et existe réel- 
lement dans l'essence et la définition 
de sa propre nature*. Ainsi, nous con- 
fessons une union hypostatique ; car 
l'union hypostatique signifie que Dieu 
le Verbe, c'est-à-dire une des trois hy- 
postases de la Trinité, ne s'est pas uni* 
à une hypostase qui existait auparavant, 
mais a créé pour lui, dans le sein de la 
Vierge et de celle-ci, dans sa propre 
hypostase, son corps consubstantiel à 
nous, passible comme nous, à l'excep- 
tion du péché, et animé d'une âme rai- 
sonnable et intelligente. Et il est un 
seul et même Seigneur, qui doit être 
glorifié avec le Père et l'Esprit-Saint. 
— Or, quand nous considérons son 
union ineffable, nous confessons qu'une 
est la nature du Verbe-Dieu incarnée' ; 
au contraire, quand nous regardons spé- 
culativement la différence des natures, 
nous disons qu'elles sont deux ; mais 
nous n'introduisons pas de division, car 
chacune des deux natures est en lui : et 
nous proclamons que le Christ Notre- 
Seigneur est un seul et même, un (seul) 
Fils, une (seule) hypostase, une (seule) 
personne, en même temps Dieu et homme. 
— Nous anathématisons tous ceux qui 



être dépouillé du sacerdoce; à moins 
que vous ne vouliez aussi me dépouiller 
du baptême. » — Il y eut alors une 
grande sédition*; Stephanus put entrer 
près de l'empereur et s'écria : a Le 
Christianisme a péri ! il a péri ! les règles 
et les canons sont pervertis ! Voici 
vingt ans que je suis évêque, et mainte- 
nant que je me suis appliqué à accomplir 
votre ordre, je suis condamné"; il veut 
me dépouiller du sacerdoce de l'ortho- 
doxie pour me réordonner dans le sien ! 
Qu'il montre les canons qui l'autorisent 
à cela! Ou il ne connaît pas, il ignore 
les canons de l'Eglise; ou, les connais- 
sant, il les méprise dans sa tyrannie. Il 
attire le blâme sur Ta Majesté. Si c'est 
sur ton ordre qu'il fait cela, ordonne 
donc qu'il enlève aussi le baptême et 
qu'il fasse rebaptiser ! Le canon xix 
des 318 Pères statue au sujet de l'héré- 
sie de Paulus de Samosate et de ses sem- 
blables qu'ils seront rebaptisés avant 
d'être ordonnés prêtres. Qu'il montre 
d'où vient qu'il peut nous déposer et 
nous réordonner ! » — L'empereur fut 
stupéfié, comme en sortant d'un som- 
meil. 11 défendit que cela se fît, et pro- 
mulga aussitôt un édit^, pour que nul 
n'osât destituer du sacerdoce (d'autres) 
que les hérétiques prévus par les canons. 
Jean fit aussi venir le patriarche Paulus, 
Jean, Stephanus et Elisée : il les fit ve- 
nir par le mensonge et la ruse, sous 
prétexte de l'union '. — Ils le blâmèrent 
longuement et disputèrent avec lui au 



1. Iv Tw TÎ)ç '.8(«; çydÊo); opw T£ xa\ Xôytp. — 2. oy «pouitiffTavtt àvOpwuw YiV(o6y). — 8, ffeffapxw[ji,év*i. 
4. atiaii. — 5. Il faut probablement lire avec Jean d'Asie : Poi vi,i.;so p^ « et cet impie » veut etc. 
^— 6. TÛitouç «payjiatixoûç. — 7. Joh, Eph,, IÎI, i, 17, 18. 



LIVRE X. GHAP. IV, V ET VI 



299 



pensent autrement; car ils sont étran- 
gers à la sainte Eglise de Dieu. [341] 
Nous pressons, ou plutôt nous supplions, 
chacun de se réunir à l'unique Église, 
Nous ne nous refusons pas, bien que 
nous soyons dans la grandeur impériale, 
à employer de telles paroles, en vue de 
l'union des chrétiens. D'ailleurs, que nul 
ne prenne occasion des personnes ou 
des définitions' pour susciter des diffé- 
rends* ». 

L'empereur Justinus fit cet édit ou 
Traité, et ordonna que personne ne 

pourrait discuter aucunement sur la foi, mais que chacun devrait accepter l'édit, et 
que ceux qui ne l'accepteraient pas seraient partout poursuivis. 



sujet de la foi et de la destitution du sa- 
cerdoce. « D'où as-tu appris (lui dirent- 
ils), que tu peux abolir le sacerdoce 
d'hommes plus âgés même que ton père 
dans leur sacerdoce*, pour les réordon- 
ner de nouveau ? [341] et, ce qui est en- 
core plus honteux pour toi, que tu as 
destitués après qu'ils eurent exercé leurs 
fonctions avec toi et en ta présence 
trente-six fois! » Il fut confondu, et 
balbutia quelques paroles. 



CHAPITRE VI. — Sur U époque de la persécution qu'excita V empereur Justinus ; 
et sur les évêques qui apostasièrent et ensuite firent pénitence et revinrent à 
V orthodoxie. 



L'empereur Justinus* ayant rédigé 
l'édit, l'envoya à tous les évêques qui 
étaient emprisonnés, et ordonna que 
s'il s'y trouvait quelques défauts, ils les 
corrigeassent. Ceux-ci y firent des cor- 
rections. Or, celui qui portait l'édit le 
montra au patriarche Jean et à toute 
leur assemblée *. Lorsqu'ils virent les 
corrections, ils prirent peur, excitèrent 
du tumulte, se réunirent et allèrent 
bruyamment trouver l'empereur. Quand 
l'empereur lut les corrections, elles lui 
plurent. Ceux-ci vociféraient hautement. 
Alors l'empereur connut qu'ils pen- 
saient comme les Nestoriens. En colère, 



Quand on eut lu la définition contenue 
dans l'édit, ils • adhérèrent au synode de 
Chalcédoine'. 

Paulus d'Antioche, n'ayant pas obtenu 
ce qu'il désirait, apostasia. Ensuite il 
se repentit, et après avoir communiqué 
une seule fois avec les Synodites, il se 
convertit^ anémathisa le Synode, s'en- 
fuit pour ne pas être pris, et alla se ca- 
cher. 

Stephanus ayant accepté de recevoir 
le Synode et ayant communiqué avec ses 
partisans, ils l'envoyèrentcomme évêque 
en Chypre; mais il s'enfuit de là, ayan 
été pris de repentir. 



1. Lire : Uoq1-1.(?). — 2. (Jir|6lva 7ipoça(7tÇ6(Ji£vov iiepi upocrwTta \ (juXXaêà; Çyyoïxaxsïv. 

3. Sens : qui ont passé dans le sacerdoce plus d'années que n'en compte ton père dans sa vie. 

4. JoH. Eph., III, 1,19, — 5, (TuvISptov. 

6. Les évêques monophysites ; cf. ci-après, p. 301-302. — 7. Cf. Job. Eph., III, u, 2, 3. 



300 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



il donna des ordres au questeur Anas- 
tas[ius] et lui dit : « Situ ne m'apportes 
pas ce soir dix exemplaires de Tédit 
renfermant ces corrections, je te fais 
couper la tête ». — Les Nestoriens et 
les Semi-nestoriens tremblèrent. Ils 
bourdonnaient comme des guêpes agi- 
tées', et, par leur ardente supplication, 
ils molestaient l'empereur, qui aban- 
donna l'affaire à leur volonté. 

Quand l'édit revint aux évêques*, 
voyant que les corrections n'y avaient 
point été insérées, h l'exception de quel- 
ques extraits, ils le rejetèrent; car, les 
adversaires y avaient introduit la con- 
fusion ; dans un endroit, il combattait le 
Synode, autre part, il militait en sa fa- 
veur. Les évêques répondirent : « Situ 
mets hors de l'Eglise le synode de 
Chalcédoine : l'union est déjà faite; tant 
que son nom sera proclamé, nous ne 
consentirons pas à nous unir à vous. 
Nous sommes très vivement contrits d'a- 
voir dit que nous nous unissions, alors 
qu'il n'était pas encore rejeté. » 

Au sujet de Jean d'Asie^ spéciale- 
ment^. — Tandis que Jean d'Asie, qui 
avait converti les païens, était gardé en 
prison, l'empereuret le patriarche luien- 
voyèrent dire : « Viens près de tes frères 
Paulus et Elisée, et fais cesser ton afflic- 
tion présente ». [342] Celui-ci reçut les 
envoyés avec des imprécations. Le len- 
demain, ils lui mandèrent de venir « pour 



Ils instituèrent Ptolomœus xapa|xova- 
p'.oç d'un martyrion. 

Elisée continua d'habiter dans la ville 
impériale. 

Longinus s'enfuit dans le pays de 
*; où il était célèbre aupara- 
vant comme évêque, chez un peuple ap- 
pelé Blemyes*. 

Jean d'Asie, après avoir communiqué 
une fois avec les Synodites, parce qu'il 
ajouta foi à l'empereur qui promettait de 
faire disparaître le Synode, voyant que 
cela n'avait pas lieu, se repentit et se sé- 
para d'eux. Pour ce motif, l'empereur le 
fit jeter en prison, en le menaçant. Loin 
de se laisser convaincre, Jean signifia, au 
contraire ouvertement, que la seule fois 
où il avait communiqué avec eux, c'était 
sur la foi de leurs promesses, mais qu'il 
n'avait pas accepté (le Synode) quant 
à la foi. — C'est pourquoi on l'envoya 
en exil. 

Eugène et Theonas s'enfuirent. 

Conon de Cilicie, vivement pressé par 
eux, n'adhéra point. L'empereur le confia 
à Photius* qui était dans la région de 
Palestine, et là il fut jeté en prison. 

Jacques demeura seul en Orient, sou- 
tenant les églises. — Theodorus y ter- 
mina sa vie. 

Et ainsi prit fin cette affaire, en l'an 
5 de Justinus '. 

Au sujet des éçêques persécutés, le 
Chroniqueur .1 qui est Jean d'Asie^ rap- 



1. U-i>^ (J. Eph.). — 2. JoH. Ei>H., III, I, 21. — 3. Ibid., III, n, 4. 

4. Le ms. porte : Lwgmn ; une mauvaise lecture d'un nom désignant une région de la Nubie. Cf. 
ci-dessus, p. 267. — 5. EXeiaOsç. — 6. Le beau-Rls de Bélisaire ; cf. Joh. Eph., III, i, 31. — 7. Il est 
presque impossible d'établir un ordre certain dans la succession des faits mentionnés ici. L'auteur 
a puisé chez Jean d'Asie, qui, comme il le dit lui-même, n'observe aucun ordre chronologique. 



LIVRE X. GHAP. VI 



301 



l'union de l'Église » ; et il les renvoya 
pareillement avec des malédictions, — 
Stephanus vint en secret le trouver* et 
lui fit connaître les supplices dont il 
était menacé, mais sa constance n'en fut 
point ébranlée ! — Tandis qne Jean 
était dans les angoisses de la prison*, il 
fut pris de la goutte' des pieds et des 
mains, et devint comme mort; il ne pou- 
vait pas se tourner. Il était incommodé 
par les poux et les puces dont la cellule 
était remplie, et, pendant le jour, par 
des essaims* de mouches et de mousti- 
ques, réunis par la puanteur de l'hôpi- 
taP. Pendant la nuit*, une autre épreuve 
(raffligeait) : les punaises sortaient et 
couvraient son ventre et son visage, au 
point que ses yeux étaient enflammés, à 
cause des piqûres de celles-ci et des 
moustiques nocturnes, qui étaient plus 
brûlantes que le feu. Une autre épreuve 
était celle des souris qui avaient fait leur 
nid sous l'oreiller de sa tête, et qui grat- 
taient et grinçaient toute la nuit. Peut- 
être ceux qui n'ont pas éprouvé ces maux 
seront-ils portés à rire à leur souvenir? 
mais priez, selon le précepte de Notre- 
Seigneur, que vous ne soyez pas mis à 
l'épreuve. 

Au milieu de ces épreuçes, il eut une 
apparition de la sorte'' : Pendant le jour, 
à midi, tandis que les portes étaient 
fermées, tout h coup, un beau jeune 
homme entra près de lui, vêtu d'une 
tunique ornée de broderies blanches. Il 
lui dit : « Paix h toi, Père ! Quel est ton 



porte d'autres faits, antérieurs à ceux 
que nous avons rapportés plus haut, 
[342] pour exposer leurs vicissitudes '. 
Ils disputèrent les uns contre les 
autres pendant trente-trois jours ^ Ils 
rappelèrent les évêques de prison et 
leur dirent : « Venez, unissez-vous, ou 
exposez votre opinion. Voici que vous 
troublez et que vous faites cesser l'u- 
nion. » Les évêques répondirent, dans 
le deuil et la douleur : « Si les choses 
sont jugées avec équité, ce n'est pas 
nous qui mettons obstacle h l'union, 
mais vous, dont le cœur est rempli de 
la lèpre de la division chalcédonienne; 
vous voulez nous faire passer pour en- 
nemis de l'union, alors qu'en vous- 
mêmes il n'y a pas le moindre désir 
d'union; mais vous voulez nous entraî- 
ner à embrasser la fausseté chalcédo- 
nienne. » — Alors le patriarche Jean et 
ceux qui l'accompagnaient dirent : 
« Nous et l'empereur, en présence de 
Dieu, nous vous donnons la parole^ avec 
serments, que quand vous serez unis à 
nous, nous rejetterons aussitôt le con- ' 
cile de Chalcédoine; et rien de ce qui 
sort de nos lèvres ne sera changé ». 
Quand ces choses furent sanctionnées, 
les deux partis se mirent à blâmer les 
évêques, comme ne voulant pas la paix.. 
Ils acceptèrent donc de communiquer, 
anathématisant toutefois le Synode à 
haute voix. Alors les séducteurs com- 
mencèrent à changer de ton, en disant 
astucieusement : « Nous avons écrit au 



1. Lire : wLcii. \L\ (J. Eph.). _ 2, Joh. Eph,, III, it, 5. — 3. TroSarp». — 4. ^--^* (J. Eph.), — 5. 
.cn*T-3 û^a (J. Eph.). — 6. Lin; : l^^ao. — 7. Joh. Eph., III, n, 6. 
8. Joh. Eph., III, i, 23, 24. 



302 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



cri? » En le voyant, (Jean) fut saisi 
d'étonnement, car il crut que c'était un 
des douze grands qui se tiennent devant 
l'empereur. Et pour ce motif, dans une 
grande douleur, affaibli et désespéré, 
presque mort, il dit : « Vois dans quelle 
affliction, je suis! » — Le jeune homme 
reprit : « Prends courage, Abbas! loue 
le Seigneur. Sois sûr que j'exposerai 
aux oreilles de l'empereur toutes les 
angoisses que je te vois supporter ». Il 
le réconforta de la sorte, et après avoir 
longuement parlé, il lui demanda : « As- 
tu soif, Père ?» — Il répondit : « Oui ». 

— Le jeune homme sortit et revint por- 
tant une coupe* de breuvage qu'il lui 
présenta. Il but : et il fut soulagé de sa 
douleur; ses membres furent allégés, et 
il loua Dieu. Il dit au jeune homme : 
« Que Dieu aie pitié de toi, mon fils, 
parce que tu m'as visité et consolé ! » 

— Celui-ci continua de parler longue- 
ment avec lui, l'exhortant et Tinvitantà 
ne pas faiblir, lui montrant que la con- 
fession de l'orthodoxie est exacte et 
vraie, et quel dommage subissent ceux 
qui s'en écartent. [.343] Comme il le 
confirmait par les témoignages des Écri- 
tures, Jean était dans l'admiration et se 
disait en lui-même : Comment un sol- 
dat, jeune, peut-il connaître ainsi toute 
l'Écriture? — Pendant huit jours, le 
jeune homme vint ainsi près de lui, 
une fois chaque jour , au même moment. Il 
lui disait : « Sois courageux et tressaille 
d'allégresse; car une grande récom- 
pense t'est réservée en échange de toute 



pape de Rome pour savoir s'il y consent ; 
ensuite nous le rejetterons. » — Les 
évêques dirent alors cette parole de 
Jonas*: « Est-ce que telle était notre pa- 
role, etc.? » — Et il devint manifeste 
que les évêques ne mettaient pas obstacle 
à la paix. 

Qui pourrait raconter* la douleur que 
ressentirent les évêques d'avoir commu- 
niqué avec les hérétiques? Leurs yeux 
furent gonflés de larmes, de telle sorte 
qu'ils étaient consumés et épuisés, pas- 
sant les nuits sans repos et restant sans 
nourriture; au point que l'empereur 
l'ayant appris, les appela et leur dit : 
« Pourquoi êtes-vou s tombés dans un si 
grand désespoir, comme si vous aviez 
sacrifié aux idoles ? Nous espérons, grâce 
à Dieu, vous satisfaire. » Et comme ils 
lui reprochaient de les avoir trompés, 
il leur dit : « Attendez-moi, jusqu'à ce 
que j'aille aux bains chauds, et quand 
je reviendrai, je vous donnerai satisfac- 
tion. » 

Au bout de trente jours*, l'empereur 
revint. Avant qu'il n'entrât dans la ville, 
il rencontra Jean de Sirimin et ses par- 
tisans qui continuèrent d'accuser les 
évêques. Et ils s'ingénièrent à les en- 
traîner de nouveau par la séduction. Ils 
leur firent dire : « Nous [343] désirons 
votre tranquillité. Voici que nous vous 
envoyons la liste" de certaines villes; 
que chacun de vous s'établisse où il 
voudra. » — Les évêques répondirent : 
« Nous ne nous sommes pas sacrifiés 
nous-mêmes pour être évêques, mais 



1. J, Eph. : lû^»^. 

2. JoH., IV, 2. — 3. JoH. Eph., III, r, 25, 26. — 4. Op. cit., r, 27, 28, 29. — 5. yvwtnç. 



LIVRE X. GHAP. VI 



303 



cette affliction. » Au bout de huit jours, 
le syncelle du patriarche vint vers [lui] *, 
pour connaître sa volonté. Il l'accueillit 
par des anathèmes et des malédictions, 
disant : a Si même vous étiez véri- 
diques dans votre confession, nous ne 
devrions pas nous unir à vous qui êtes 
si cruels que de ne pas permettre à un 
de mes disciples de me servir dans ma 
maladie. » Le syncelle lui répondit : 
« Ne nous injurie pas ; nous ignorions ta 
maladie. » Et il lui envoya son disciple 
le servir. Quand son disciple vint près 
de lui, le jeune homme ne lui apparut 
plus. Jean s'informa de lui auprès du 
geôlier. Celui-ci répondit qu'il ne l'avait 
pas vu. On fit venir tous les jeunes gens, 
et ils affirmèrent qu'ils n'avaient vu per- 
sonne de cet aspect entrer dans la pri- 
son. L'intendant* (de la prison) lui dit : 
Si un des hommes qui peuvent se mon- 
trer sous l'habit et l'aspect que tu dis 
était venu ici, la moitié de la ville serait 
accourue à son arrivée. Sois donc as- 
suré que Dieu a envoyé ou un des saints 
te visiter, ou un des anges. » 

Alors» Jean se rappela la parole que 
lui avait dite le jeune homme qui lui 
était apparu : « Tel jour tu sortiras I » 
Ce jour-là, après qu'il eut passé en pri- 
son un an et neuf jours, ils le firent 
sortir, l'envoyèrent dans l'une des îles 
de la mer. Il y prêcha aux païens, pen- 
dant huit mois, et ils le firent revenir 
à la ville impériale. Il fut gardé pendant 
trois ans, jusqu'à la mort de Jean de 
Sirimin. — Jean (d'Asie) confirme lui- 



dans l'espoir de l'union que vous nous 
avez promise (en disant) que le Synode 
serait rejeté et que l'union se ferait ; si le 
Synode n'est pas rejeté, nous n'aurons 
jamais de participation avec ceux qui le 
mentionnent. » — L'empereur en appre- 
nant ces choses fut fort troublé. Le len- 
demain, les évêques furent de nouveau 
appelés au tribunal, pour communiquer 
avec les Synodites, Ils se plaignirent 
énergiquement de ce que la vérité avait 
été altérée, et de la promesse fraudu- 
leuse. Devant tout le sénat, ils anathé- 
matisèrent le synode de Chalcédoine. 
Le patriarche fut irrité, et ordonna de 
les entraîner dehors, de les séparer les 
uns des autres^ de les jeter en exil, et 
d'empêcher qu'aucun des leurs ne les 
vît. — L'écrivain de ces choses est Jean 
d'Asie, qui était Tun d'entre eux. Il 
écrivit, non pas par ouï-dire, une partie 
de leur discussion avec l'empereur et le 
patriarche, et quelque chose de ce qu'ils 
eurent à subir*. 

Les évêques ayant juré qu'ils n'accep- 
teraient jamais le Synode furent envoyés 
en exil pour la troisième fois. 

Paulus le moine* fut enfermé dans le 
couvent d'Abraham, et se mit à écrire 
ce qui était arrivé dans l'Eglise par le 
fait de Jean de Sirimin. Il fut surpris: 
on s'empara de l'écrit, et Jean de Siri- 
min lui-même le fit passer à l'empereur, 
parce qu'il y avait dedans un passage 
concernant l'empereur. — L'empereur 
fut troublé. Il fit demandera Paulus s'il 
en était l'auteur. Celui-ci répondit affir- 



1. Lire : oil.<i:^. — 2. (xâïffTpo;. — 3. Joh. Eph. III, it, 7. 
4. Cf. Joa. Eph., III, i, 30. — 5. Ihid.f ir, 2. 



304 



CHRONIQUE DÉ MICHEL LE SYRIEN 



même ces choses par des sermeats, en 
disant : « Devant Dieu, ces choseseurent 
lieu en vérité, très manifestement dans 
une apparition réelle, et non pas comme 
dans un songe*. » — Ce récit est ter- 
miné, ainsi que le précédent* . 



mativement et ne nia point. Alors, des 
menaces de mort furent proférées contre 
lui, (disant) qu'il ne serait pas laissé 
davantage en vie. — Ensuite", Stepha- 
nus supplia l'empereur en sa faveur. 
L'empereur dit : « S'il est d'accord avec 
nous dansla [foi] et s'il accepte le Synode, 
son crime lui sera pardonné! » — Ste- 
phanus enjôla Paulus, et par crainte, celui-ci accepta (le Synode). Alors Jean de 
Sirimin rassembla les Alexandrins, et fit en sorte que Paulus communiquât et se 
rendît méprisable en leur présence. Dès lors, Paulus devint le familier de l'empe- 
reur; car il était très versé dans la lecture des Ecritures. C'est pourquoi Jean le 
redouta, et le laissa sans surveillance ; et Paulus s'enfuit* pour ne plus communiquer 
avec les Synodites. 



CHAPITRE [VII]. — [344] Sur les soldats et les laïcs qui furent persécutés, à 
cette époque, à cause de la foi. Sur la persécution qui fut excitée contre les 
chrétiens dans les régions des Perses, pour le même motif. A propos du catho- 
licos d'Arménie, qui vint à Constantinople à cause de la persécution. 



Andréas", cubicularius et a)(oXapiôç 
de la reine*, fut saisi par l'empereur pour 
l'obliger à adhérer au Synode. Il n'y 
consentit point. Tandis que beaucoup 
reculèrent devant les seules menaces, 
celui-ci résista et ne céda pas même aux 
coups. — Alors l'empereur décida qu'il 
devait recevoir d'eux la communion ou 
sortir du palais. Cet homme quitta 
promptement sa paragaude', et la jeta 
devant eux en disant : « Jamais vous ne 
m'avez fait une plus grande grâce que de 
me délivrer du service des hommes pour 
me permettre de me consacrer au ser- 
vice de celui qui m'a créé ». Il alla s'en- 



Les Mages* dirent à Kosrau, roi des 
Perses : « Voici que les Romains^ dans 
toute rétendue de leur empire, requiè- 
rent, et contraignent par force, tout le 
monde de se soumettre à leur croyance. 
Un édit a été porté, condamnant à mort 
ceux qui s'y refuseraient. Et pourquoi ne 
ferions-nous pas de même ?» — Alors 
Kosrau commença la persécution des 
chrétiens. 

Il fit saisir trois évêques, et avec eux 
une multitude de chrétiens , aux- 
quels il infligea de grands supplices. 
Les évêques furent écorchés vifs, et 
moururent dans le martyre®. On dé- 



1. JoH. Eph,, III, ir, 6, — 2, Cette clausule, écrite en arabe, n'est pas dans lems. de Londres. 
3. JoH. Eph., III, ii, 3. — 4. Cf. Ibid., ri, 8. 

5. JoH. Eph., III, rr, 9. — 6. I^S^», d'après J. d'Eph. — 7. •ftapaYaOStç. Costume de sa charge. 
8. JoH. Eph., III, ii, 18-23. — 9. uioîia. 



LIVRE X. GHAP. VII 



305 



fermer dans le palais de Hormizdas. 
L'empereur envoya des gens pour l'ex- 
horter à communiquer avec eux ; mais 
il n'y consentit pas. On ordonna de le 
conduire et de l'enfermer dans le mo- 
nastère de Dalmatius», qui était au-des- 
sus de tous les monastères. Au bout de 
trois ans, il fut délivré, mais sortit du 
palais % 

Trois consuls' : Jean, Pierre et Eu- 
dœmon résistèrent également ; et après 
qu'ils eurent subi beaucoup de tour- 
ments et de supplices, ils furent rétablis 
dans leur charge. 

Sergius le prêtre et l'écrivain, et un 
autre prêtre du nom de Sergius *, résis- 
tèrent grandement aux afflictions des 
Synodites : ils subirent de cruels châti- 
ments, mais ne faiblirent point. A la fin, 
ils furent jetés en prison. 

On fit sortir Andréas le reclus® et on 
démolit sa cellule *. Comme on l'entraî- 
nait et qu'on le faisait passer par les 
bazars, il s'écriait : « Malheur à moi! je 
suis chrétien : et voici que je suis per- 
sécuté ! » Plusieurs (témoins) se réuni- 
rent, pris de zèle, pour tuer les persécu- 
teurs. Les persécuteurs s'enfuirent et se 
cachèrent; alors il se trouva délivré, prit 
la fuite et s'en alla. 

Les Orthodoxes avaient dans la ville 
impériale deux grandes diaconies ' : l'une 
avait été instituée par Paulus d'Antioche, 
et jamais les diophysites ne s'y étaient 
assemblés. Les Orthodoxes furent accu- 
sés, par quelques méchants, d'y tenir 



truisit les églises et les monastères. 
Il donna l'ordre de bâtir en Arménie* 
un temple du feu, et que tous les Armé- 
niens l'adorassent. Le peuple se sou- 
leva et ne laissa pas bâtir le temple du 
feu. — Pour ce motif, il y eut une guerre 
violente entre les Perses et les Armé- 
niens, durant l'espace de six ans. 

Le catholicos de Dovin, ville de la 
Grande-Arménie, soumise aux Perses, 
vint avec des évêques à la ville impé- 
riale. Avec naïveté, ils se joignirent au 
patriarche de la ville; car ils ne savaient 
rien de la corruption du Synode, qui 
régnait chez les Romains. — Quand on 
apprit la chose dans leur pays, tous les 
évêques adressèrent des menaces au ca- 
tholicos et à ceux qui l'accompagnaient : 
« Si vous communiquez avec les Syno- 
dites et si vous vous joignez h eux, c'est- 
à-dire au synode de Chalcédoine, nous 
ne vous recevrons plus ; bien mieux, 
nous vous anathématiserons ». — Dès 
lors, ils se séparèrent, et ils s'assem- 
blaient à part dans des monastères. 

Le catholicos des Arméniens mourut 
à Constantinople au bout de deux ans. 
La persécution des chrétiens sévit 
dans l'empire des Perses pendant toute 
la vie de Kosrau. Plus on recevait de 
nouvelles de la persécution chez les 
Romains, plus elle s'aggravait chez les 
Perses. 

A cette époque", les sophistes et les 
scholastiques montèrent d'Alexandrie 
dans la ville impériale. Ils discutèrent 



1. û*.gùà\î» (J, Eph.). — 2. Fut privé de sa charge. — 3. Joh. Eph., III, ii, 11. — 4. Ihid,, ir, 13. 
- 5, Ibid., II, 14. — 6. Littér. : « la maison de sa réclusion ». — 7, Joh. Ephes., III, ir, 15. 
8. UixjUa. — 9. Joh. Eph., III, i, 33. 

II. 39 



306 



CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 



des réunions. Thallus, le président, 
pour ne pas donner prétexte aux ana- 
thèmes, fit sortir les clercs et les moines 
qui s'y trouvaient. 

Dans la seconde* habitait Qomîta, qui 
avait fait une diaconie [345] de son pa- 
lais. On y accomplissait* tout le service 
des pauvres. Dans cette persécution, 
l'édifice fut confisqué et les bulles de 
confiscation °(?) y furent affichées. Ladia- 
conie fut enlevée (de ce lieu). Les quel- 
ques-uns qui restèrent choisirent un 
autre lieu, où ils servaient et lavaient ré- 
gulièrement les pauvres. 

Antipatra et G[eJorgia *, zélatrices de 
la foi, souffrirent beaucoup de la part 
des Synodites. On les jeta sur la rive 
de Chalcédoine ; on leur rasa la tête et 
on en fit des balayeuses du couvent. 

L'impératrice orthodoxe, Sophia, re- 
cevait la communion du prêtre An- 
dréas 5. Il consacrait dans sa demeure ; 
comme il recueillait l'oblation, elle lui 
dit de laisser une parcelle consacrée 
sous le voile, parce qu'elle était persua- 
dée que Justinus la prendrait; car il 
s'écartait de la communion des Syno- 
dites. — Par la suite, Sophia accepta 
leur communion. 

Avant que l'impératrice Sophia n^ac- 
ceptât la communion des Synodites, 
elle avait été favorisée de glorieuses ré- 
vélations, ainsi qu'elle l'a elle-même 
raconté. Alors que les discussions et 



pendant toute une année; on n'osa s'em- 
parer d'eux, à cause du blé qu'on en- 
voyait® de cet endroit; et ainsi ils s'en 
retournèrent en paix, sans que rien n'ait 
été fait. 

A cette époque', on s'empara [34S] de 
Conon, le chef de l'hérésie des Tri- 
théites, qui comptent des essences, des 
natures, des dieux et des divinités ^ On 
exigeait de lui qu'il présentât un libelle 
(de rétractation), en qualité d'hérétique, 
et l'empereur jura ; « Il ne sera pas reçu 
par nous, s'il ne fait le libelle* ! » 

Photius'", fils de la femme de Béli- 
saire, qui était militaire, coupa sa che- 
velure et se fit moine. Peu de temps 
après il courut trouver l'empereur. Il 
devint pillard et voleur; il s'emparait 
des richesses et les envoyait à l'empe- 
reur. Il imposait les évêques d'une cer- 
taine quantité de lip'ê^ et celui qui ne la 
donnait pas était livré sans pitié à la 
torture. Celui qui se montrait trop 
difficile était aussitôt hissé à une corde 
et suspendu ou la tête en bas, ou par les 
épaules. Il persécuta avec une telle fé- 
rocité, surtout les Orthodoxes, pendant 
12 ans; puis il cessa : car, ayant été 
frappé d'une plaie cruelle, il souffrit 
amèrement et périt. 

Alors, Jean de Sirimin, voyant que 
le ministre de la persécution*^ des Or- 
thodoxes avait péri^ retourna trouver 
l'empereur *^, et se mit à l'exciter de nou- 



1. JoH. Eph.,III,ii, 16. — 2. ^»^•v3. _ 3. J. Eph. : tû-I*ô>a/»o» usooU.3. — 4. Joh. Eph., III, u, 12. 
— 5. Ibid., II, 10. 

6. ^^^^^M, — 7. Joh. Eph., III, r, 31. — 8. Lire : Uooïî»^. — 9. Lire : >àSaii.j comme à la 58 ligne. — 
10. Joh. Eph., III, r, 31, 32. — 11. Lire : ^3o»»> oh***ûo. — 12. Jean d'Asie qui raconte le fait par 
deux fois (III, r, 37 ; m, 12) dit que le patriarche alla trouver le Qésar Tibère. 



LIVRE X GHAP. VIII 307 

les troubles au sujet des Trithéites se- veau contre les Orthodoxes. L'empereur 

vissaient dans la ville (impériale), que lui dit avec colère : « Ceux que tu 

les églises, les prêtres et le peuple m'exhortes à persécuter sont-ils des 

couraient le danger, cette impératrice païens ?» — Il répondit : « Non. » — 

était dans une grande inquiétude d'es- L'empereur lui ditde nouveau : « Sont-ce 

prit. Or, Sophia elle-même vit, pendant des hérétiques? » — 11 répondit : « Non 

la nuit, dans une vision, la Mère de plus, seigneur ! » — L'empereur reprit : 

Dieu qui lui disait : « Vois, ma fille; « Ainsi donc, tu m'attestes toi-même 

prends garde à l'hérésie des Trithéites que ce sont des chrétiens! Comment 

qui proclament trois dieux en trois peux-tu m'engager à devenir le perse- 

natures. » — Celle-ci répondit : « Que cuteur des chrétiens, comme Diociétien 

Dieu m'en fasse la grâce, ô ma Dame ! » et les autres? Va, reste en paix dans ton 

— De nouveau (la Vierge) lui demanda : église, et ne nous tourmente plus ». 
« Quelle est ta confession ? >> — Et elle 
répondit : « Père, Fils et Esprit-Saint : 

un seul Dieu. » — Alors (la Vierge) la prit par la main et lui dit : « Tu tiens une bonne 
confession (de foi). » — Aussitôt l'impératrice, saisie d'admiration, éveilla l'empe- 
reur et lui raconta la vision. 



GHAF'ITRE [Vlll], qui expose ce qui se passa entre les Romains et les Perses, en 
Van 8 de Justinus. — Sur les évêques. 

En l'an 8 de son règne, Justinus créa César' Marcianus, fils de sa tante mater- 
nelle, et l'envoya avec l'armée de ses soldats, contre Nisibe. — Quand il 
arriva à Dara, il envoya une partie de ses troupes dans la région des Perses. Elles 
(la) dévastèrent, [346] firent de nombreux captifs, et revinrent à Dara^ 

Quand les Perses virent les Romains, ils furent pris d'une grande terreur. 
Le marzban de Nisibe usa de ruse et vint trouver Marcianus à la frontière ; 
et par ses messagers, il le retarda pendant quatre mois. Les Perses firent ainsi 
jusqu'à ce qu'ils aient eu le temps d'informer leur roi et d'introduire des vivres 
dans Nisibe. Ils coupèrent, à une portée de flèche, les jardins qui sont aux alen- 
tours ; et ils chassèrent les chrétiens qui étaient à l'intérieur de la ville. — L'em- 
pereur écrivit de nouveau à Marcianus de descendre à Nisibe sans retard. 
Marcianus, ayant célébré la fête^ à Dara, campa devant Nisibe à la fin de nisan 
(avril). De tous côtés* on était persuadé qu'après quelques jours les Romains 
s'en empareraient ; ils étaient très appliqués au combat. Mais voici qu'un homme 



1. Lire : « patrice ». Joh. Eph., III, vi, 2. — 2, Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, § xxxviu. — 3. 
La fête de Pâques. Cf. Hist. du Bas-Emp., 1. L, § xlui. — 4. A l'intérieur et à l'extérieur (J. Eph.). 



308 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN 

sauvage^ Acacius, arriva en grande hâte, de la part de Justinus, pour des- 
tituer Marcianus. Marcianus, comprenant que cet homme inique était venu 
contre lui sans raison solide, lui dit : « Accorde-nous un peu de temps ; car tu 
vois combien de palissades*, de machines', de grandes tours nous avons 
bâties; la ville est réduite à une grande extrémité, et bientôt, par la grâce de 
Dieu, elle sera livrée entre nos mains. Attends deux jours, que nous l'ayons 
prise; et alors, en ta présence, l'ordre de l'empereur à mon égard sera exé- 
cuté. » Mais cet homme s'emporta brutalement, jeta les mains sur lui, le tirant de 
côté et d'autre, et lui coupa sa ceinture. Les troupes, voyant ce qui se passait, 
furent exaspérées de cette injustice, et se mirent à fuir de tous côtés; parce 
que l'enseigne' du général avait été enlevée. Ils crurent même que l'empereur 
était mort*. Le motif de la colère de l'empereur contre Marcianus ne fut connu, 
pour le moment, de personne. Par la suite, on apprit que c'était le suivant* : 

Mondar était devenu roi des Taiyayê, après la mort de Héret, [347] son père, et 
les Taiyayê persans vinrent camper à Hirta. Les Taiyayê persans, c'est-à-dire 
arabes, comprenaient alors deux fractions : les uns étaient des Taiyayê chré- 
tiens, les autres des Taiyayê persans. Les Taiyayê persans envahirent la région 
des Taiyayê chrétiens et prirent tous leurs pâturages et leurs troupeaux de 
chameaux. Mondar rassembla ses troupes, fondit sur eux et les massacra. Un 
petit nombre d'entre eux seulement échappa. Mondar les poursuivit et campa 
dans la terre de Qabous. Les bandes ^ de Qabous, en venant et voyant les tentes 
fixées en ce lieu, pensèrent que c'était Qabous leur roi. Lorsqu'elles arrivèrent, 
Mondar les prit, les massacra et s'empara de leurs richesses. Après un certain 
temps, comme Mondar s'en retournait avec un butin de richesses et de cha- 
meaux, Qabous se présenta pour combattre avec Mondar, et fut vaincu'. Il s'en 
retourna chez les Perses pour ramener des troupes. Mondar fît connaître toutes 
ces choses à l'empereur, et lui demanda de l'or pour donner aux troupes, en 
prévision de l'arrivée des Perses. L'empereur conçut le dessein abominable de 
faire tuer Mondar, parce qu'il avait demandé de l'or. 

L'empereur Justinus écrivit donc deux lettres ; une à Mondar, dans laquelle 
il s'exprimait ainsi : « Au sujet des affaires difficultueuses, nous avons informé 
Marcianus de conférer avec toi des choses qu'il ne convient pas d'écrire dans 
une lettre. Donc, aussitôt après la lecture de notre présente lettre, va près de 
lui au camp établi autour de Nisibe. » L'autre était adressée à Marcianus; il y 
disait : « Nous avons écrit à Mondar de venir près de toi. Fais en sorte, lorsqu'il 
arrivera près de toi, de lui enlever la tête, et écris-nous. » — Le crime ayant été 



1. -/apâxa)[jia. — 2. Lire |.^ùa.iaio r: (i,Y5xavi^[JiaTa. — 3. pâvSov. — 4. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, 
§ xLiv. — 5. JoH. Eph., III, VI, 3, 4. — 6. uCTa -i .i. ob o. — 7. Lire : u3»i|. Sur ces événements, cf. Nœl- 
DEKE, Gesch. der Perser und Araher, p. 345, n. 4. 



LIVRE X. CHAP. VIII 



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ainsi préparé', il arriva ensuite, soit par erreur, soit par quelque artifice ou par 
la permission divine, que l'affaire fut changée : le nom de Mondar fut écrit* sur la 
lettre de Marcianus, et le nom de Marcianus sur celle de Mondar. Et le [xayiGrTpiavoç, 
ayant reçu les ordres, partit'. Il se rendit d'abord près de Mondar, qui ouvrit la 
lettre et la lut en sa présence. Il frémit et dit : « En échange de mon labeur en 
faveur du pays des Romains, on me récompense par l'amputation de la tête! » 
11 fut rempli de colère et défendit que jamais aucun des soldats romains ne 
soit admis à se joindre à ses troupes. Les Taiyayè persans, en apprenant cela, 
comprirent ({u'ils n'avaient rien à craindre de Mondar; ils entrèrent dans le 
pays des Romains, dévastèrent et incendièrent jusqu'à Antioche *. Pour ce motif, 
l'empereur fut irrité contre Marcianus, pensant que celui-ci avait averti Mondar. 
Marcianus fut pris et envoyé à Dara. — Le camp, envoyant sa tente arrachée,, 
crut qu'il avait pris la fuite devant les Perses, et pour cela, ils abandonnèrent 
leurs tentes et s'enfuirent. Les Perses sortirent de Nisibe et pillèrent le camp 
des Romains qui recueillirent ainsi le comble de la honte. 



En Tan 8 de Justinus, au mois de 
haziran (juin), il y eut un violent trem- 
blement de terre par tout l'Univers. 
Toute la terre fut secouée comme les 
feuilles des arbres par le vent. On n'en- 
tendit pas dire qu'il y eût eu quelque 
part aucune [346] ruine. Par là surtout, 
on connut la providence divine à l'égard 
de cet Univers qu'elle gouverne selon 
sa volonté toute-puissante. Et cela eut 
lieu à cette époque, afin que ceux qui 
sont privés de la foi comprennent et 
sachent que Dieu lui-même, dans le 
temps, le lieu et la manière qu'il veut 
et sait nécessaire, permet que ce châti- 
ment arrive et cause des ruines dans la 
mesure qu'il lui impose. Or, comme ce 
fléau du tremblement de terre n'avait 
point effrayé les hommes de cette géné- 



A Rome, le 57^ évoque fut Pelagius^ 

A Jérusalem, le 59^ fut Eustathius*. 

A Antioche, le 55" fut Anastas[ius]'. 

A Constantinople, le 25® était Jean de 
Sirimin, qui infligeait des maux aux 
Orthodoxes*. — Quand il mourut, [346] 
Eutych[usJ revint. 

Cet Eutych[us] était un moine, et 
passait pour pieux". Après avoir occupé 
le siège pendant 12 ans, il fut chassé, 
parce qu'il fut dévoilé. Alors, vint Jean 
de Sirimin, pendant 13 ans. Il mourut, 
et Eutych[us] revint"*. Il fut reçu avec 
pompe, car ils étaient (satisfaits